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Full text of "Le codex fuldensis de Tertullien"

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DE LA 


FACULTÉ 


DE 


PHILOSOPHIE ET LETTRES 


l'Université de Liège 


FASCICULE XXI 

LE CODEX FULDENSIS 

DE TERTULLIEN 

PAR 

J. P. WALT2ING 

Professeur d L'Université 
Membre tUtUaire de iAeatlémie roijale de BeUjiqiie 


191A-1S1T 


Imp. H. VAILUNT-CARMANNE 

SoiMolé Anonyme 

4, Place St-Michel 4 
LIÈGE 


HONORE CHAMPION 

I,ilir;itro-K(lilt'iir 

5, Quai Malaquais, 5 
PARIS 


BIBLIOTHEQUE 


DE LA 


FACULTE DE PHILOSOPHIE ET LETTRES 
DE L'UNIVERSITÉ DE LIEGE 


BIBLXCDTZ-IEiQ/'U'^ 


DE LA. 


FACULTÉ 


PHILOSOPHIE ET LETTRES 


DE 


l'Université de Liège 


FASCICULE XXI 

LE CODEX FULDENSIS 

DE TERTULLIEN 


J. P, VVALTZING 

Professeur à l'Université 
Membre titulaire de l'Académie royale de Belgique 


1S14t-1S1T 


Imp. H. VAILUNT-CARMANNE 

Société Anonyme 

4. Place St-Micheu 4 
LIÈGE 


HONORE CHAMPION 

Libriure-Kdileur 

5, Quai Malaûuais, 5 
PARIS 






AU MAÎTRE DE LA CRITIQUE DES TEXTES LATINS 

MONSIEUR LOUIS HAVET 


MEMBRE DE L INSTITUT 


A LA MEMOIRE 

DE 

MES ÉLÈVES MORTS POUR LA PATRIE 

Semen e$t sanguis foriium virorum 


AVANT- PROPOS. 


Par la vigueur de la pensée, par l'art de la composition ef 
par Véloquence de son argumentation, /'Apologétique est le 
chef-d'œuvre de l'apologie chrétienne des premiers siècles. Mais, 
jusqu'ici, ce chef-d'œuvre se présente aux lecteurs modernes 
sous une forme qui paraît hérissée de difficultés. Combien de 
ses admirateurs, arrêtés par une phrase obscure, se sont doutés 
que le texte de /'Apologétique nous a été transmis dans un état 
très défectueux ? Deux traditions manuscrites, très différentes 
et corrompues l'une et l'autre, nous font hésiter à chaque pas. 
En préparant une Edition classique, nous nous sommes vite per- 
suadé qu'il fallait commencer par mettre en œuvre tous les 
moyens fournis par la critique pour retrouver la forme donnée 
par Tertullien à sa pensée et pour rétablir sa pensée elle-même 
dans son intégrité. 

Ce volume devait servir d'introduction à notre texte de /'Apo- 
logétique établi d'après le Codex Fuldensis {voL XXII de ce 
recueil) ; les proportions qu'il a prises nous ont amené à le 
publier séparément. Il devait paraître en igi4 ; l'impression, 
commencée en fuillet igi4 et poursuivie au milieu de patrio- 
tiques angoisses et dans un pénible isolement, a duré beaucoup 
plus longtemps que nous n'aurions voulu. 

Il est le résultat d'études commencées avec nos élèves du doc- 
torat en philosophie et lettres. On y reconnaîtra sans doute les 
minuties et les longueurs de l'enseignement oral et des exercices 
pratiques: nous prions qu'on veuille bien les excuser. Nous 
avons d'ailleurs entrepris de résoudre tant de problèmes, que 
nous ne pouvons nous flatter d'avoir apporté toujours la solu- 
tion définitive : nous serions satisfait si nous parvenions à 
rallier les suffrages de nos lecteurs dans la plupart des cas. 


VIII AVANT-PROPOS. 

La critique des textes est en bonne partie une science conjec- 
turale. Sans doute, elle atteint souvent à la certitude, mais plus 
souvent, elle est forcée de s'arrêter à ce qu'on peut appeler la 
plus grande vraisemblance. Pour chaque faute nous avons 
proposé l'explication qui nous a paru la plus probable; plus 
d'une fois, on découvrira peut-être une autre explication plus 
probable encore. L'essentiel est d'établir l'existence de la faute 
et de trouver l'émendation. 

Nous croyons avoir lu tout ce qui a été écrit d'important 
sur le sufet traité, mais nous avons évité de rappeler et de dis- 
cuter les opinions émises par nos devanciers, quand la clarté 
de l'exposition ou la justice ne l'exigeaient pas. Néanmoins 
nous avons vu grossir le volume dans des proportions inatten- 
dues. Et il n'aborde pas encore de front le problème de l'ori- 
gine des deux traditions manuscrites et de la valeur de l'une et de 
l'autre. A la solution de ce problème sera consacrée notre Etude 
sur la double tradition manuscrite de l'Apologétique. 

Afoutons enfin que nous aurions voulu attendre l'édition 
critique qui doit paraître dans te Corpus scriptorum eccle- 
siasticorum et qui fournira quelques matériaux, de second ordre, 
que nous ne possédions pas. Mais, par suite de hasards mal- 
heureux, cette publication a dû être ajournée plusieurs fois et 
nous avons cru que nous pouvions faire œuvre utile, sinon 
absolument définitive, avec les seuls moyens qui étaient à notre 
disposition. 

Elle est actuellement en bonnes mains (p. g, n. ï) et nous 
ne désespérons pas de pouvoir nous en servir pour terminer 
notre Edition critique {avec commentaire historique et gramma- 
tical, étude sur les sources), qui attend des temps meilleurs pour 
être mise sous presse. 


INTRODUCTION 

Ne quem varietaa eius in disperse reperta 
confundat. Adv. Marc, 1,1. 

I. Nécessité d'une édition d'après le Cod. Fuldensis. 

V Apologétique de TertuUien nous met en présence d'un 
cas très rare en paléographie latine : celui de deux traditions 
manuscrites absolument différentes. On peut même dire que 
le cas est unique. A la vérité, il y a d'autres écrivains dont les 
manuscrits présentent des variations telles qu'on a pu conclure 
à l'existence de deux éditions ou du moins d'une nouvelle 
recension, c'est-à-dire, d'une revision d'ensemble avec correc- 
tions conscientes (^), opérée par l'auteur lui-même ou par un 
autre. Mais chez aucun écrivain latin on ne trouve, entre deux 
traditions manuscrites, une différence aussi grande, aussi 
profonde, aussi continue, au point de vue du style et même 
de la pensée. Notre apparat critique le prouvera d'une manière 
irréfutable (2). 

On a naturellement recherché l'origine de cette double 
tradition manuscrite et l'on en a proposé trois explications 
différentes. 

\° Dans son édition, publiée à Leyde en 1718, Sigebert 
Havercamp a le premier exprimé l'opinion que TertuUien 


Q) L. Havet, Manuel de critique verbale appliquée aux textes latins 
(Paris, Hachette, 1911), p. 403, Voyez les pages 403-412 de ce 
manuel, que nous nous plaisons à citer au début de cette étude. 

(') C. Callewaert, dans l'article cité plus loin {Le Codex Fulden- 
sis, etc.), p. 330-333, l'a montré pour le chap. 3. 


2 INTRODUCTION 

a donné deux éditions de V Apologétique. Il dit dans sa préface, 
page?: 

Id tamen sciri velim, magnam non modo curam in hoc Apologe- 
tico a Tertulliano adhibitam, sed et bis idem iioc scriptum, hic illic 
paullum in verbis et oratione immutatum, ab illo in publicum emis- 
sum esse^ quod Lectori evidenter, ut putamus, apparebit, si conférât, 
quae a nobis adferuntur paginisspz'J, 3 13", 409^ et praesertim 436"*^. 

Dans ses notes, il revient à plusieurs reprises sur la même 
idée. De ces deux éditions dérivent, suivant lui, les deux tra- 
ditions manuscrites. La première édition aurait survécu 
dans le seul Codex Fuldensis. La deuxième édition, l'édition 
revue et corrigée, l'édition définitive serait représentée par 
tous les autres manuscrits. 

Ce serait la troisième fois que Tertullien aurait repris son 
sujet, car, en beaucoup de ses parties, V Apologétique ■ n'ist 
qu'un remaniement du traité Ad nationes (^). Disons, en 
passant, qu'une revision complète de V Apologétique par Ter- 
tullien n'aurait rien de bien étonnant en elle-même. Nous 
savons qu'il donna une édition grecque de ses traités De 
spectaculis, De baptismo, De virginibus velandis (2), et qu'il 
remit jusque trois fois sur le métier son traité Adversus Mar- 
cionem. Il s'en explique lui-même dans un curieux avant- 
propos : 

Si quid rétro geslum est nobis adversus Marcionem, iam hinc 
viderit. Novam rem adgredimur ex vetere. Primum opusculum 
quasi properatum pleniore postea compositione rescideram. Hanc 
quoque nondum exemplariis sufFectam fraude tune fratris, dehinc 
apostatae, amisi, qui forte descripserat quaedam mendosissime et 
exhibuit frequentiae, Emendationis nécessitas facta est. Inno- 
vationis eius occasio aliquid adicere persuasit (3). Ita stilus iste 


(^) Voy. plus loin, le chap VI. 

(2) O. Bardenhewer, Les Pères de l'Eglise, \, 328. Ad. Harnack, 
Die Chronologie der altchristl, Litt,, 2, 267. 268. 275. 

Q) Nous suivons la ponctuation vulgaire. Kroymann ponctue : 
facta est innovationis, Eius... Tertullien avait mis trop de hâte à 


INTRODUCTION 3 

nunc de secundo tertius et de tertio iam hinc primus hune opusculi 
sui exitum necessario praefatur, ne quem varietas eius in disperse 
reperta confundat ('). 

Bien que \e Codex Fuldensisint connu, depuis 1597 et qu'une 
collation complète, faite par Modius, eût été publiée par 
Junius, aucun éditeur n'en fit usage jusque Rigaltius et 
Havercamp : on paraissait l'ignorer ou plutôt se défier de 
ces variantes si nombreuses et si différentes de la tradition 
commune à tous les autres manuscrits ! Rigaltius en fit un 
usage très modéré (1634. 1641). Par un manque de logique 
étonnant, Havercamp, qui affirmait que le Codex Fuldensis 
représente la première édition de Tertullien et tous les autres 
manuscrits la seconde, puisa à pleines mains dans la collation 
de Modius, n'hésitant pas à mêler ce qu'il regardait comme 
deux éditions successives. C'était faire la leçon à Tertullien 
lui-même, c'était lui reprocher d'avoir revu et modifié son 
texte primitif ! 

Cet exemple ne fut pas suivi. Fr. Oehler se rallia, il est 
vrai, à l'opinion de Havercamp sur l'origine du Codex Ful- 
densis. L'examen des variantes suffit pour le convaincre que 
ce manuscrit représente une tradition spéciale, plus ancienne 
que celle des autres manuscrits : 

Fuldensis libri alioquin optimi textum sequi diversam et antiquio- 
rem, ni fallor, quam quae in ceteris quotquot innotuerunt libris 


écrire la première édition. Il la retire et en rédige une seconde, 
plus développée. Il n'a pas le temps de faire exécuter des exemplai- 
res en nombre pour lancer cette seconde édition ; un « frère •&, devenu 
depuis apostat (il renia le monlanisme sans doute)^ s'en empare 
{^fraude) et fait des copies très fautives (au point de vue doctrinal 
sans doute) en certains endroits {^quaedani) . Tertullien doit refaire 
son ouvrage pour le corriger {emendationis) et saisit l'occasion de 
cette nouvelle édition {innovatiojiis eius) pour développer certaines 
parties et pour diviser l'ouvrage en cinq livres (cf. 2, 1). Cf. Aug. 
Bill, Zur Erklaerimg des I. Bûches Tert. Adv. Marc.j p. 6 (dans 
Texte und Untersuch., 38, 3. Leipzig, Hinrichs, 191 1). 

(') Adv. Marc, i, i. Cf. 2, i : Occasio reformandi opusculi huius, 


4 INTRODUCTION 

manu scriptis obtinuit Apologetici recensionem sat multa extant 
indicia (^). 

Mais il conclut logiquement qu'il faut se garder de mêler 
les variantes des deux traditions : ce serait faire une troisième 
édition au moyen des deux premières, mais une édition que 
Tertullien n'aurait certes pas reconnue. 

2'^ En 1902, M. C. Callewaert, président du grand séminaire 
de Bruges, comparant les deux traditions manuscrites, rejeta 
l'opinion de Havercamp et d'Oehler. C'est une erreur, suivant 
lui, de croire que Tertullien a donné une édition revue et 
corrigée de son ouvrage. Ensuite, le Codex Fuldensis l'emporte 
de loin, pour le fond et pour la forme, sur les autres manuscrits. 
Seul, il a conservé fidèlement la pensée de Tertullien et la 
forme que Tertullien a donnée à sa pensée. Il n'a pas subi 
de remaniement intentionnel, tandis que, dans les autres 
manuscrits, on peut reconnaître facilement la main d'un 
correcteur. M. Callewaert conjecture donc qu'à l'époque caro- 
lingienne, au moment de la renaissance littéraire, un théolo- 
gien inconnu, voulant faciliter la lecture de V Apologétique, 
a retouché le style du dur Africain et qu'il lui est arrivé de 
toucher maladroitement aux idées. C'était le moment « où 
l'estime des œuvres de Tertullien reprenait avec le goût des 
études et l'on s'explique que la nouvelle recension ait eu tant 
de succès, qu'elle ait été le point de départ de toutes les copies 


cui quid accident primo libellulo praefati sumus... 3, i : Secundum 
vestigia pristini operis, quod amissum reformare perseveramus, iam 
hinc ordo de Christo. 

(*) Fr. Oehler, Edition de 1849, p. vi. Edition de 1853, p. xix. 
Woodham, p. 160, et Bindley, p. 143, expriment la même opinion. 
— Fr. di Capua, Le clausuU metriche 7iel l' Apo/ogetico di'Tertulliano 
e le variante del Codex Fuldettsis (Scuola Cattolica, 19 12, t. XXII, 
p. 249 ss., 550SS. ; t. XXIII, p. 126 ss. et 130SS.) a repris cette thèse 
récemment et a cherclié à la prouver par l'examen des clausules 
métriques dans les deux traditions. 


INTRODUCTION 5 

qui nous ont été conservées, le Fuldensis seul excepté » (i). 
L'opinion de M. Caiiewaert a rencontré des adliésions 
précieuses {^), mais pas unanimes. L'auteur s'est efforcé de la 
défendre récemment encore par l'examen détaillé du chapitre 
48 f). Il a conclu très logiquement que le Codex Fuldensis 
doit servir de base pour l'établissement du texte de l'Apolo- 
gétique, et qu'on ne peut accueillir les variantes des autres 
manuscrits qu'avec une très grande défiance. 

3'^ En publiant l'Apologétique de Tertullien dans son excel- 
lente petite collection, Florilegium patristicum, à l'usage des 
élèves en théologie (l^e éd. en 1906, 2^ éd. en 1912), M. Gérard 
Rauschen, professeur d'histoire ecclésiastique à l'Université 
de Bonn, a dû se prononcer entre les opinions de Havercamp 
et de Caiiewaert. Il ne s'est prononcé ni pour l'une, ni pour 
l'autre. D'après lui, on ne peut pas distinguer une tradition 
pure et une tradition remaniée, ni une première édition et 
une édition définitive de Tertullien lui-même. Le Codex Ful- 
densis a subi des retouches, aussi bien que les autres manus- 
crits. Des deux côtés, le but des remanieurs a été de rendre 
la langue plus facile à comprendre, le style plus clair, moins 
recherché, les idées plus intelligibles pour le commun des 
lecteurs. Telle serait donc l'origine des nombreuses addi- 
tions, suppressions et substitutions que révèle la comparaison 


(') C. Caiiewaert, Le Codex Fuldensis, le meilleur manuscrit de 
Tertullien, dans la Revue d'hist. et de litt. religieuses, 7, 1902, pp. 
322-353. 

(^) Ad. Harnack^ Die Chronologie der aitchristl. Literatur, 2, 
p. 226, n. 2. Adh. d'Alès, La théologie de Tertullieji (Paris^ 1905), 
p. 6. M. Schanz, Gesch. der roem. Litt., 3, 2" éd., p. 350. 

(^) C. Caiiewaert, La valeur du Codex Fuldensis pour le réta- 
blissement du texte de V Apologeticum de Tertullien, dans les MÉLANGES 
Charles Moelleu, I, p. 165-178 (Recueil de Travaux de la Fac. 
de Phil. de Louvain, 40« l'asc. Louvain, Van Linthout, et Paris, 
Picard, 1914), 


6 INTRODUCTION 

des deux traditions manuscrites {^). V Apologétique est un 
des écrits les plus difficiles à comprendre que l'antiquité 
latine, chrétienne et profane, nous ait laissé. La difficulté 
vient surtout de la langue et de la manière de Tertullien. 
C'était en même temps un des écrits les plus intéressants pour 
le public chrétien de la fin de l'Empire et du haut moyen 
âge, un de ceux qui trouvèrent le plus de lecteurs. Serait-il 
étonnant qu'outre les accidents communs, les manuscrits 
eussent subi, plus que ceux d'aucun auteur, les surcharges, 
les corrections, les remaniements destinés à expliquer, à 
compléter la pensée et l'expression ? (2), 

M. Rauschen admet que la tradition du Codex Fuldensis 
est restée plus pure que celle des autres manuscrits. 

La critique est donc autorisée à chercher dans l'une et 
dans l'autre tradition ce qui représente le plus fidèlement 
la pensée et le style de Tertullien : mission malaisée et délicate, 
travail si difficile, pensons-nous, que nul ne peut se flatter 
d'y réussir jamais complètement : opus arduum profecto et 
innumeris fere diffîcultatibus involutum I (^). Dans sa deuxième 
édition, plus encore que dans la première, M. Rauschen a fait 
place aux variantes du Codex Fuldensis, chaque fois qu'elles 
lui paraissaient l'emporter sur celles des autres manuscrits. 

L'exposé qui précède montre clairement combien il importe, 
pour établir le texte de V Apologétique, de trancher d'abord 
la question de l'origine des deux traditions. Viennent-elles 
de deux éditions successives procurées par Tertullien lui- 


(^) Voy. les ProUgonuiia de Rauschen, 2*éd.^ p. 7. 

(^) Sur l'état des mss. de Tertullien, voy. les travaux d'E. Kroy- 
mann, dans la Préface du vol. 47 du Corpus script. eccL, dans 
Sitzungsberichti der Wiener Akademie, vol. 143 (1900), et Rhein. 
Muséum, N. F., Bd 78, 1913, p. 128 et ss. Voy. surtout les conclu- 
sions de ce dernier article, p. 151. 

(3) C'est ainsi que W. Hartel et G. Wissowa qualifient la mission 
confiée à Aug. Reiffercheid, de procurer l'édition de Tertullien dang 
le Corpus script, eccl. (Préface du t. 20). 


INTRODUCTION 7 

même ? Si oui, est-ce F ou P qui représente l'édition défini- 
tive ? Ou sommes-nous en présence de deux recensions dont 
l'une procède de l'autre ? Ou les deux recensions procèdent- 
elles l'une et l'autre d'un même texte primitif ? {^). 

De la réponse que l'on donnera à ces questions dépendra 
l'autorité de chacune des deux traditions. 

Or, pour résoudre la question de l'origine, nous pensons 
qu'il importe d'exécuter un travail préliminaire : c'est de 
rétablir l'une et l'autre tradition dans son intégrité. Quand 
ce travail sera fait, on verra clairement ce qui appartient en 
propre à l'une et à l'autre, ce qui forme la marque distinctive 
de chacune ; on pourra les comparer aisément et utilement 
dans l'ensemble et dans les détails, et tirer des conclusions 
de cette comparaison. Tant que ce travail n'est pas fait, tant 
qu'on est réduit à comparer des fragments souvent fautifs, 
on court le risque d'endosser aux deux traditions des lacunes, 
des additions, des substitutions, des leçons fautives dont 
elles ne sont pas responsables. Il est trop facile de dénigrer 
l'une au profit de l'autre, si l'on ne commence pas par réparer 
l'outrage des ans, si on ne les purge d'abord l'une et l'autre 
des fautes accumulées par les accidents auxquels s'est trouvé 
exposé tout texte transmis par l'écriture. 

L'édition de Fr. Oehler, qui repousse en principe les leçons 
du Codex Fuldensis, peut donner une idée approximative de 
la tradition commune. Cependant elle est loin d'être à la 
iiauteur de la critique actuelle et elle néglige aussi trop systé- 


(1) Notons, pour mémoire, l'hypothèse de W. Hartel. En com- 
parant le texte de V Apologétique à celui du traité Ad nationes, il a 
cru remarquer que le Codex Fuldensis se rapproche souvent plus du 
texte de ce traité que les autres manuscrits. Il en a conclu que le 
Codex Fuldensis est issu d'une tradition revue et corrigée d'après 
le traité Ad nationes. Une comparaison plus approfondie montre 
que, dans d'autres passages, les autres manuscrits ressemblent plus 
au traité Ad nationes que le Codex Fuldensis : une revision systéma- 
tique est donc exclue. Patrist. Stud., II, p. 21. Voy. C. Callewaert, 
Le Codex Fuldensis^ p. 228-229. 


8 INTRODUCTION 

matiquement le témoignage du Codex Fuldensis. En effet, 
comme nous verrons, malgré la différence des traditions, l'une 
peut et doit servir à corriger certaines fautes de l'autre. 

Le Codex Fuldensis, au contraire, est resté une masse brute 
{rudem adhuc massam), pour emprunter à Tertullien une 
expression qui ne préjuge pas de la valeur de ce ms., une pierre 
précieuse non taillée, comme dit Harnack, qui est disposé 
à regarder ce ms. comme le meilleur, suivant l'opinion de 
Callewaert (^). 

Notre but unique, pour le moment, est de rétablir, autant 
qu'il est possible, la tradition manuscrite dont le Codex 
Fuldensis, collationné par Modius, est resté le seul témoin. 

Nous nous réservons d'examiner dans une étude spéciale 
{La double tradition manuscrite de l'Apologétique de Tertullien) 
le problème de l'origine de la double tradition et d'exposer 
notre opinion avec les arguments qui peuvent l'appuyer. 

II. État de la tradition manuscrite. 

C'est Sigebert Havercamp, comme nous venons de le dire, 
qui a le premier reconnu et affirmé, dans son édition de 1718, 
qu'il existe deux traditions manuscrites de V Apologétique. 

L'une de ces traditions est représentée par une trentaine 
de manuscrits (^) : elle est commune à tous les écrits de 
Tertullien. Seule connue jusqu'en 1597, elle a servi jusque-là 
et même jusque Rigaltius (1637) de base unique à toutes les 
éditions de V Apologétique, et l'on peut dire que jusqu'à la 
deuxième édition de Rauschen (1912), elle en est restée la 
base principale. On peut l'appeler la tradition commune et 
donner le nom de vulgate au texte qui est fondé sur elle. 

L'autre tradition est propre à l'Apologétique : on peut donc 
l'appeler la tradition spéciale. On peut aussi lui donner le nom 


(^) Tert.,De an., 37, p. 364, 13. Ad. Harnack, Chron., 2, p. 226, 
n. 2. 

(^) H.Hoppe, dans Woçhejischr, fur hlass. Philologie, 1914, p. 462, 


INTRODUCTION 9 

de tradition de Fulda, parce qu'elle n'est représentée que 
par un seul manuscrit connu, un Codex Fuldensis. 

1 . La tradition commune. — Nous n'avons pas entrepris de 
collationner tous les manuscrits qui représentent cette tradi- 
tion. L'Académie de Vienne a confié cette mission à M. H. 
Hoppe, professeur au Gymnase de Minden, qui aura l'hon- 
neur de publier V Apologétique dans le Corpus scriptorum 
ecclesiasticorum latinorum (i). Nous ne pouvons considérer 
que deux manuscrits. Mais l'un est de beaucoup le plus 
correct de tous : c'est le Codex Par isinus 1623, auquel nous 
joignons le Codex Montispessulanus H, 54. 

Le Codex Par isinus 1623, que nous désignons par P, ne 
contient que l'Apologétique. Il est en parchemin et d'une belle 
écriture du X^ siècle. Voyez la planche, à la fin de notre 
édition. Sur la première page, on lit Claudii Puteani {^). Le 
titre est Apologyticum f) Tertulliani de ignorantia in Christo 
lesu. 


(^) L'Académie de Vienne confia d'abord cette mission à Aug. 
Reifferscheid, qui devait éditer toutes les œuvres de Tertullien, Il 
vint à mourir en 1887 avant d'avoir publié le i" vol., qu'il avait 
préparé. Ce volume parut en 1890, par les soins de G. Wissowa et 
W. Hartel. G. Wissowa devait continuer la publication, mais, ab- 
sorbé par d'autres travaux, il eut pour successeur E. Kroymann, 
qui a publié le IIP volume en 1906 et prépare la publication du II®. 
U Apologétique, qui est certes le morceau le plus difficile, a été 
confié à H. Hoppe, connu par d'excellents travaux sur la langue de 
Tertullien. 

(^) Claude Dupuy^ mort en 1594^ avait réuni beaucoup de manus- 
crits. Ses fils Pierre (1582-1651) et Jacques (1586-1656) furent 
gardes de la bibliothèque du roi. Jacques légua 260 mss. à cette 
bibliothèque. 

(^) Apologyticum n'est pas une erreur de scribe, mais une défor- 
mation de la basse latinité pour Apologeticum. Tel paraît être le 
titre authentique. Il est vrai que S. Jérôme, parlant de Tertullien 
{Epist., 70, 5)^ dit Apologeticus eius et qu'il appelle toujours (^/Jwj!.^ 


10 INTRODUCTION 

A la même famille appartient le Codex Montispessulanus 
H, 54 (M), en parchemin, d'une écriture très lisible, mais 
beaucoup moins soignée, du XI® siècle. C'est un grand in- 
folio à deux colonnes. Il reste 1213 colonnes. Après six autres 
écrits de Tertullien, V Apologétique remplit les colonnes 1119 
à 1213, mais la fin manque, depuis les mots inculcationibus 
densamus du chap. 39,3. En tête du ms. on lit : Tertulliani 
opéra ex libris collegii Oratorii Trecensis (Troyes) ; à la dernière 
page, il porte ces mots : P. Pithoei. Il a donc appartenu à 
Pierre Pithou et après la mort du célèbre jurisconsulte (1596) 
il passa à la bibliothèque de la ville de Montpellier. En tête 
de l'Apologétique, on lit : Apologiticum Tertulliani Cap{ut) 
de ignorantia in Christo lesu. 

Nous avons collationné ces deux manuscrits sur la première 
édition de G. Rauschen (Bonn, 1906) et nous avons publié 
cette collation dans le Musée Belge, XVI, 1912, p. 188-240 (i). 

11 en résulte que M, qui est d'un siècle environ postérieur à P, 
est aussi beaucoup moins correct {^). On y retrouve les va- 
riantes distinctives de la tradition commune, mais le texte 
est défiguré par de nombreuses fautes de copie. Cependant 


jo, 4; 80, 2 ; 84, II) les ouvrages de ce genre Apologeticus (se. liber). 
Mais Laclance^ parlant également de Tertullien {Div. inst., s, 4, 3), 
Isidore de Séville^ qui a en vue l'ouvrage de Tertullien {Etym.j 6, 
8, 6) et les bons manuscrits de Tertullien disent Apologeticum, 
c'est-à-dire 'ATToXoy-fiTtxo'v, au neutre pris substantivement. 

Les mots de ignorantia etc. sont précédés de Cap{ut) dans M : 
ils forment le titre du chap. I. C'est un pieux scribe qui aura ajouté 
in Christo lesu. 

(') En 1910^ M. Hoppe avait eu l'amabilité de nous communi- 
quer les principales variantes de P et de M, d'après la collation de 
Reifferscheid. En collationnant nous-mème les deux manuscrits, 
dont le gouvernement français avait bien voulu autoriser l'envoi à 
l'Université de Liége^ nous n'avons pas manqué de tirer profit des 
notes de M. Hoppe. Nous tenons à lui renouveler ici l'expression 
de notre reconnaissance. 

(^) Voyez aussi H. Hoppe, dans Woch.f. M. Philologie, l. c. 


INTRODUCTION 11 

il vient quelquefois appuyer heureusement les variantes de P 
et il a même conservé l'une ou l'autre leçon meilleure que celles 
de P. Nous n'avons pas cru nécessaire de le citer continuelle- 
ment. 

2. La tradition spéciale. Le Codex Fuldensis. — La tra- 
dition propre à V Apologétique est représentée aujourd'hui par 
un seul manuscrit que la bibliothèque du monastère bénédictin 
de Fulda possédait encore en 1589 et qui contenait l'Apologé- 
tique et le traité Contra ludaeos (i). 

Dans la dispersion de la bibliothèque de Fulda au XV 11^ 
siècle, ce manuscrit s'est perdu. Il a fini par être mis en 
pièces, car on en a retrouvé récemment dix feuillets dans la 
Bibliothèque Nationale à Paris. Ces feuillets ne portent que 
quatre chapitres (6 à 9) du traité Contra ludaeos. Ils ont été 
examinés et collationnés par Aug. Reifferscheid. C'est E. 
Kroymann qui a reconnu qu'ils viennent du Codex Ful- 
densis (2). 


(') Le catalogue des manuscrits de Fulda, dressé en 1589, a été 
publié par C. Scherer, dans Centralblatt f. Bibliothekswesett, Beih. 26 
(Leipzig, T912), à la suite des recherches de F. Falk sur la Biblio- 
theca Fuidefisis. A la page 106, nous trouvons: Apologeticum Ter- 
tullianiy contra ludaeos. 

(^) E. Kroymann, Zur Ueherlieferungsgeschichte des Tertullian- 
texttSj p. 130, n. I (Rhein. Mus., N.F., Bd. 78, 1913): « Jusqu'à 
présent ce ms. a passé pour entièrement perdu et nous devions nous 
contenter de la collation faite par Modius et publiée par Junius 
(Franeker, 1597). Heureusement nous en avons conservé dix feuil- 
lets {Adv. IndaeoSy cap. 6-9) dans le Parisinus 13047, qui est formé 
de mss divers... Au sentiment de Reifferscheid, ces feuillets sont 
du IX« siècle ou de la première moitié du X«. La comparaison entre 
la collation de ces feuillets faite par Reifferscheid et la collation de 
Modius ne laisse aucun doute sur l'identité et nous donne en même 
temps l'assurance que la collation de Modius, bien que pas tout-à- 
fait complète, mérite une confiance absolue » {zwar nicht ganz 
VPllst^ndig, aber dufchaus zuverlàssig), 


12 INTRODUCTION 

Heureusement, si la partie du manuscrit qui contenait 
V Apologétique, doit être regardée comme perdue à jamais, 
nous en avons une collation très complète, faite en 1584 par 
Modius et publiée en 1597 par Junius. 

III. La collation du Codex Fuldensis par Modius. 

L'humaniste François de Maulde, gentilhomme flamand, 
naquit à Oudenbourg, en Flandre, le 4 août 1556. Après une 
vie agitée, il obtint, en 1590, une prébende de chanoine « non 
sujette au sacerdoce )\ à Aire (Pas de Calais), grâce à son ami 
le comte Charles d'Egmont, Il mouiut à Aire, le 22 janvier 
1597, à l'âge de 40 ans. 

Modius était un ardent chercheur et collationneur de manus- 
crits. Réagissant contre les excès de la critique conjecturale, 
il fut un des premiers à voir clairement que c'est avant tout 
par la comparaison des manuscrits qu'il faut rétablir le texte 
des auteurs anciens. « On est frappé, dit son biographe (^), du 
nombre considérable de manuscrits qu'il a pu collationner. Il 
ne s'épargnait du reste ni le temps ni les peines pour aller les 
étudier partout où il s'en trouvait, ni les instances pour en 
demander l'envoi à ceux qui les possédaient, » Chassé par les 
troubles qui agitaient son pays, il se rendit en Allemagne en 


(') Alph. Roersch^ notice dans la Biographie Nationale, publiée 
par l'Académie royale de Belgique, t. 14, col. 921-935 (1897). D" 
même auteur: La bibliothèque de Fra7içois Modius (192* livraison du 
Bull. hist. de la Société des Antiquaires de la Morinie, 1900) ; Les 
aventures d'un gentilhomme flamund {Revue Générale, Bruxelles, mai- 
juin 1907); Particularités concernayit Modius {Musée Belge, janvier 
1908, avec portraitde Modius). Ce dernier article est un supplément 
à l'ouvrage important de Paul Lehmann, Franciscus Modius als Hand- 
schriftenforscher (Munich^ C, H. Beclc, 1908, 152 pp.), dans Quellen 
und l/jitersuch. zur latein. Philologie des Miitelalters, herausg. von 
L. Traube, III, i. Sur la date de la mort de Modius, voy. A.Roersch^ 
dans le Musée Belge, 1. c, p. 83, , 


INTRODUCTION 13 

1580 et vécut à Cologne, à Francfort et à Wurzbourg, jusqu'en 
1584. Partant de Wurzbourg, où il avait trouvé un asile pen- 
dant trois ans, pour rentrer dans sa patrie, il s'arrêta à Fulda 
du 13 septembre au 12 décembre 1584 (i), pour dépouiller la 
riche bibliothèque de manuscrits du monastère bénédictin. 
Parmi les manuscrits qu'il y découvrit et qu'il collationna 
s'en trouvait un qui contenait V Apologetkum et le Contra 
ludaeos de Tertullien. Il le collationna, avec grand soin, sur 
l'édition que René Laurent De la Barre venait de publier à 
Paris en 1580. Il dressa donc une liste de variantes, indiculus 
variantium lectionum, comme l'appelle Junius, dans laquelle 
il transcrivit les passages de René L. De la Barre, les faisant 
suivre de la leçon du manuscrit.C'estdu moins sous cette forme 
que son travail fut publié par Junius en 1597 (2). 

1. Les destinées de la collation de Modius. — Grâce 
à VAvis au lecteur dont Junius fit précéder sa publication et 
à la biographie de Modius reconstituée par Alph. Roersch et 
puis par P. Lehmann, nous pouvons suivre les destinées de la 
collation de Modius jusqu'à sa publication. Il est utile de le 
faire pour apprécier à sa juste valeur la publication faite par 
Junius. Voici VAvis au lecteur : 

CHRISTIANO LECTORI S. 

Quum hoc Septimii Tertulliani opus totum iam adornatum esset, 
commode scripsit e Noricis iuvenis eruditissimus et horum studio- 
ru m amantissimus Gaspar Schoppius Francus ad me, et se instituto 
meo faventem praebuit officiosissime. Misit eiiim opportune ac- 
cessionem huius operis non contemnendam, quam cum mais notis 


(') La Bibl. royale de Munich possède un manuscrit autographe 
de Modius, qui contient notamment le journal de Modius pendant 
les années 1581-1588. On y lit : Id. sept, veni Fuldam, ubi excussi 
hihliothecam illam nohiUin usque 12 Decemhris 1584. Voy. P. Leh- 
mann^ p. 66. 

C) Le ms de Brème a la même forme. Voy. plus loin. 


14 INTRODUCTIOM 

et observationibus publico iuri addicerem. Est autem haec accessio^ 
variantium lectionum in Apologeticum et libruni ad versus ludaeos 
jndiculus, quas ex MSS. meiiibranarum collatione ante complureis 
annos praesertim ex MS. Fuldensis aujj.SoXfi^ vir doctissimus Fran- 
ciscus Modius Brugensis observaverat. Habuerat eas apud se vir 
amplissimus M. Velserus Augustanus Consularis et Annalium scrip- 
tor accuratissimus perdiu. Et ne semper iacerent otiosae, cum 
Schoppio antiquitatis scientissimo amice communicaverat. Horum 
itaque fide, Chrisliane Lector^ visum est variantes lectiones illas 
reliquo operi nostro adtexere^ et suo auctori reddere : quod officium 
nec illis ingratum confido fore a quibus oblatum est, nec inutile 
Reip. litterariae nostrae. Habet enim hic Indiculus variantes lectio- 
nes sanequam optimas, et quae auctoris stilum tani sapiunt quani 
quod maxime, Id quidem verum est collationem fuisse factam cum 
eo exemplari quod Renatus Laurentius Lutetiae Parisiorum anno 
MDLXXX Barraeo auclore ediderat. Quod exemplar multis modis 
superavit Pamelianae editionis fides^ quae post biennium ferme 
sequuta est. Atque hincfactum, ut auctoris verba, ad quae variae 
lectiones adscribuntur, Parisiensi illi editioni respondeant. Sed haec 
res adiumento potius Lectori diligenti, quam impedimento futura 
est. Sic enim videtur magis publico commodatum esse^ quum et 
Barreanae lectionis habentur rudera, et Pamelianae emendationes 
(quarum multae praerogativo suftragio optimi illius MS Fuldensis et 
auctoritate fîrmantur) ante oculos sunt^ et multae etiam longe me- 
liores utraque illa ex ms. proferuntur. Nolui gravissimo auctori rem 
suam, Schoppio nostro et aliis per quos res haec collata est laudem 
suam^ pio Lectori fructum suum interverti : cum iuris praeceptum 
commune sit, lUS suum cuique tribuere. Tu itaque^ Christiane 
Lector, his féliciter utere et Vale. 

Modius ne se servit jamais lui-même de sa précieuse liste de 
variantes. En 1591 et 1592, il fit un séjour à Augsbourg (^) 
et entra en relations avec le richissime et savant patricien Marc 
Velser (2), à qui il fit cadeau de sa collation du Codex Fuldensis, 


(') A. Roersch, Aventures, p. 20. P. Lehmann, p. 26. 
Ç^) Marcus Velserus ou Marcus Welser (1558-16 14) appartenait à 
une célèbre famille patricienne d'Augsbourg^ enrichie par le com- 


INTRODUCTION 15 

comme il lui fit don, plus tard, en 1596, d'une collation de ses 
Panegyricae lediones, extraites d'un excellent manuscrit de 
Saint-Omer (i). Voulait-il reconnaître un service rendu ? 
Modius n'était d'ailleurs pas avare de ses trésors d'érudition. 
Vers 1579, on le voit de même offrir à Pamelius la collation 
d'un manuscrit de Tertullien, qu'il avait faite à Cologne {^). 

Il avait sans nul doute renoncé à faire usage de sa collation 
du Codex Fuldensis, car il en laissa la libre disposition à Velser. 
Celui-ci, dit Junius, la conserva chez lui <» très longtemps » 
{habuerat eas apud se... perdiu), ce qui signifie sans doute 
« quelques années ». Puis, pour que la collation ne restât pas 
inutile à jamais {ne semper lacèrent otiosae), il la remit à un 
philologue très jeune encore, mais déjà très érudit, Gaspar 
Schoppius f ). Ayant appris que Franciscus Junius (*) était 
occupé à faire imprimer une nouvelle édition de Tertullien, 
à Franeker, en Hollande, Schoppius lui envoya à son tour la 
collation de Modius, pour qu'il la publiât avec les notes qui 
devaient accompagner le texte. L'impression de Junius était 
trop avancée pour qu'il piJt tirer profit de ce cadeau imprévu ; 
mais il en apprécia tout de suite la valeur et il Imprima Vindi- 


merce, qui fut, comme les Fugger^ créancière de Charles-Quint. Il 
fut conseiller d'Augsbourg depuis 1592. Savant historien de sa ville 
natale, il publia le premier la carte routière de l'Kmpire romain^ 
connue sous le nom de Tabula Petttingcriana (1598). 

(^) A. Roersch, Biogr. nat., p- 934-935. P. Lehmann^ p. 115» 

(^) P. Lehmann, p. 99-100 (lettre non datée). 

(•^ Kaspar Schoppe^ né en 1576, à Neumarkt (Palatinat),avait 
21 ans^ quand il envoya la collation à Junius. Il mourut le 19 nov. 
1649, à Padoue. — De même, Velser abandonna à Livineius les 
Panegyricae lediones reçues de Modius. Livineius s'en servit pour 
son édition des XII Panegyrici veteres (Anvers, Plantin, 1599). A. 
Roersch, Biogr. nat., p. 935; P, Lehman, p. 115. 

("*) Franciscus Junius (François du Jon) naquit à Bourges en 1545. 
II termina sa carrière comme professeur de théologie à Leyde et 
mourut en 1602. Cf. F. W. Cuno, Franciscus Junius der Aeltere. 
Amsterdam^ 1891. 


16 INTRODUCTION 

culas variantium lectionum tout entier, en appendice à son 
deuxième volume, qui vit le jour l'année même de la mort 
de Modius (Franekerae, 1597). C'est ainsi que le travail de 
Modius nous a été conservé (*). 

2. La copie de Brème. — Est-ce l'autographe de Modius 
qui passa de main en main et qui fut enfin remis à Junius ? 
Celui-ci ne le dit pas formellement. Ce qui est sûr, c'est que 
Schoppius avait joint des notes personnelles à la collation, 
comme on le verra plus loin, et qu'il existait plus d'un exem- 
plaire de cette collation manuscrite, comme le prouve la copie 
partielle conservée à Brème. 

Nous devons à M. H. Hoppe la connaissance d'un manuscrit 
de la Stadtbibliothek de Brème, C, 48 (Bh), qui contient (pp. 
131-146) le début de la collation de Modius, du ch. I au ch. XV 
fin (2). Or, la copie de Brème, que le bibliothécaire de la ville 
de Brème a bien voulu nous envoyer à l'Université de Liège, 
diffère de la publication de Junius en plusieurs points. 

1) Elle contient, dans les deux premiers chapitres, quelques 
variantes qui manquent dans Junius et elle donne souvent 
les autres plus exactement. 

2) Elle omet une grande partie des observations qui accom- 
pagnent les variantes dans Junius. 

3) Elle donne au moins une observation que Junius ne 
connaît pas. 


(^) Les schedae Schoppianae, comme on a appelé l'exemplaire 
envoyé par Schoppius à Junius, sont perdues. Quant à l'édition de 
Junius, elle est devenue assez rare. W. Hartel {Pairist. Slud.j IL 
p. 2i) s'est contenté de ce qu'il appelle une collation très exacte du 
Cod. Fulden&is faite par Reiiferscheid. Ce ne pouvaient être que des 
extraits de la collation imprimée par Junius, que ReifFerscheid avait 
faits en vue de l'édition de Tertullien qu'il préparait et qu'il n'a pu 
achever. On en a conclu à tort que les schedae Schoppianae existent 
encore. 

(^) Ce ms. a 17 cm. de haut sur 10 de large. Il contient des va- 
riantes de Paul Diacre, S. Cyprien, Tertullien, etc. 11 est d'une belle 
écriture d'humaniste du XVP siècle. 


ÎNTRODUCtlON 17 

4) Enfin, elle s'arrête à la fin du chap. XV, par ces mots : 
Cetera vide in editione luniana. 

Quand l'auteur de la copie de Brème a commencé à trans- 
crire les variantes, il ignorait sans doute que Junius les avait 
imprimées. Après s'en être aperçu, il crut inutile de continuer 
son travail (i). 

D'où lui venait l'exemplaire sur lequel il copiait ? On n'en 
sait rien, mais ce n'était certainement pas l'impression de 
Junius ni l'exemplaire manuscrit que Junius avait reçu de 
Schoppius : les différences sont trop grandes. Il résulte de là, 
qu'on avait fait au moins une copie manuscrite de la collation 
de Modius. On peut même supposer que l'un des détenteurs 
successifs en avait fait faire plusieurs exemplaires. 

Nous avons reproduit, dans le Musée Belge, 16, 1912, pp. 
188-240, le texte de la collation de Modius, telle qu'elle a été 
imprimée par Junius, avec les principales variantes de la copie 
de Brème ; nous avons mis au bas des pages les variantes de 
P et de M (2). 

VI. La publication de la collation par Junius. 

1. La collation, telle que Junius Va publiée, ne contient-elle 
pas d'autres variantes que celles du Codex Fuldensis ? — Il 
faut poser cette question ; en effet, dans son Avis au lecteur, 
Junius appelle la liste de variantes qu'il avait reçue de Schop- 


(^) Voyez plus loin. Le ms. de Brème ne peut pas être l'auto- 
graphe de ModiuSj puisqu'il est resté incomplet. 

(*) Nous prions le lecteur de bien vouloir corriger les fautes d'im- 
pression suivantes : 4, 5 : ms. débet (pour de /éi). — 5, 7 : guos nullus 
Vesp. — 6, 7 : ms. cum my. suis. — 6^ 11 : ms. ut (pour us). — 
I4j 5 : ms. est etille de Lyr. — 19, i (p. 209, 1. 16-17) '• cecinit. — 
ib. (p. 210,3) : ridetis. — 21, 6 : auctoris (pour auctioris). — 21,25 : 
ms. d. verodiff, — 2\, 3 : ms. aut l. sanctaseic. — 22, 7 (p. 216, 1. 2): 
dtvinatioms (pour divinitatis). — 23,3: gîilam (pour galam). — 
24; 3 : peritiae et {t^out perttiae etc.). — 34, 2 : ms. ad. quod etc. - 


18 ÎNTRODUCTION 

pius : Variantiiim lectionum in Apologeticum et librum advenus 
Judaeos indiculus, qiias ex MSS. membranarum collatione ante 
complureis annos praesertim ex MS. Fuldensis (suiK^okri, vir 
doctissimus Franciscus Modius Bmgensis observaverat. 

S'il fallait en croire Junius, les variantes de Modius seraient 
donc tirées de plusieurs manuscrits et principalement du Codex 
Fuldensis. Ce serait un mélange de variantes puisées à des 
souices diverses et inconnues, et l'on ne pourrait déterminer 
ce qui appartient en propre au Codex Fuldensis. La complica- 
tion serait bien embarrassante pour qui voudrait établir la 
valeur de ce manuscrit. 

F. Oehler ne s'est pas arrêté à l'affirmation de Junius. Un 
examen approfondi de ces variantes avait suffi pour le con- 
vaincre qu'elles venaient d'une seule et même source : esse 
nias non ex compluribus, ut lunius censebat, variarum biblio- 
thecarum codicibus collectas, sed de uno fonte petitas (^). 

Après mûr examen, nous pensons que Junius doit s'être 
trompé (2) : il aura mal compris ce que Schoppius lui avait 
écrit. Il semble même se contredire vers la fin de son Avis au 


35j 3 (p. 226^ 1. 5): a/ios dies et quae observant, — 37^ 2 : ms. ne m, 
quidem. — 37^ 4 (p. 228^ 1. 4): ms, reliquimus t. — 38^ 5 : In quo 
vos. — 39^2: preccitionibus — 39^3 (p. 238, \. \): voratrinis. — 
40, 8 : ms. m. perfudit. 41^ 5 : nostri catissa. — 47^ i : in hac quoque. 

— 47j 2 : (9w«««o abest. — 47^ 14 -.E.fi. suyit nostra. — 50, 12 
(p. 239, 1. I d'en bas) : damnandam. — Nous reproduisons d'ailleurs 
la collation de Modius à la fin de ce volume. 

Dans P et M. 4^ I : suggillandam P. — 8^ 7 : virulentiam MP^. — 
9^ 14 : boculos M. — 12,6 '. probetis] reprehendistis PM. — 25,2: 
occurrit. — 25^ 3 (adde) : magis fatum voluisse quam suae P. — 
32j I : degererare M. — 34, 3 : tamquam si iiabens PM. — 35, 7 : 
inculta P'^. — 36, 3 : sed exceptione P. — 40, 15 : adorantur. — 
\i, 4 : dispicitis P. — 44, i : corrumptor P. — 45,5: deliquendi P. 

— 46, 1 3 : priennenses. 

(^) Au tome I de son édition (1853), p. XIX, 
{^) Nous avions jugé autrement dans le Musée Belge, art. cité^ 
p. 185. 


INTRODUCTION 19 

lecteur, où il ne parle plus que du manuscrit de Fulda (optimi 
illias ms. Fuldensis). 

On hésite à croire que Modius ait mêlé, sans aucune indi- 
cation de source, des variantes d'origine diverse et par consé- 
quent d'autorité et de valeur différentes. Lui, qui attachait 
une si grande importance à la comparaison des manuscrits 
pour l'établissement des textes, devait savoir que les manus- 
crits n'ont pas une égale valeur. 11 devait comprendre que 
les matériaux qu'il rassemblait seraient d'un usage difficile, 
s'il les jetait pêle-mêle. A y bien réfléchir, on ne comprend 
même pas comment il aurait procédé pour intercaler, dans la 
liste dressée à Fulda, les variantes de plusieurs autres manus- 
crits, inconnus d'ailleurs ; il faudrait admettre qu'il combina 
plus tard des collations diverses. Remarquons que, pour chaque 
passage, la collation ne donne jamais qu'une seule variante^ 
ce qui serait vraiment étonnant si Modius avait dépouillé plus 
d'un manuscrit, et que la source indiquée est uniformément 
ms., le manuscrit. Toutes portent d'ailleurs le même caractère, 
comme Oehler l'a remarqué, celui d'une seule et même recen- 
sion différente de P. Il en résulte que, si elles provenaient 
même de plusieurs manuscrits, il faudrait admettre que ces 
manuscrits appartiennent tous à la tradition spéciale de 
V Apologétique Q). 

Au surplus, puisqu'il faut choisir entre junius et Modius, 
nous préférons prendre parti pour Modius, qui n'était pas 
moins consciencieux qu'actif ; car Junius, comme nous allons 
voir, s'est acquitté de sa tâche avec une certaine incurie, pro- 
venant peut-être de la hâte qu'il avait de terminer l'impression ' 
de son ouvrage. 

Enfin, nous pouvons opposer à son témoignage celui d'un 
inconnu, mais d'un humaniste qui a fait preuve de plus de soin 
que lui : c'est l'auteur de la copie de Brème, Cette copie porte 
en tête (p. 131) : Variantes lediones in Teriulliani Apologe- 
ticum adversus génies et Librum adversus ludaeos ex manus- 


(^) Cf. C, Callewaert^ La valtur du Codex Fuldensis^ dans les 
MÉLANGES Charles Moeller^ tome I, p, 177. 


2Ô ÎMTRODUCtlOl^ 

cripto Fuldano longe optimo. Collatus est autem ille scriptus 
codex cum editione Renati Laurentii Pans, a" (15)80. La copie 
de Brème, nous l'avons vu, est indépendante de Junius et 
des schedae Schoppianae. Elle a eu pour modèle, sinon l'auto- 
graphe de Modius, du moins une copie faite sur cet autographe. 
Or, l'auteur de la copie de Brème dit clairement que la colla- 
tion n'est faite que sur le ms. de Fulda et nous préférons son 
témoignage à celui de Junius, parce que sa copie est beaucoup 
plus exacte que l'impression de Junius. 

Il importe de le prouver, car il en résultera qu'on ne peut 
accepter le texte de Junius qu'avec une certaine défiance. 

2. Junius n'a pas reproduit exactement la collation de Modius. 
— En premier lieu, nous ne retrouvons pas dans Junius un 
certain nombre de variantes que nous lisons dans le ms. de 
Brème. 

1,3. Quid hinc dépérit] ms. quid hic dépérit. 

1, 4. Civitatem etc.] ms. obsessam vociferantur civitatem. 

Et dignitatem] ms. etiam dignitatem trans. 

2, 4.. Confessio eo] ms. confesso eo nomen. 
2, 15. Servire legem] ms. servate legem. 

Ces omissions sont graves. Si elles étaient imputables à 
Junius, elles prouveraient ou sa négligence ou les libertés qu'il 
crut pouvoir se permettre. Mais il serait étonnant que Junius 
eiàt omis ces variantes, s'il avait eu sous les yeux le même 
exemplaire que le copiste de Brème ou un exemplaire tout à 
fait semblable. Il est donc très probable que les schedae Schop- 
pianae envoyées à Junius n'étaient ni l'autographe de Modius, 
ni même une copie tout à fait complète. 

En second lieu, Junius n'imprime pas exactement le texte 
qu'il a reçu. Voici quelques exemples empruntés au texte de 
De la Barre, que nous pouvons vérifier : 

De la Barre a : Junius imprime : 

I, I indiciis iudiciis 

I, 8 propius proprius 

1 , 1 1 deprehensi depraehensi 

2, I deberet débet 

2, 15 ad versus adversantur 


INTRODUCTION 21 


5, 7 leges istae leges ista 


lO 


5 coUigam collegam 

12, 4 Cereri Caeteri 

Dans tous ces cas, la copie de Brème est exacte. Voici quel- 
ques cas curieux. Nous lisons dans Junius : 

9, 15 Negandi, si non] ms. necandi, sinon. 

La variante porte sur negandi ; or, comme De la Barre a 
necandi, il faut lire sans aucun doute ; 

10, 15 Necandi, si non] ms. negandi, si non (') 

■ Junius imprime encore : 

38, 4 Nihil est nobis dictum] ms. nihil n. d. 

De la Barre a dictu et n. d. doit se lire nobis didu. 

Au ch. 2, 1, De la Barre a deberet (Junius imprime débet) et 
dans la variante d. doit se lire deberet, et non débet. 

Au ch. 25,2, De la Barre a diligentissimae (Junius imprime 
diligentissime) et la variante dit. doit se lire diligentissimae. 

Au ch. 34,2, De la Barre a habens (Junius imprime haberï) 
et dans la variante, h. doit se lire habens. 

L'inexactitude a des conséquences plus graves encore,quand 
elle affecte les variantes de F. Voici ce que nous relevons 
dans les chap. 1-15 : 



Junius 

Bremensis 

I, 

12 Christianos 

Christianus P 

2, 

6 atque 

atqui (adquin P) 


12 quasi 

cum, quasi P P) 

4, 

10 licet et damnentur 

licet et damnent (licet damnent 


1 1 infanticidia P 

infanticida 

5, 

2 sec(ulum) 

i(n) s(eculum) P 


3 maxime 

cum m(axime) P 

6, 

4 à rino 

a(deo) v(ino) P 

7, 

7 etiam ab arbitris 

et ab arbitris (et arbitris P) 


8 an quia velox 

quia velox P {om. P) 


16 quod dicitur semper est 

quod dicitur semper, semper est 


( ) Il nous est impossible de vérifier en ce moment ce que portç 
ici la copie de Brêjne, 


22 INTRODUCTION 

9, 9 degustatum est P degust(atum) 

10 de iugulo Q) P de rigulo 

secator sang(uis) secatos (sacratus P) s. 

11 ructatur (^) P ructuatur 

1 5 quid qd (quidem P) 

qui q(uemadmodum) P 

i6 eXayyas aiebant [xtispoiv ÈÀayyae aiebant isten (= ekx'qv) 

i8 spersum sparsum (asparsum P) 

10, I desinimus P desivimus 
cognorimus (cognoscimus P) cognovimus 

3 sed apud vos sed apud nos (sed nobis P) 

8 et imagine P et imagines 

12, 4 glutini et corephos {^) glutin(um) et conphos 

7 araneae P aranei (*) 

14, 6 neque vero neque vera P 

Dans presque tous ces passages, le copiste de Brème a raison 
contre Junius. Il a conservé la vraie lecture de F d'après le ms. 
de Modius, car c'est presque toujours celle qui convient le 
mieux au texte de Tertullien. A supposer que certaines de ces 
fautes soient attribuables aux schedae Schoppianae, il est pro- 
bable que la plupart viennent dejunius, qui a mal lu le manus- 
crit ou mal corrigé ses épreuves. 

Nous concluons que dans d'autres passages, dont la lecture 
paraît étrange, nous devons nous défier de Junius et que nous 
pouvons soupçonner une erreur. Exemples : 

5, I Dec. pour Deo 

9, I ad ipsum manus » id ipsum munus 


(}) Modius avait certainement écrit : de rigulo, car l'observation 
ajoutée à la variante explique de rigulo et non de iugulo. 

{^) Cf. 23,5 : ruciuatido ; 39, 15 (De la Barre a ructatitibus. 
Modius ne dit rien). 

('') glulinum et gomphos P. Il est évident qu'ici Junius a lu de 
travers ou plutôt mal corrigé ses épreuves. 

(*) Ici seulement le copiste de Brème semble avoir mal copié, 


INTRODUCTION 23 

9, 20 spe four spe. (= species) (i) 

i8, 5 supernominan » supernominant 

24, s alias hircum » alius hircum 

30, 6 bonis » bovis 

39, u Sed si » Sed st. 

Il est probable que, dans ces passages et dans d'autres en- 
core, les lectures fautives ne sont pas imputables au scribe 
du Codex Fuldensis, ni à Modius, ni à Schoppius, mais à 
Junius (2). 

3. Quel est l'auteur des notes, qui accompagnent le texte des 
variantes ? — Dans la publication de Junius, beaucoup de va- 
riantes sont suivies d'une appréciation, d'une explication ou 
d'une conjecture. De qui émanent ces notes, plus ou moins 
longues ? Demandons-le à Junius, qui était tenu de nous le 
dire, car il déclare expressément qu'il a voulu rendre à chacun 
ce qui lui revient, ius suum cuique tribuere : « à Tertullien, 
son bien ; à Schoppius et aux autres, leur mérite {Scfioppio 
nostro et aliis per quos haec res collata est, laudem suam) ; au 
lecteur, l'avantage qu'il y trouve ». 

Qu'a-t-il reçu de Schoppius? Une liste de variantes,dressée 
par Modius et rien d'autre, s'il faut l'en croire : variantium 
lectionum indiculus, variantes lectionesillas. Il dit queSchoppius 
lui a envoyé cette liste pour qu'il la publie avec ses propres 
observations, et ces observations ne sont pas les notes qui 
accompagnent les variantes, comme on pourrait le croire à 
première vue : c'est le commentaire de Junius {castigationes 
et notae), qui remplissent le deuxième volume (310 pages). 
L'Avis au lecteur reste muet sur l'auteur des appréciations 
ajoutées à beaucoup de variantes. Il ne peut être muet que 
si les appréciations sont de Junius lui-même, puisque Junius 
veut rendre à chacun ce qui lui revient. On devrait pouvoir 
conclure que Junius est l'auteur des appréciations. 


(') Malheureusement nous n'avons pas en ce moment la lecture 
de Br sous les yeux. 
(^) Encorç une fqute d'impression : i, i teraittur Tpour fur an tur. 


24 INTRODUCTION 

Mais avec un critique aussi peu sûr que Junius, la logique 
perd ses droits. Examinons donc les notes. En voici une — et 
il n'y en a qu'une — qui mentionne Schoppius : 

39,19 Eruptiones lasciviarum] ms. inceptiones {}). Corrige inrep' 
iionesj ait Schoppius. 

Il faut en conclure que Schoppius avait fait une observation 
sur cette variante et sans doute aussi sur d'autres. Mais ici 
même, c'est Junius qui parle et qui cite Schoppius, et il ne le 
cite qu'ici. C'est qu'ailleurs, dira-t-on, il ne donne pas l'avis 
de Schoppius, mais le sien : car s'il reproduisait l'avis de 
Schoppius, en le prenant à son propre compte, sans en dire 
l'auteur, il ne rendrait plus à chacun ce qui lui revient, et 
Schoppius aurait pu se plaindre d'une pareille indélicatesse. 

On a appelé ces variantes scfiedae Schoppianae, ce qui est 
admissible, en ce sens que Junius les tenait de Schoppius. On 
a attribué aussi toutes les notes à Schoppius : cela paraît tout 
à fait inadmissible. 

Ailleurs encore, il est sûr que c'est Junius qui parle. Ainsi, 
se souvenant de son propre commentaire, dont il vient de 
corriger les épreuves, il lui arrive d'y renvoyer. 39,15 : sed de 
utroque in notis diximus (= vol. II, p. 49). 40,3 : vide notas 
(— vol. Il, p. 50), On voit qu'il a confronté le texte et les 
notes qu'il venait d'imprimer, avec les variantes de Modius 
qu'il avait d'ailleurs trouvées excellentes : habet enim hic 
indiculus variantes lectiones sane quam optimas. 

On estdonc tenté de lui attribuer au moins toutes ces courtes 
appréciations qui sont à la première personne : Quod probo, 
non probo, quod ab auctore putem, idque optime iudicio meo, 
etc., etc. Elles sont si naturelles sous la plume de celui qui 
vient d'étudier et d'annoter tout le texte de ['Apologétique ! 


(') Il est clair qu'il fallait : inceptiones lasciviarum. La variante 
est mal reproduite. De même, au ch. 9, 10, De la Barre a : in pal- 
viulam excepius. Junius imprime : palmulam exceptus et donne la 
variante: palmula ex{ceptus). Cela veut-il dire in pahnuta exceptus? 
Voy. encore 21,8 : lovis et ista sunt numina vestra] ms. ista sunf 
/iumana v. C'est à dire : lovis et ista sunt humana vestra, 


INTRODUCTION 25 

Et pourquoi, dès lors, ne pas attribuer à Junius toutes les 
notes qu'il ne met pas sur le compte d'un autre, c'est-à-dire 
toutes, moins celle de Schoppius (39,19) ? 

Une chose s'y oppose : c'est la copie de Brème. Elle repro- 
duit un certain nombre de notes (i). Si nous avons eu raison 
de faire dériver cette copie d'un exemplaire indépendant 
de la copie envoyée par Schoppius à Junius, si le copiste 
de Brème n'a pas connu Junius au moment où il écrivait, il 
faut bien admettre que la collation était annotée avant d'être 
envoyée à Junius. Ce qui est plus curieux encore, c'est que la 
copie de Brème contient une observation à la première per- 
sonne, qui est inconnue à Junius (2). 

3, 1 Sed malus tantum quod Christianus] ms. illaduo, Sed malus, 
omittit. Le ms. de Brème ajoute : Venustins, ut opinor. 

Ce n'est donc pas Junius qui dit ici : ut opinor. C'est un 
autre. Est-ce le copiste de Brème ? C'est peu probable. Il ne 
fait que copier. Est-ce Schoppius ou Modius lui-même ? On 
ne sait ; mais, puisque ce n'est pas Junius, on est amené à 
croire qu'il se peut très bien que ce ne soit pas non plus 
Junius qui dit : Probo, non probo, etc., qu'il n'a fait le plus 
souvent, comme le copiste de Brème l'a évidemment tou- 
jours fait, que copier des Jugements qui accompagnaient les 
variantes quand il les a reçues. 

Modius lui-même a pu fort bien écrire une partie de ces 
courtes appréciations à la suite des variantes à mesure qu'il 
les notait. Elles sont ordinairement sommaires et dépourvues 
de cette érudition que les humanistes, travaillant à tète repo- 
sée, aimaient à prodiguer. Il lisait deux fois le texte, dans 
De la Barre et dans le manuscrit, et pouvait se faire immédia- 


(*) Le copiste de Brème ne reproduit pas toutes les appréciations. 
Il était sans doute pressé et il semble avoir négligé de parti pris 
certaines appréciations, de même qu'il eii a abrégé d'autres. 

(2) Ceci prouve à l'évidence que le copiste de Brème n'a pas copié 
sur l'impressiop de Junius, 


26 INTRODUCTION 

tement une opinion. Nous savons, d'ailleurs, qu'il passa trois 
mois à Fulda pour collationner quelques manuscrits (i). 

Que conclure ? Que Junius nous présente une macédoine 
d'observations, venant de Modius, de Schoppius, de lui-même, 
qu'il les a toutes prises à son compte et qu'il a sans doute 
donné à plusieurs leur forme définitive. Faudrait-il s'étonner de 
ce procédé étrange de la part d'un critique qui nous présente, 
sans sourciller, ce qu'il prend pour une macédoine devariantes 
tirées de ms. divers, sans indication d'origine ? On n'était 
pas fort pointilleux d'ailleurs sur la propriété littéraire. 

En vérité, la question ne méritait pas en elle-même toute 
cette recherche, car les observations imprimées par Junius 
n'ont pas grande valeur. Mais la solution peut nous édifier 
encore une fois sur Junius et sur le crédit que mérite sa publi- 
cation des variantes de Modius, 

V. La reconstitution du Codex Fuldensis. 

Pour reconstituer le Corfex Fuldensis, nous disposons: 1" de 
la collation de Modius, 2" de l'édition de René Laurent De la 
Barre. 

1. La MÉTHODE DE MoDius. — La collation de Modius 
paraît faite avec un soin extrême: c'est l'impression qu'elle 
produit sur celui qui l'examine de près : esse illas cum fide 
summa ac diligentia ex veteribus membranis excerptas (Oehler, 


(') Il y a quelques références: Pausanias in Arcadicis (3,3), vide 
in lib. de pallio, cap. 2 (4,7), probat Eusebius (5, i), sic Pamelius 
(7,9. Edition de 1579)^ Arnobius libro 6 (9, 10), ut Hesychius loqui- 
tur(9, 16), Varro ("14,4), Adv. Marc, 4^ 12 (14, 8), Vegetius(i5,6), 
Isidorus(23,6), Glossarium (25, 10). Ces références sont vraisem- 
blablement de Junius. 

Cependant, une des observations les plus longues (9, 10), où 
Arnobe est cité, pourrait bien n'être pas de Junius. Elle porte sur 
de rigulo et Junius a imprimé par mégarde de tugulo^ sans voir quç 
c'est de rigulo qui est expliqué. 


INTRODUCTION 27 

p, XIX). La comparaison des feuillets du Contra ludaeos 
conservés à Paris avec les variantes de ce traité, est venue con- 
firmer cette impression (i). 

Ce qui importe est de savoir si Modius a poussé l'exactitude 
jusqu'à noter minutieusement toutes les différences que pré- 
sentait F comparé à l'édition assez défectueuse de René L. 
De la Barre P). En effet, si la collation de Modius était abso- 
lument complète, il suffirait d'introduire les variantes de 
Modius dans le texte de René L. De la Barre pour reconstituer 
entièrement le Codex Fuldensis. Il faut donc rechercher com- 
ment Modius a exécuté son travail. 

Or, il est facile de voir que Modius ne s'est pas borné à faire 
la chasse aux bonnes leçons, aux leçons meilleures que celles 
que donnaient les autres manuscrits. Il note un grand nombre 
de variantes qui sont manifestement fautives, telles que 
animis pour nimis (1, 1) tanti quam pour tanti quanti (3,4), 
et pour ut (4,3), quos pour quas (5,7), tôt pour quot (7,3), semel 
pour simu/(9,17), nequis pour mque (9,18), militatior pour 
militarior (11,16), fadum pour fatum (11,2), vilioris pour 
viliores (13,6), vetustates pour venustates (15,1), infirmo pour 
informi (16,6), aliquando pour aliquanto (21,1) et quando pour 
quanto (39,9), etc., etc. II note les variétés orthographiques 
(venefici pour benefici 22,1 1), celles des noms propres, qui sont 
parfois très fantaisistes (21,29 ; 23,6 ; 24,8 ; 40,3 ; etc.). Les 
feuillets de Paris contenant une partie du Contra ludaeos 
viennent encore une fois confirmer les résultats de cet examen 
et l'on peut dire qu'en principe, Modius a voulu relever toutes 
les différences entre F et l'édition de Barraeus et que celles 
qu'il n'a pas relevées lui ont échappé ou qu'il les a considérées 
comme tout à fait négligeables {^). 


(') Ci-dessus^ p. ii, n. 2. Kroymann dit que la collation mérite 
toute confiance. 

(^) Il arrive souvent que F est en désaccord avec Barraeus, mais 
d'accord avec P. 

(^) Voyez ci-dessus, p. ii, n. 2. Kroymann dit que la collation 
n'est pas absolument complète, 


28 INTRODUCTION 

2. L'ÉDITION DE René L. de la Barre. — Cette édition 
sera donc d'un précieux secours et fournira souvent les leçons 
de F. En principe, le silence de Modius équivaut à l'affirmation 
de la conformité entre F et De la Barre. Nous désignons par ""F 
les leçons supposées de F que nous tirons de Barraeus. 

On comprend qu'il subsiste toujours un certain doute sur 
l'authenticité de ces leçons. On peut toujours se demander si 
Modius, qui a relevé tant de variantes, n'a pas laissé échapper 
celle dont il s'agit, ou s'il ne l'a pas négligée de propos déli- 
béré, la trouvant insignifiante. 

Quand Modius a relevé une variante dans le mot voisin, 
il devient à peu près sûr qu'il n'y en avait pas à relever dans 
le mot dont il s'agit. Ainsi, au ch. 40,14, Barraeus a : cauponis 
et lupanaribus operati Q). Modius note : Lupanaribus operati] 
ms /. operantibus. Si le Codex Fuldensis avait eu caiiponiis{P), 
au lieu de cauponis, il est à peu près certain que Modius aurait 
relevé cette variante. Au chap. 8,7, Barraeus a : item partis 
qui sanguinis viruleniiam conligat. Modius relève la variante 
sanguinis iurulentiam et ne touche pas à qui ... conligat. P a : 
item panis, quo sanguinis iurulentiam conligas, ce qui convient 
admirablement au contexte. Et pourtant nous tenons pour 
certain que F avait qui ... conligat, parce que Modius relève 
une variante entre ces deux mots. Les cas de ce genre sont très 
nombreux. 

Et cependant nous n'oserions pas pousser ce principe jus- 
qu'au bout. En effet, nous avons un indice qui prouve que 
Modius a considéré comme négligeables certaines différences, 
peu importantes d'ailleurs. Au ch. 16,8, nous lisons : Omnibus 
diis] ms. semper habet Deis, et Dei : non DU. Or, il aurait pu 
faire cette observation plusieurs fois avant le ch. 16 ; il avait 
négligé jusque-là de noter cette différence de forme. Il est 
probable qu'il a cru pouvoir passer sur d'autres variantes. 


(}) Cauponiis dans P, de la forme cauponium, qui serait unique 
dans les auteurs (voy. le Thés. l. L, \\\, 657), peut être une faute de 
copiste, comme naufragiis pour naufragis (39^ 6), et 3,\x contraire, 
paedagogis pour paedagogiis (13^9), etc. 


INTRODUCTION 29 

comme il l'a fait dans le Contra ludaeos. Nous avons pris soin 
de recueillir au bas des pages, en petits caractères, les leçons 
de Barraeus non conformes à P, que Modius nous a paru avoir 
négligées, comme insignifiantes. Dans un grand nombre, il 
ne s'agit que de l'ordre des mots ; d'autres sont évidemment 
fautives et P fournit la correction à faire. 

VI. Reconstitution de la tradition spéciale. 

Il ne suffit pas de reconstituer le Codex Fuldensis ; il faut 
s'en servir pour reconstituer la tradition qu'il représente, en 
d'autres termes, il faut le corriger. En effet, aussi bien que P, 
F contient beaucoup de fautes. 

1. Utilité de P pour corriger F. — Or, pour corriger F 
nous pouvons avoir recours à P, mais seulement dans une 
certaine mesure, car il est contraire à notre but de les fu- 
sionner. 

Nous avons admis que F et P représentent deux traditions 
très différentes de V Apologétique, sans vouloir rechercher, 
pour le moment, quelle est leur origine. Il a suffi, pour nous 
en convaincre, de considérer les variantes nombreuses qui les 
distinguent depuis le commencement jusqu'à la fin. Envi- 
sagées de notre point de vue, ces variantes se divisent en deux 
classes : les unes sont intentionnelles et les autres sont acci- 
dentelles. 

Variantes intentionnelles. — Ce sont en grande partie des . 
leçons qui, tout en différant complètement sous le rapport 
de l'expression et même de la pensée, sont admissibles les unes 
et les autres ou dénotent une intention évidente de modifier 
le texte : elles forment en quelque sorte des doublets. Chacune 
des deux traditions a donc ses éléments propres qui la caracté- 
risent, qui la distinguent de l'autre tradition et qui procèdent 
non pas des accidents ordinaires auxquels tout texte est exposé 
(distractions et erreurs des copistes successifs, etc.), mais d'une 
intention bien arrêtée de remanier le texte, de lui donner une 
forme nouvelle. 

Si l'on veut — comme nous le faisons — réserver la question 


30 INTRODUCTION 

de l'origine (l'un des deux textes procède-t-il de l'autre, qui 
serait le texte primitif, ou procèdent-ils tous les deux d'un 
même texte primitif ?), si l'on veut se borner à rétablir, autanf 
que possible, chacune des deux traditions dans son intégrité, 
pour pouvoir ensuite les comparer l'une à l'autre, il faut 
se garder de remplacer les éléments propres à l'une par les 
éléments propres à l'autre. Certains vices de f5ensée et de 
style peuvent trahir un remanieur trop peu familiarisé avec 
les écrits de Tertullien ; ils peuvent être le signe d'un 
remaniement maladroit, méconnaissant la pensée et le style 
de l'auteur. 

Ces éléments distinctifs sont des remaniements ou retouches 
dans l'une des deux traditions, si l'une procède de l'autre. 
Ils peuvent être des remaniements dans l'une et dans l'autre, 
si toutes les deux procèdent d'un même texte primitif ; mais, 
dans ce cas, il arrive plus souvent que l'une des deux ait con- 
servé le texte primitif. On voit que nous ne pouvons pas y 
toucher, même s'ils prêtent le flanc à la critique, puisque nous 
ne voulons pas faire autre chose que reconstituer la tradition 
de Fulda avec toutes ses particularités, avec ses qualités et 
ses défauts. 

Variantes accidentelles. — A côté de ces variantes qu'on 
peut appeler intentionnelles, puisqu'elles procèdent de l'in- 
tention de modifier le texte, il y a de nombreuses variantes 
accidentelles. Ce sont les leçons entachées d'une faute, qui ont 
pour cause les distractions et les erreurs des copistes succes- 
sifs. Chose curieuse, soit dit dès maintenant, ces leçons fau- 
tives ne sont que rarement communes à F et à P, et c'est 
encore une preuve évidente que F et P représentent des tra- 
ditions tout à fait distinctes. 

Avant de mettre en parallèle les deux traditions, il faut 
d'abord les purger l'une et l'autre de ces fautes que l'inatten- 
tion ou l'ignorance des copistes successifs ont accumulées 
dans F comme dans P ; car l'un et l'autre ont beaucoup souf- 
fert de l'injure du temps ou des copistes. 

Or, dans ce travail d'épurement, il y a plusieurs cas où P 
peut et doit venir au secours de F, comme F peut et doit venir 
en aide à P. La comparaison de l'un avec l'autre nous rendra 
un double service : elle nous mettra souvent sur la voie 


INTRODUCTION 31 

pour découvrir une faute ou elle confirmera l'existence d'une 
faute déjà découverte, et elle fournira l'émendation, la leçon 
authentique.. Elle facilitera le diagnostic et elle indiquera le 
remède. 

C'est un travail très délicat de faire le départ entre les 
variantes intentionnelles et les variantes accidentelles. Aussi 
vaut-il mieux n'écarter du texte de chacune des deux tradi- 
tions que les variantes qui sont évidemment fautives et qui 
résultent sûrement d'un accident. Quand on peut hésiter sur 
la cause et sur l'origine d'une variante, il est préférable de 
ne pas la bannir du texte et de la réserver à l'étude compara- 
tive des deux traditions considérées dans leur ensemble. 

Mais ce n'est pas seulement P qui vient en aide pour corriger 
F ; nous avons certains témoins indirects du texte de V Apolo- 
gétique qui sont antérieurs à F et à P et que nous pouvons 
interroger, pourvu que nous le fassions avec discrétion. 

2. Utilité des témoins indirects pour corriger F. — 
Dans les premiers mois de l'année où TertuUien écrivit son 
Apologétique (an 197 après J.-C), il avait composé son traité 
Ad nationes i^). Dans V Apologétique, adressé aux gouverneurs 
des provinces, il reprend souvent les idées de ce traité, sous 
une forme très peu différente. S'il était établi que F se rap- 
proche plus du traité Ad nationes que P, on pourrait y voir 
la preuve que F est antérieur à P, qu'il représente une tradi- 
tion antérieure à celle de P, à moins qu'on n'admette que F 
a été revisé après coup sur le traité Ad nationes. Mais pour 
pouvoir raisonner de la sorte, il faut commencer par établir 
le texte de F et celui de P. 

Avons-nous donc à tenir compte ici du témoignage de VAd 
nationes pour établir la tradition de Fulda ? — Non, certes ; 
car nous ne voulons pas rétablir le texte le plus ancien (nous 
ne sommes pas encore censé le connaître, nous ne savons pas 


C) W. Hartel, Patrist. Stud., II, p. 15. A. Harnack, Chronologie, 
n, p. 258. M. Schanz, Gesch. der roem. Litt., VIII, p. 286 et 289. 
P. Monceaux, Hisi. litt. de r Afrique ehrétienne, I, p. 212-219. 


32 INTRODUCTION 

encore si c'est F ou si c'est P) ; nous voulons seulement réta- 
blir la tradition de Fuida dans son intégrité, c'est-à-dire telle 
qu'elle était dans les manuscrits non entachés de fautes acci- 
dentelles. 

Il faut en dire autant de la traduction grecque de V Apolo- 
gétique, dont Eusèbe (i) nous a conservé cinq fragments (2), 
des passages que Rufin a empruntés à l'original latin (^), de 
ceux dont S. Cyprien (*), l'auteur du traité Qnod idola dii non 
sini (S), et Lactance (^) ont fait leur profit, de celui que VAlter- 


(^) Dans son Histoire ecclésiastique^ écrite sous Constantin et 
arrêtée en l'an 323 CEd. E. Schwartz), Eusèbe cite cinq fois textuel- 
lement une traduction grecque de l'Apologétique. Ceiie traduction 
n'était pas d'Eusèbe, ni de Tertullien (qui donna une édition grecque 
de trois de ses ouvrages). Harnack pense qu'elle fut publiée en 
Orient, peu après la publication de l'original latin, avant le milieu 
du III^ siècle. Ad. Harnack^ Die griech. Ueberseizung des Apol. Ter- 
tullians (Texte und Untersuch., VIII, 4, 1892, p. 1-36). 

(2) Voy. Apol., 2, 6-7 (Pline et Trajan) et 5, 1-7 (les empereurs 
et le christianisme). Sur le premier passage, comparez aussi S. Jé- 
rôme, Chronique d'Eusèbe, ad ann. 2134 (Ed. A. Schoene, 2, p, 165). 

(3) Rufin, né vers 345, mort en 410, traduisit en latin l'ouvrage 
d'Eusèbe. Il connaissait le texte latin de V Apologétique et tantôt il 
reproduit l'original (2, 2, 5-6; 2,25, 4 ; 3, 20, 7), tantôt il suit la 
paraphrase d'Eusèbe (2,2, 2-3), tantôt il se borne à renvoyer le 
lecteur latin à Tertullien (3, 33, 3 ; 5, 5, 7). 

(*) W. Hartel n'a malheureusement pas relevé les passages très 
nombreux oii S. Cyprien s'inspire de Tertullien. S. Cyprien ne pas- 
sait pas un jour, dit S. Jérôme (De vir. ill., 53) sans lire Tertullien, 
et il disait à son secrétaire : Da mngistrum ! Les imitations de 
Y Apol, sont surtout visibles dans le traité Ad Demetrianum. 

(5) Edité avec S. Cyprien, par W. Hartel {Corpus scr. eccL, vol. 
3, I, p. 19-31. 

(6) Ed. Sam. Brandt, Index auctorum, p. 265 {Corpus scr. eccL, 
vol. 27, 2). 


INTRODUCTION 33 

catio Heracliani O a presque textuellement reproduit, enfin 
des emprunts d' Isidore de Séville (2), 

Ce serait défigurer la tradition de Fulda que de la modifier 
uniquement pour la rendre conforme à ces témoignages. 

Au contraire, quand sera venu le moment de comparer F 
et P, nous pourrons tirer argument de leur ressemblance plus 
ou moins grande avec les témoins indirects du texte de V Apolo- 
gétique. 

A cette règle il y a une exception. Les témoins indirects, 
de même que P, peuvent nous mettre sur la voie d'une faute 
de F, et, dans une certaine mesure, confirmer l'existence d'une 
faute constatée, appuyer la correction fournie par P ou 
fournir la correction, si P ne la fournit pas. 

Les exemples vont montrer clairement ce que nous venons 
de dire. 

Les fautes accidentelles dont P et les témoins antérieurs 
nous aideront à débarrasser F peuvent être divisées en plu- 
sieurs catégories : 

1° Les omissions accidentelles ou lacunes ; 

2° Les additions accidentelles ; 

3° Les transpositions accidentelles ; 

40 Les autres leçons fautives qui procèdent d'un accident. 

Nous allons passer ces fautes en revue : nous laisserons de 
côté tout ce qui peut être regardé comme une retouche faite 
avec l'intention bien arrêtée de modifier le texte primitif ; 
nous relèverons, au contraire, tout ce qui peut résulter 
d'une distraction ou d'une méprise des scribes successifs, 
tout ce qui peut être considéré comme accidentel. 


(') Voy. ApoL, 2T, 12-14. 

(^) Isidori Etymologiarum sive Originum libri XX. Ed. W. Lind- 
say. Oxford, 1911. Cf. Max Klussmann, Excerpta Tertullianea in 
Isidori Etymologiis. Hambourg, 1892. Voy. surtout : Apol. 6, 7 = 
Etym., 5, 27, 35. Apol. 18, 5 = Etym., 6, 3, 5. Apol. 48, 14 = 
Etym.,19,6,4. Klussmann a oublié Apol. 21, 8 = Etym. 8,11, 35. 


34 INTRODUCTION 

On comprend, qu'entre ce qui est certainement accidentel 
et ce qui est sûrement intentionnel, il y a place pour des diffé- 
rences de lecture dont l'origine est douteuse. Les variantes 
de cette sorte sont très nombreuses. Nous le répétons, elles 
ne pourront être utilement discutées que dans la comparaison 
entre les deux traditions qui sera réservée à notre étude sur 
la double tradition manuscrite. 


EXAMEN DU CODEX FULDENSÏS 

Quae a librariis dormitantibus aut addita sunt aut 
mutata. Hikronymus, Epist. ad Damasum. 

OMISSIONS ACCIDENTELLES OU LACUNES 

VII. Lacunes de F. 

Le Codex Fuldensis contient un certain nombre de 
lacunes. Appelons ainsi les omissions qui ne procèdent 
pas d'une intention de remanier le texte, mais d'un acci- 
dent. Ce qui les trahit presque toujours, c'est un vide 
manifeste et intolérable dans la pensée ou dans la forme. 

Dans certains passages, on peut encore reconnaître 
la cause évidente de l'erreur et voir comment l'accident 
s'est produit. Le copiste a fait ce que L. Havet (§ 441) 
appelle « un saut du même au même », c'est-à-dire d'une 
lettre à la même lettre, d'une syllabe à la même syllabe 
ou d'un mot au même mot. C'est une des variétés de 
l'haplographie. 

La chance d'omission est minima (§ 442), quand les 
deux portions de textes semblables sont en contact. 
Dans ce cas, on peut appeler « dédoublement » le saut du 
même au même. 

On trouve généralement dans P les éléments qui man- 
quent dans F pour combler le vide. 

N. B. Nous mettons entre crochets obtus ( ) les éléments 
restitués. Nous les empruntons à P, sauf avis contraire. 


36 LACUNES DE F 

13,9 paedagogi<i>s 
39,15 cenae Serapiac<ae> 
41,6 maie <e>veniunt 

Voici des passages où il y a omission de plusieurs mots : 

30,1 et super omnes <deos. Quidni ? cum super omnes} 
homines 

37,6 subfudisset pudor<e> utique dominationem vestram 
<tot taliumcumque civium amissio, immo etiam et ipsa destituti- 
one punisset. Procul dubio expavisset ad solitudinem vestram}, 
ad silentium rerum etc. 


— 13,9. Ici, le scribe a pu aussi confondre deux mots 
différents. 

— 39,15. Serapiae F. — Le scribe, lisant Serapiaeae, 
n'aura écrit ae qu'une fois. 

— 41,6. mala eveniunt P. — Cf. 40,9 : non ab his evenire. 
Adv. Marc, 2,6, p. 343,7 : nihil a Deo malt evenire potuisse. 

— 30,1. Le copiste a sauté du premier omnes au second. 
La ressemblance entre omnes et homines a pu contribuer à le 
troubler. — Les mots rétablis d'après F rendent le sens plus 
clair. Quidni ? cum est une tournure familière à TertuUien. 
Voy. 22,1 et 46,5. Cf. Hartel, Patrist. Stud., I II, p. 10. 

— 37,6. Si les chrétiens avaient déserté l'Empire, dit 
TertuUien, la perte de tant de citoyens aurait été pour les 
Romains à la fois une honte et une punition. Les Romains 
auraient été épouvantés de voir l'Empire désert et ils ne 
seraient plus assez nombreux pour résister à leurs ennemis 
(§ 7-8). Les mots omis par F sont nécessaires au sens : ils 
annoncent le développement qui suit. — Pudore a perdu son e 
final, peut-être parce que le scribe, trouvant la phrase déjà 
mutilée dans son original, a voulu donner un sujet à subfu- 
disset. Mais on ne dit pas pudor subfundit aliquem ; on dit : 
subfundere aliquem pudore ou rubore ; de là : subfundi (pudore), 
subfusus et subfusio. On dit aussi rubor subfunditur alicui 
(Liv., 30, 15,1). Au ch. 4,9, il y a un jeu de mots. Hoppe, 
Syntax, p. 139. 


LACUNES DE F 37 

39.6 et pueris ac <puellis re ac> parentibus destitutis 
46,11 non posset <et doleret, si non esseV) potitus 

Nous croyons qu'on peut ajouter : 

14.7 qiiercum et (hircum et} canem 

Pour comprendre que le scribe ait sauté du premier 
vestram au second (37,6), bien que le second fût placé 
à une telle distance du premier, on doit supposer que 
vestram était deux fois en évidence au début ou à la fin 
d'une ligne, ou encore que le deuxième vestram était 
placé verticalement au-dessous du premier. Dans l'un 
et l'autre cas, on peut mesurer la longueur des lignes 
dans l'original. La lacune comprend 106 lettres, c'est-à- 
dire quatre lignes de 26 ou 27 lettres ou deux lignes de 
53 lettres. Il est plus probable que les lignes du modèle 
étaient de 53 lettres environ ; car, plus le deuxième ves- 
tram était rapproché du premier, plus facilement le saut 
de l'un à l'autre pouvait se produire. 

Ce calcul va nous expliquer peut-être l'omission invo- 
lontaire de trois autres passages qui pouvaient former 
le contenu d'une ou de deux lignes : 


— 39,6, L'omission est évidente. 

— 46,11. L'omission, conditionnée par la ressemblance 
de posset et de esset, est hors de doute, parce qu'il est resté 
un mot de la proposition conditionnelle, le mot potitus, dont 
la présence ne s'explique pas autrement. Il est vrai que Modius 
ne donne pas potitus (il s'arrête à esset). De la Barre a esset 
potius au lieu de esset potitus, mais c'est sans doute une faute 
d'impression, car depuis Rhenanus on imprimait esset potitus. 

— 14,7. Ici les mots hircum et ne sont indispensables ni 
au sens ni à la grammaire ; mais 1) ils sont dans ?;2)Ad nat., 
1, 10, p. 79,18, témoigne en leur faveur, et 3) la cause de la 
méprise du copiste saute aux yeux. 


38 LACUNES DE F 

4,1 in Christianis non esse quae in se non nesciunt 

<esse, simul uti erubescant accusantes, non dico pessimi 

optimos), sed et iam ... (52 lettres) 

15,1 et Dianam flagellatam <et lovis mortui testamen- 

tum recitatum et très Hercules famelicos inrisos >. 

{63 lettres) 

21,19. Et tamen subfixus <multa mortis illius propria 

ostendit insignia. Nam) spiritum 

Voici maintenant des passages où l'existence d'un élé- 
ment absent de F et d'ailleurs nécessaire au sens, est 
attestée par une autorité plus ancienne que nos manus- 
crits, par la traduction grecque de l'Apologétique, que 
cite Eusèbe, et par Rufin : 

5,1 iam <deo> propitius esse 
5,3 nisi (grande) aliquod bonum 


— 4,1. Junius dit déjà : Ubi versus omissus videtur. En 
effet, sed et iam (ou sed iam P) demande un premier membre, 
non dico (cf. 40,5 ; 43,2). Sur in se non nesciunt, voy. plus loin, 
Appendice I. 

— 15,1. C'est un quatrième et un cinquième titre de mimes. 
Assurément, trois auraient suffi ; mais, si Tertullien n'en 
avait mis que trois, on n'aurait guère songé à en ajouter deux 
autres. Du reste, ces titres ne sont pas mentionnés ailleurs. 

— 21,19. Ce passage est nécessaire pour expliquer la valeur 
que Tert. attribue aux deux faits qui signalèrent {propria) 
la mort du Christ, qui sont propres à cette mort, et qui sont 
introduits par Nam. Il ne comprend que 43 lettres. Peut-être 
le mot spiritum complétait-il la ligne. Sa ressemblance exté- 
rieure avec subfixus a pu suffire pour tromper le scribe. 

— 5,1. Eusèbe, 2, 2, 5 : 9e^, ['>v5u e^va'.. Rufin, ib. : iam 
deo propitius esse. Le sens exige deo. 

— 5,3. Eusèbe, 2, 25, 4 : e^ jj./; (Jiéya v. âyaOov r\y. Rufin, ib. : 
non nisi grande aliquod bonum. Le texte de Junius n'est pas 


LACUNES DE F 39 

Malheureusement, il arrive souvent que la cause de 
l'accident nous échappe, sans que nous soyons avertis 
par un témoignage ancien. Cependant, dans beaucoup 
d'autres passages, nous pouvons établir l'existence d'une 
lacune avec certitude. 

Si P possède un ou plusieurs mots qui manquent dans 
F, c'est un indice qui ne peut nous fournir qu'une pré- 
somption, mais une présomption qui n'est pas négligeable. 
Si un indice interne, c'es-t-àdire un vice grave de sens 
ou de syntaxe, vient confirmer cette présomption et s'il 
suffit d'intercaler dans F les éléments fournis par P pour 
porter remède au mal, l'existence d'une lacune devient 
certaine. 

Voici des passages qui nous paraissent être dans ce cas : 

1,6 quanti <et> denotamur 

1,9 malunt <nescire> qui<a> 

— Adeo <quod nesciunt), praeiudicant 


fort clair. Barraeus a : non nisi aliquid bonum grande. La 
collation ne reproduit que aliquid grande et met à sa place 
aliquod. F n'aurait donc pas grande. Mais il se peut qu'il y 
ait une erreur de transcription et il est probable que la va-, 
riante ne porte que sur aliquid. 

— 1,6. Tertullien aime à joindre et à un corrélatif pour 
insister sur le rapport qui existe entre les deux propositions. 
Voy. P. Henen, Index verborum quae Tert. Apol. continentur, 
p. 47. 

— 1,9. Malunt reprend amant ignorare du § 8, qui est 
trop loin pour qu'on puisse sous-entendre ici ignorare. Le sujet 
de malunt est le même que celui de promovent, amant, gau- 
deant {homines). Il faut donc quia et non (//) qui. 

— Quod nesciunt est nécessaire pour former antithèse avec 
51 sciant. P a : quod nesciant^ déjà corrigé par les premiers 
éditeurs, 


40 LACUNES DÉ F 

2,12 ergo nos innocentissimos <iudicatis> 

3,3 in suffragium <inpingunt> enarrantes : Quae 

4,10 Quas neque annorum <numerus> neque condito- 

rum dignitas 

7,3 simul atque <adparuit>, inimica est 

10,2 statim, ut <illos non esse) cognovimus 

16,7 Sed et Victorias adoratis, cum trophaeis <cruces> 

intestina sint. 


— 2,12. Lacune évidente : ce verbe est indispensable. 

— 3,3. F a enarrantes à la place de inpingunt. Il faut, en 
tous cas, un verbe principal qui régisse in suffragium, et l'on 
peut lire : in suffragium inpingunt enarrantes : « Quae mulier... 
Cependant enarrantes paraît superflu et ressemble à une glose 
complétive. Cf. De an., 47, p. 378, 34 : praeter enarrationem 
facultatis. 

— 4,10. On ne peut pas bien dire : annorum dignitas. — 
Remarquons que le relatif quas désigne les lois en général 
et non les lois à réformer. // est pris dans un sens plus étendu 
que l'antécédent. Cette sorte de licence syntaxique n'est pas 
rare. On la trouve dans Cicéron {Pro Mil., 26,69 ; De kg., 
3, 20, 47), Salluste {lug., 6,3), Sénèque {De otio, 3,1 ; 6,4. 
Ep.43,3; 53,1 et 5; 59,6), Juvénal (5,43-45 ; 155), etc. Voy. 
J. Vahlen, Opusc. acad., I, p. 67-68 ; R. Waltz, ad Sen., De 
otio, 3,1 ; Paul Thomas, dans le Bull, de l'Acad. roy. de Belg., 
Classe des Lettres, 1914, p. 24. 

— 7,3. Cette idée revient 14,7 et 46,6. Le verbe est indis- 
pensable. 

— 10,2. et statim cognorimus F; et statim cognovimus 
Br ; ex quo illos non esse cognovimus P. — F est fort corrompu 
ici : et (pour ut) a été mis avant statim ; de plus, illos non esse 
a été omis. 

— 16,7. cum in tropheis cruces intestina sint tropheorum 
P. — Ad nat., 1, 12, p. 83,13 : Victorias (Victoria A) ut nu- 
mina, et quidem augustiora, quanto laetiora, veneramini, 


LACUNES DE F 41 

17.4 vultis ex animae ipsius testimonio <comprobemus> 

17.5 cum tamen resipiscit ... <et> sanitatem suam 
patitur 

18,5 grammaticorum <tunc> probatissimi 
21,4 docebantur <de> promerendo Deo 

21.10 Hune enim <Zeno> déterminât 

21.11 propriam substantiam <spiritum> adscribimus 


Constructione (con ione A) quo (quid A) melius extollant, 

cruces erunt intestina quodammodo tropaeorum (...paeum 
A). Itaque in Victoriis et cruces (cruce À) colitis (colit A). 
Voy. Hartel, Patr.Stud., Il, p. 59, notes. Kroymann, Quaest. 
Tert. ait., p. 40, et le chap. XIII: Transpositions. — Les 
trophées les plus simples sont formés d'un pieu surmonté 
d'une barre transversale (en forme de croix), auquel on 
suspendait les armes des vaincus. Ces trois textes ne se com- 
prennent que si les trophées, monuments des victoires, 
portaient aussi le nom de Vidoriae. « Vous adorez aussi les 
Victoires, bien que les trophées (c'est-à-dire les Victoires) 
aient pour entrailles des croix ». S'il en est ainsi, le mot 
cruces manque dans F. L'Agobardinus semble avoir le gén. 
grec tropaeum (TpoTiaîwv). 

— 17,4. Le sens et la construction exigent comprobemus. 

— 17,5. 18,5. 21,4. 21,15. 24,8. L'omission en apparence 
inconditionnée d'un mot court est fréquente. Elle a souvent 
pour cause le voisinage du même mot ou d'un mot semblable. 
L. Havet, § 420. 

— 21.10. P a Zeno. De même au ch. 50,9. Il a Zenon au 
ch. 46,13. Les deux formes sont fréquentes. Neue-Wagener, 
Formenlehre, I, p. 246 et 249 (éd. 1, p. 158 et 160). Les noms 
propres sont exposés à toutes sortes d'accidents. Voy. 46,15. 

— 21,11. Spiritum nous paraît nécessaire à cause de nam 
et Deus spiritus. Le sens est : Le Verbe est esprit ; il a été 
proféré par Dieu... ; car Dieu aussi est Esprit. Nous main- 
tenons adscribimus {inscribimus P), car Tert. aime à employer 
adscribere avec deux accusatifs. Voy. l'Appendice I. Mais 


42 LACUNES DE F 

21,15 paternae potestatis acceptae <et> divinitatis 

exsertae 

22,6 pabula ... imaginibus <oblata> 

23.6 medicinarum <demonstrator> 
24,8 <per> ipsam quoque Italiam 
31,3 ut <omnia> tranquilla sint vobis 

35.7 sed <haec> Christianus 


il dit aussi : adscribere ou inscribere aliquid alicui « attribuer, 
assigner qqch. à qqn. » Adv. Marc, 1,7, p. 299,11 : id ergo 
summum magnum, quod Deo adscribimus. Ibid., 1,3, p. 294,21 : 
quam ut et illi proprium divinitatis adscripseris. Etc., etc. De 
an. 19, 310, p. 15 : sed nos cor por aies quoque illi (se. animae) 
inscribimus limas. 

— 21,15. Les mots paternae potestatis acceptae et manquent 
dans P. — Havercamp regarde paternae potestatis acceptae 
comme une glose. Cependant ces mots paraissent être bien 
à leur place ici et l'omission d'un mot court tel que et est 
fréquente. Sur l'idée, voy. Psalm.,2,8. loann., 5,22. Act. apost., 
10,32. Ad Rom., 1,4. Ad Hebr., 1,5; 5,5. Apoc, 2,27: dabo illi 
potestatem super gentes. 

— 22,6. oblata est exigé par le sens et par la grammaire. 

— 23,6. medicinarum ne peut être complément de sub- 
ministrator, qui a pour complément vitae. Ici F et P ont des 
lacunes différentes, car P n'a pas vitae. Voy. plus loin, chap, 
IX sur 1,11. 

— 31,3. Ce passage fait allusion à Paul, ad Tim., I, 2, 1-2, 
qui recommande de prier pour les rois et pour toutes les auto- 
rités, ut quietam et tranquillam vitam agamus. F a.: ut tran- 
quillae sint vobis. On pourrait suppléer res. Sali., Cat., 16,5 : 
tutae tranquillaeque res omnes. Liv., 38, 28, 1 : in ceteris pro- 
vinciis tranquillae res fuerunt. 

— 35,7. P a haec et F a sed. Haec est nécessaire et sed est 
utile pour marquer l'opposition, Il faut donc lire ; Jiaec ou 
Sed haec, 


LACUNES DE F 43 

39,6 <nec> potaculis nec ingratis voratrinis 

45,1 ab m<con>temptibili doctore 
46,15 quam <Plato> Dionysio 

47.5 alii incorporalem adseverant, <alii corporalem) 

47.6 alius <ex> igni 
48,4 et <quod> omnino 
49,3 inpunitis ut <in>noxiis 
50,9 acerba<ta> tantum 

Les lacunes que nous venons de constater dans F ne 
peuvent pas être mises sur le compte de la tradition de 


— 39,6. Nec est nécessaire ; l'asyndeton n'est pas de mise 
ici. 

— 45,1. F a intemtibili. Le signe abréviatif de con paraît 
avoir été omis. 

— 46,15. Voy. 21,10. 

— 47,5. C'est l'opinion des Stoïciens qui manque. Elle est 
nécessaire. Les opinions différentes sont d'abord groupées 
deux à deux et puis une à une. De praescr., 7,4 : et ubi materia 
cum deo aequatur, Zenonis disciplina est. 

— 47,6. Il faut ex igni, comme ex atomis et ex numeris. 

— 48,4. Sans quod, la phrase est boiteuse. 

— 49,3. inpunitis exige innoxiis. Il faut traduire : « Car 
nos croyances sont semblables à (celles de) beaucoup d'autres, 
à qui vous n'infligez aucune peine quand ils sont accusés au 
sujet de pareilles choses, (et qui sont) impunis parce qu'ils 
sont inoffensifs ». Il semble que multis aliis soit le masc. (com- 
paraison abrégée pour multomm aliorum opinionibus). Le 
texte de P n'a pas cette comparaison abrégée. Accusare 
aliquem in aligna re est déjà dans Cicéron. Thés. l. /., I, 351, 77. 

— 50,9. La scribe de F n'a écrit qu'une fois les lettres ta. — 
Acerbare, « rendre amer », et de là « aggraver » est employé 
assez souvent depuis Virgile (Aen., 11, 407) par les imitateurs 
de Virgile et en prose depuis TertuUien. Voy. le Thés. l. /., 
S. V. Ici acer bâta nous semble exigé par les mots intercalés 


44 LACUNES DE P 

Fulda : elles sont accidentelles. Elles sont assez nom- 
breuses et quelques-unes sont assez importantes : ce qui 
prouve combien la tradition spéciale a souffert du temps. 
On peut même se demander s'il n'y a pas d'autres pas- 
sages où F doit être complété par P et par les témoins 
antérieurs à l'un et à l'autre, sans que la grammaire et le 
sens trahissent l'omission. 

VIII. Lacunes de P. 

Comparé à P, F ne présente pas seulement des lacunes, 
mais aussi de nombreuses additions et la question se pose 
aussitôt si ces additions sont voulues ou si P a omis acci- 
dentellement ces éléments. Dans le premier cas, elles 
constituent des éléments distinctifs de F ; dans le second 
cas, il faut les rétablir dans P et cette différence entre les 
deux traditions disparaît. 

Or, il en est de P comme de F : il contient des lacunes 
nombreuses, dont une partie est certaiiPiement ou très 
vraisemblablement imputable à des accidents. 

N, B. Ici nous mettons entre crochets obtus <( )> les éléments 
qui manquent dans P et qui sont fournis par F. 

Voici d'abord des exemples où les deux portions de 
textes semblables, dont l'une a été sautée, sont en contact. 


entre flagella et acerbata : la flagellation des jeunes Spartia- 
tes, cruelle par elle-même, est rendue plus cruelle, aggravée, 
irritée, par la présence de leurs proches qui les exhortent 
encore à les supporter courageusement, 


LACUNES DE P 45 

4,10 licet <et> damnent 

7,7 et <ab> arbitris caveant 

10,5 di<di>cit 

19,5 subputa<to>riis 

35,7 adpare<re>nt 

38,5 noviss<im>e 

42,5 ubi<ubi> 

46,14 hos<pi>tibus 

47,4 <in> incertum. 

Voici deux exemples du « saut à distance », de finale 
à finale ou d'un mot au même mot (Havet, § 456) : 
21,19 non sclerunt : (ratione non deprehensa negave- 
runt) 


— 4,10. et = etiam. Junius a imprimé et damnentur, mais 
Br a et damnent. Ce cas est douteux, car la répétition de la 
syllabe et. dans F s'expliquerait par la raison inverse. Mais 
le sens est mieux satisfait si l'on admet et. 

— 10,5. didiscit F ; didicit M. Ici, M qui appartient à la 
tradition commune, a mieux conservé le texte. 

— 19,5. 38,5. 46,14. Dans ces passages, on peut admettre 
que ce sont des mots semblables qui ont été confondus l'un 
avec l'autre. 

— 35,7. pareret F ; adparent P. L'indic. présent, au lieu 
du mode de la non-réalité, ne paraît pas convenir ici. Oehler 
compare 23,19, qui n'est pas semblable. F et P ont subi des 
accidents différents. Dans F, on pourrait lire parèrent, car 
Tertullien dit parère pour adparere. De resurr., 14, p. 44, 1 : 
totumporro hominemex utriusque substantiae concretione parère. 

— 42,5. ubiubi ou ubicumque, avec le sens du pronom 
indéfini {ubivis, ubique) est nécessaire. F a ubicumque. 

~ 47,4. Cf. Ad. nat., 2,2, p. 96,2 : per quod in incertum 
abiit. 

— 21,19. Ces mots sont nécessaires, car c'est negaverunt 


46 LACUNES DE P 

37,4 et <orbem iam et) vestra omnia implevimus 

On trouve un autre exemple du même accident dans M 
seulement, mais pas dans P, ni dans F : 

32,3 : quod Deus volait, (ideoque et salvum volumus 
esse quod Deus volait}, et pro magno... 

L'omission peut s'expliquer par l'influence suggestive 
d'une lettre, d'une syllabe voisine ou d'un mot voisin : 


qui amène et tamen habetis. Il faut ponctuer comme nous 
l'avons fait et traduire : « Ce prodige fut sans aucun doute 
pris pour une éclipse du soleil par ceux qui ne surent pas qu'il 
avait aussi été prédit au sujet de la mort du Christ : n'ayant 
pas compris la raison du fait, ils la nièrent. Et pourtant vous 
trouvez cet accident mondial consigné dans vos archives ». 
c'est-à-dire que, dans vos archives, ce fait est consigné comme 
un prodige observé sur la terre entière {super universam terram, 
Matth.,27,5. Marc, 15,33. Luc, 23,44) et non comme un phé- 
nomène naturel, comme une éclipse ordinaire, visible en cer- 
tains lieux. De cultu fem., 1,3 : post eum casum orbis omnium 
rerum abolitorem (se. cataclysmum, le déluge). L'abl. abs. 
ratione non deprehensa, pour rationem non deprehensam, ne 
doit pas étonner dans Tertullien. Cf. 34,4. Draeger, Hist. Synt., 
p. 808 ss. — Relatum est un terme technique : relatum in 
tabulas publicas (Cic, Pro Sulla, 15,42). Tert. dit deux fois 
que Pilate fit rapport sur les faits à Tibère et il suppose que 
ces rapports sont conservés dans les archives de l'Empire 
(ch. 5,2 et 21,24). 

— 37,4. Les mots et orbem iam sont nécessaires. Tert. 
vient de dire : quam totius orbis (se gens). Les chrétiens sont 
déjà répandus sur la terre entière ; ils ne remplissent pas seu- 
lement vestra omnia, c'est-à-dire le monde romain. Tert. 
insiste souvent sur ce fait que le christianisme est devenu la 
religion de tous les peuples, y compris les peuples barbares. 
Adv. lud., 7 et 12. De cor., 12. Ad. nat, 1,8, p. 72,17 : si 
quidem non uila gens non Christiana. 


LACUNES DE P 47 

9,18 uti asparsum genus P ; ut ita spersum genus F 

24.2 <re ista> resultabit 

42.3 navigamus et nos vobiscum et <vobiscum> mili- 
tamus 

Il y a plusieurs passages où l'on peut soupçonner 
l'omission involontaire d'une ou de deux lignes. En 
voici un (i) : 

21,17 se esse <filiuni illum, et olim a Deo praedica- 
tum, et ad omnium salutem naturn,) Verbum Dei illud 
primordiale ... (54 lettres) 


(^) Il y en a d'autres. Voyez 34,4 : Sdo ie isto noinine, etc. Il faut 
lire probablement Sciio, comme esta et desine. Mais cette phrase 
(103 lettres) ne fait que délayer, d'une manière peu conforme à la 
concision ordinaire de Tertullien^ la phrase qui précède : Maleiic- 
tuvi est... Voy. Appendice I. — 37; S : Possumus dinumerare , etc. 
(58 lettres). Dans ces deux cas, on ne saurait dire s'il y a addition 
intentionnelle dans F ou omission involontaire dans P. — Sur 7,13: 
quod dicitur semper, etc., voy. plus loin. 

— 9,18. Le sens exige: ut ita sparsum genus. En divi- 
sant VTiTASPARSVM, le scrlbc de P aura trouvé deux mots : 
uti asparsum, et il aura supprimé le T comme parasite. M 
en a fait : uti aspersum. 

— 24,2. Tert. préfère le neutre {isto) ; mais voy., par 
exemple, Adv. Prax., 31 : Ceterum ludaicae fidei ista res, 
sic unum Deum credere, ut... 

— 42,3. Le deuxième vobiscum n'est pas indispensable, 
car ie premier peut servir pour tous les verbes {duo xoivoù). 

— 21,17. Junius donne : filium et illum, etc. — Ces mots 
sont bien à leur place ici. Cf. § 7 : Christus ille filius Dei. Les 
mots olim a Deo praedicatum renvoient également à a Deo 
praenuntiabatur du § 7, déjà rappelé au § 14 : «/ rétro semper 
praedicabatur. Les mots et ad omnium salutem natum rappellent 
Huius igitur gratiae, etc., du § 7. Voy. § 16 : consecuturi 


48 LACUNES DE P 

L'omission des mots fournis par F paraît accidentelle 
dans les passages de P qui suivent : 
1,1 <in> ipso vertice civitatis 
1,1 <os> obstruit defensioni 
1,10 sed non ideo, inquit, bonum <praeiudicatur> quia 


salutem. De carne Chr., 14 : Salas hominis fuit causa, scilicet 
ad restituendum quod perierat. Homo perierat, hominem resti- 
tui oportuerat. Etc. Les mots et olim a Deo praedicatum sont 
repris par le traité Quod idola, 13, sous cette forme : Itaque 
mm Christus lesus secundum a prophetis ante praedictum... 

— 1,1. L'omission de in devant l'abl. de lieu semble con- 
traire à l'usage de Tertullien. Cependant elle est moins dure 
après in aperto et edito. Cf. 7,\ : et (de) pabulo inde. 

— 1,1. os obstruit defensioni signifie «ferme la bouche à 
la défense », c'est-à-dire à l'accusé qui veut se défendre ou à 
son avocat ; obstruit defensioni signifierait « fait obstacle à la 
défense «, c'est-à-dire, ne permet pas à l'accusé de se défendre. 
On verra au ch. 2,2-3 que les gouverneurs ne permettaient 
pas aux chrétiens de se défendre eux-mêmes ni par le ministère 
d'un avocat : ils fermaient toujours la bouche à l'accusé et 
mettaient toujours obstacle à la défense. Les deux leçons 
conviennent donc en ce qui regarde le sens. Mais l'usage gram- 
matical n'admet pas obstruit defensioni. Tert. emploie plu- 
sieurs fois l'expression os obstruere alicui (Adv. Marc, 4,12, 
p. 456,9 ; 5,13, p. 621, 19) et il ne dit jamais : obstruere alicui 
ni alicui rei. Voy. 4,3; 21,21; 27,1. De virg. vel., 15, p. 906 0. : 
si temptationibus gradum obstruxerit. De praescr., 15,3 : hune... 
gradum obstruimus. De paen., 6, 19 : obstructi. Virgile avait 
dit : obstruere aures alicuius (Aen., 4,40) et Tacite, obstruere 
mentes consiliis (Hist., 3,21). — Sur domesticis iudiciis ou 
indiciis et sur tout ce § 1, voy. Appendice I. 

— 1,10. On pourrait sous-entendre est, car Tert. aime 
l'ellipse. Mais l'objection est dirigée contre l'affirmation qui 
précède : adeo, quod nesciunt, praeiudicant id esse... Le verbe 
praeiudicare doit être répété, et Tert. le répète aussi dans le 
passage correspondant de Ad nat., 1,1, p. 59, 22. 


LACUNES DE P 49 


3,1 Ego <miror Lucium) Titium 
3,4 <eiecit filium iam> subiectum 

4.1 quae in se <non> nesciunt esse 
4,12 nulla lex <vetat> discuti 

6,10 <ipsum> adhuc, quod 

9.2 <vivos> exposuit 

9,9 nescio quid et sub Catilina <tale> 


— 3,1. La lacune de P est évidente. Elle est trahie par le 
sens et attestée par Ad nat., 1,4, p. 64, 14 : Ego miror Gaium 
Seium gravent virum fadum Christianum. Il manque un verbe 
(miror) et Lucius est nécessaire à cause des mots prudens 
Lucius, qui suivent. 

— 3,4. Lacune évidente. F fournit ce qui manque. 

— 4,1. non, qui est dans F, est nécessaire au sens. Voy. 
App. I. 

— 4,12. vetat est indispensable au sens. 

— 6,10. La locution ipsum quod revient dans P au ch. 15, 3. 
Elle est très familière à Tertullien ; ici ipsum est, de plus, 
nécessaire devant adhuc. Ad nat., 1,10, p. 15, 1 : sed et ipsum 
quod videmini... custodire et defendere. Cf. De an., 19, p. 331 , 12 : 
hoc ipsum ... quod natus est. Ibid., 57, p. 392, 7 : nihil magis 
curans quam hoc ipsum excludere quod praedicamus. Adv. 
Marc, 1,9, p. 302, 23 : ex hoc ipso quod. 1,24, p. 324,7 : ipsum 
quod. 1,25, p. 325,22 : hoc ipso quod. 326,4 : ipsum illud adver- 
sus quod. 2,3, p. 336,17 : iam hoc ipsum quod. 2,9, p. 347,8 : 
ipsum quod. De pud., 3,4 : hoc ipso quod. 14,3 : nam et hoc 
ipsum ... an. Adv. Prax., 9, p. 240,10 : ipsum quod pater et 
filius dicuntur, nonne alius ab alio (alius} est. Etc. etc. August., 
De virg., 1 : Neglecta decoris cura plus placet, et hoc ipsum, 
quod nos non ornamus, ornatus est. 

— 9,2. vivos n'est pas tout à fait nécessaire, mais peut 
être tombé à cause du voisinage de votivis. 

— 9,9. taie est nécessaire pour déterminer nescio quid. 
De an., 6, p. 307,17 : taie aliquid, opinor, ei accidit. 

4 


5Ô LACUNES DÉ P 

9,15 adpetendo <Christiani> 
11,3 possidentes scilicet <apud se> 
16,11 quam <de> religione solis 
17,5 Deum nominat hoc solo <nomine> 


— 9,15. probarentur pourrait se passer de l'attribut Chris- 
tiani. Il signifierait : « ils seraient mis à l'épreuve » (cf. 30,6). 
Mais probarentur est ici opposé à negandi, se. essent, qui exige 
Christiani. Tert. aime cette construction personnelle. Cf. 
Scorp., 1, p. 146,11 : alios ignis, alios gladius, alios bestiae 
Christianos probaverunt. 

— 11,3. apud se, qui correspond à qui proprie possidebat, 
au § 2, est nécessaire à l'antithèse. 

— 16,11. L'abl. de cause sans de ne convient pas ici. 

— 17,5. Deum nominat hoc solo nomine, quia proprio 
Dei veri F. — Il s'agit de prouver l'existence du Dieu unique 
par le témoignage de l'âme. Dans ses cris naturels, l'âme ne 
donne à Dieu que « le seul nom de Dieu », parce que ce nom 
est le « nom propre » du vrai Dieu, c'est-à-dire du Dieu « qui 
existe réellement ». De test, an., 2, p. 136,3 : Non placemus 
Deum praedicantes hoc no[mine] unico [a«/]c«/n. Puis, s'adres- 
sant à l'âme qui s'écrie naturellement : 5/ Deus voluerit, il 
dit : Ea voce et aliquem esse significas et omnem illi confiteris 
potestatem, ad cuius spectas voluntatem, [simul et ceter]os 
negas deos esse, dum suis vocabulis nuncupas, Saturnum, 
lovem, Martem, Minervam. Nam solum Deum confirmas 
(eum), quem tantum (= tantummodo) Deum nominas, ut, cum 
et illos interdum deos appellas, de alieno et quasi pro mutuo 
usa videaris. Donc Deus est le « nom propre de Dieu » ; appli- 
qué aux dieux païens, ce nom est emprunté, aUenum, et 
c'est un nom commun, qui embrasse les noms propres aux 
dieux {suis vocabulis). — Dans P, il y a une lacune : hoc solo 
(nomine}, à moins que hoc solo ne soit le pron. neutre « par 
cela seulement », comme au ch. 44, 3 : Nemo illic Christianus, 
nisi hoc tantum F (nisi plane tantum Christianus P). Mais 
proprio exige que nomine soit exprimé. 


LACUNES DE P Ôl 

22.6 simulacris <et> imaginibus 

22.7 quam <ut> hominem <a r>ecogitatu ... avertant 
22,12 edisseram, <dum oracula profitetur, dum mira- 
cula exercet), phantasmata Castorum 

23,6 <vitae> subministrator 
23,10 <in> verum utrobique 
25,12 <Auctis> âge iam rébus religio proficerit 

25.14 <et> moenium et templorum 

25.15 tôt <de> deis quot de gentibus 

42,9 Sed <et> cetera vectigalia (laeduntur ! Sufficit 
si cetera) gratias Christianis agunt ex fide dependentibus 
debitum 


— 22,6-7. Omission d'un mot court. Au lieu de quam ut, 
F a nisi ut. — e cogitatu P. La préposition e ne convient pas 
avec avertant. 

— 22,12. Les accusatifs phantasmata, aquam, navem, 
barbam sont apposés à miracula. Sans miracula, il faudrait 
de phantasmatis, etc. 

— 23,6. P a subministratur, erreur de copie évidente pour 
subministrator (F), lequel exige le déterminatif vitae, fourni 
par F. Voy. ci-dessus, p. 40. 

— 23,10. in verum om. F, Cf. 24,2 : in verum. 

— 25,12. Outre l'omission de auctis, qui rend la phrase 
inintelligible, celle-ci a été transposée dans P. Voy. Trans- 
positions. 

— 25,14. Omission d'un mot court, attestée par F et par 
Ad nat., 2,17, p, 132,18. Cependant et n'est pas indispensable. 

— 25,15. Omission d'un mot court, exigé par la grammaire. 
Un dv:o xoivoO nous paraît inadmissible, malgré les exemples 
que cite W. A. Baehrens {Beitraege zur lat. Synt., dans Philo- 
logus. Suppbd., 12, 1912, p. 235-259). 

— 42,9. agent P. — L'omission semble conditionnée par 
la répétition de cetera ; elle aura amené le changement de 
agunt en agent. — Sed introduit une nouvelle accusation 


62 LACUNES DÉ P 

46,17 persévérant <apud vos) 

47,4 per quod <in> incertum miscuerunt 

48,11 <ex> aemulis substantiis 


sous forme d'objection : Mais, dira-t-on, ce ne sont pas seule- 
ment les revenus des temples qui sont en déficit. La stagna- 
tion des affaires, causée par les chrétiens (ils sont accusés 
d'être infruduosi negotiis), fait aussi tort aux autres revenus 
de l'Etat. Réponse : Tandis que les païens fraudent l'impôt, 
les chrétiens le paient consciencieusement ; et si l'on calcule 
ce que les païens font perdre au trésor par leurs fraudes, on 
verra que les chrétiens, en payant exactement l'impôt, com- 
pensent ce qu'ils font perdre d'autre part. Facile ratio habetur 
(= constat) « le compte est obtenu, s'équilibre facilement » : 
c'est le compte des clîrétiens avec l'Etat. Unius speciei querela 
« la plainte qui concerne une seule espèce », c'est-à-dire, qui 
concerne l'espèce d'impôts que les chrétiens font diminuer. 
Ceterarum rationum « tous les autres impôts » (payés par les 
chrétiens), qui sont à l'abri de la fraude. — Tert. aime la 
locution su^cit si. Adv. Marc, 2, 29, p. 361,1 : Sufficit enim 
in praesenti, si ... obligabat. 2,29, p. 372,15 : Sed sufficit, si 
et Moysi proprie donatus est populus ad praesens. 5, 17, p. 
634,25 : sufficit igitur, si haec non cadunt in creatorem. 5, 18, 
p. 641,9 : Sufficit intérim, ista si creatoris magna sunt apud 
apostolum sacramenta, minima apud fiaereticos. Ad nat., 1, 5, 
p. 65,13 : sufficit et hoc ... si non omnes (pessumi sumus), si 
non plures. 

A la fin, securitate donne un ditrochée, clausule fréquente, 
tandis que ceterarum rationum donne une fin d'hexamètre. 

— 46,17. apud vos paraît nécessaire pour l'antithèse: il 
est opposé à pênes nos. 

— 47,4. Cf. 10,10 : quorum genus in incerto est. Ad nat., 
2, 2, p. 96,2 : in incertum abiit. Adv. Marc, 1,9, p. 301,25 : 
in incerto est. 

— 48,11. ex est exprimé avec tous les autres compléments 
de constarent. 


LACUNES COMMUNES 53 

Remarquons enfin que le pronom vestri manque plu- 
sieurs fois dans P, là où il paraît exigé par le sens, par 
exemple : 

9,17 erroribus <vestris> 

13,9 dei veteres <vestri> 

15,5 Attin illum deum <vestrum> e Pessinunte 

On voit que P n'a pas moins souffert que F et l'on com- 
prend dès maintenant quelle grave erreur on commettrait 
si l'on comparait F à P sans les corriger d'abord l'un et 
l'autre. 

IX. Lacunes communes à F et à P. 

Nous venons d'étudier les passages où l'une des deux 
traditions présente des lacunes que l'autre nous révèle 
et nous permet de combler. Il faut rechercher maintenant 
s'il n'y a pas de lacunes communes à F et à P. Nous 


— 9,17. Il ne s'agit pas des erreurs en général, mais de 
celles des païens, comme le prouve la suite : exponitis, etc. 

— 13,9. 15,5. Suivant ses habitudes agressives, Tert. 
aime à dire : « vos anciens dieux, ce fameux dieu que vous 
êtes allés chercher à Pessinunte ». Le culte de Cybèle (12,4 
et 25,4) et d'Attis avait été adopté par l'Etat romain dès 
204 av. J. C. Sur l'adjectif vester, voy. in deum vestrum 41,2 
deorum vestrorum 16,7 ; 23,18 ; 40,5 ; deis vestris 11,4 ; 6 

12.1 ; 23,11 ; 42,8 ; deos vestros 6,7 ; 20,2 ; 3 ; 13,1 ; 15,1 ; 4 

19.2 ; 25,10 ; 28,4 ; 46,4. 11 faut entendre de même : mor 
tuorum {= deorum) vestrorum 1 2,7 (où P a : mortuorum suo- 
rum, qui se comprend aussi). — Cependant vestrum manque 
aussi clans Ad nat., 1, 10, p. 80,9: Attin, deum a Pessinunte. 


54 LACUNES COMMUNES 

n'avons, pour les découvrir, que les vices de pensée ou 
d'expression et les témoins indirects. 

— 11,1. Enumerant (dinumerant P) in semetipsos mentis 
malae ignaviam (impetus P) vel fato vel astris imputant F 

Voici le passage parallèle de Ad nat., 1,1, p, 60,8 : Expro- 
brant etenim quod erant in semetipsos ; malae mentis ab 
innocentia transitum <vel astris) vel fato imputant. E. Kluss- 
mann ajoute vel astris d'après l'Apologétique, mais sans néces- 
sité, car vel fato = etiam fato (Goth.). 

Les malfaiteurs ne reconnaissent pas leur propre culpa- 
bilité : ils attribuent leurs méfaits à des causes indépendantes 
de leur volonté, à l'action irrésistible d'une puissance inté- 
rieure ou extérieure {mala mens ou fatum vel astra) et Tertullien 
dit formellement : Nolunt enim suum esse quod (quia P) malum 
agnosmnt. Donc in semetipsos ne peut pas dépendre de enu- 
merant (ni de imputant, comme le veut Kroymann, o, c, p. 32); 
il peut être complément de malae mentis impetus, les assauts 
de l'esprit mauvais contre eux-mêmes. En outre, enumerant 
exige un complément désignant des choses qu'on peut compter 
et la phrase semble irréprochable, si on lit : 

Enumerant in semetipsos malae mentis (impetus), igna- 
viam vel fato vel astris imputant. 

C'est-à-dire ; ils énumèrent les assauts de l'esprit mauvais 
contre eux-mêmes, ils imputent leur faiblesse morale au destin 
ou aux astres. 

Dans Ad nat., Hartel {Pair. Stud., II, 25) propose de lire : 
exprobrant etenim quod (ou quot) erant in semetipsos malae 
mentis (impetus) ; ab innocentia transitum vel fato impu- 
tant. — Exprobrant = exprobrando enumerant. Cf. 2, 7, p. 1 07, 8. 

Van der Vliet, p. 17, fait la même conjecture (il lit : quot 
erant). Dans l'Apol., il lit : dinumerant in semetipsos malae 
mentis impetus, (^ab innocentia transitum} vel fato vel astris 
imputant. Il ne tient pas compte de F. 

Il est plus simple de réunir F et P en empruntant à l'un 
impetus et à l'autre ignaviam. Nous avons vu un cas semblable 


LACUNES COMMUNES 55 

au ch. 23,6 (ci-dessus, p. 42). — Après la résurrection, dit 
ailleurs Tert,, les bienheureux n'auront plus à craindre les 
assauts du démon, ni l'action du destin. De resurr., 58, p. 
118,23 : Ubi incursus infesti apud Christum ? ubi daemonici 
impetus apud Spiritum sanctum ... ? Ubi nécessitas et quod 
dicitur fortuna vel fatum ? Ailleurs, parlant des influences 
qui agissent diversement sur la nature de l'âme, Tert, cite 
en dernier lieu les « puissances » extérieures qui la comman- 
dent : pour les chrétiens, c'est Dieu et le démon ; pour les 
païens, c'est le destin, la nécessité, etc. De an., 20, p. 333,8: 
Enimvero praesunt (potestates) : secundum nos quidem Deus 
dominus et diabolus aemulus ; secundum communem autem 
opinionem et providentiae fatum et nécessitas et fortunae et 
arbitrii libertas. Ici, il ajoute la mala mens. Sénèque (De 
benef., 3,27) raconte que le sénateur Rufus qui avait offensé 
Auguste par une parole imprudente, s'excusa en disant : 
malam mentem habuisse se pridie. Cf. Sen,, Epist., 120,20: 
malae mentis maximum indicium fluduatio. Acta Scil. (17 juill. 
180) : Potestis indulgentiam domni nostri imperatoris prome- 
reri, si ad bonam mentem redeatis. 

— 36,2. quibus divinitas imperat <eam> tam vere, quam 
circa omnes necesse habet, exhiberi. 

Ce passage a fort tourmenté les critiques. Pour lui donner 
un sens, Wowerus a lu : quibus civilitas tam vere in impera- 
torem, quam. Havercamp : quibus civilitas in imperatorem 
tam vere, quam. Rauschen change seulement imperat en 
imperatori. 

La civilitas n'a rien à voir ici : il s'agit d'un devoir imposé 
par la divinité et d'un ordre formel {imperat), qui vient 
d'être rappelé au ch. 31,3. Il faut donc conserver divinitas 
et imperat. Ce qui manque, c'est le sujet de exhiberi, qui doit 
être pietatem et religionem et fidem imperatoribus debitam. 
Ces mots, exprimés plus haut au nominatif, sont trop loin 
de exhiberi pour être sous-entendus ici à l'accusatif. Il faut 
les représenter par eam {débita et consista sont au singulier), 


56 LACUNES COMMUNES 

qui peut s'être perdu devant tam, et nous traduirons : « mais 
dans une conduite, par laquelle Dieu ordonne formellement 
qu'elle (cette piété, cette religion, cette fidélité) leur soit 
témoignée aussi sincèrement qu'elle doit l'être envers tous. » 
Sur exhiberi «être témoigné» voy, Adv. Marc. 1,23, 
p. 322, 5 et 6 : mm in rem sitam exhibetur (bonitas) ... qaae 
(bonitas) non in omnibus exhibetur. Sur necesse habet = débet, 
voy. Adv. Marc, 2,1, p. 333,11 : aliud subruere necesse habuit, 
ut quod vellet exstrueret. Ibid., 3,5, p. 381, 25. De paen,, 6,11 : 
quasi Deus necesse habeat praestare efiam indignis quod spo- 
pondH. — Cicéron emploie necesse habeo dans le sens de necesse 
arbitror ou puto. Part, or., 47. Ad. Att., 10, I, 4; 12, 39, 1. 
De opt. gen., 14. 

Dans sa remarquable étude sur le procès de saint 
Apollonius, Th. Klette propose de lire : 

2,8. in <nos> reos maiestatis 

Th. Klette, Der Prozess und die Acta s. Apollonii {Texte 
und Untersuch., 15,2), p. 58, n. 1. — L'insertion de nos pro- 
duit un vrai contresens. En effet, Tert. critique ici le fameux 
rescrit de Trajan à Pline le Jeune. Il oppose la procédure 
prescrite par Trajan à l'égard des chrétiens, à la procédure 
ordinairement suivie à l'égard des vrais criminels, brigands, 
coupables de lèse-majesté, ennemis publics. Trajan, dit Tert, 
défend de rechercher les chrétiens : solum Christianum inquiri 
(= conquiri) non licet (§ 9), Au contraire, on met tout en 
mouvement pour découvrir les brigands, les criminels de 
lèse-majesté, les ennemis publics et même leurs complices. 
Aux brigands, Tert. ajoute les rei maiestatis et publia hostes, 
parce que de son temps, on qualifiait précisément les chré- 
tiens d'ennemis publics, coupables de lèse-majesté. Voy. 
App. I, au chap. 28,3. 

Dans le passage que nous allons citer, Mommsen pro- 
pose une addition qui défigure le sens ; 


LACUNES COMMUNES 57 

2,12. Sed, opinor, non vultis nos perire, quos pessimos 
creditis. Sic enim soletis dicere homicidae : « nega », 
laniari iubere sacrilegum, si confiteri perseveraverit. — 
Si non ita agitis circa nocentes, ergo nos innocentissimos 
iudicatis, etc, 

Tii. Mommsen, Ges. Schrift., III, p. 407, n. 3, propose de 
lire : sic enim soletis dicere homicidae : nega <et laniabere, 
nec) laniari iubere sacrilegum, si confiteri perseveraverit. 
Après nec, il sous-entend soletis. 

Le sens de ce passage, souvent mal compris, nous paraît 
très simple et très clair. Tert. veut répondre à une objection 
des juges et il énonce cette objection sous une forme ironique, 
comme le prouve opinor. Vous me direz peut-être que c'est 
par intérêt pour nous que, contrairement aux règles de la 
procédure, vous essayez de nous arracher un désaveu : vous 
ne voulez pas que nous périssions, vous voulez nous sauver, 
nous que vous considérez comme de grands scélérats ! La 
prop, relative quos pessimos creditis montre combien pareille 
attitude des juges est absurde et contradictoire : ils voient 
dans les chrétiens les plus grands des criminels et ils veulent 
les sauver ! Cette contradiction est mise en lumière par ce 
qui suit. Ainsi, vous avez coutume de dire à un homicide, 
c'est-à-dire à ce chrétien présumé coupable d'homicide : 
« Nie ! » (nega te esse Christianum) ; et un (chrétien) sacrilège, 
vous le faites déchirer, s'il persiste à s'avouer chrétien. Ce 
n'est pas ainsi que vous agissez envers les (vrais) criminels : 
j'en conclus que vous nous considérez comme tout à fait 
innocents. — Sur P, voy. p. 72. 

Les additions suivantes, proposées par Van der Vliet, 
nous paraissent tout au moins inutiles : 

2,12 circa nos <ut circa) nocentes 
— 2,12. Voy. ci-dessus et p. 72, 


58 LACUNES COMMUNES 

9,19 ab omni... excessu <abstinemiis,> tantum 

24,4 alium praeter Caesarem (Caesarem) et dicere et 

audire 

25,2 adeo deos <gratos> esse 

34,2 quod non potest credi <nisi> non modo 

40,10 commenta (commentata P) <est> 

48,1 et lapidibus magis, nec saltim <sibilis> coetibus a 

populo exigetur. 


— 9,19. Un seul verbe (tuti sumus) suffit. 

— 24,4. On sous-entend Caesarem. Voy, 34,3 : si habens 
imper atorem, aiterum adpeiles, se, imperatorem. 25,11 : ante- 
quam isti dei inciderentur, se. dei. 34,2 : etiam familiae magis 
patres quam domini vocantur. 40,12 : priusquam Christiani 
nominarentur, se. Cliristioni. Adv. Marc., 4,17, p. 476,19 : 
nec alium dominum adpellabant, quamquem solum norant. 

— 25,2. adeo deos esse, il est si vrai que les dieux existent, 
la meilleure preuve de l'existence des dieux est que ... 

— 34,2. Déjà proposé par Havercamp. Voy. App. I. 

— 40,10. L'ellipse de est est fréquente. 

— 48,1. Voy. App. I. 


59 


ADDITIONS ACCIDENTELLES, 
X. Additions accidentelles de F. 

Il ne suffit pas de combler les lacunes du Codex Ful- 
densis ; il faut aussi le débarrasser de tous les éléments 
parasites qui peuvent s'y être glissés, c'est-à-dire des 
additions accidentelles. 

N. B. Nous mettons entre [ ] les éléments ajoutés accidentelle- 
ment. Ils manquent dans P, sauf avis contraire. 

Le scribe distrait trace deux fois la même lettre ou la 
même syllabe ; 

39,6 naufragi[i]s, pour naufragis P 

On pourrait voir un exemple de cette sorte de méprise 
dans 

38,5 animae[ae]quitatem, 

si l'on pouvait admettre que Tertullien a employé la 


— 39,6. Le scribe peut aussi avoir confondu deux mots. 
Tert. a dit ministeria pour ministri (11,4 ; 39,2), mais nau- 
fragia pour naufragi paraît trop hardi, surtout à côté de 
noms de personnes. 

— 38,5. animi aequitatem P. — Tert. emploie aequani- 
mitas (De an., 1, p. 299,18. De pat, 2, p. 2, 17 ; 3, p. 4,19). 
L'adjectif animaequus est dans l'Itala et dans la Vulgate. 
Thés, l. L, I, 1004, 


60 ADDITIONS DE F 

forme animaequitas pour aequanimitas ; mais on ne la 
trouve dans aucun écrivain. 

Par une sorte de suggestion, le scribe écrit par antici- 
pation une syllabe ou un mot qui ne doit venir que plus 
loin : 

9,18 cuius[que] ubique F; cuius ubique P 
18,3 [ediderit] iudicando ediderit 

Dans ces cas, l'addition est inconsciente. Si le scribe 
s'aperçoit ou croit s'apercevoir d'une omission, il lui 
arrive d'ajouter quelque chose pour combler la lacune 
supposée. Si le scribe prend une. glose marginale pour 
une partie du texte à insérer, il l'insère, croyant rétablir 
le texte de l'auteur. L'addition est consciente, mais a 
pour cause première une erreur du scribe. 

Conscientes ou non, ces additions n'ont pas pour but 
de remanier le texte ; elles visent, au contraire, à lui 
rendre sa pureté. En réalité, elles le défigurent et il faut 
les élaguer. 

Elles se révèlent par les rnêmes indices que les omis- 
sions. La comparaison de F et de P nous met sur la voie 
des additions fautives. Un témoignage antérieur aux 
ms. les trahit quelquefois. L'examen du contexte explique 
parfois leur origine. Au lieu de laisser un vide, l'addition 
introduit dans le texte un élément qui vicie le sens ou 
l'expression, qui donne naissance à un non-sens, à un 
contresens ou à une faute de syntaxe ou de style, ou qui 
constitue tout au moins une superfétation. 

Voici un curieux exemple d'une addition faite pour 
corriger une méprise de copiste et qui n'est qu'une « cor- 
rection erronée » ; 


ADDITIONS DE F 61 

23,12 dicentib[us nobis] idem F 
dicent ibidem P 

La leçon de P convient au contexte : Les démons 
« diront aussi à l'instant même quel est ce Christ...» Dicent 
ibidem et quis ille Christus... La leçon de F est un contre- 
sens ou un non-sens imputable au scribe. On comprendra 
l'origine de la faute, si l'on remonte à un manuscrit où 
les mots n'étaient pas séparés {scriptura continua) : 

DICENTIBIDEM 

En transcrivant, le copiste a divisé ainsi : dicentib. 
idem, c'est-à-dire dicentib{us) idem ; puis il a donné un 
sujet (nobis) à dicentibus. Le résultat, c'est l'addition 
consciente de us nobis, dont l'origine est une erreur d'un 
scribe. 

Il est parfois très difficile de distinguer les additions 
faites par les scribes successifs, des additions imputables 
à un remanieur qui a voulu expliquer, compléter ou recti- 
fier le texte. Voici des passages de F où l'on peut admettre 
l'intrusion d'éléments étrangers par suite d'une dis- 
traction ou d'une correction erronée ou de l'insertion 
d'une glose : 

1,1 ad hanc solam [tantum] speciem 

2,5-6 comedisset. [Sed nec in isto ex forma malorum iudi- 

candorum agitis.] Atqui 


— 1,1. Superfétation. Glose de solam. 

— 2,5-6. Les mots Sed nec etc. (44 lettres) forment le com- 
mencement du § 10. Le scribe aura passé par distraction 
du § 5 au § 10. Après avoir copié à peu près une ligne du 
§ 10, il s'est aperçu de l'erreur, mais n'a pas effacé les mots 
qu'il avait transcrits trop tôt. 


62 ADDITIONS DE F 

7,13 Christianorum. [Quod dicitur semper, semper <non> 
est, quia quod est desinit dici.] Hanc indicem (51 lettres) 
10,8 et imagme[s etj signatus nummus 


— 7,13. Junius donne semper est, mais Br porte semper, 
semper est. Rausciien a proposé d'ajouter non. Junius dit : 
Argute dictum et iingue Tertulliani dignum. En effet, cette 
distinction subtile entre esse et dici est conforme à la manière 
de Tertullien. Elle se retrouve dans Ad nat., 1,5, p. 65,29: 
nam et nomina sic sunt instituta, ut fines suos habeant inter 
dici et esse. Et parlant des philosophes qui ne sont philosophes 
que de nom : non statim sunt, quia dicuntur, sed quia non 
sunt frustra dicuntur ... Cf. 7,2 : dicimur tamen semper, sed... 
Mais à la place où F présente cette phrase, elle interrompt 
la suite des idées, en séparant fama de Hanc indicem. Elle 
a donc l'air d'une glose marginale insérée dans le texte. Ce 
serait une glose des §§ 9-10, où l'idée de cette phrase a été 
développée. Elle serait même à sa place au commencement 
du § 10, où l'on pourrait lire : 

7,10. Quod dicitur semper, semper (non) est, quia quod 
est desinit dici. Nec quisquam dicit verbi gratia ... 

Ce qu'on « dit » toujours, continue à ne pas « être » ; car 
ce qui « est », cesse d' « être dit ». Puis Tert. donne deux exem- 
ples de cette pensée générale. Il y aurait donc une transpo- 
sition dans F et une omission dans P. On peut s'étonner 
toutefois que ces deux fautes soient tombées sur la même 
phrase ; c'est pourquoi nous préférons croire que c'est une 
glose des §§ 9-10, insérée dans le texte par un scribe et four- 
voyée, peut-être parce qu'elle était mise au bas de la page, 
dont Christianorum était le dernier mot. 

— 10,8. Junius a imagine et, mais Br a imagines et. On 
ne sait pas quand fut introduite à Rome la coutume des 
imagines, portraits des ancêtres (Mommsen, Droit public, 
II, p. 84-89), mais on n'en attribue nulle part l'invention 
à Saturne, Quant aux statues des dieux, elles étaient encore 
inconnues à l'époque de Numa. Voy. 25,13. Dans les passages 


ADDITIONS DE F 63 


12,1 video [statuas] 

16,10 et [certa] caelestia adorandi 

16,13 et [a] planta et tergo alites deos 


parallèles de Min. Félix, 21,5, et du traité Quod idola, 2, p. 
20,5, il n'en est pas question. -^ Dans F, il y a peut-être ce 
que Havet (§ 545) appelle répétition postérieure de et, puis 
une correction erronée (addition de s à imagines, pour en 
faire un compl. dir.). 

— 12,1. Après avoir montré que les prétendus dieux ne 
sont pas des dieux (quid non sint), Tertullien va le montrer 
mieux encore en faisant voir ce qu'ils sont {quid sint). Que 
sont les dieux ? a) Quantum igitur de deis istis. Cette phrase 
résume ce qui précède : nous ne voyons jusqu'ici (ch. 10-11), 
au lieu de dieux, que des noms, des légendes, des cultes basés 
sur ces légendes, b) Quantum autem de simulacris. Ces mots 
annoncent un développement nouveau et sont opposés à 
quantum igitur de deis istis : les statues ne sont que matière 
inerte. Donc statuas ne peut figurer dans la première énumé- 
ration. C'est probablement une glose marginale de simulacris, 
fourvoyée ici. Elle se trahit du reste par l'absence de la con- 
jonction et. Même distinction dans De spect., 10, p. 13,4 : 
scimus nifiil esse nomina mortuorum, sicut nec ipsa simu- 
lacra eorum. Lact., Div. inst., 2, 2, 9 : et ideo simulacra cons- 
tituunt, quae quia mortuorum sunt imagines, similia sunt 
mortuis : omni enim sensu carent. 

~ 16,10. Ad nat,, 1,13, p. 84,24: etiam caelestia. 

— 16,13. P a : et planta vel tergo. Cf. Ad nat., 1,14, p. 
84,25 : et alites planta, fronte et tergo. Dans F, a semble avoir 
été ajouté par l'influence de a lumbis et a cruribus qui pré- 
cèdent, mais qui ont un sens différent. Les païens ont accueilli 
des dieux cornus à l'imitation du bouc et du bélier (de capro 
et de ariete), des dieux qui sont boucs depuis les reins (a lumbis) 
et serpents depuis les cuisses (a cruribus) ou enfin ailés quant 
aux pieds et au dos {planta et tergo alites). 


64 ADDITIONS DE F 

18,3 [ediderit] iudicando ediderit 

21,1 quam [scient] aliquando novellam. ut Tiberianis 

temporibus ortam, plerique sciunt 

21.7 ut erubescat de filii nomine, aut de patris semine, 
[sicut de concubitu tauri] 

21.8 nec de stupro filiae aut [de] coniugis alienae 
23,12 dicent ib[us nobisjidem 

25,1 sed ipsorum etiam testimoniis [de Romanis] 


— 18,3. iudicantis ediderit P. — Dans F, on a un cas 
curieux d'anticipation de mot ou de répétition antérieure 
(Havet, § 1225). Havercamp propose: ediderit, iudicando 
per imbres. 

— 21,1. aliquando pour aliquanto P (confusion fréquente, 
cf. 39,9 dans F, et 2,5 ; 8,8 dans P). C'est peut-être la graphie 
fautive aliquando « un jour » qui a amené l'insertion du futur 
scient. — On peut aussi supposer que sciunt, qui suit, était 
au commencement d'une ligne et que Ife scribe avait commencé 
à sauter une ligne (il y a 52 lettres de scient à sciunt). 

— 21,7. Allusion à l'histoire d'Europe et à celle de Pasi- 
phaé. Le Christ, dit Tert., n'a pas à rougir ni de son nom de 
fils, ni de son origine paternelle. Havercamp montre la diffé- 
rence : Videtur idem dicere, cum tamen minime sit idem. 
De modo enim progenerationis iam loquitur, quae monstrosa 
et pudenda in illis erat ... Inde patet lectionem, quae est 
in Cod. Fuldano ex glossa marginali esse, de patris semine, 
sicut de concubitu tauri, ex apta tamen et docta interpreta- 
tione. L'allusion revient dans la phrase suivante (cornutum), 
où elle a sa place marquée parmi toutes les aventures de Jupi- 
ter qui expliquent in semine patris. Ici, il n'y a pas lieu de 
citer à part l'histoire d'Europe ou de Pasiphaé. C'est une 
glose insérée dans le texte. 

— 21,8. Répétition d'un mot court déjà exprimé deux fois. 

— 23,12. Ci-dessus, p. 61. 

— 25,1. Les mots de Romanis étaient probablement mis 


ADDITIONS DE F 65 

23,10 neque a daemoniis adfectaretur [neque] in confes- 

sione neque a deis negaretur 

25,12 Nam etsi a Numa [Popilio] 

29,3 cuius [et nunc] et toti sumus 

32,1 pro imperatoribus et ita universo orbe et statu im- 

perii rebusque Romanis 

35,1 Christian!, [an] quia 


en marge comme titre ou résumé de ce chapitre (cf. § 2 : 
Romani nominis), où il est question de la protection accordée 
aux Romains par les dieux. Le scribe les a insérés dans le 
texte, où ils n'ont aucun sens. 

— 23,10. neque^ répété par suggestion de neqm qui pré- 
cède et qui suit, trouble le sens de la phrase. 

— 25,12. Voy. cependant 21,29: homo fuit Pompilius 
Numa. 

— 29,3. P a : cuius et toti sunt. — Sumus pour sunt est 
une correction erronée ou une distraction. 

— 32,1. P a: pro imperatoribus, etiam pro omni statu 
imperii rebusque Romanis. — Le texte de F est incorrect, 
car la préposition pro devrait être répétée. En outre, les mots 
ita universo orbe ne sont pas à leur place : c'est une glose 
marginale insérée dans le texte. Tert. dit : « Nous prions pour 
l'empereur et pour l'Empire, parce que nous savons que l'exis- 
tence de l'Empire retarde la catastrophe qui menace la terre 
entière » : universo orbi imminentem. Le glossateur en a 
conclu que les chrétiens, en priant pour l'empereur, prient 
aussi pour la terre entière, et ita universo orbe. 

— 35,1. Le scribe semble avoir répété la syllabe an de 
Christiani. Havercamp propose de ponctuer : Propterea 
igitur publia hostes Christiani ! An quia ... P Et, en effet, 
propterea pourrait se rapporter à ce qui précède, comme 
aux ch. 16,3 et 50,4. Mais les mots neque vanos neque men- 
tientes, etc., se rapportent aussi à ce qui précède et ne peuvent 
suivre An. Voy. App. I. 


66 ADDITIONS DE F 

39,1 ostendam. [Si etiam veritatem revelaverim.] Corpus 

sumus 

39,6 iamque domesticis senibus [iam otiosis] 

39,18 provocantur in médium [de] Deo canere 

41,5 confirmamur, ut {lege : confirmantium) scilicet 

fiduciam et fidem spei nostrae [agnoscentes] 


— 39,1 Havercamp maintient ces mots et les explique : 
nisi, inquit, alias testis mendare (= mendax ?) vobis reperiar. 
Il compare Virgile, Aen., 2,161: si ver a feram, si magna repen- 
dam. Mais ces mots ne peuvent guère avoir ce sens et pareille 
réserve n'est pas conforme au ton de Tertullien. Ils paraissent 
être plutôt une note marginale insérée dans le texte. 

— 39,6. iam otiosis est évidemmicnt une glose explicative 
de senibus. Ces mots n'ajoutent rien à senibus et Tert. n'aurait 
pas employé iam dans deux sens différents. Domestiei senes, 
ce sont les serviteurs devenus vieux, qu'il faut secourir parce 
que, devenus vieux, ils ne travaillent plus {iam otiosis) et 
ne gagnent plus leur vie. Les païens vendent les esclaves qui 
ne sont plus bons à rien. Cato, De re rust., 2 ; Vendat ... 
servum senem, servum morbosum. Cf. Plut., Cato, 5. On les 
reléguait aussi dans l'île du Tibre. Suet., Claud., 25. Voy. 
Wallon, Hist. de l'escL, II, p. 252. Ailleurs encore, Tert. dé- 
signe par domestiei les serviteurs de la maison, les esclaves. 
Il emploie ce mot pour désigner les esclaves restés païens, qui 
trahissent leurs maîtres. Ch. 7, 3. Ad nat., 1,7, p. 68,28. Scorp., 
10, p. 168,15. Voy. App. I, ch. 1,1. — Ici, Tert. mentionne 
lo les indigents, 2» les orphelins pauvres, 3° les vieux servi- 
teurs, 4° les naufragés, etc. L'auteur de la glose et le scribe 
n'ont pas vu que domesticis est substantif et senibus apposé 
comme un adjectif (9,19 : senes pueri ; 21,12 : materia matrix ; 
21,25 : magistri Dei) et ils ont ajouté une idée qui est suffi- 
samment exprimée par senibus. 

— 39,18. de ajouté par un scribe, qui n'a pas saisi le sens 
du datif : « chanter en l'honneur de ». Voy. 2, 6. 

— 41,5. confirmantium scilicet fiduciam et fidem spei 


ADDITIONS DE F 67 

42,7 venditantur [quod ego] si desideravero 

— de suis [de propriis] locis sumam 

45,1 ab in<con>teni<p>tibili [Deo] doctore praeceptam 

46,18 et vitae [salutis] 

47,5 inventum enim solummodo Deum [nostrum] 


nostrae P. — Sur l'idée, voy. 39,3 : certe fidem sanctis vocîbus 
pascimus, spem erigîmus, fiduciam figimus. — Confirmare 
aliquem — confirmare animum alicuius (classique). Ut agnos- 
centes, comme ut vobis cohaerentes, est conforme à l'usage 
de TertuUien. Hoppe, Syntax, 58. Pour maintenir le texte 
de F, il faudrait ajouter et devant confirmamur. Mais 1) agnos- 
cere fiduciam et spem ne paraît guère latin ; 2) scilicet avec ut 
et le participe paraît une superfétation ; 3) confirmantium 
scilicet convient pour expliquer laetamur ..., et 4° fidem spei 
nostrae forme la clausule fréquente d'un crétique et d'un 
trochée. Après que confirmantium fut devenu confirmamur ut, 
on a ajouté agnoscentes. 

— 42,7. Quod (qui répète quae) est de trop ; ego peut être 
conservé. 

— de propriis, glose explicative de de suis, qui a ici un 
sens spécial. Sur suus — proprius, voy, Hartel, Patr. Stud., 
I, p. 36-37. Hoppe, Syntax, p. 103. Peut-être : de suis propriis 
locis. De an., 45, p. 375,1 : de suo proprio. Ad nat., 1,12, p. 
81,25 : sicut vestrum humana figura est, ita et nostrum sua 
propria. Clausule : crétique et trochée. 

— 45, 1 . Deo, glose explicative de ab incontemptibili doctore. 

— 46,18. salutis, glose de vitae, trahie par l'absence de et. 

— 47,5, Deum nostrum paraît d'abord naturel, puisqu'il 
s'agit de Dieu découvert par les philosophes dans l'Ecriture. 
Mais 1) dans la suite de la phrase il s'agit de Dieu en général, 
2) dans le passage correspondant de Ad nat., 2, 2, p. 96,4, 
on lit : Invento enim solummodo Deo, non ut invenerunt expo- 
suerunt, ut et de qualitate, etc. L'addition peut venir d'un 
maladroit remanieur. 


68 ADDITIONS DE F 

47,14 ut de [projprioribus 

48.1 ut etiam ab animalibus [sit] abstinendum propterea 
persuasum quis habeat, ne... 

48.2 id [est] esse quod fuerant 
48,9 disce<n>s [deum],-dominus 


— 47,14. ut de prioribus P. — Le scribe aura écrit deux 
fois p avec l'abréviation de pro et avec celle de pri. 

— 48,1. P n'a pas ut ni sit et il a abstinendi. — Si quelque 
partisan de Pythagore, dit Tert., défendait devant vous la 
métempsycose, en mettant en œuvre toutes les ressources de 
son éloquence, il emporterait votre assentiment et ferait entrer 
la foi dans votre esprit. La conséquence introduite parut «de 
telle sorte que » n'est pas qu'on doit s'abstenir de la chair 
des animaux, mais que quelque auditeur croirait qu'il faut 
s'en abstenir. C'est donc persuasum quis habeat qui doit 
dépendre de ut. La grammaire exige que le verbe qui dépend 
de persuasum habeat, soit à l'infinitif : abstinendum, se. esse. 
Le scribe aura ajouté sit, s'imaginant que abstinendum sit 
dépend de ut. Il en est résulté que la suite de la phrase cloche 
au point de vue de la grammaire et du sens. Propterea annonce 
ne (= ideo ... ne), comme au ch. 9,13. — Il est curieux de 
constater que Van der Vliet, p. 40, en corrigeant la lecture 
de P, est arrivé au texte de F débarrassé de sit. 

— 48,2. Le scribe a cru qu'il avait affaire à la formule 
id est, qui introduit une explication. Hoc annonce la propo- 
sition infinitive id esse quod fuerant. 

— 48,9. Voy. App. I. Tert. parle ailleurs de l'inscription 
de Delphes : FvwQi creauTùv, nosce te ipsum. De an., 17, p. 
325,24 : Sed enim Plato ... ex Socratis persona negat se cognas- 
cere posse semetipsum, ut monet Delphica inscriptio. — Tert. 
ne peut avoir écrit : te ... disces deum, parce qu'il ne peut 
pousser l'hyperbole jusqu'à assimiler l'homme à Dieu (surtout 
au moment oix il parle de la mort), et parce que l'inscription 
de Delphes ne dit rien de pareil : elle nous invite à nous con- 
naître {si intellegas te). Les ms. confondent souvent deus et 


ADDITIONS DE P 69 

Mettons à part les passages suivants, où le doute 
semble permis: 

8,8 Quid denique sine pignore singulares Christiani ? 
16,8 signa veneratur, signa adorât, signa iurat 

XI. Additions accidentelles de P. 

Pour rétablir F dans son intégrité, il faut le débarrasser 
des éléments étrangers que nous venons d'énumèrer. 


dominas, dont les abréviations se ressemblent. Voy. App. I, 
ch. 13,4. Peut-être deum est-il une glose de dominus omnium 
etc., un lecteur ayant cru par erreur que cette locution ne 
pouvait désigner que Dieu. Introduite dans le texte, cette 
glose a amené le changement de disces en discens. 

— 8,8. Quod (= quoi) denique singulares Christiani ? P. — 
On peut lire quid ou quoi : le sens sera différent, mais il con- 
viendra au contexte. — Cette phrase explique si nullae fuerint 
et montre que cette hypothèse peut se réaliser souvent. Sin- 
gularis a ici im sens rare : « qui vit seul, isolé, seul de son 
espèce » et de là « qui n'a pas de famille », qui n'a plus aucun 
proche et, par conséquent, ni mère, ni sœur. 5m^ pignore 
détermine donc le sens de singulares « seuls, parce qu'ils n'ont 
pas de proches» et ressemble à une glose {glossam redolet, 
dit Havercamp). Mais ce n'est pas une superfétation ; cette 
tournure rappelle, en effet, Virg., Aen., 4, 588 : vacuos sensit 
sine rémige portus. Cf. Hom., II. 21,50 : yùpivov axep xôpuQô; 
Te xal àa-TriSoç. Il faut donc conserver sine pignore ; le revi- 
seur de P aura trouvé ce déterminatif superflu. 

16,8. signa veneratur, signa iurat P. Adnat., 1, 13, p. 83,15, 
signa adorât, signa deierat. — F réunit ici le texte de P et 
celui de Ad nat. — Signa adorât a le même sens que signa 
veneratur, dont il pourrait être une glose. En écrivant ici 
signa veneratur, Tert. semble avoir voulu éviter la répétition 
du verbe adorare, qu'il venait d'employer. 


70 ADDITIONS DE P 

P, de son côté, contient beaucoup d'éléments qui 
manquent dans F, et nous avons déjà passé en revue 
ceux qui peuvent servir à combler les lacunes de F. Mais 
il y en a beaucoup d'autres et ils sont de deux sortes : 
ceux qui viennent d'un accident et ceux qui procèdent 
d'une intention. Les uns et les autres doivent être exclus 
de F, les uns, parce qu'ils sont des fautes de scribes ; 
les autres, parce qu'ils ont eu pour but de modifier le 
texte primitif de P et forment les caractères distinctifs 
de cette tradition. Essayons d'en faire le départ. Nous 
n'avons à nous occuper ici que des additions accidentelles; 
nous devons réserver les autres. 

Il arrive au scribe de P, comme à celui de F, de tracer 
deux fois la même lettre ou la même syllabe : 

1,13 natura [a]lia, pour naturalia F 


21,11 di[di]cimus 

dicimus 

21,26 edi[di]mus 

edimus 

23,14 rogi[i]s 

rogis 

39,6 ingrati[ijs 

ingratis 

— naufragifijs FP^ 

naufragis P^ 

40,2 leone[ne]m 

leonem 

ou de répéter un mot : 


9,5 est [es 

t] luppiter 


— 39,6. ingratis voratrinis. Les chrétiens ne puisent pas 
dans leur caisse commune, ni pour (organiser) des festins ni 
pour (organiser) des beuveries, ni (pour bâtir et entretenir) 
des lieux de stériles ripailles. Allusion aux banquets et aux 
scholae des collèges païens. L'adverbe ingratis n'aurait pas 
de sens ici. 


ADDITIONS DE P 71 

Citons un curieux exemple de glose grammaticale : . 

23,7 magia ... fieri dicetis F 
magia ... fieri [dictis non] dicetis P 

Un lecteur, s'imaginant qu'il fallait lire dictis au lieu 
de dicetis, aura mis en marge : dictis, non : dicetis, c'est- 
à-dire : il faut lire dictis, et non dicetis. Le scribe a cru 
qu'il devait insérer ces mots dans le texte. 

Voici maintenant les passages de P où l'on peut ad- 
mettre l'intrusion d'éléments étrangers, par suite d'une 
distraction, d'une correction erronée ou de l'insertion 
d'une glose : 

1,1 Romani imperii antistites 

1,6 quia ignorabant [quale sit quod oderant] 

1,13 natura[a]lia 


— 1,1. ajouté au-dessus de la ligne par un correcteur 
qui a voulu indiquer que les mots suivants sont mis en apos- 
trophe. On voit ici comment plus d'une addition a pu se 
faire. 

— 1,6. Ces mots, qui manquent ici dans F et dans Ad nat., 
1,1, p. 59,4, sont inutiles à la clarté et alourdissent le style. 
Ils sont repris à peu près textuellement du § 5, où ils sont 
nécessaires. Ici, c'est une glose marginale insérée dans le 
texte. Un lecteur a voulu donner à ignorabant un complé- 
ment, dont il n'a pas besoin. Dans Ad nat., /. c, scire et 
ignorare sont l'un et l'autre mis absolument : quod omnes, 
qui vobiscum rétro ignorabant et vobiscum oderant, simul eis 
contigit scire, desinunt odisse quia desinunt ignorare. 

— 1,13. Ad nat., 1,1, p. 60,15 : //i quo mali natura cessât. 
De an., 20, p. 332,5, et 38, p. 365, 25 : omnia naturalia animae. 
Ibid., 22, p. 335,14 : cetera animae naturalia. Ibid., 32, p. 
355,10 : mollitia lanae, mollitia plumae : pariant naturalia 
e rum, substantiva non pariant. 


72 ADDITIONS DE P 

2,12 si non ita agitis circa [nos] nocentes 

4.2 quae [illos] palam admittentes invenimus 

5.3 ferocisse. [Sed] tali dedicatore 
6,3 [Nam] ne vel hieme 


— 2,12. Le contresens est trop évident pour qu'on l'impute 
à un remanieur intelligent. Voy. p. 57. Nocentes désigne les 
criminels en général, opposés aux chrétiens. Nos est peut-être 
dû à l'influence de nos innocentissimos, qui suit (anticipation). 
— Van der Vliet, p. 33, a vu la faute ; mais, au lieu de suivre 
F, il propose : circa nos <(ut circa) nocentes, ce qui ne convient 
pas au contexte. 

— 4,2. Il faut lire : quae palam admittentes invenimm. Sur 
ce passage, voy. App. I, 

— 5,3. La particule adversative sed est de trop. La série 

FEROCISSETALI 

peut avoir amené le scribe à écrire deux fois set (fréquent 
pour sed ; cf. 45,5, où P a illa sed pour illas et). Sed n'est pas 
dans F, ni dans Eusèbe (ïoioùx^y...), ni dans Rufin, Hist. 
eccL, 2,25,4. 

— 6,3. Havercamp trouve nam si peu supportable qu'il 
le change en iam. L'intrusion de cette particule paraît venir 
de ce qu'on a mal compris nuda. On a cru que les théâtres 
ne sont « pas nus », parce que les spectateurs sont couverts 
de la pénule ! Nuda signifie « simples, sans ornement », et 
il n'y a aucun rapport de cause entre les deux phrases. Le 
scribe (ou le remanieur) a eu tort de mettre nec nuda en rapport 
avec odium paenulae. Les deux phrases sur les théâtres sont 
opposées aux mots : quae theatra stuprandis moribus orientia 
statim destruebant. 1) Autrefois le sénat faisait démolir les 
théâtres et il n'y en avait pas (de permanents) ; maintenant 
on ne se contente pas d'un seul théâtre par ville, ni d'un 
théâtre tout nu, c'est-à-dire sans ornement ; il faut plusieurs 
théâtres et des théâtres magnifiques, somptueux. Nudus 
« sans ornement, simple, pauvre ». Ovid., Met., 4, 261 ; nudi 
capilli. Voy. 16,8 : incultas et nudas cruces. Au figuré : De 


ADDITIONS DE P 73 

8,5 homo est enim et Christianus [et] quod et tu 
9,5 est [est] luppiter 
9,10 de iugulo decurrentem [exceptum] 
14,4 Admeto [régi] 

16,1 nam [et], ut quidam, somniastis 
— etiam {lege: et tam) de ipsa [tam] origine , 


resurr., 3, p. 29,25 : nuda et aperta et omnibus nota. Voy. la 
description de l'intérieur des théâtres dans Valère Maxime, 
2, 4, 6 : secuta lautitia est. Voy. les lexiques. 2) Le sénat sup- 
primait les théâtres, étant persuadé qu'ils corrompaient les 
mœurs : aujourd'hui la volupté impudique a trouvé le 
moyen de fréquenter les théâtres toute l'année, même l'hiver, 
grâce à ce manteau lourd et incommode, inventé par les 
Lacédémoniens ... pour les jeux. Le rapport de cause à effet 
(nam) n'existe donc pas entre les deux phrases et nam est 
de trop. — Primi ... excogitaverunt. Les Lacédémoniens ont 
les premiers inventé l'odieuse (épaisse et lourde) pénule ... 
pour qu'elle puisse nous servir au théâtre, dit spirituellement 
Tert., comme si les Lacédémoniens avaient pensé au théâtre 
et aux Romains ! — Le remanieur de P paraît ne pas avoir 
compris l'abstrait odium paenulae, pour le concret odiosam 
paenulum et il l'a remplacé par paenulam. Voy. Callewaert, 
Le Cod. Fuld., p. 343. 

— 8,5. L'addition de et peut avoir été suggérée par les 
deux autres et. 

— 9,5. Voy. ci-dessus, p. 70. 

— 9,10. Havercamp conserve exceptum, tout en disant : 
abesse potest. Le mot est superfétatoire et paraît repris de 
palmula exceptus (deux lignes plus haut). 

— 14,4. régi manque dans F et dans Ad nat., 2,17, p. 
131,15. 

— 16,1. et a été ajouté au-dessus de la ligne; il manque 
dans M. 

— F a : etiam {— et tam) de ipsa origine quam. Voy. App. I. 


74 ADDITIONS DE P 

16,8 religio [Romanorum] tota castrensis 
18,8 monumenta [reliquit] hodie 

— cum ipsis Hebraicis [litteris] exhibentur 
21,5 ad declinandum [dérivantes] a disciplina 

— quanta de[re]liquerint 
21,11 di[dijcimus 


— 16,8. Romanorum manque dans F et dans Ad nat., 1,12, 
p. 83,15. Havercamp dit : Et hic supervacuam vocem Ro- 
manorum intruserant scioli. C'est une glose, insérée dans 
le texte (ou une addition d'un remanieur). Pour un lecteur 
romain, castrensis religio a la clarté d'un terme consacré. 

— 18,8. Il y a deux verbes dans la phrase. On pourrait 
songer à couper ainsi : reliquit. Hodie ... Mais le sujet de 
reliquit serait incertain. 

— Dans P, litteris a été ajouté au-dessus de la ligne 
par une seconde main ; on voit ici comment plus d'une addi- 
tion a pu être faite. 

~ 21.5, Voy. App.I. 

— Le mot derelinquo est très fréquent dans TertuUien ; 
il signifie « abandonner, délaisser, renoncer à » (deserere, 
solum relinquere, neglegere). Quanta dereliquerint « quelles 
grandes choses les Juifs ont négligées, délaissées » ne pourrait 
désigner que la generis magnitudo et regni sublimitas, dont 
Tert. vient de parler. Dire que leurs malheurs actuels prou- 
veraient, à défaut de leur aveu, quelles grandes destinées 
ils ont délaissées, cela n'a pas de sens. Ce qu'ils avouent et ce 
que prouvent leurs malheurs, ce sont les prévarications qu'ils 
ont commises: quanta deliquerint. Voy. § 16: meritum fuit 
delictorum. — Sur l'ace, d'un pron. neutre avec delinquo, 
voy. 20,5 : quid delinquimus ... ? De pud., 21,7 : ne et alla 
délinquant. Adv. Marc, 5,7, p. 596,10 : iam si deliquero eadem, 
quae et populus, eademne passurus sum an non ? Thés. l. /., 
V, 459, 64. 

— 21,11. dicimus F. — Tert. rapproche Vaffirmation ou 
la doctrine chrétienne sur le Verbe de celle des philosophes. 


ADDITIONS DE P 75 

21,12 sed extenditur. [Ita de spiritu spiritus et de Deo 

Deus,] ut lumen 

21,14 veritatis istius [modi] 

21,17 ostendens se esse Verbum Dei [id est Xôyov] illud 

primordiale 


et il dit : adscribimus et dicimus. Il ne présente pas ici cette 
doctrine comme un enseignement reçu. S. Justin, Apol., 
I, 46,2, dit : Tov Xptorxov -rïpwTOToxov toû 0eoO Eivat éSiBâ^- 

— 21,12. Ces mots reviennent au § 13, où ils sont à leur 
place, comme sujet de fecit. En effet, au § 12, Tert. expose 
la comparaison du soleil et du rayon, de la lumière qui s'al- 
lume à la lumière. C'est au § 13 que vient seulement l'appli- 
cation et que Tert. explique 1) l'unité de substance et 2) la 
distinction des personnes d'après cette comparaison. Au § 12, 
la phrase interrompt donc malencontreusement l'exposé de 
la comparaison. Elle n'est, à cet endroit, ni dans F, ni dans 
VAltercatio. C'est une anticipation de scribe ou une glose 
marginale, insérée dans le texte. Voy. App. I. 

— 21,14. eiusmodi fabulas aemulas ad destructionem 
veritatis istiusmodi P. — Sur l'idée, voy. 47, 11-14. S. Justin, 
Apol., 1, 54, 2. S. Justin dit clairement que les démons ont 
inventé les fils de Jupiter pour faire douter du Fils de Dieu : 
les hommes diront que ce qu'on raconte du Christ (xà Tcepl 
TÔv XpioTTÔv) ressemble à ce que les poètes racontent de Jupiter 
(ô'jjioia Tor<; Ùtco twv itoiriTwv l£')(^^EÏ(7i). Chap. 47, 1 1 : fahulae 
..., quae de similitudine fidem infirmarent veritatis. Tert., qui 
s'inspire de S. Justin ici et au ch. 47, dit que les démons ont 
inventé des fables du même genre que l'incarnation (fabulas 
eiusmodi) pour détruire cette vérité bien déterminée (veritatis 
istius) et non «une vérité de ce genre». — L'addition de 
modi paraît conditionnée par eiusmodi qui précède. — Dans 
cette phrase, aemulas a été transposé dans P. Voy. plus loin, 
aux Transpositions. 

— 21,17. Les mots id est Xdyov sont inutiles après le § 10. 


76 ADDITIONS DE P 

— fulturn, [eundem qui verbo omnia et faceret et 
fecisset.] 

21,18 in crucem [lesum] dedi 

21,20 magna etiam militari <s> [manu] custodiae diligentia 
22,7 Quas et ipsas quomodo [ut] operentur expediam 
23,7 fieri [dictis non] dicetis 
23,13 dicant hoc [pro] tribunali ... [hoc] esse sortitos 


Ils séparent maladroitement Terôam Dei de illud. La formule 
id est introduit souvent une glose. Voy. p. 83. 

— Ces mots sont un souvenir de 17,1 ; 21,10 et 11. 
L'idée est répétée maladroitement et faussement ici, car il 
aurait fallu : per quod (ou per quem) Deus omnia et faceret 
et fecisset. Remarquez : Verbum illud ... qui verbo. C'est Dieu 
qui crée par son Verbe et non le Verbe qui crée par le Verbe. 
Ces mots sont probablement une glose marginale. Ils détruisent 
la clausule spiritu fultum (crétique et trochée). 

— 21,18. Le sujet de dedi ressort de eius, ad eum, oblatum. 
Le nom lesum, que Tert. évite dans VApoL, est tout à fait 
inattendu ici. C'est une glose complétive. Havercamp dit 
avec raison : Ita Rig. ex Cod. Fuld. Reliquae editiones inepte 
vocem lesum intruserunt. 

— 21,20. militaris custodiae F. — Ayant lu militari, le 
scribe a pu ajouter manu, qui trouble le sens et la grammaire. 

~ 22,7. Addition d'un mot court. Peut-être le scribe 
a-t-il écrit ut pour et, qui conviendrait (= etiam) après quo- 
modo. 

— 23,7. Voy. ci-dessus, p. 71. 

— 23,13. Fa : dicant hoc tribunali ... esse sortitos « qu'ils 
disent que c'est Minos et Rhadamanthe qui ont obtenu ceci 
(le droit de juger les morts) pour leur tribunal ». Le scribe 
(ou un remanieur) a cru que hoc détermine tribunali et il a 
corrigé en hoc pro tribunali, se souvenant des §§ 5 et 6 : edatur 
hic, etc. « devant votre tribunal ». Peut-être a-t-il compris : 
« à la place de ce tribunal » (de celui du Christ). Ayant donné 
ce sens à hoc, il a cru un second hoc nécessaire devant esse 


ADDITIONS DE P 77 

23,19 vel ne a vobis quandoque [a] Christianis fugentur 
24,3 prineipem mundi perfectae [peritiae] maiestatis 
26,3 si [Deo] non deliquisset ultimo in Christum 
27,5 licet subiecta sit nobis tota vis daemonum ..., ut 
nequam tamen [et] servi 


sortitos. Mais Tert. n'aurait pas ainsi répété hoc. — Tert. est 
seul à dire que Minos et Rhadamanthe ont obtenu leurs 
fonctions par le sort. Virgile, Aen., 6, 431, dit que Minos tire 
au sort les juges qui doivent l'assister ; ce passage peut avoir 
trompé Tert., qui écrit souvent de mémoire. Voy. App. I, 
ad 46,13. 

— 23,19. a n'est peut-être qu'une répétition inconsciente 
de a qui précède. Peut-être aussi l'addition de a vient-elle 
de ce qu'on n'a pas compris quandoque Christianis « devenus 
chrétiens un jour ». 

— 24,3. peritiae, dittographie de perfectae. Le mot serait 
trop faible pour caractériser le Dieu suprême ; en outre, il 
faudrait au moins supposer l'omission de et, car les génitifs 
en cascade ne seraient guère supportables. L'absence de et 
trahit l'insertion de peritiae. 

— 26,3. On attendrait au moins in Deum, comme in 
Christum. Avec delinquere, Tert. met toujours une préposition 
{in, erga). Thés. 1. 1., V, 460, 18. Adv. Marc, 2,28, p. 375,25 : 
utique periturum, nisi si nihil deliquit in Christum. De pat., 
5,9, p. 17 : Israhel ... in Deum deliquisse. — L'asyndeton 
devant ultimo n'est guère admissible. Tertullien veut dire 
que les Juifs seraient parvenus à secouer le joug des Romains, 
s'ils n'avaient fini par pécher contre le Christ. Il ne fait pas 
allusion ici aux péchés des Juifs envers Dieu (21,5), ni à la 
première soumission de la Judée (16,3), qui est antérieure 
à la naissance du Christ, mais aux révoltes qui eurent lieu 
sous Vespasien et sous Hadrien : si les Juifs n'avaient pas 
péché contre le Christ, Rome ne serait pas parvenue à leur 
imposer définitivement sa domination. 

— 27,5. et nequam tamen servi F. — Dans F, et est une 


78 ADDITIONS DE P 

30,6 ut mirer ... cum [quibus] praecordia ... examinantur 
38,5 et ampla negotia Christianae {se. factionis) 
39,2 ut ad Deum ... precationibus ambiamus [orantes] 
40,2 ad leone[ne]m 


faute pour ut, ce qui est fréquent. — Tert. compare l'attitude 
des démons à celle de « méchants esclaves ». La condition 
des démons est d'être esclaves des hommes (subiecta nobis) : 
ils se révoltent « comme de méchants esclaves ». Tert. ne 
compare pas les démons à tous les esclaves, bons ou mauvais 
(servi doit donc avoir une épithète, qui est nequam), ni à des 
malfaiteurs en général (nequam), car au § 7, il parle encore 
d'esclaves de la peine {servi poenae). Donc et est de trop dans 
P. Cf. Adv. Marc, 1,7, p. 298,27 : quanti {= quoi) nequam 
servi regum nominibus insultant, Alexandri et Darii et Olo- 
fernae. 

— 30,6. cum, au lieu de cm (F), par suggestion de cum 
qui précède ; quibus est une addition qui trouble la construc- 
tion : on a voulu donner un complément à cum. Des éditeurs 
modernes ont corrigé en cm quidem. 

— 38,5. Ces mots terminent le chap. 38 dans P ; ils ne 
sont pas dans F. C'est un fragment de résumé du chapitre 
suivant où Tert, expose ce qu'il appelle les negotia Christianae 
factionis. Ecrit en marge, ce résumé aura été malencontreuse- 
ment inséré dans le texte par un scribe distrait. Voy. ci-après, 
p. 83, sur 37,8. 

— 39,2. orantes paraît superfétatoire après precationibus. 
Sur ambire, voy. De pud., 5,14: eisdem precibus ambiunt. 
Ibid., 22,1 : statim ambiunt moechi, statim adeunt fornicatores, 
iam preces circumsonant. De ieiun., 7, p. 283,3 : Anna quoque 
ambiens ... impetravit facile a Deo. On voit que ambire, assiéger 
par ses prières, s'emploie sans compl. dir. de la personne, 
dans le sens de « supplier ». Ad Deum = apud Deum. Thés. 
l. L, I, 1850, 18. 

— 40,2. Ci-dessus, p. 70. 

— 40,2. rei « coupables de » est une glose de inlices, mot 
archaïque et rare. Plaut., Poen., 745 : qui illi malae rei tantae 


ADDITIONS DE P 79 

41.1 VOS [rei] publicorum incommodorum inlices 

41,6 debuerant [quos seperare deberent a meritis Chris- 
tianorum] 

44.2 fquis] idem etiam Christianus adscribltur 

45.5 contingat [et] plerumque 

45.6 recogitate [ea] etiam 

45.7 ipse qui [timentes] iudicat 

47.3 si quid in sanctis [scripturis] offenderunt digestis 


fuimus inlices. ApuL, Apol., 41 : inlex animi Venus. Ibid., 
44 : inlices oculos, des yeux provocateurs. Tert., De paen., 
9,3 : conversationem iniungens miser icordiae inlicem. — Rei 
est de trop, parce que inlices exige ici un complément. 

— 41,6. Ces mots terminent le § 1 ; ils ont été répétés 
ici par une distraction du scribe. 

— 44,2. quis embarrasse la phrase. Quis illic sicarius ... 
idem etiam Christianus adscribltur ? Quel est l'assassin accusé 
devant vous qui soit en même temps (idem) qualifié « chré- 
tien » ? L'intrusion du deuxième quis donne un contresens. 
Sur adscribltur, voy. 21,11. 

— 45,5. La phrase contient déjà deux et, qui unissent 
evadere et contemnere. 

— 45,6. Voyez" App. I. 

— 45,7. ipse qui iudicat est une périphrase pour le pro- 
consul. Nous craignons, dit Tert., Celui que devra craindre 
celui-là même qui nous juge ; nous craignons Dieu et non le 
proconsul. Que voudrait dire qui timentes iudicat ? Celui qui 
juge les chrétiens qui le craignent ? Mais, ils ne craignent 
que Dieu. Celui qui juge les chrétiens, qui craignent Dieu ? 
Cela n'a pas de sens ici. En outre, timentes détruit la clausule 
(double crétique). 

— 47,3. Kroymann, Quaest. crit. Tert. (1893), p. 47, lit : 
si quid in sanctis scripturis offenderunt digestum. Il nous paraît 
plus probable que scripturis est une glose de digestis, mot 
plus rare. Sur digesta appliqué aux Ecritures, voy. Hoppe, 
Syntax, p. 121. Thés. l. /., V, 1 120, 67. 


80 ADDITIONS DE P 

47,3 [ex] pro instituto curiositatis 
48,7 omnium [animarum] animatore 
48,11 sub unitate [cum] constarent 

— ita [destinata] distincta conditione 
48,13. nec mors iam [nec] rursus, ac rursus resurrectio 


— 47,3. Les philosophes sont de curieux chercheurs par 
profession : c'est « à cause de leur habitude de curiosité », 
à cause de leur esprit curieux qu'ils ont cherché dans les 
Ecritures et y ont fait des découvertes. Ex est une glose de 
pro, car le mot proinstitutum n'existe pas. Hartel, Patr. Stad., 
II, p. 68,2, propose de lire: et pro instituto curiositatis ad 
propria verterunt. C'est un contresens, car les mots pro instituto 
curiositatis vont avec si quid offenderunt. Voy. App. I. 

— 48,7. L'esprit (spiritus), par lequel Dieu a tiré l'univers 
de la mort du néant, c'est son Verbe. Voy. ch. 21, 10-11. Il a 
donné la vie à toutes choses {omnium animatore) ou du moins 
une sorte de vie. Les exemples suivent ; la lumière, les astres, 
les saisons, les fruits, tout enfin vit, périt et renaît : omnia 
pereundo servantur, omnia de interitu rejormantur. Donc 
omnium — omnium rerum, et non : omnium animarum, à 
moins qu'on n'entende par animae « tout ce qui vit », même 
de cette vie ou de cette sorte de vie dont Tert. parle ici. Il 
est vraisemblable qu'un lecteur, qui n'a pas compris la pensée 
de Tertullien, le sens de omnium, a ajouté animarum. 

— 48,11. cum paraît être une répétition de la première 
syllabe de constarent. Il trouble la construction de la phrase. 

— destinata n'a pas de sens ici. C'est peut-être une répé- 
tition antérieure de distincta. Il faut écrire : condicione. 

— 48,13. Le sens est: «plus de mort nouvelle et plus de 
nouvelle résurrection ». Le copiste a répété nec pour avoir 
nec mors nec resurrectio, ne voyant pas qu'à une mort (nec 
mors iam) il a opposé des résurrections successives {rursus 
ac rursus resurrectio). C'est la réponse à l'objection du § 10 : 
Ergo, inquitis, semper moriendum erit et semper resurgendum. 


ADDITIONS COMMUNES A F ET A P 81 

50,1 Plane volumus [pati], verum eo more, quo et bel- 
lum [miles] nemo quidem libeiis patitur, cum ... 
50,5 totum sese [Atheniensium] atheneis (in marg. 
aethneis) incendils donavit 

XII. Additions communes à F et à P. 

Il n'y a pas un seul paragraphe où l'on puisse affirmer 
catégoriquement qu'il y a addition à la fois dans F et 
dans P. Nous allons examiner quelques passages où l'on 
peut au moins conjecturer qu'une phrase ou un membre 
de phrase a été ajouté au texte primitif. 


— 50,1. F n'a ni pati ni miles. Après si pati vultis, il est 
inutile d'exprimer pati avec volumus. Miles est une glose de 
nemo, suggérée par bellum. En tous cas, on ne peut pas couper 
la phrase devant Nemo quidem libens patitur, même si l'on 
conserve miles ; car nemo serait trop général après miles et 
patitur doit avoir pour complément bellum. Miles nemo 
serait mis pour miles nullus. Cf. Ad martyr,, 3 : Nemo miles 
ad bellum cum deliciis venit. Et plus loin : Etiam in pace labore 
et incommodis bellum pati iam ediscunt (milites). — Tert. 
compare souvent le chrétien à un soldat. Ici, il n'a pas exprimé 
le mot miles et il dit en général nemo, comme il dit plus loin : 
(/s) qui de proelio querebatur, et non miles qui. L'addition de 
pati et celle de miles peuvent venir de gloses marginales ou 
d'un remanieur, qui aura voulu préciser la comparaison. 
Rigaltius et Havercamp rejettent aussi ces deux mots. 

— 50,5. F a seulement Aetneis « aux feux de l'Etna ». Dans 
P, atheneis a été corrigé, en marge, en aethneis (= Aetnaeis). 
Depuis Rhenanus, on corrige Atheniensium en Catanensium ; 
mais on voit facilement que ce n'est qu'une mauvaise glose 
d'atheneis, mis pour Aetnaeis. Callewaert, La valeur du Cod. 
Fuld., p. 167. 

6 


82 ADDITIONS COMMUNES A F ET A P 

33,4. Minor erat, si tune deus diceretur, quia non vere 
diceretur. FP 

C'est à tort, croyons-nous, que cette phrase a paru suspecte 
à Havercamp. Ce serait une glose explicative de Maior est ... 
qui suit. Valde suspecta sunt mihi haec verba, dit Havercamp, 
nec dubito quin sit glossema,quod ex or a libri alicuius irrepserit. 
L'antithèse Minor erat et Maior est, ainsi que la répétition 
de l'idée sous une autre forme, sont dans le gofàt de Tert. 

34,3. quod non potest credi 

Sorte de parenthèse placée après debeat dici dans P et après 
adulatione dans F. Cette incertitude peut la rendre suspecte, 
malgré sa forme rythmique, crétique et trochée. 

On se demande si ce n'est pas une glose marginale, insérée 
par les copistes à des places différentes. Rigaltius la supprime 
simplement, satis imperiose, dit Havercamp, qui propose 
de lire : quod non potest (scilicet dici), (nisi} non modo tur- 
pissima etc. Van der Vliet, p. 39, conjecture : quod non potest 
credi (nisi) non modo turpissima, etc. 

La parenthèse est embarrassante : on ne sait à quoi il faut 
la rapporter. Elle ne convient pas à ut imperator deus debeat 
dici, car ce qui est « incroyable », ce n'est pas ut imperator 
deus debeat dici, mais ut imperator deus sit. Elle ne convient 
pas non plus à non modo turpissima ... adulatione, car le 
flatteur ne croit pas {credi), il se borne à affirmer (dici). Voy. 
App. I. 

37,8. Paene omnes cives Christianos hostes habendo, 
hostes maluissetis vocare generis humani potius quam 
erroris humani F ; paene omnes cives Christianos haben- 
dos et hostes maluistis vocare generis humani potius 
quam erroris humani. P 

Dans F, maluissetis est probablement une erreur du copiste, 
pour maluistis. — Toute cette phrase ressemble à un résumé 


ADDITIONS COMMUNES A F ET A P 83 

assez maladroit des § 8-10. Tous les mots se retrouvent soit 
dans le § 8, soit dans le § 10. Les uns {paene omnes cives Chris- 
tianos) répètent inutilement ce qui précède ; les autres vien- 
nent trop tôt et nuisent à l'effet de la phrase finale du 
chapitre. Nous sommes disposé à croire que c'est un résumé 
marginal, inséré dans le texte par un copiste. Nous avons vu 
d'autres résumés qui ont passé de la marge dans le texte. 
Cf. 25,1 : de Romanis F. 38,1 : et ampla negotia Cliristianae 
(se. fadionis) P. 

38,5. id est, animi aequitatem P; id est, animae aequi- 
tatem F 

Voy. ci-dessus, p. 59. — Rigaltius omet ces mots, les consi- 
dérant comme une glose, et Havercamp le suit. La formule 
id est introduit, en effet, souvent une glose (Havet, § 1107) ; 
mais elle est très fréquente dans le texte authentique de Ter- 
tullien (Apol., 2,1 ; 6,8 ; 14,7 ; 21,10 ; 17 ; 23,10 ; 32,3 ; 35,9 ; 
38,5 ; 40,3 ; 48,4) comme dans celui de Minucius Félix (25,3 ; 
5 ; 11 ; 26,12 ; 29,5 ; 30,5). Tertullien cite plus d'une fois 
l'opinion d'Epicure sur le plaisir. De spect., 28, p. 27,10 : 
philosophi quidam hoc nomen (se. voluptatis) quieti et tran- 
quillitati dederunt. De pallie, 5, p. 951 0. : Certe cum ad Epi- 
euros etZenonas ventum est, sapientes vocas totum quietis magis- 
terium, qui eam summae atque unicae voluptatis nomine cotise- 
cravere. Tamen propemodum mihi quoque licebit in publicum 
prodesse. Ici il n'était pas nécessaire de définir aliam volup- 
tatis veritatem, opposé à alias voluptates : l'opinion d'Epicure 
était connue de tous et Tert. a l'habitude de supposer à ses 
lecteurs une certaine érudition. On conçoit qu'un lecteur 
des temps postérieurs ait voulu faire montre de science. 
Cependant ces mots ne sont pas superfétatoires ni nuisibles 
au style ; il faut donc les conserver. 

45,7. Deum, non proconsulem, timentes. FP 

Ces mots, qui terminent la phrase en mettant les points 
sur les i, nous paraissent affaiblir plutôt l'effet de l'antithèse. 


84 ADDITIONS COMMUNES A F ET A P 

eum timentes, quem timere debebit ipse qui iudicat, qui est 
suffisamment claire par elle-même. En outre, la répétition 
de timentes est choquante. Ces quatre mots ressemblent beau- 
coup à une glose explicative introduite dans le texte. Haver- 
camp disait déjà : Suspecta haec mihi valde. Il trouvait timentes 
intolérable : il proposait de faire une nouvelle phrase et 
de lire : Deum, non proconsulem timemus. Il est plus probable 
que ces mots sont une glose dans laquelle quelque lecteur 
avait remplacé les périphrases du texte par les mots propres. 
Dans un ouvrage qu'il venait d'écrire, Tert. se contente du 
mot propre. Ad martyr., 2 : ludicia denique non proconsulis, 
sed Dei sustinet {=exspectat, se. mundus). 

49,3. proinde nec inepta esse possunt. P 

Modius garde le silence sur ce membre de phrase, qui est 
donné par De la Barre. Il nous paraît être une addition mal- 
heureuse. Voy. App. I. 

Observation. - Suivant notre plan, nous avons dû négliger 
ici toute une catégorie d'additions et d'omissions qu'on peut appeler 
littéraires ou stylistiques. Le style de Tertullien comme celui de 
Tacite, se distingue par l'emploi fréquent de l'ellipse : il est concis 
au point que parfois la clarté en souffre. Or, l'ellipse se trouve 
tantôt dans F, tantôt dans P. 
2,5. O quanta illius praesidis gloria fuisset... ! 

Ici,fuisset manque dans P. Dans F, la clausule est un crétique et 
un trochée ; dans P, c'est un double crétique. 
17,2. Ideo verus et tantus est ! 

Ici, est manque dans P. Dans F la clausule est un crétique et un 
trochée ; dans P, c'est un double crétique. 

Les passages où le verbe esse est ainsi soit omis soit ajouté sont 
assez nombreux. Ailleurs, c'est un verbe déclaratif ou un verbe 
analogue (9,20; 10,7; 19,5; 21,3, etc.) ou un autre verbe déjà 
exprimé précédemment (8,8: venire F) ou un substantif (4,12: 
lex P; 21,22: ludaeorum^ etc.) ou un pronom non requis par le 
sens, qui ne se trouvent que dans l'une des deux traditions. 

Ces différences sont surtout nombreuses en ce qui concerne les 
particules de tout genre. 


ADDITIONS COMMUNES A F ET A P 85 

C'est tantôt dans F, tantôt dans P, que ces mots manquent et 
aussi souvent dans l'un que dans l'autre. Il est ordinairement diffi- 
cile de dire s'il y a omission ou addition, c'est-à-dire si le texte 
authentique de Tertullien contenait le mot en litige. 

Ce qui est certain, c'est que le plus souvent l'addition ne vient 
Pas d'un scribe, mais d'un remanieur, qui a voulu rendre le texte 
plus clair. C'est pourquoi nous avons réservé ces passages pour les 
étudier dans leur ensemble. 


86 


TRANSPOSITIONS. 
XIII. Transpositions dans F et dans P. 

En comparant F à P, on rencontre des transpositions 
assez nombreuses. Il y en a de deux sortes : c'est un mot, 
ou un membre de phrase, ou même une phrase entière 
qui a été transposé dans l'une des deux traditions. 

10 Transposition d'un mot. C'est souvent le mot 
déterminant qui suit le mot déterminé au lieu de le 
précéder et vice versa. Dans ce cas, l'ordre des mots est 
assez indifférent et il est difficile, le plus souvent, de don- 
ner la préférence à l'une des deux traditions sur l'autre. 


2,13 audire laboratis 
2,18 aliter nos 
7,3 etiam ipsi 

9.7 de necis génère 

9.8 homicidio semel 
10,9 patrem aut matrem 

11,3 melioris condicionis 
11,13 homines illos 
15,2 detractum de caelo 

20.2 interna et externa 
21,17 cum ... excuteret verbo 

26.3 si non ultimo deliquisset 
39,6 non epulis inde 

44,1 tam verum, tam grande 
50,15 ipsa illa 


elaboratis audire 

nos aliter 

ipsi etiam 

de génère necis 

semel homicidio 

matrem ac patrem {avec un 

chiasme) 
condicionis melioris 
illos homines 
de caelo iactalum 
externa atque interna 
cum verbo ... excuteret 
si non deliquisset ultimo 
inde non epulis 
tam grande quam verum 
illa ipsa 


Ch. 2,13. La lecture de P, elaboratis audire donne une clau- 


TRANSPOSITIONS DANS F ET DANS P 87 

suie familière à Tertullien (crétique et trochée). (Dans notre 
texte, nous avons imprimé elaboratis au lieu de laboratis.) 

Ch. 9,7. de necis génère dlffert donne également un crétique 
(avec la deuxième longue résolue) et un trochée. 

Ch. 10,9. Cf. Ad nat., 2,19, p. 119, 23 : patrem ac matrem. 
Dans P, il y a un chiasme : non caeliim ac terram matrem ac 
patrem. 

Au ch. 44,1, la leçon de F, tam verum, tam grande, pouvait 
être conservée ; en effet, on peut la considérer comme un 
asyndeton à deux membres : « une perte si vraie, si grande 
pour la république », et le sens est à peu près le même que 
celui de tam grande quam verum « une perte aussi grande que 
réelle ». — Tert. aime à employer tam ((tellement, si » devant 
un adjectif et devant un adverbe. La locution tam ... quam 
pour non modo ... sed etiam lui est aussi familière (16 fois dans 
V Apologétique). Voy. P. Henen, Index verborum, p. 153. 

Mais il arrive aussi que la simple transposition d'un 
mot devienne la cause d'un vice grammatical ou d'un 
contresens : dans ce cas, on peut déterminer lequel des 
deux manuscrits a conservé le texte authentique. 

— 17,3. Hoc est, quod Deum aestimari facit, dum aesti- 
mari non capit F ; hoc, quod est, dominum aestimari 
facit, dum aestimari non capit. P 

Dans P, dominum (dnm) est une faute fréquente pour 
deum (dm). Ces deux abréviations sont souvent confondues. 
Voy. Leçons fautives, (P), ch. 13,4. 

Hoc est, quod est devenu dans P : hoc, quod est, c'est-à-dire 
que est a été transposé. 

Dans F, hoc annonce dum ; ailleurs sic joue le même rôle. 
Voici donc l'idée : 1°) Dieu est si grand que, seul, il sait jus- 
qu'où va sa grandeur, que, seul, il l'embrasse dans toute son 
étendue ; 2)» ce qui donne une idée de sa grandeur à l'esprit 
humain, c'est que, pour lui, cette grandeur est incommen- 
surable ; 30) conclusion : ainsi, l'immensité de sa grandeur 


b8 TRANSPOSITIONS DANS F ET DANS P 

le cache et le dévoile à la fois aux hommes. Cette conclusion 
contient à la fois le 1° et le 2°. Junius a ajouté cette observa- 
tion : evidentius. — Tert. exprime ailleurs la même idée en 
d'autres termes. Adv. Marc, 2,2, p. 334, 23 : Reddens nomen 
un negas substantiam nominis, id est magnitudinem, non 
tantam eam agnoscens, quantam si homo omnifariam nosse 
potuisset, magnitudo non esset. La grandeur infinie de Dieu 
ne mériterait pas le nom de grandeur, si un être fini et borné 
pouvait la concevoir. L'homme comprend que Dieu est infini- 
ment grand en constatant qu'il est incapable de concevoir 
cette grandeur. 

Tert. aime à annoncer dum par un pronom ou par sic. Voy. 
Hoppe, Syntax, p. 79. Voici un exemple où l'on trouve l'un 
et l'autre. Adv. Marc, 2,5, p. 339, 30 : Nam et si ex aligna 
mater ia {facta sunt opéra creatoris), ut quidam volunt, hoc 
IPSO tamen ex nihilo, dum non id fuerunt, quodjunt. Postremo, 
vel SIC magna, dum bona, vel sic deus potens, dum omnia ipsius, 
unde et omnipotens. Adv. Hermog., 5, p. 132,4 : {quia} et 
EX HOC alius deus non possit admitti, dum nemini licet habere 
de deo aliquid. Adv. Marc, 4,9, p. 441,12 : Hoc magis meo 
Christo competere sic doceo, dum tuo non competere demonstro. 
De exh. cast., 3 : dum melius illud facit, ita bonum haberi 
cogit. Adv. Marc, 3,1, p. 377,19 : ut, dum Christum probamus 
creatoris, sic quoque deus excludatur Marcionis. Ibid., 4,9, 
p. 441,24 : quasi hoc modo melioris, dum ... 

Dans P, est a été transposé. Que peut signifier, en effet : 
Hoc, quod est, Deum aestimari facit, dum aestimari non capit. 

1° Hoc, quod est peut signifier : « ce que Dieu est », c'est- 
à-dire : « son essence, son infinie grandeur », nous donne une 
idée de lui, de son infinie grandeur, ce qui ressemble 
à une tautologie. Ce n'est pas la pensée de Tertullien, qui 
veut dire que « l'impossibilité de concevoir Dieu tel qu'il 
est nous donne une idée de sa grandeur incommensurable ». 

2" Hoc, quod est peut signifier aussi : « ce qui existe, la 
création, l'univers créé par lui, nous donne une idée de Dieu, 
alors qu'il est impossible d'en avoir une idée ». C'est une 
contradiction manifeste, qui ne correspond pas aux oxymora 
précédents. Ensuite la locution hoc, quod est est obscure pour 


TRANSPOSITIONS DANS P ET DANS F 89 

désigner ce que Tert. appelle au § 4, opéra eius.Ce serait aussi 
une anticipation malheureuse sur le § 4, oh les mots Vultis 
etc. montrent que c'est pour la première fois que Tert. précise 
les moyens de connaître Dieu. Ces moyens sont du reste au 
nombre de trois : deux moyens naturels (la création et l'âme, 
17,4) et un moyen surnaturel (la révélation, 18,1). Enfin la 
conclusion Ita eum ne correspondrait plus aux prémisses : 
c'est la grandeur incommensurable de Dieu, et non la création, 
qui fait qu'il nous est à la fois connu et inconnu : a) cette 
grandeur n'est connue tout entière que de Dieu ; b) l'impos- 
sibilité pour nous de la concevoir nous en donne une idée. 
Telle est la pensée de Tertullien et c'est aussi celle de Minu- 
cius Félix, 18,8 : Nobis vero ad intelledum pedus angustum 
est, et ideo sic eum digne aestimamus, dum inaestimabilem 
dicimus. Le traité Quod idoia, 9, reproduit cette phrase. 

— 16,7. Sed et Victorias adoratis, eum trophaeis intes- 
tina sint F ; sed et Victorias adoratis, eum in tropheis 
cruces intestina sint tropheorum. PM 

Sur la lecture de F, voy. ci-dessus, p. 40-41. Ce passage 
sera clair et correct si l'on transpose eum. On aura : Sed et 
Victorias adoratis in tropaeis, eum cruces intestina sint tro- 
paeorum. « Mais vous adorez aussi les victoires dans les 
trophées, bien que les trophées aient des croix pour entrailles ». 
On évite ainsi la tautologie intolérable qui résulte de in tro- 
paeis et tropaeorum dans une seule et même proposition. 
Dans P, eum a également été transposé au ch. 48,6. Voy. plus 
loin, p. 93. 

Cette transposition nous paraît préférable à celle que pro- 
posait Kroymann : Quaest. Tert. crit., p. 40 : Sed et Victorias 
eum adoratis in tropaeis, cruces intestina sunt tropaeorum. Il 
est obligé de changer en outre sint en sunt ; or sint est la lec- 
ture de FPM. 

Dans F, ce passage a été fort maltraité : la conjonction 
eum y a été également transposée et, outre cruces, qui est 
indispensable (ci-dessus, p. 41), il est probable que in manque 
devant tropaeis et que tropaeorum est tombé à la fin. Cf. Ad 


90 TRANSPOSITIONS DANS F ET DANS P 

nat., 1, 12, p. 83,13 : cmces erunt, intestîna quodammodo tro- 
paeorum. Les mots sint tropaeorum forment une clausule 
familière à Tertullien (crétique et trochée), tandis que intes- 
tina sint est une clausule très rare (trochée ou spondée et 
crétique). 

— 19,8. ne vel minus *F ; vel ne minus P 

Vel doit suivre ne, dont dépendent les deux propositions 
unies par vel... vel. 

— 21,14. et qui pênes vos eiusmodi fabulas ad destruc- 
tionem veritatis istius aemulas praeministraverint. F 
et qui pênes vos eiusmodi fabulas aemulas ad destruc- 
tionem veritatis istiusmodi praeministraverint. P 

Sur istiusmodi, pour istius, voy. ci-dessus, p. 75. 

Tertullien vient d'exposer aux païens la nature du Verbe 
et l'incarnation du Fils de Dieu. Il sait que les païens trai- 
teront cette vérité {veritatis istius) de « fable » et il adopte 
pour un instant (intérim) leur langage, comme il le fait ailleurs. 
Voy. App. 1. 

« Accueillez pour le moment cette « fable », continue-t-il 

— elle est semblable aux vôtres — , jusqu'à ce que nous mon- 
trions (au ch. 23, 12 : et quis ille Christus cum sua fabula) 
comment le Christ est prouvé et qui a fourni d'avance chez 
vous des fables rivales du même genre pour détruire cette 
vérité ». 

Les inventeurs de ces fables sont les démons. Au ch. 47, 
11-14, Tert. montrera de même que les démons ont inspiré 
aux poètes et aux philosophes des fables qui ressemblent aux 
croyances chrétiennes sur le jugement dernier, sur l'enfer et 
le paradis, pour enlever d'avance tout crédit à ces croyances : 
ab his quaedam etiam fabulae immissae, quae de similitudine 
fidem infirmarent veritatis. 

Eiusmodi fabulas, ce sont « des fables du même genre » que 
l'incarnation du Fils de Dieu, des fables relatives à des fils 


TRANSPOSITIONS DANS F ET DANS P 91 

de dieux (ôeôyovot.), et spécialement aux fils de Jupiter, comme 
on le voit dans les § 7-9. Voy. ci-dessus, p. 75. 

Aemulas veut dire que ces fables païennes imitent, contre- 
font cette vérité chrétienne pour la détruire, qu'elles lui res- 
semblent et lui font concurrence pour la ruiner. Les mots 
ad destructionem veritatis istius, placés entre fabulas et aemulas 
dans F sont donc complément de aemulas « rivales, concur- 
rentes, semblables » (par contrefaçon). L'idée est la même 
qu'au ch. 47,11 : fabulas ad destructionem veritatis istius 
aemulas = fabulas quae de similitudine veritatem islam de- 
struerent. Tacite construit aussi aemulus avec ad'Ann., 12,54: 
aemulo ad teterrima Ventidio, Ventidius imitait Félix pour 
commettre les excès les plus odieux. 

Le reviseur de P a cru que le complément de but, ad des- 
tructionem veritatis istius, se rapportait à praeministraverint 
et il a placé aemulas à côté de eiusmodi fabulas, où cette 
épithète paraît faire double emploi avec eiusmodi. 

Sur aemulas = similes, pares, voy. Scorp. 5, p. 154, 27 : 
quod ferme pares adliibet qualitates medellarum adversus qua- 
litates querellarum. Ibid., 155, 22 : sed dominus ... paulatim 
remédia composuit, omnes fidei disciplinas et ipsas aemulas 
vitio. Tert. appelle le démon « contrefacteur de Dieu », 
diabolus divinorum aemulator (De ieiun., 16, p. 296, 1 1), aemu- 
lus Dei interpolator naturae (De cultu fem., 1,8. Cf. De spect., 
2, p. 3,7). 

Dans Ad nat., 3,13, p. 124,11, on peut restituer : fabulas 
aemulas, au lieu de : fabulas similes, que propose Oehler et 
que Reifferscheid a admis. 

— 30,7. Hic erit crimen, ubi veritas est Dei et devotio F ; 
hic erit crimen, ubi veritas et Dei devotio est. P 

Sur la tournure, comp. De spect., 28, p. 27, 16 : hic voluptas 
ubi et votum. — Veritas Dei « le vrai Dieu » et devotio Dei » la 
fidélité, la piété, la dévotion envers Dieu » résument les § 5 
et 6, où Tertullien a dit 1) que le vrai Dieu est le seul qui 
puisse exaucer une prière et 2) que le chrétien seul rend à 
Dieu le culte que Dieu désire et que, par conséquent, il mérite 
seul d'être exaucé. 


92 TRANSPOSITIONS DANS F ET DANS P 

Veritas Dei = Deus ver us, le subst. abstrait est mis à la 
place de l'adjectf. Le génitif est objectif : « la vérité sur Dieu ». 
Cf. 38,5 : etiam voluptatis veritatem. 45,2 : ad innocentiae 
veritatem. Minucius Félix, 38,7 : si veritas divinitatis nostri 
temporis aetate maturuit. Dans S. Paul, Ad Rom., 1,25; 3,7 ; 
15,8, veritas Dei, r\ àX-riOèia toû 0eoû, a un autre sens. 

DevotioDei = devotio ergaDeum. Génitif objectif. Cf. Lact., 
Inst. div., 2,12,15 : ut Deo patri summa devotione serviret. 

Dans P, on a transposé Dei et le verbe est, peut-être parce 
qu'on n'a pas compris Dei veritas. 

— 35,7. De nostris annis augeat tibi luppiter annos. F 

C'est un hexamètre qu'on trouve dans les Actes des Arvales. 
Voy. l'apparat critique. La métrique exige qu'on lise avec P : 
De nostris annis tibi luppiter augeat annos. 

— 43,2. non dico iam qui de vobis daemonia discutiant, 
non dico iam qui pro vobis quoque vero Deo preces fun- 
dant, sed a quibus nihil timere possitis? F 

P, qui présente d'ailleurs ici d'autres différences avec F, 
porte : non dico qui iam pro vobis. Il est évident que iam a été 
transposé par le copiste distrait ; en effet, iam se rapporte 
à dico et la transposition détruit l'anaphore oratoire non dico 
iam (formule de prétérition). Voy. App. L 

— 45,2. Quanta prudentia hominis ad demonstrandum 
quid vere bonum, tanta auctoritas ad exigendum ; tam 
illa falli facilis, quam ista contemni. F 

P renverse l'ordre des corrélatifs : tanta prudentia ... quanta 
auctoritas. Il a aussi bonum au lieu de quid vere bonum. Cf. 
De spect., 20, p. 21,26 : Non potest aliud esse, quod vere quidem 
est bonum seu malum. 

Les corrélatifs tantus quantus (ici : « aussi petit que ») et tam 
quam expriment une idée de proportion ou d'égalité et non 


TRANSPOSITIONS DANS F ET DANS P 93 

de causalité. Tert. ne veut pas dire ici que l'autorité de 
l'homme est faible, parce que sa science est imparfaite ; il 
constate seulement qu'elles sont également petites. La seconde 
partie de la phrase le prouve à l'évidence : l'ordre des termes 
y est renversé. La locution tam qmm a du reste généralement 
le sens de et ... et ou non modo, sed etiam. Il en résulte que 
Tert. pouvait dire ici quanta ... tanta ou tanta ... quanta, indif- 
féremment. C'est dans les § 5-7 qu'il expliquera pourquoi 
l'autorité de l'homme est inférieure à celle de Dieu et il ne 
dira pas — ce qui d'ailleurs serait juste — que la faiblesse 
de l'autorité humaine vient des défaillances de la sagesse 
humaine : elle vient a) de ce que le criminel lui échappe sou- 
vent et b) de ce qu'elle ne dispose pas d'une sanction efficace. 
Voy. App. L 

— 47,3. Dum ad nostra conantur sed (et P) homines 
gloriae, ut diximus, et eloquentiae solius libidinosi F 

Il faut lire probablement : homines et gloriae, ut diximus, 
et eloquentiae solius libidinosi, car et gloriae correspond à et 
eloquentiae (= non modo, sed etiam). S'il en est ainsi, nous 
avons ici une transposition commune aux deux traditions. 
Dans F, et est devenu, en outre, sed, ce qui s'explique une fois 
qu'on avait écrit : conantur et homines ; en effet, un scribe 
a pu écrire set (pour sed), en prenant l'r final de conantur pour 
un s. Sur cette confusion, voy. 49,4 et 50,3 et 13, dans P. 

— 48,6. qui non eras, factus es ; et iterum, cum non eris, 
fies. F 

Au lieu de : et iterum, cum, P a : cum iterum. — Iterum 
doit précéder cum, car il se rapporte à fies. Parlant de la 
résurrection des corps, Tertullien dit : « Il ne t'arrivera rien 
d'extraordinaire : tu n'étais pas et tu as été fait ; quand tu 
ne seras plus, tu seras fait de nouveau ». Cum non eris cor- 
respond à qui non eras, et iterum fies à factus es. — Voy. ci- 
dessus, p. 89, cum transposé dans F et dans P au ch. 16,7. 


94 TRANSPOSITIONS DANS F ET DANS P 

2° Transposition d'un membre de phrase ou d'une 
phrase. — La transposition d'un membre de phrase peut 
être indifférente au sens : 

1.9 quod non poterant odisse, si sciant F 

quod si sciant, odisse non poterant P 
10,2 si eos non colerent, quia putarent non esse, quos constaret 

esse F 

si, quos non colerent, quia putarent non esse, constaret illos 

deos esse P 
34,2 quomodo qui pater patriae est, dominus est ? F 

qui pater patriae est, quomodo dominus est ? P 
41,4. a Deo obveniunt {lege : obveniant), vobis in castigationem F 

vobis in castigationem a Deo obveniant P 

La transposition d'un membre de phrase ou d'une pro- 
position peut aussi modifier ou troubler le sens. 

— 5,7. quas nullus Vespasianus, etc. 

Dans F, les empereurs Vespasien, Hadrien, Antonin le 
Pieux et Verus se succèdent dans l'ordre chronologique. 
Dans P, Vespasien est placé après Hadrien, on ne voit pas 
pourquoi. Il n'y a pas de gradation, ni ascendante, ni descen- 
dante, qui puisse justifier la dérogation à l'ordre historique. 

On peut conjecturer que la répétition de nullus a troublé 
le scribe de P. Passant du premier nullus au second, il avait 
omis le premier membre de phrase (quas nullus Vespasianus...), 
qui comprend 48 lettres. Puis, s'étant aperçu de l'omission, 
il l'a réparée en faisant suivre aussitôt ce qu'il avait omis. 

Eusèbe, Hist. eccL, 5, 5, 7, a même mis Trajan à sa place 
chronologique, bien qu'il cite la traduction grecque. Evidem- 
ment, c'est le traducteur (ou Eusèbe) qui a volontairement 
modifié le texte de Tert. Celui-ci a mis Trajan en tête, tout 
simplement parce qu'il avait exposé longuement l'attitude 
de Trajan au ch. 2, 6-8 : c'est un rappel de ce qu'il a déjà dit. 

Ce qui prouve àl'évidence — on ne l'a pas remarqué jusqu'ici 

— que Trajan a été mis à part et en tête, c'est qu'il n'entre 


TRANSPOSITIONS DANS F ET DANS P 95 

pas dans l'anaphore oratoire quas nullus. Dans Eusèbe, cette 
anaphore (oûç ouxe) est interrompue maladroitement par 
ou(; Tpaïavôç. Le traducteur n'a pas compris la raison pour 
laquelle Tertullien n'a pas mis Trajan à sa place chronolo- 
gique. Voyez aussi les observations de Harnack, Die grîech. 
Uebersetz., p. 23 (158), et de Callewaert, Le Codex Fuld., p. 342. 

— 16,8. Laudo diligentiam 

F place ces deux mots avant siphara; P les place avant 
noluistis. On les comprend à l'une et à l'autre place, comme 
une approbation ironique. On aurait : 

Omnes illi imaginum suggestus in signis monilia crucum 
sunt : laudo diligentiam ! Siphara illa vexillorum et canta- 
brorum stolae crucum sunt : noluistis incultas et nudas cruces 
consecrare ! (F) 

Ou bien : Omnes illi imaginum suggestus in signis monilia 
crucum sunt ; siphara illa vexillorum et cantabrorum stolae 
crucum sunt, Laudo diligentiam : noluistis incultas et nudas 
cruces consecrare. (P) 

La lecture de P est seule authentique ; en effet, la phrase 
noluistis etc. est une approbation ironique à la fois de ces 
colliers {monilia) et de ces robes (stolae), car incultas « non 
parées » se rapporte aux colliers, qui sont une parure, et nudas 
vise les robes, qui sont un vêtement. Dans Ad nat,, 1,12, 
p. 83,19, il n'y a également qu'une seule approbation ironique 
à la fin : Erubescitis, opinor, incultas et nudas cruces colère I 

La transposition dans F est donc incontestable ; on ne 
saurait dire si c'est une erreur de copiste ou une transposition 
intentionnelle. 

— 25,12. Auctis âge iam rébus religio profecerit. F 

Placés au commencement du paragraphe, ces mots sont une 
objection sous forme de concession, introduite par âge (cf. 8,9). 
Tert. vient de montrer que les pauvres dieux romains de l'é- 
poque primitive, Sterculus, Mutunus, Larentina, n'ont pu 
donner l'empire à Rome. Mais on dira : quand Rome eut 


96 TRANSPOSITIONS DANS F ET DANS P 

grandi (auctis iam rébus), la religion a fait des progrès, Rorae 
a eu des dieux puissants et un culte fastueux, preuves de sa 
religiosité. Soit, dit TertUllien, admettons cela {profecerit, 
subj. concessif). Mais comment attribuer la grandeur de 
Rome à sa religion, si la religion n'a fait des progrès qu'après 
l'accroissement de Vempire romain (ou du royaume, pour lui 
donner le nom qu'il portait alors). Les mots auctis rébus et 
post imperium désignent l'époque qui a suivi Numa, surtout 
l'époque des Tarquins. Sous Numa, dit Tert., on ne trouve 
pas encore ce progrès dans la religion : elle est encore simple 
et pauvre. On ne le trouve que plus tard, quand Rome est déjà 
devenue grande. La grandeur a précédé la religion, TertuUien 
s'en tient aux termes de l'objection. Conformément à l'idée 
romaine, il ne fait pas consister la religion romaine dans le 
sentiment religieux, mais dans les cérémonies et les rites, 
les temples et les statues {religione, id est cultu deorum, Cic, 
De n. d., 2, 3, 8) : ce sont les manifestations extérieures, écla- 
tantes de cette religiosité, qui, dit-on, aurait valu à Rome la 
protection des dieux et l'empire. C'est avec les Tarquins et 
les Grecs que le culte commence à devenir fastueux, que les 
dieux ont des temples et des statues et que se montre la reli- 
giosité romaine. Mais alors Rome est déjà grande, elle est 
la cité maîtresse du Latium. Sa puissance (qu'on l'appelle 
« empire » ou, comme on disait alors, «royaume») était déjà 
fondée, Ergo non ante religiosi Romani quam magni. 

L'expression auctis iam rébus est de TertuUien, car elle 
est dans Ad nat,, 2,17, p, 132, 8, où Tert, dit: «Mais n'est-ce 
pas après que Rome fut arrivée au sommet de la puissance 
que la superstition romaine (le culte fastueux) fut cherché ? » 
Atqui non post summum imperium auctis iam rébus superstitio 
quaesita est ? Et il raisonne sur la pauvreté du culte de Numa, 
comme ici, pour conclure : Ergo non ante religiosi quam 
maiores, ( neque ideo maiores > quia religiosi. Cf. Hartel, 
Patrist. Stud., II, p, 81, 

Dans P, la phrase Auctis ,,, s'est fourvoyée et a subi une 
mutilation : (^Auctis} âge iam rébus religio profecerit, placé 
entre religio profecerit et Nam etsi. Sans auctis, elle n'a plus 
aucun sens et, même complétée par auctis, elle est mal placée 
1° parce que profecerit est répété à un trop court intervalle ; 


TRANSPOSITIONS DANS F ET DANS P 97 

20 parce que la concession vient après la réfutation {Sed 
quam vanum ...), au lieu de venir avant. On ne peut faire que 
des conjectures sur la cause de cette transposition. Le copiste 
aura trouvé la phrase dans la marge, parce que son prédé- 
cesseur l'avait d'abord oubliée. Comme âge iam commence 
ordinairement la phrase, celui-ci avait omis auclis qui précède. 
Sur âge ou âge iam, voy. 8,9 ; 48,1. 

— 34,2. Quod non potest credi. 

Placé après debeat dici (P) ou à la fin de la phrase (P). Voy. 
ci-dessus, p. 82 et App. L 

— 35,5. Quomodo celebranda occasio voluptatis etc. 

L'ordre des mots diffère dans les deux traditions, mais 
la construction de la phrase est différente aussi : il y a eu 
probablement un remaniement intentionnel, qui ne doit pas 
nous occuper ici. 

— 38,5. Licuit Epicureis aliam decernere voluptatis 
veritatem, id est, animae aequitatem : in que vos offen- 
dimus, si alias praesumimus voluptates ? F 

Sed licuit Epicureis aliquam decernere voluptatis 
veritatem, id est, animi aequitatem, et ampla negotia 
Christianae P 

Dans F, il faut corriger : animi aequitatem. Voy. ci-dessus, 
p. 59. — Sur les mots et ampla negotia Christianae, voy. ci- 
dessus, p. 78. 

Dans P, la phrase Sed licuit a été reléguée par erreur à la 
fin du chapitre. 

Traduisons : « Il fut bien permis aux Epicuriens de décréter 
une nouvelle vérité sur le plaisir, à savoir l'égalité d'âme : 


98 TRANSPOSITIONS DANS F ET. DANS P 

en quoi vous offensons-nous, si nous admettons d'autres 
plaisirs (que vous) ? ». 

Dans ce qui précède, Tertullien a repoussé les jeux pour 
deux raisons : les jeux tiennent au culte et ils sont immoraux ; 
or, les chrétiens fuient l'idolâtrie et les plaisirs contraires 
à la morale. Pour les païens, les jeux étaient surtout un 
plaisir, auquel ils se livraient avec passion. Les chrétiens 
faisaient scandale en s'en abstenant systématiquement ; leur 
dédain irritait le peuple qui disait : les chrétiens méprisent 
donc nos plaisirs ! C'est à ce reproche ou à cette objection 
que Tert. répond, sans la formuler d'abord et même sans 
transition. C'est que l'objection est dans tous les esprits. Ce 
style décousu est dans la manière vive de Tertullien et il faut 
se garder de croire qu'il y a une lacune devant Licuit Epicureis. 
Voyez, par exemple, de quelle façon brusque il introduit 
sa brillante tirade sur la fama au ch. 7, 8. 

« Personne n'a trouvé à redire, dit-il, quand les Epicuriens 
ont décrété que le vrai plaisir était dans l'égalité d'âme. 
Personne n'a trouvé cela offensant. En quoi vous offensons- 
nous ?... » On voit que ces deux phrases sont opposées l'une 
à l'autre, mot pour mot : licuit à offendimus, decemere à prae- 
sumere (se faire une idée préconçue, personnelle), aliam volup- 
tatis veritatem à alias voluptates. Il en résulte que ces deux 
phrases ne peuvent pas être séparées. Placée à la fin, la phrase 
Sed licuit Epicureis aliquam decemere etc., serait séparée 
de son antithèse. En effet, Tert. continue par des idées diffé- 
rentes : 1° s'il nous plaît de ne pas prendre de plaisir du tout, 
le dommage est pour nous ; 2" vous n'aimez pas ce que nous 
aimons, comme nous n'aimons pas ce que vous aimez. Serf 
reprobamus quae placent vobis ! Nec vos nostra délectant. Cette 
phrase termine bien le chapitre, car, dans le chapitre suivant, 
Tert. va parler des nostra, c'est-à-dire des negotia factionis 
Christianae. 

La transposition de la phrase Licuit Epicureis aliam a 
amené l'addition de sed et le changement de aliam en aliquam, 
qui est fautif. Voy. App. I. Cf. Heinze, p. 446, n. 2. 

Tert. parle ailleurs de la doctrine d'Épicure sur la volupté. 
De spect., 28. De pall., 5. 


TRANSPOSITIONS DANS F ET DANS P 99 

— 39,8. etsi vos parum homines, quia mali fratres FP. 

Van der Vliet, p. 39, propose de lire : etsi vos mali fratres, 
quia parum homines. Ce n'est pas l'idée de Tertullien. Les 
chrétiens sont frères, les uns des autres, dit-il aux païens, 
et ils sont aussi vos frères, parce que tous les hommes ont 
pour mère la nature. Il ajoute une restriction : étant de mau- 
vais frères (quia mali fratres), remplissant mal les devoirs 
de frères qu'impose à tous les hommes leur communauté 
d'origine, vous ne méritez guère le nom d'hommes. 


100 


LEÇONS FAUTIVES OU ERREURS PALÉOQRAPHIQUES. 

Après avoir signalé les lacunes, les additions et les 
transpositions qui sont certainement ou très probable- 
ment dues à des accidents, nous arrivons aux fautes 
paléographiques, c'est-à-dire aux mots ou passages défi- 
gurés par les copistes successifs dans F et dans P. Les 
deux traditions de V Apologétique ont subi le sort com- 
mun à tous les manuscrits. 

Un certain nombre des lacunes et des additions examinées plus 
haut peuvent être rangées parmi ces altérations : ce sont celles qui 
consistent dans l'omission ou dans la répétition d'une lettre ou d'une 
syllabe dans un même mot ou au commencement ou à la fin d'un mot 
(haphographie ou dittographie). Voy. ci dessus, p, 36, 45, 59-60, 
69-70. 

Nous allons examiner rapidement ces variantes pour 
deux raisons : 

10 Ces leçons fautives n'incombent ni à Tertullien 
ni aux remanieurs, s'il y en a eu : ce sont des lapsus et 
il faut en purger soigneusement le texte, si l'on veut 
rétablir les deux traditions dans leur intégrité. 

2° On verra clairement combien les deux traditions 
sont différentes l'une de l'autre : chacune a ses fautes 
propres et l'émendation de l'une est presque toujours 
fournie par l'autre. Les fautes communes sont une rare 
exception. Même dans les passages corrompus à la fois 
dans F et dans P, les fautes diffèrent souvent de nature. 
Les noms propres sont presque toujours défigurés dans 
F et dans P, mais de façon différente. Les graphies fau- 


LEÇONS FAUTIVES PROPRES A F 101 

tives qui reviennent à plusieurs reprises dans l'un et 
dans l'autre, ne sont pas les mêmes. 

Il faut en conclure que, depuis une époque très reculée, 
chacune des deux traditions a sa vie séparée, si je puis 
ainsi dire : il n'y a plus eu de rapports entre elles. 

XIV. Leçons fautives propres à F. 

N. B. Quand la copie de Brème est correcte, nous ne tenons pas 
compte des incorrections de Junius. Nous faisons suivre la leçon 
fautive de F de l'émendation, presque toujours fournie par P. 

— r I, I. animis F; nimis P. — Voy. App. I. 

— I, 8. ex hoc ipso modo F ; hoc modo P; hoc ipso M. — On 
peut lire : e.v hoc ipso ou hoc ipso modo. Voy, App. I. 

— 1,9. gloriae F; auctoritate P. — Il faut un abl. de cause 
{gloria). Voy. App. I. 

— 2, 6. de ceteris F ; de cetero P. — Le scribe a opposé de ceteris 
à quibusdam, qui précède, parce qu'il n'a pas compris de cetero. Voy. 
App. I. 

— 2, 8. timetipsum *F; temetipsam P. — Modius ne dit rien de 
temetipswn, qui est une correction erronée, Tert. apostrophe la 
sentence de Pline : O sententiam... ! Le mot senientia est sujet de 
fiegatj mandat, eic, et l'apostrophe continue dans Quid temetipsam 
censufa circumvenis? Si damnas, etc. C'est ce qu'on n'a pas compris 
en mettant le masculin. Heraldus veut mettre censura en apos- 
trophe : censura. Mais censura ne peut être sujet de damnas ni 
à'inqtiiris. Le Thés. LL, III, 805, 2, a eu tort d'adopter cette inter- 
prétation. 

— 2, 12. erga nos F ; ergo nos P. — Le scribe a cru que nos 
était pompl. de erga. 

— 2, 15. apud vos solosquaestioniF; apud vossoliquaestioniP. — 
Faux accord de soli avec le mot voisin vos. Voy. ci-après, au ch. XV. 

— 2, 19. damnet F; damnetur P. — Signe de l'abréviation omis. 
Clausule : crétique et trochée. 

— 3, 4. quam odium F; quanti odium P. 

— 4, 3. et cum tutoribus F; ut cum tutoribus P. — Et Qi ut 
sont souvent confondus. Voy. 2, 6; \2, 2; 21, 12; 23, 12; 27, 5. 


102 LEÇONS FAUTIVES PROPRES A F 

^ - — 5/7- quos nullus Vespasianus F; quas nullus Vespasianus P. 
— Le scribe s'est laissé tromper par le masculin Christianos, qui 
précède immédiatement quns. 

— 6, 7. specte F; prospecte P. — Le verbe simple s/>ecio est 
archaïque. Le participe spectus et l'adverbe specte ne sont pas 
attestés. Cependant Havercamp défend la lecture de F : Cum 
antiqtia saepe rime tur, hoc verho uti potuit Tertullianns. Festus, p. 
330 M : spectu, sine praepositione Pncuvius in Duloreste usus est, 
cum ait : Amphis rubicundo colore et spectu protervo ferox (Ribb. 
XXIII, p. 107). Cf. Varro, De l. L, 6, 82. De an.^ 24, p. 338, 23 : 
satis inprospecte. — Il est plus probable que l'abréviation de pro a 
été omise. 

— 7, 3. tôt extranei F; quot extranei P. — Cf. 44^ i : tam verum 
tam gravide. 

— 9, 2. ad ipsum manus F ; id ipsummunus P. — Ci-dessus, p. 22. 

— 9, 7. exponentes F ; exponitis P. 

— 9, 8, conceptum uterum F; conceptum utero P. — La leçon de 
P donne la locution ordinaire. Thés. L L, IV, 56, 71. Junius dit 
(\nQ conceptum uterum est une locution juridique (ex iure phrasis). 
Nous ne l'avons pas trouvée. Cf. Gell,, 3, 16, i : postquam mulieris 
uterum semen conceperit. — Il est probable que le scribe a donné in- 
consciemment la même désinence (-uvi) à deux mots voisins. 

— ^,<). tragicis fabulis F; tragoecis ferculis P. — Ferculis, après 
palulo, est évidemment ce que Tert. a écrit. Allusion au festin de 
Thyeste, que le scribe n'aura pas saisie. Au surplus, /<r^c?//i5 est la 
lectio difficilior. 

— 9,10. rigulatorum et de rigulo F ; iugulatorum et de iugulo P. — 
L'explication qu'on lit dans Junius ne repose sur rien. Il y a sim- 
plement confusion de lettres dans rigulo pour iugulo. Ci-dessus, 
p. 31. 

— 9, II. in gladiatoris sanguinem iactavit F; in gladiatoris san- 
guine iacuit. — Dans F, on peut lire : gladiatoris sanguinem iactavit, 
ou : in gladiatoris sanguine se iactavit. Dans P, la fin n'est pas 
métrique. Voy. App. I. 

— 9, 15. Quem quid (qd Br) F; quem quidem P. — Signe de 
l'abréviation mal compris. 

— negandi. — Voy. ci-dessus, p. 20-21. 

— 9, 17. materia F; materias P. — Le scribe a peut-être voulu 
écrire materiam, mais a omis le signe de l'abréviation de vi. 

— disperci F ; dissipari P. — Junius propose : dispergi. 


LEÇONS FAUTIVES PROPRES A F 103 

— et semel F; et simul P. — Voy. App. I. 

— 9, i8. cuiusque ubique F; cuius ubique P. — Voy. ci-dessus, 
p. 60. Influence du mot voisin. 

. -^ concurrit F ; concurrat P. — Ce verbe dépend de ut. 

— nequis F ; neque P. 

— 9, 20. spe F ; species P. — Voy. ci-dessus, p. 22. 

— 10, 6. certi F; certe P. 

— 10, 8. et imagines F ; et imagine P. — Voy. ci-dessus, p, 62. 
■'— 10, 9. e Caelo F ; de Caelo P. — 5 Caelo peut rester, comme 

ex homme. 

— Il, 16. militatiorF ; militarior P. — Confusion facile de ^ et / 
dans l'écriture minuscule, 

— 12, 2. factum F ; fatum P. — r Au ch. 25,3, P a fatum pour 
factum. 

— et rêvera F; ut rêvera. — Voy. 4, 3. 
— ^^13, I. inluditis **F. — Voy. App. I. 

— 13,6. vilioris F ; viliores P. 

— 13,7. inhonorandos F ; honorandos P. — Inhonorandos est 
une correction erronée. Le correcteur s'est dit que traiter les dieux 
comme des morts, c'est plutôt les déshonorer. Il n'a pas saisi 
l'ironie de Tert. 

— abba F ; obba P. — Ohba est un mot rare, qui a peut-être fait 
penser le pieux scribe au mot hébreu abba, père (Marc, 14, 56. Ad 
Rom., 8, 15. Ad Gai., 4,6). Voy. 45, 7. 

— 13,9. Larentiam -'F ; Larentinam P. — Cf. 25, 3 et 9. 

— paedagogis *F ; paedagogiis P. — Voy. ci-dessus, p. 36. 

— Phrynen *F ; Phrynem P. — Voy. 11, 15. 

— Cinhothi F ; sinhodi P (= synodi). — Voy. App, I, 

— 14, 4. Nuptuni F; neptuni P. 

— 14, 6, proinde F ; prodi P. 

— 14, 6, praeferantur F ; praefentur P. — Junius propose de 
lire dans F : praefarentur. Voy, App. I. 

— efBixerint F; afflixerint P. — Cf. Ad nat., i, 10, p. 79, 19 : 
impenderint. 

— 15, 1. Lentulos F ; Lentulorum P. — Lentulos pour Lentu/or., 
abréviation mal comprise. 

— T vetustates F ; venustates P. — Le scribe n'a pas saisi le sens 
concret de venustates « les élégances », c'est-à-dire « les élégantes 
bouffonneries » des mimes. 

— 153. arcem F ; artem P. — Confusion fréquente de c et /. 


104 LEÇONS FAUTIVES PROPRES A F 

— i6, 2. in qusrio (se. libro); in quarta (se. historia) Ad nat., 
I, II, p. 80, 25 ; in quinta PM. — Tert. s'est trompé dans Ad 
nationes et dans V Apologétique^ car il s'agit du livre V des Histoires 
de Tacite. L'erreur a été corrigée dans la tradition commune. Voy. 
App. I, ch. 46, 13. 

— j6,z. consimili bestiae super faciem F ; consimilis bestiae 
superficiem P. — Le correcteur n'a pas compris superficiem et a fait 
de bestiae un datif dépendant de consecrasse. 

— ■ eodem simulacro F ; eidem simulacro P. — Cf. Ad nat., i, 1 1, 
p. 81, 7 : nos quoque ... eidem simulacro initiari. C'est encore le mot 
voisin qui a conditionné la faute du copiste. 

— 16^ 7. infirmo ligno F; informi ligno P. — Même observation, 

— 18, 3. restitutionem F ; retributionem P. 

— 18, s. rexit omni F. — Corrigez : re.v et omfiis. Le scribe a mal 
divisé en rexet omni, puis il a corrigé re.vet, qui n'est pas un mot 
latin, en rexit, sans égard au sens. Dans P, la phrase est construite 
autrement et rex manque. 

— 18, 7. rescriptum est F ; subscriptum estP. — Le sens spécial 
de subscriptum est (= concessum est) a échappé au scribe, qui aura 
cru que c'était la réponse kpostulavit (§ 5). De pud., 1,13: «'«5- 
modi maculis nullam suhscribere veniam. 

— 19^ 2. substantiae omnesque materiae F; substantias omnesque 
materias P. — Le scribe aura cru que ces mots placés au commen- 
cement sont sujets de la phrase. 

— stili nostri F ; stili vestri P. — Confusion fréquente entre 
nostri et vestri, dont les abréviations ne diffèrent que par n et v. 

Cf. 35,5- 

— 19, 6. aliqui Manethos Aegyptius, et Hebraeus, et Chaldeus 
F ; alioquin ( /. aliqui ) manethon aegyptius et berosus chaldeus 
P. — Les noms propres sont souvent défigurés. 

— losippus F ; iosephus P. 

— 20, 2. vorarant^ fraudarent, dilaniarent F; vorant, fraudant, 
dilaniant P. — Le présent de l'indic. est aussi nécessaire que dans 
les verbes compulsatit, etc., qui suivent : c'est le développement de 
quicqtdd agitur et quicquid videtur. — On peut soupçonner que 
Junius a imprimé vorarant pour vorareni. — Voy. App. I. 

— 20, 3. providentiae F; providenter P. — Le dativus auctoris 
dans F est peut-être à conserver. Hoppe^ Syntax, p. 25. 

— 20, 4. eadem litterae F ; eaedem litterae P. 


LEÇONS FAUTIVES PROPRES A F 105 

— 21, I. aliquando F ; aliquanto P. — De même : quando pour 
quanto (39, 9) et, dans P, quod pour quoi (2, 5 et 8,8). 

— 21, S- modis F ; modum P. 

— 21, 6. auctoris F ; auctioris P. 

— 21,12. expanditur F; extenditur P. — La leçon de P est 
confirmée par VAUercatio. La leçon de F n'est peut-être qu'une 
faute de transcription. 

— 21,12. et lumen F ; ut lumen P. — h' Altercaiio a ut. La con- 
fusion de ut et de et est fréquente. Voy. 4, 3. Sur ce passage> voy. 
App. L 

— 21, 16. nec intellexerunt F; ne enim intellegerent P. — 
L'abréviation de enim a été mal comprise. Voy. App. L 

— 21, 17. insequebantur F ; sequebatur P. — Insequeianiur « ils 
le persécutaient » est une correction erronée du scribe ; il n'a pas vu 
le sens de sequebatur uti, qui marque une conséquence naturelle, 
inévitable, comme au § 31 et 7, 7 ; 10, i ; 40, 11 ; 41, 4 ; cf. 8,9 : 
sequitur ne. 

— 21, 18. ex parte Romanam F ; ex parte Romana P. — Faux 
accord avec un mot voisin, Syriain. Le passage est correctement 
reproduit par le traité Qtiod idola, 13. Voy. App. L 

— 21, 19. dies média orbem F ; dies médium orbem P. — Faux 
accord avec le mot voisin dies. 

— 21, 22. familiarem sibi F; famularem sibi P. — Le mot plus 
ordinaire a été mis à la place d'un mot plus rare ; mais il n'a pas de 
sens ici. 

— 21, 23. quinquaginta, pour quadraginta ne peut être ni de 
Tertullien ni d'un reviseur. P a quadraginta. 

— 21, 27. infamiam concutiat F; infamiam incutiat P. — Un 
verbe composé pour un autre. 

— 21, 30. quo Numa F ; quod Numa P. 

— 22,2. adserunt F ; adsunt P. 

— 22, 3. et quem diximus principem F ; et cum eo, quem dixi- 
mus, principe P. — Dans F, on peut lire : et, quem dixivms, principe. 
Il n'y a qu'une ellipse : et feoj, quem diximus principe . — Principem, 
au lieu de pri7icipe , à cause du voisinage de l'accusatif ^?^<f;«. — Sur 
l'omission fréquente du pronom antécédent, voy. App. I, ad 19, 16. 

— aut litteras F ; apud litteras P. 

— 22, 5. aurae latentis vitium F; aurae latensvitium P. — Le 
génitif latentis peut venir d'un faux accord avec le mot précédent 
aurae. Faute fréquente dans F. 


106 LEÇONS FAUTIVES PROPRES A F 

— 22,12. non quae efFecerint F ; non quaereretur P. 

— 23,1, si pueros ... edunt F ; si pueros elidunt P. — Faute due 
peut-être au souvenir du chap. 9 {edunt, mangent). Voy. App. I. 

— 23, 2. pares angeli et daemones F; pares angelis et daemo- 
nibus P. 

— 23^ 5. aris inhalantibus F ; aris inhalantes P. — De Genoude 
traduit : « ceux qui, la bouche béante sur l'autel ». L'abl. inhalan- 
tibus vient d'un faux accord avec aris qui précède. 

— 23, 6. Aescopius F; esculapius P. 

— moriturus F ; morituris P. 

— denatio F; tanatio P. — Peut-être: Thanatio. Nom propre 
défiguré. Les trois personnages sont d'ailleurs inconnus. 

— 23, 12. sine hune F; si nunc P. — Mauvaise division de sinvnc 
{sin ?<«t devient sine hune). 

— ocyius F ; potius P. — Ocyus est mis pour ocius (plus vite, 
plus facilement). On a écrit pocius^ puis on a omis le / et l'on a 
pris ce qui restait pour l'adverbe ocius, plus vite. Havercamp con- 
serve ocius « assez vite, bientôt », et lit : si non in caelis, ocius et 
inde venturus. 

— ut ratio F ; et ratio P. — Il y a ici d'autres différences entre 
E etP. Voy. App. I. — La répétition de ut se comprend dans ce pas- 
sage, mais il faut lire : ut ^^Deiy ratio (car Dei est répété dans 
cliaque membre) ou bien : nt Dei virius et Dei spiritus et ratio, ut 
Deifilius et Dei omnia. Nous avons vu que ut et et sont souvent 
confondus (ci-dessus, 4, 3). Ici la faute est conditionnée par tit qui 
précède et qui suit. Cf. De oral., i, p. 180, 3 et 12 : Dei spiritus et 
Dei sermo et Dei ratio. De carne Chr., 19 : qui verbuni Dei, et cum 
verbo Dei spiritus^ et in spiritti Dei virtus, et quicquid Dei est Chris tus. 
Ces derniers mots expliquent Dei omnia; ils sont fondés sur S. Jean, 
16, 15 et 17, 10. 

— 23,14. notant F ; notam P. 

— 23, 15. dominatione F ; nominatione P. 

— 24, 2. verae religiositatis E ; verae inreligiositatis P. — Le 
correcteur n'a pas compris l'ironie. 

— 24, 4. suspicari F ; suspici P. — Le sens spécial que suspici a 
ici, bien que très classique (admirer, honorer), aura échappé au 
scribe. 

— capitalis F ; capitale P. 

— 24, 5. ad aram Fidem F ; ad aram FidiaeP. — Dans F, la 


LEÇONS FAUTIVES PROPRES A F 107 

f^ute (Fidém par Fidet) paraît encore avoir été conditionnée par 
l'ace, qui précède. 

— alias hircum F ; alius hirci P. — Voy. App. I. 

~ 24, 7-8. Noms propres défigurés. — Voy. l'app. critique. 

— 24, 8. Chumis F; curris P. — Lisez : Curis ou Curris. Gar- 
rucci pvoposQ : pairzae Curitis. Voy. App. I. 

— 25,4. transferre F; transire P. — Transferre n'est pas fautif 
et doit être conservé. Voy. App. I. 

— 27, 5. et nequam F ; ut nequam P. — Voyez 4, 3. 

— inspirât F ; spirat P. — Cf. 35, 8 : nihil hosHcum... spirat. — 
Inspirât est plutôt un remaniement qu'une faute de copie. Voy. 
App. I. 

— 27,7. praeliantur F (manque dans P). — Lisez : proeliaturi 
(Hav.). Voy. § 4 : adversus nos proeliatur. Dans proeliaturi in, le 
scribe n'a écrit i qu'une fois. Ensuite, on a mis le pluriel à cause du 
pluriel erumpunt. 

— certi etiam périsse F ; certi et impares se esse P. — Lisez : 
cerii etiam (se) périsse. Voy. App. L 

— 29, I, quos in F ; quod in P. 

— 2g, 3. itaque F ; ita qui P. 

— cuius et nunc et toti sumus F; cuius et toti sunt P. — Voy. 
p. 65. 

— 30, 2. recogitent F ; recogitant P. — Le subj. recogitent exige- 
rait intellegant et recognoscant, ou intellegent et recognoscent (Hav.). 
Le copiste s'est laissé influencer par les subjonctifs qui suivent : 
dehellet^ etc. 

— 30, 6. bonis F ; bovis P. — Yoy. p. 22. 

— 32, 2. sed et sic iuramus, non F ; sed et iuramus, sicut non P. 

— 32, 3. adiuramento F ; id iuramento P. — Voy. App. L 

— 34,3. cui deis opus est F ; cui Deo opus est P. — Voy. App. I. 

— 34, 4. maie traditum F ; maledictum est P. 

— scio (/. scito) F (manque dans P). — Sur vivejite adhuc impe- 
ratore, voy. App. I. Cet abl. absolu peut se défendre, mais il se 
peut que l'abréviation de m final ait été omise. 

— mortuum accidit F ; manque dans P. — Junius corrige déjà : 
mortuo accedit, — Voy. App. L 

— 35, I. an quia F ; quia P. — Voy. p. 65. 

— 35, 2. haec in (=haecineP) solemnes dixi (= dies P) prin- 
cipum decernuntque (= décent quae P) alios dies non decet F. — 


108 LEÇONS FAUTIVES PROPRES A F 

P a conservé un texte correct. Dans F, le texte a été défiguré par 
suite d'un accident quelconque qui l'avait rendu difficile à lire 
(taches d'encre ?). Tertullien aime à introduire une interrogation par 
haeccine et par «'c«'«<f. Voy. Scorp., p. i, 145, 16 et 17. Haeccine pati 
homines innocentes? ... Siccine trac tari sectam nemini moles tam? 
Aussi, dans la phrase précédente, Sic efiim est probablement une 
faute pour Siccine CP). Le scribe a peut-être cru voir l'abréviation 
de enif/i. , 

— 35 j 3- quae observant F ; qui observant P. — L'impression 
de quae dans Junius est peu lisible. 

— 35j S- voluntatis F; voluptatis P. 

— veritatem nostram F ; veritatem vestram P. — Voy. 19, 2. 

— 37i 7- quoddam F ; quandam P. — Havercamp : quondam. 

— pareret F; adparent P. — lÀsez parèrent. Voy. p. 45 et App. L 

— scena conceario F ; scenam congiario P. — Voy. App. \. 

— quo reclamant ; qua adclamant P. — Quo est une faute pour 
qua ; sur reclamant, voy. App. L 

— sed Christianus F ; haec Christianus P. — Voy. p. 42. 

— 35, 8. depopulatores F ; depostulatores P. — Voy. App. L 
— - de aequitate F ; de équité P. 

— 35,11. superestF; superstes P. 

— 35, 13. de Caesaris F; de caris P. — de hominis F; de domi- 
nis P. — L'antithèse de caris et de dominis est reprise par sajiguinis 
et servitutis. Ayant écrit de Caesaris (sainte), le scribe a pensé que 
de dominis ne s'opposait pas à Caesaris et il a changé de dominis en 
de hominis. Quant à la faute initiale, de Caesaris pour de caris, elle 
a été suggérée par les mots de Caesaris sainte, qui précèdent et qui 
étaient restés dans l'esprit du scribe. 

— 36^ 2. habent exhibere F; habet exhiberi P. — Sur cette 
phrase^ voy. p. 55. 

— 36, 3. indifferentia benignitatis F; indifferentis benignitatis 
P. — Voy. App. L 

— 37^ 2. de reliquiis sepulturae F ; de requie sepulturae P. — 
De reliquiis sepulturae ... avellant n'a pas de sens et l'idée de reli- 
quiae est exprimée par iam alios, iam nec totos. 

— 37, 4. orbis externi sumus FM ; orbis. Hesterni sumus P. — 
Voy. App. I. 

— 37,S.uniusprovinciaeplureserunt. — Ces mots manquent dans 
P : c'est une omission involontaire, que nous aurions dû signaler 


LEÇONS FAUTIVES PROPRES A F 109 

ci-dessus (p. 51), Ce membre de phrase est indispensable comme 
contre-partie de Possumus dinumerare exerciius vestros. Dans la 
phrase qui précède et dans celle qui suit, Tert. parle à la première 
personne ; il faut donc lire : plures ertvius (ditrochée ; forme déri- 
vée). Havercamp propose \ plures erunt C/ïm//rt«z (ditrochée). 

— 37^ 6. pudor F (manque dans P). — Lisez : pudore ou sup- 
primez le mot. Voy. ci-dessus, p. 36. 

— 37, 8. maluissetis F ; maluistis P. — Voy. ci-dessus^ p. 81-82. 

— 38,1. ne paulo F ; nec paulo P. 

— 38^ 3. gloria F; gloriae P. — Le voisinage de ab omni a 
trompé le scribe. 

— id est animae aequitatem F ; id est animi aequitatem P. — 
Voy. ci-dessus, p. 59 et 82. 

— oblectare F ; oblectari P. — Au ch. 34^ \, nuncupare (F) et 
mmcupari (P) conviennent également. 

— 39^ I. quominus F ; ut qui P. 

— divinitate F ; unitate P. — Havercamp maintient divinitate 
et compare divinitas sectae (^11, i'). Mais ici, il faut un mot qui 
exprime l'idée de communauté et d'union, comme conscientia et 
foedus : l'unité de foi, de discipline et d'espérance sont les trois 
liens qui unissent les chrétiens et en font un corps (corpus sumus). 

— 39> 2. in coetu F ; in coetum P. — Voy. App. I. 

— 39^3* in compulsationibus F; inculcationibus P. — Voy. 
App. L 

— 39^ 8. censemus F. — Lisez : cefisemur. Voy. App. L P a : 
nos vocamus. 

— 39> 9. quando F ; quantoP. — Confusion fréquente. Voy. 21,1. 

— 39, 15. Serapiae F ; serapiacae P. — Voy. ci-dessus, p. 36. 

— de loco triclinio F ; de solo triclinio P. — Au § 12, F a solo 
et P loco. 

— 39, 16. id vocatum quo F ; id vocatur quod P. 

— 39, i8. de Deo F ; deo P. — Voy. ci-dessus, p. 66. 

— 40, I. in primordio temporum F ; manque dans P. — Lisez : 
a primordio temporum. Tertullien rappelle les catastrophes les plus 
anciennes, dont les chrétiens, qui n'existaient pas, n'ont pu être la: 
cause. Il remonte aux temps les plus reculés, jusqu'au déluge et 
au-delà (§ 3-9), 

— 40, 3. Hienarranda pênes Delon et Rhodon (F) et Coh ("^F) ; 
hieran napean et delon et rhodon et cho P. — Lisez : Hièran, 


110 LEÇONS FAUTIVES PROPRES A F 

Anaphen, et Delon et Rhodon et Co. Tertullién a tiré ces rensei- 
gnements de Pline, Hist. nat., 2,87; sa mémoire l'a du reste 
trompé^ car Pline dit que ces îles sortirent de l'eau et Tert. dit au 
contraire qu'elles furent submergées. Sur les erreurs de Tert., voy. 
App. I ad 46, 13. 

— 40, 4. inereptam F ; ereptam P. 

— 40,6. neque enini illae F; neque enim alias P. — Alias 
« autrement » annonce 7iisi (== non aliter ftist). Y oy. 39,8: non alias 
çuam. Deidol., i, p. 31,10: sed etalias, citm,.. Thés. l.l.,\, 1550,43. 
Cette locution ne paraît pas être antérieure à Tert. et aux juriscon- 
sultes du Digeste, qui s'en servent souvent. Voy. Heumann-Seckel, 
s. V. alias. — Dans le passage parallèle, le texte de Ad nat. con- 
firme celui de P. Voy. Ad nat., 1,9, p. 73,26 : non alias enim super- 

fuissenf ad hodiernum, nisi postumae cladis illius. — Illae se com- 
prend, mais est inutile: c'est probablement le résultat d'une dis- 
traction du scribe, influencé par illos qui précède et illius qui suit. 

— 40, 7. cineres sunt F ; cinerescunt P. 

— 40,13. adeo F ; a deo P. 

— 40, 9. eadem clades F ; eaedem clades P. — Voy. 20, 4. 

— 4ij 4. obveniunt F ; obveniant P. 

— 4/, 6. molitis F; quos colitis P. — Opposé à cur eos colère. 

— maie veniunt F ; mala eveniunt P. — Voy. p. 36. 

— 42, 6. vos enim non novimus F ; nos coronam naribus novi- 
mus P. — Le scribe paraît ne pas avoir compris la plaisanterie^ 
qui se trouve aussi dans Minucius Félix, 38, 2. Voy. App. I. 

— 42, 9. compensato F ; compensata P. 

— 43, I. quoniam F ; quinam P. 

— harioli F ; aquarioli P. — Le mot aquarioli est très rare et 
harioli revient un peu plus loin. 

44, I. tam verum tam grande F ; tam grande quam verum P. — 
Tert. aime à remplacer et ... et par tam ... quam ou par quam ... 
quam, mais non par tavi ... tam. Voy. Hoppe, Syntax, 77. Ici, on 
peut admettre un asyndeton « si vrai, si grand ». 

• — 44,3. etiam bestiae F ; semper bestiae P. — Etiam com- 
mence peut-être une deuxième série avec gradation ; mais l'ana- 
phore de vestris semper serait interrompue. 

— 45, I. a Deo doctore F ; a Deo edocti P. — Les mots a Deo 
doctore n'auraient pas de fonction dans la phrase. 

— intemtibili F ; incontemptibili P. — Voy. p, 43. 

— mutatas F ; mutuatas P. 


LEÇONS FAUTIVES PROPRES A F 111 

' — 45,6. pro veritate F ; pro brevitate P. 

— 4-5, 7- semper ternum Deum F ; sempiterni eum P. — Le 
pieux scribe aura pensé au mystère de la Trinité. Cf. 13, 7. 

— 46, I. renidi F ; mangue dans P. — Lisez ; reniti. 

— 46, 2. existimatis F; existimat P. — Le scribe a perdude 
vue que le sujet est incredulitas. 

— 46, 3. diligentia F (lisez : de licentia, avec Junius) ; ad licen- 
tiam P. 

— 46, 3. cur et illud F ; cur et illi, ut P. — Le scribe a réuni 
un ut en illud. 

— 46, 9. neque inveniri facile et inventum enarrari in ornnes 
difficile F. — P a facilem et difficilem. Le sujet de esse sous-ent, est 
factitatoyem. Cf. 45, 2 : tam illafallifaciliSj quam ista contemni. Sur 
l'infin. avec facilis et difficilis, voy. Hoppe, Synta.v, p. 49. — Le 
scribe a omis le signe abréviatif de m final. 

— 46, 10. foeminae F (femina Rauschen). — Voy. App. L 

— 46, 12. decalcat F ; deculcat P. 

— 46^15. régi F; regendo P. — Correction erronée, condi- 
tionnée par Alexandre qui précède. Le scribe a pensé aAlexander rex. 

— 47^ 3. sed homines F ; et homines P. — Sur sed, voy. ci-des- 
sus, p. 71, ad 5, 3. 

— 47, 6. et Platoni : et quidem F; et Platonici quidem P. 

— Epicuri F ; Epicurei P. 

— actorem rerum F. — Il faut lire : auctorem. Confusion fré- 
quente. Voy. App. L 

— 47, 9. variis quibusdam F ; viri quidam P. — Viri quidam est 
nécessaire pour désigner les hérésiarques, opposés aux philosophes. 
L'erreur du scribe est due à l'ablatif suis ojfiinionibus qui suit. 

— 47,12. praeiudicantes F ; praedicantes P. 

— gehennae F ; gehennam P. 

— 47, 14. proprioribus F ; prioribus P. — Ci-dessus, p. 67. 

— 48, 3. qui et pro quolibet F ; quemlibet pro quolibet P. — Il 
faut un accusatif s'accordant avec hominem. La lecture de F n'est 
ni grammaticale ni intelligible. 

— in eadem F ; in eandem P. — Omission du signe abréviatif. 

— 48, 9. resurgas F. — Il faut lire resttrges, comme le propose 
déjà Junius. 

— 48, II. conservatur F ; conseruit P. — Conservatur n'a pas 
de sens ici. En effet, quae ratio a pour antécédent eadem {ratio). 
Cf. § 2 : quaecumque ratio..., ipsa... 


112 LEÇONS FAUTIVES PROPRES A P 

— prima autem F ; prima haec P. — Le scribe aura confondu 
l'abréviation de haec (une h barrée), avec l'abréviation irlandaise 
ou anglo-saxonne de autem (qui est Va de l'alphabet tironien, sem- 
blable à une K). Voy. Prou, Manuel de paléographie latine, p. 158. 

— 48, 13. in poenam F ; in poena P. — Erimus exige l'abl. 
avec in. 

— 49, 3. in eiusmodis F. — Lisez : tri eiusmodi. Tert. emploie 
eiusmodi et huiusmodi comme un substantif pluriel invariable, à tous 
les cas (=:^ in ta/ibus feèits), Voy. 15,16. Le scribe aura cru que 
modis dépend de in. 

— 49, 3. ut noxiis F ; ut innoxiis P. — Ci-dessus, p. 43. 

— inrisum F ; inrisui P. — ludicandum est est ici synonyme de 
damnandum est, comme au ch. 4, 6. Cf. Scorp., 10, p. 166, 15 : ut 
despectui iudtcata (vita). 

— 50, 10, quia humana F ; quia liumanam P. — Voy. App. I. 

— omnimodo F ; omnimodae P. 

— 50, II. scribitis F; inscribitis P. — Voy. App. I, ad 21, 14. 

XV. Leçons fautives propres à P. 

NB. Nous faisons suivre la leçon fautive de P de l'émendation, 
presque toujours fournie par F. 

— I, 3. quo etiam P ; quod etiam *F. — Voy. App. I. 

— 1,8. proprius P. — Lisez : propius. Il n'est pas certain que 
propius manque dans F. Voy. App. IL 

— 1,13. natura alia P ; naturalia F. — Ci-dessus, p. 6^. 

— 2, 5. quod (bisJV; quot F. — Confusion fréquente, quia 
trompé certains éditeurs. Cf. 8, 8. — De même: quando F (39, 9) 
pour quanto, aliquando F (21, i) pour aliquanto. 

— 2, 6. adquin P. — Graphie fautive pour atquin. Tert. dit le 
plus souvent atquin, rarement atqui (atque F ; atqui Br.). 

— 2,15. necessariam P; necessariis F. — Faux accord de 
l'adjectif avec un mot voisin. 

— 2, 20. valde incestum P ; valde ineptum *F. — Voy. App. I. 
La faute du scribe a été conditionnée par incestum qui précède. 

— 3> 3' quis iuvenis, quam lucius P ; qui iuvenis, quam lusius 
F. — Le scribe n'a pas compris le mot archaïque lusius. 


LEÇONS FAUTIVES PROPRES A P 113 

— 3, 5. barbaram sonat P ; barbarum sonat *FM. — Barèarum 
est voisin de mots féminins. 

— 3, 7. transmissa P ; transmissi F. — Faux accord avec le mot 
qui précède. 

— 3, 7. probavit P. — Faute fréquenle, "ponvprobabit.Cï. 16, 14.; 
21, 26 ; 24, 2. 

— 4,9. prescriptio P; proscriptio F. — Confusion de mots 
semblables. 

— 4, II. infanticidia P ; infanticida Br. — Même observation. 

— 5,2. adnuntiatum sibi ex Syria Palaestina, quae illic veritatem 
ipsius divinitatis revelaverat P ; adnuntiata sibi ex Palestina, 
quae illic veritatem istius divinitatis revelaverant F. — Dans P, 
qùae est impossible (il faudrait quod) ; il vient d'un faux accord 
avec Syria Palaestina. Le texte de F est confirmé par la traduction 
grecque que cite Eusèbe, et Rufin le reproduit sans aucune variante 
(^Hist. eccL, 2, 2, 6). Voy. l'apparat critique et App, I. Callewaert, 
Le Cod. Fuld., p. 340. 

— 6,2. quo (= quoniam) P; quoniam *F. — Abréviation mal 
indiquée. 

— dignitatem P ; dignitatum *F. — Le scribe a fait de digfii- 
tatem un sujet de l'infinitif usurpari. 

— 6, 6. quae per ânnos P ; qua perannos *F. — Erreur du même 
genre. 

— 6, 9. cumqueP; cum quae *F 

— 6, 10. immolaretis P; immoletis F. — La concordance des 
temps exige le subj. présent. 

— 7, 8. quia non aliud P (mais i de quia est exponctué) ; qua 
non aliud F. — C'est le vers de Virgile, Aen., IV, 174. Dans Ad 
nat., 1,7, p. 67,6, on lit : quo. La citation y commence à malum ; 
c'est pourquoi Tert. a fait accorder quo avec malum. 

— 7,9. functa P ; functa *F. 

— 7, 10. aut P ; aiunt F. 

— 6, 12. ceterarum oris P ; cetera rumoris F. — Dans P, il y 
a une fausse division des mots. Voy. App. L 

— 8, 7. ti P; tibi F. 

— virulentiam P* {y'xs.l. corr.) ; iurulentiam FP'. — Correction 
erronée. 

— 8, 8. quod P. — Il faut lire quot. Voy. 2,5. 

— 9, I. haec quoque P; haec quo F*. 


114 LEÇONS FAUTIVES PROPRES A P 

— 9, 8. deliberatur P ; delibatur F, — Confusion fréquente. On 
la retrouve De pat.^ 8, p. 13, 5. Voy, Oehler, I, p. 602. 

— 9, 9. tragoecis P ; tragicis F. 

— ex alterutro P ; et alterutro F. 

— 9, 10. et sui datus P ; et usui dalus F ; et esui datus Rigalt. 
Voy. App. I. 

— 9, II. cruditantibus P ; cruditantes F. — Faux accord avec 
devisceribus humanis, qui suit. 

— 9, 14- distensos P ; distentos *F. — Distensus est très rare. 
Neue-Wagener, Form., 3* éd., III, p. 555-556. 

— 9,15. negandi P'M ; necandi P^. — Le correcteur n'a pas 
compris que le sens est : alioquin Jiegandi (esseiit Christiani) ; il a 
changé negandi en necandi, ce qui est un contresens. F avait très 
probablement negandi. Voy. ci-dessus, p. 20-21. 

— 9, 18. uti aspaisum P; ut ita sparsum Br. — Junius a im- 
primé : ut ita spersum. Voy. ci-dessus, p. 47. 

— 10,1. disperat P ; desperat *F. 

— 10, 5. dicit P; didiscit * F; didicit M. — Confusion inverse 
au ch. 21, II. Voy. ci-dessus, p. 45. 

— 10, 6. certe P ; certi F. 

— 10,7. actica P ; Attica *F. 

— 1 1, I. paret (=par. Et) quoniam P ; par : sed quoniam F. — 
Voy. App. I. 

— lî, 2. possedebat P; possidebat -F. 

— 11,12. ut... non possitis P; \i\... non poteslis F. — Le 
scribe (ou le remanieur) a été trompé par ut, qu'il a fait suivre du 
subj., ce qui donne un contresens. Voy. App. I. 

— II, 14. in caelo P ; in caelum F. — Voy. App. I. 

— 12, I. quod sint P ; quid sint *F. 

— 12,2. nihil aliud reprehendo P ; niliil amplius deprehendo F. 
— P a : aliud, et non : amplius. Sur amplius =:^ aliud, voy . Thés, 1,1,, 
L 2016, 30. Le correcleur aura remplacé amplius i)ar le mot plus 
ordinaire. Sur reprehendo , voy. App. I. 

— 12, 5. religamur P ; relegamur *F. — Cf. 3, 4. 

— 13,2. primo qui P ; primo quidem F. — Voy. ci-dessus, 
p. 10, ad 9, 15. 

— quem non colitis P^ ; quos non colitis F. — Dans P, quos 
avait été omis par le scribe, qui a mis quem en marge. Après alios, 
c'est quos qu'il fallait mettre. 

— 13,4. ut quisque dominus P; ut quisque deum F. — Dans 


LEÇONS FAUTIVES PROPRES A P 115 

P, deus et dominus, dont les abréviations (ds dns) se ressemblent, 
sont continuellement confondus. Voy. 17, 3 ; 21, 29 ; 23, 4 , 18 ; 
39, 18, De spect., i, p. 2, 2. Cf. L. Traube, Noviina sacra, p. 146, 
— Les dieux Lares ont vu que la nécessité domestique (les besoins 
de la maison) était une divinité plus sainte qu'eux-mêmes. C'est du 
persiflage. Le maso, deus est souvent appliqué à une déesse ; voy. 
TIm. l. /., V, 889, 18 et 890, 16. 

— 13, 6. agi P ; agri *F. 

— 13, 9. adoretis P ; adoratis *F. 

— 14, 3. cubantem P2 ; subantem *EP*. — Exemple de correc- 
tion erronée : le correcteur n'a pas compris subantem, mot rare. 

— 15,1. despicite P ; dispicite *F. 

— 15, 2. pastorum P ; pastorem *F. 

— 15, s. Pessinunta P, Pessinunte F. 

— 15, 6. vestigia obsoletant P ; fastigium adsolant. — Ad nat., 
I, II, p. 80, 16 : si maiestatis fastigium adsolant. Adv. Marc, 2, 27, 
p. 273, 4 : si eniin Deus tanta humilitate fastigium iiiaiestatis suae 
stravit. Tert. emploie encore : adsolare «raser jusqu'au sol, détruire» 
dans Ad nat., i, 10, p, 75, 28 : saepe censores {Serapidis aras vel 
fana) adsolaverunt. Ibid.^ p. 80, 16. — Dans P, vestigia est peut- 
être une faute de copie pour fastigium et cette faute aura fait 
changer adsolajit en obsoletant. Voy. App. L 

— 15,8. cessaverunt P ; cessaverint *F. — Ce^Qnàani cesuive- 
runt, malgré no7t sint, est peut-être admissible, car Tert. varie 
ailleurs le mode de la même façon. Voy. 39, 9 ; 41, i et App. I. 

— 16,2. onagris... indicibus fontibus usos P ; onagris... indi- 
cibus fontis usos F. — Cf. Ad nat., i, 11, p. 8r 4 : onagris... indi- 
cibus fontibus usos. Oehler et Reifferscheid corrigent enfofitis. Il 
est remarquable que fontibus se trouve à la fois dans P et dans 
V Agobardinus . On peut expliquer: « ces ânes étant guides, ils trou- 
vèrent des sources », ou, avec Hartel, Pair. Stud., I, p. 33, et II, 
p, 57 : « s'étant servis d'ânes comme guides pour (trouver des) 
sources, indicibus ad fontes inveniendos aptis. Tert. fait souvent 
dépendre un datif d'un substantif. De orat., 22, p. 195, 4 : sibi 
adiectionem. HarteL //. cc.^ et Hoppe, Syntax, p. 27, — Cependant 
ces interprétations paraissent fort tourmentées, tandis que fontis 
se comprend aisément. 

— 16, 6. fariam P ; pharia F. 

— 16, 7. prostrat P ; prostant F. — Le scribe a pris un h (peut- 
être mis au-dessus de la ligne) pour un r. Le pluriel se comprend. 


116 LEÇONS FAUTIVES PROPRES A P 

puisque le relatif a logiquement pour antécédents Fa//as et Isis ; 
mais l'accord grammatical avec le subst. le plus rapproché est 
possible aussi, comme distinguitur dans la même phrase et comme 
quae rej>raeseniatur dans le passage correspondant de Ad nat., i, 12, 
p. 82, 1-2. 

— i6, 8. insignes P ; in signis F. 

— 16, 14. repurgavimus P; repurgabimus *F. — Voy. 3, 7. 

— 17, 3, dominum P; deum F. — Voy. 13, 4. 

— 18, 3. deseritis sed observantibus P ; et deseritis (/. desertis) 
et obserratis F, — Sur sed, voy. ci-dessus, p, 71, ad 5, 3. 

— recensetis P (/. recensitis) ; recensis F. 

— 18, s. ptolomeorum P. Au § 7 : phtolomeo, et au § 8 : phto- 
lomei. — Dans F : Ptolemeus (§5). 

— pisistratarum P ; Pisistratum *F. — Influence de la désinence 
du mot précédent (bihliothecarum) . 

— demetri phalerii P; Demetri Phalerei *F. 

— 18,8. ex aperto F ; ex aperta F (/. exaperta). 

— 19, 4. reprehenduntur P ; deprehenduntur *F. — Cf. 12, 2. 

— 19, 5. supputariis P ; subputatoriis F. — Ci-dessus, p, 45. 

— reservanda P ; reseranda*F. 

— 19,6. alioquin P ; aliqui F. — Les noms propres sont défi- 
gurés dans ce qui suit. Voy. l'apparat critique. 

— et si quis P ; et qui *F. 

— 19, 7, aut P ; ut *F. 

— quasi patrem P ; quasi partem *F. 

— 21,2. agamus P ; agimus *F. 

— 21,5. dereliquerint P; deliquerint *F. — Voy. ci-dessus, 

p. 73. 

— salutari P ; salutare *F. 

— 21,7. praenuntiatur P ; praenuntiabatur *F. 

— Danaidis P ; Danaes *F. — Voy. App. I. 

— 21, 8. numina vestra P ; humana vestra F. — Voy. App. I. 

— 21,12. materiae matrix P ; materia matrix F ; vna\ev'\& Alter- 
catio. — Sur le subst. apposé à un autre subst., voy. ci-dessus, 
p. (id. Le génitif donne un contresens. Voy. App. I. 

— 21, 13. alternum P ; aller F. — Voy. App. I. 

— 21,14. spiritu instructa P ; spiritu structa F et ^//^/ïrrt//o.— 
Instructa est plutôt un remaniement qu'une faute de copie. Voy. 
App. I. 

— 21, 16. meritum fuit delictum eorum P; meritum fuit délie- 


LEÇONS FAUTIVES PROPRES A P 117 

torum *F. — La leçon de Barraeus, dont Modius ne dit rien, est 
empruntée au Quod idolaj 12 : délie forum meritumfuit. 

— 21, 17. uti magnum P j uti magum FM. — C'est peut-être 
une correction faite avec intention. Cf. Act. Apost., 8^ 9 : Vir 
aulem quidam noinine Sivton, qui ante fuerat iii civitatc magtiSj sedu- 
cens getitem Samariae, dicens se esse aliquem magnum. Dans le rapport 
apocryphe de Pilate à Claude (IV'' ou V" siècle), rédigé d'après le 
chap. 21 de Tertullien, on lit : l'Xsyov jj.îtyov aÙTOv slvai. Voy. Har- 
nack, Gesch, der altchristl, Litt., 3, p. 605 à 610. — Cependant la 
faute est propre à P ; elle n'est pas dans M. Cf. 23, 12 : si magus : 
Ce passage est un rappel de celui-ci. 

— 21, 19. demisit P ; dimisit *FM. 

— quid quoque P ; qui id quoque *F. 

— 21, 20. militari manu P ; militaris F. — Voy. p, 75. 

— 21,21. custodiae P ; custodia *F, 

— 21, 23. de Romulo P ; deRomulis F. — Voy. App. I. 

— 21, 26. monstravimus P (/. monstrabimus). — Cf. 3, 7. 

— 21,27, transferet P ; transfert *F. 

— 21, 29. et ipsi dominum P; et ipsi Deum F. — Voy. 13, 4. 

— 21, 30. non quo P^ ; non qua FP^ — La correction de a en 
dans P est faite supra lineam. 

— 22, 2 exsacramenti P; execramenti F. — Voy. App. I. 

— 22,7 quomodo ut operetur P ; quomodo operentur F. — 
Dans P, on peut lire : quomodo et operentur. Après quomodo on 
trouve souvent ^Z. Sur la confusion de et et ut, voy. ci-dessus, p. 
loi, ad 4, 3. 

— 21,9. excerpunt P ; exceperunt F. 

— 23,3. prosectam P ; prosecat F. — La faute est conditionnée 
par gulam qui précède, 

— 23, 4. quam ostendemus P ; qua ostendemus *F. — Accord 
fautif. Cf. Adv. Marc, i, 21, p, 318, 10 : probatio, qua ostendimus, 

— dominum P ; deum F. — Voy. ad 13,4. 

— 23,6. subminisiratur P ; subministrator F. 

— 23,9. maiestatem superiore P ; maiestate superiorum F. 

— 23, II. quid sit vere deus P ; qui sit vere Deus *F. 

— 23,13. habebo P ; ab aevo F. — Adv. Marc, i, 22, p. 320, 18: 
si ai aevo Deus et non a Tiherio, 

— 23,14. renuntiant (sicj se P ; renuant se F. 

— rogiis P ; rogis F. — Voy. p. 70. 


118 LEÇONS FAUTIVES PROPRES A P 

— 23, 18. in Christo domino P (cf. 13, 4); per Cliristum et 
{=.citam) in Deum F. — Voy. App. I. 

— 24, 2. resultavil P ; resultabit *F. — Voy. 3,7. 

— 24,4. opéra P ; operam *F. — Confusion de deux mots. 

— 24, 6. eologium P ; eulogium M ; elogium *F. 

— 24, 7-8. Noms propres défigurés. Voy. l'apparat critique. 

— 24, 8. per ipsam (corrigé en ipsum) quoque Italiam P. 

— romanos deos P ; Romani dei F. — Influence de l'accusatif 
qui précède. 

— in honore patris P ; in honorem patris F. — Sur l'abl.j voy. 
ci -dessus, ch. 11, 4. 

— 25,2. propriae P ; proprie F. — Faux accord avec menti. 

— 25,3. muthunusP; Mutunus F. 

— fatum P. — Lisez : factum. Voy. App. I. 

— 25, 4, quo sciebat P ; quos sciebat *F. 

— debellatorem P ; debellatricem *F. 

— apud Sermium P : apud Syrmium *F. 

— 25, 7. facibus P ; fascibus *F. 

— ydreum P ; Idaeum F. 

— 25,10. quam coluerat P ; quem coluerat *F. — Influence 
de eam gratiam qui précède. 

— stercolum P ; Sterculum F. 

— 25, 12. fastidium P ; fastigium F. — Cf. 15, 6 : vesiigia, 

— 25, 13 ; ex illis P : exilis F. — Nidor doit avoir une épilhète 
comme tous les autres substantifs (cf. frugi, paupertina, temcrarin, 

sordidn). Dans Ad nat,, 2, 17, p, 132, 11, on lit : nidor ex illis. 

L'épithète {parvuSj icnuis, modicus, cxiguus) est effacée. Dans F, 
l'épitliète exilis convient. Dans P, exilis est devenu ex illis, par 
une erreur du copiste, qui n'a pas compris le mot. 

— 26,1. ne illa régna P ; ne ille régna *F. — Faux accord 
avec le mot voisin. 

— 26, 2. exstrueretur PM ; exstrueret *F, — Voy. App. I. 

— 27, I. ledere etiam P {H est exponctué) ; laedere eam F. 

— 28, 3. callidiore P ; calidiore F. — Voy. App. T. 

— cuilibet P'' ; quilibet FP', — La correction est erronée. Voy. 
Hoppe, Syntax, p. 27. Il faut entendre : « Quel vivant, quel qu'il 
soit », Van der Vliet, p. 38, défend cuilibet. 

— dominio PM ; domino F. 

— 30, 6. cum quibus P (/. cur quidem ?) ; cur *F. 


LEÇONS FAUTIVES PROPRES A P 119 

• — 32, 2. suscipimus P ; suspicimus *FM. — SnsJ>icio a ici un 
sens assez rare « admirer, respecter », qui a trompé le scribe. 

— 34, 3. tamquam si habens P ; si h(abens) F. — Voy. p. 21. 

— 35,7. insculta Pi ; inculta P^ ; insculpta F. 

— 35, -fi. ediserent P ; ediscerent *F. 

— 36, I. vocabantur P ; vocantur F. — Voy. App. I. 

— 36,2. dedita P ; débita F. 

— 36, 3. sed exceptione P ; sub exceptione *FM. 

— 37,4. iudicesP; vindices *F, 

— 37, 6, qualiumque P (/. qualiumcumque). Manque dans F. 

— 37,7. urbis P ; orbis F. 

— 37, 8. habendos et P (/. habendo. Sed). — Voy. p. 81-82. 

— 38, I. inter licitas P; inter inlicitas F. — Voy. App. I. Le 
correcteur a voulu opposer inier licitas factione& à de inliciiis factio- 
nihus, qui suit. 

— 38, 5. novisse P ; novissime F. — Voy. p. 45. De Cor., 11, 
p. 444, 14 O : ac novissime (= deniqtiè). 

— 39, 4. religetur P ; relegetur *F. — Cf. 3, 4. 

— 39, 6. ingratiis P ; ingratis F. — L'adverbe ingratiis ou in- 
graiis n'a pas de sens ici. Voy. p. 70. 

— 39, 7- vel maximae P ; vel maxime "F. 

— 39^ 9- biberint P ; biberunt *F. — expaverint P ; expave- 
runt F. — Dans P, comme dans F, le premier verbe (agnoverimt) est 
à l'indicatif. Cependant, sur la variation des modes, voy. 15, 8. 

— 39j io- quia nulli P^ (/« marg, corr.) ; quia nulla *FP'. 

— 39,13. lenonest P; leno est *F. — Havercamp propose: 
lenones, se. sunt. 

— 39,14. conviolatur P ; convivatur F. 

— 39, 18. dominum P ; deum F. — Voy. 13, 4. 

— 40, I. esse in causam P ; esse in causa F. — Voy. App. I. 

— ad leonenem P ; ad leonem F. — Voy. p. 70. 

— 40, 3. orbem (urbem P*) et urbes P; orbem et urbem *F. 
— Voy. App. I. 

— 40, 5. velud P; vel ut *F. 

— 40, 6. nati mortuique sunt P ; nati moratique sunt F. — Cf. 
Ad nat,, 1,9, p. 73, 25 : in quibiis 7iaii, morati, sepiilti sunt. Le 
changement de inortui en morati, qui détruit la clausule (deux cré- 
tiques), peut venir d'un scribe ou d'un remanieur. 

— 40, 6. hodiernum P ; in hodiernum F. — Tert. dit ordinaire- 
ment : ad hodiermim. Voy. 5, 10; 10, 4. Ad nat., i, 9, p. 73, 26 


120 LEÇONS FAUTIVES PROPRES A P 

(passage parallèle) : non alias enim superfuisseni ad hoditrnuni, nisi 
postumae cladis illius. De an., 34, p. 358, 18. Scorp., 7, p. 160, 5. 
De resurr., 22, p. 56, 14. Adv, Herm., i, p. 126, 8. Adv. Val., 4, 
p. 181, 12. Avec inanere^ il préfère /«. De idol., 3, p. 32, 16: sicut 
iti hodicrnum quibusdani locis veiustatis vestigia pertnanent. Adv. lud., 
I 3 : cuin iiulliis omnino sit illic in hodiernum derelicUis ex Israël. 

— 40, 7. et quasi Pi ; et si qua *FP2. 

— 40, 8. ulcinios P- ; ulsinios P' ; Vulsinios *F. 

— 40,9. occupaverant P ; occupaverunt *F. — Depuis Rhena- 
nus, on lit : occupavenmt, exigé par le sens et par la grammaire, 
comme par le rythme (crétique et trochée). De même, De cor., 7, 
V Agobardinus z procuraverant au lieu 6.Q procuraverunt. 

— 41, 2. si quod et ipse patiatur P ; qui et ipse patitur F. 

— 41, 4. dispicitis P ; despicitis *F. 

— 42, 2. nec ultra P ; ne ultra *F. 

— 42, 2, mutamur P ; utamur *F. 

— 42, 4. rigere P ; frig^re F. — Voy. App. I. 

— 42,5. ubi P; ubicumque *F. — Sens indéfini. Voy. ci- 
dessus, p. 45. 

— 42, 7. sumantur P ; sumam tura *F. — Division fautive, 
puis suppression de a final. 

— pluris et carioris P ; plures et chariores F. 

— 43, I, secarii P; sicarii F. 

— 45, 5. illa sed P ; illas et F. — Mots mal divisés ; on a pris 
set pour sed. Voy. ci -dessus, p. 71, ad 5, 3. 

— delitiscendi P ; delitescenti F. 

— deliquendi P (/. delinquenti). 

— 45,7. prospicientiae P^ ; prospientiae P' ; pro scienliae *F. 
— Pro scientiae pleniUidine correspond kperfecte eam novitmis (§1). 
On a corrigé moins bien &n pro sapientiae plenitudine. 

— 46, 4. degerare P ; deierare *F. 

— 46, 5. gallenatium P' ; gallinatium P^. 

— ■ 46, 10. provocemus P; provocemur *F. — Tert. répond aux 
païens qui provoquent ou défient les chrétiens. Dean., 19, p. 330, 
\i: Et si ad arbores provocanmr, amplcctemtir exeviphim.... La con- 
fusion de s avec r est fréquente. 

— 46, 12. diogenis P; Diogenes *F. 

— hostibus P ; hospitibus F. — Voy. ci-dessus, p. 45. 

— 46,15. vestris P ; ventris*F. 

— 46, 17. excedere P ; excidere F. — Cf. 49, 6. De an., 25, p. 


LEÇONS FAUTIVES PROPRES A P 121 

343, 13 : nescio de Pristina magis an de tsta senienlia sibi exiderit, se. 
Plato. Ad Scap., 3 : a proposito suo excidere. Adv. Herraog., 39, 
p. 169, 5 : hic a lineis inis excidisti. Adv. Marc, 3, 4, p. 381, 3 ; 
excidens ab optimi Dei litulo. Sur excidere a Deo, voy. 49, 6. 

— 46, i8. distructor P ;. destriiclor F. 

— 47, 4. mutabat P; nutabat F. — Voy. Ad nat., 2, 2, p. ()(>^ 
I : nutat. 

— 47, 7. quos regat P; quod regat *F. 

— 47, 9. defensionum iudicet veritatem P; defectionem vindicet 
veritatis F. — Voy. App. I. 

— 47, 12. subterranea P; subterraneus *F. — De an., 55, p. 387, 
22 : nobis inferi... creduniur... in ipsis visceribus eius (se. terme') 
abstrusa proftmditas. Ibid., p. 388, 6 : habes et regionem inferuin sjib- 
terraneam credere. 

— 48, 3. restaurarelur P; restauretur F. — La coneordance du 
temps exige le présent. 

— 48, 9. adoleverit P ; absorpserit F. — Il faut lire, dans P : 
abolcverit. 

— 48, II. exspeclavimus P' ; exspectamus P^ *F. 

— 48, 12. aulae P^; aulaei P' *F. — Le correcteur n'aura pas 
compris le sens de aulaei. Cf. De an., 41, p. 369, 5 : detracto corrup- 
tionis pristinae aulaco. Ibid., 53, p. 386, 23 : de obpanso corporis 
eriimpit {aniina^ in aperlum ad nieram et puram et suain lucem. 

— 48, 15. nutrientes P; nutrientis *F. 

— 49, I. hae sunt, quae P; haec sunt, quae *F. 

— 49, 2. quae tuentur P ; quae tuemur *F. — Cf. 6, 10 : quod 
videmini tueri. Voy. App, I. 

— 49, 3. falla P; falsa *F. 

— 49, 4. captatus P; captatur *F. — Le scribe a confondu 5 et r. 
Cf. 50, 3 et 13. 

— 50, 3. exurimus P' ; exurimur P2*F. — Cf. 49, 4. 

— 50, 4. in causa P; in causam F. — V03'. App. I. 

— 50, 6. truces Pj cruces *F. 

— 50, 9. zenocleates P; Zeno Eleates *F. 

— 50, 13. efficimus P; efficimur F. — Cf. 49, 4. 

— 50, 14. gallinicus P ; Calinicus *'F. — Lisez : Callinicus. 


122 LEÇONS FAUTIVES COMMUNES A F ET A P 


XVI. Leçons fautives communes à F et à P. 

— 1,1. domesticis iudiciis FPM. — Lisez : domesticis indiciis, 
Voy. App. I. 

— 2, 6. ad canendum Christo et Deo *FP. — Il faut lire avec 
Heraldus : ut deo. C'est un nouvel exemple de la confusion fréquente 
de ut avec et. Voy. p. loi, ad 4, 3, et App. 1. 

— prohibentes *FPM. — Avec Van der Vliet, p. 32-33, il faut 
\\x& prohibentem, car ce participe ne peut s'accorder avec aucun autre 
mot que disciplinam. Voy. App. I. 

— 2, 15. apud vos solos quaestioni temperatur F; apud vos soli 
quaestioni temperatur P. — La loi romaine ne permet d'employer 
la torture que pour l'enquête judiciaire, pour arracher la vérité à 
l'accusé. Il faut donc : soli quaestioni, et solos (F) vient d'un faux 
accord avec vos. — Opposé ?l poena, quaestioni désigne l'instruction 
judiciaire. C'est un datif de but, ad solavi qiiaestio7icm « uniquement 
en vue de l'enquête ». Sur ce datif, voy. Hartel, Patr. Stud., III, 
p. 81-82. Hoppe, Syntax, p. z6. Malgré l'accord de F et de P, tem- 
peratur ne semble pas admissible, car le sujet est tonnenta. Avec 
Latinius, il faut lire : temperantur {tonnenta^ « la torture est em- 
ployée, appliquée (avec mesure) en vue de la seule enquête ». 

— 2, 20. cur non et incestus FP. — Il faut lire : cur non et inces- 
tum... ? Havercamp propose déjà de lire incesttivi, mais il opère une 
transposition inutile. Voy. Gomperz, p. 79 ; Callewaert, Le Cod. 
Fuld.., p. 335. Ad nat., i, 3, p. 62, 6 : ut ita pronuntiaretur in nos; 
illuni homiciJam vel incestum vel quotcunque iactamur duci, siiffigi, 
ad bestias dari piacct. 

— 8, 4. vivis in aevum P, — C'est la lecture adoptée par De la 
Barre et Modius ne donne aucune variante de F. Voici le passage 
correspondant ÙlQ Ad nat., i, 7, p. 71, 6 : Haec cum cxpun.xeris, 
vives in aevum. Le futur vives est plus conforme au sens et à la gram- 
maire, bien qu'on puisse expliquer le présent. Cf. Min. Félix, 12, 
6 : Ita nec resurgi tis miseri nec intérim vivitis. 38,6: Sic et beati 
resurgimiis. Le présent exprime un fait général. Le texte de Ad nat. 
n'est pas décisif non plus, car Tert. ne se copie pas toujours littéra- 
lement. Mais vivis in aevum ne paraît pas admissible, parce que c'est 
une fin d'hexamètre, tandis que vives in aevum donne comme clau- 
sule un double trochée. 


LEÇONS FAUTIVES COMMUNES A F ET A P 123 

— 8, 7. describere *F ; discribere P. — Le verbe ne convient 
pas au sens. Voy. App, I. 

— 9, 2. usque ad proconsulatum Tiberii *FP. — Il y a peut- 
être une faute dans le nom propre Tiberii. 

— 10, I. eadeni ratione ... quia FF. — Il faut lire qua, au lieu 
de qîiia. Van der Vliet, p. 35. Adv. Marc, 3, 8, p. 390, 3 : eadem 
etiiin ratione non resurrexit, qua mortuus von est. Ibid., 3, 9, p. 391, 

18 : certa ratiotie ... qua. De fuga, 8 : eadeni ration^, qua — Il 

est à remarquer que, dans l'Agobardinus, qua devient souvent quia. 
Hartel, Patrist. S/ud., III, p. 42. 

— 16, 2. etiam de ipsa origine F ; etiam de ipsa tam origine 
P. — La faute etiam pour et tam est commune à F et à P. Une fois 
tam escamoté, P l'a inséré devant origine ; dans F, tam manque. 
Voy. App. I. 

— 16, 12. Onochoites is erat F; onochoitisis erat P. — Les 
scribes n'ont pas compris le mot grec ONOKOITHS, « race d'âne». 
Voy. H. Leclerq, Dtcl. des antiq. chrêt., s. v. Ane. Dans Ad nat., 
l'Agobardinus a deux fois Onochoites (p. 84, 15 et 18) et une fois 
onochoetae (p. 85, 1). 

— (8, 3. deseritis (/. desertis) FP. — Voy. p. 116. 

— 20, 4. eadem voces (/. eaedem voces) FP. — Cf. 40, 9. 

— praefanti FP ; praefandi M. — Ici^ M a conservé la bonne 
leçon. 

— z\, 30. nominum FP. — Lisez: numinum. 

— 23,2. aut si eadem *FP. — La particule disjonclive aut ne 
se comprend pas ici. Les démons, qui aident les magiciens à opérer 
leurs prodiges, dit Tert., sont capables de les opérer pour leur 
propre compte. Mais, conlinue-t-il, si les démons font les mêmes 
prodiges que les dieux, ils sont égaux en puissance aux dieux, ce 
qui est inadmissible. Plutôt que d'admettre cette égalité, il faut 
croire que les dieux sont en réalité des démons qui se font passer 
pour dieux et qu'il n'existe pas de dieux, mais uniquement des 
démons. 11 faudrait ai ou sed. 

— 23, 3. compara FP^M ; compar P-- — Il est curieux de 
constater que les deux traditions ont l'impératif compara pour com- 
Par, parce que la faute est raisonnée. Dans P, Va final a été 
exponctué, il est resté dans M comme dans F. 

— 24, 7, et capite damnandis, qui aliquem huiusmodi deum 
occiderit FPM. — Le singulier occiderit après le pluriel damnandis 
paraît étrange et nous ne connaissons aucun exemple analogue. 


124 LEÇONS FAUTIVES DIFFÉRENTES DANS F ET DANS P 

Peut-être faut-il lire, malgré l'accord des manuscrits : qui... occi- 
derint, avec Junius, Rigaltius et Havercamp, ou si quis ... occident. 

— 25,7. orbi terrae FPM. — Lisez : orbi terra. Voy. App. I. 

— 25,9. Laurentinae FPM. — Lisez: Larentinae Cette con- 
fusion çst fréquente. Voy. Minucius Félix, 25, 8. Cf. 13, 9 et 25, 3. 

— 33, 8. spirant *FP. — Lisez : spirat. 

— 39, 15. si aliis *FP. — Lisez : Saliis. Ad nat., 2, 12, p. 119, 
13, A a : 5» alii pour Salii. 

XVII. Leçons fautives différentes dans F et dans P. 

— 4., 2. quae palam admittentes inveniuntur F (d'après le Cod, 
Brem.)] quae illos palam admittentes invenimus P. — Il faut lire : 
quae palam admittentes invenimur. Sur ce passage, voy. App. L 

— 7, 6. dumdivinitas servatur F ; dum divina servantur P. — 
Lisez ; dum divina servatur, se. animadversio . Voy. App. L 

— 9, 16. Les mots grecs sont généralement défigurés dans F et 
dans P, mais toujours de manière différente. Voy. l'apparat cri- 
tique. Les mss. permettent de lire ici : è'Xauvô, impératif (voy. 
Priorius) ou Tj^auvô, ificurre ou incurrebat in viatrem l Ad nat.^ i, 7, 
p. 71, 5 : ut non erres extraneam incursans. Apul., Met., 10, 23 : 
ne qUo casu... nescius fiesciam. sororein inciirrerct. Dans Ad nat., i, 
16, p. 86, 23, l'Agob. a: elaune diccbatisten matera, et Rigaltius lit : 
fJXauvs, dicebat, sk xt)v (j,T|xépa ((xarÉpa Oehler). 

— 14, 8. cum paenitet F; cum paenitentia P. — Sur toute cette 
phrase, voy. App. L 

— 19, 6. et Proemis Phoenix, Tyriorum rex F; sed et hieronimus 
foenix, tyrii rex P. — Lisez : et (ou sed et) Hieromus Phoenix, 
Tyriorum rex. Voy. App. I. 

— 20,5. futuro quoque F ; futura quoque P. — illisperduos 
gradus credere *FM ; illi per duos gradus credere P. — App. L 

— 21,29. Tryphonius F; trophenius P. — Lisez: Trophonitis. 
Nom propre défiguré. 

— 21,5. ad delirandum disciplinam F; ad declinandum déri- 
vantes a disciplina P. — Yoy. App. I. Il faut lire : ad declinafidum 
disciplinam (ou a disciplina') . 

— 21, 30. sed quod F ; sed quia P. — Il faut lire : sed qua. 

— 22, 10. fuerant habentes F ; fuerat habens P. — Il faut lire: 
fuerat (se. Pythius). Habent (se. daemones). Voy. P. Henen, dans 

\q Musée Belge, \\, 1910, p. 229. 


LEÇONS FAUTIVES DIFFÉRENTES DANS F ET DANS P 125 

— 24, 4. in aliquem principem *F ; in aliquam principe P. — 
Lisez, avec Havercamp: in alio quam principe. 

— 24,5. ad aram Fidem F; ad aram Fidiae P, — Lisez: ad 
aram Fidei. 

— 25,10. apud R.omam cum inditamentis suis F ; romam cum 
indignis suis P. — Le mot rare indigitamentis a fait trébucher tous 
les scribes. Lisez: apud Romani {se. fuit cum ifidigitameniis stiis), 
ou bien : Romani (se. fuerunt, veneruni), etc. 

— 39> 15- et polincto lucitorum F; et polinctorum P. — 
Lisez : et polluctorum. 

— 40, 3. Noms propres défigurés. Voy. l'apparat critique. 

— 45, 4. de divina lege ut antiquiorem formam mutatas F ; de 
divina lege ut antiquiore forma mutualas P. — Il faut lire : de 
divina lege, ut antiquiore, formam mutuatas. Dans F, formam a 
attiré antiquiorem à l'ace, et, dans P, antiquiore a attiré forma à 
l'abl. Tertullien emploie souvent ut (en grec i5)i;) avec un participe 
ou avec un adjectif (l'idée du part. prés, du verbe esse étant sous- 
entendue). Voy. Hoppe, Syntax^ p. 58. 

— \(i, 7, inimici F ; ininiice P. — Le cod. Gothanus^ suivant 
Oehler, porte en marge ; mimice, que beaucoup d'éditeurs anciens 
ont admis. Mimice « en mime, en comédien », est dans Catulle, 42, 
8 : quam videtis turpe incedere mimice ac moleste ridentem. L'adjectif 
mimicus « qui tient du mime, de la comédie» est dans Cic, De 
orat., 239; 274, et dans Quint., Inst. or., 6, i, 47. Cf. Lucien, 
Gallus, 26 : 6'(ji.otoi ji-âXiaxa (paîvovTat toÏ<; Tpay^xotç ÙTroxpixa'ïi;. 
Mimice rend bien l'idée de Tertullien : les philosophes font parade 
de la vérité, en vrais comédiens. Voy, Adh. d'Alès, Thêol. de Tert., 
p. 2. — Cf. Adv. Marc, i, 29, p. 331, 2 : txmc dcnique coniugium 
exerte defendentes, cum inimice accusatur spurciliae nomine. Mais 
ici inimice ou inimici ne convient guère à adfectant. La confusion 
de mimice et inimice est d'ailleurs facile. 

— 46, 10. Diogenis supra recumbentis ardore (ardori F ; ardo- 
rem P) subantem. — Junius (Notae, p. 93) et Scaliger proposaient 
de lire: ardore. Junius dit: legendum autem, ardore subantem. 
Nam ardebat illa Diogenem et ex ardore eius supra recumbentis 
subabat, opsytaxo, ÈOuaxo. Le datif ardori et l'ace, ardorem ne se 
comprennent pas. Le sens de la phrase exige l'abl. de cause, 
ardore = amore vehementi, tentigine. Le gén. Diogenis est un gén. 
objectif. Val. Max., 9, 13 ext. 3 : infinito ardore coniugis... tene- 


126 LEÇONS FAUTIVES DIFFÉRENTES DANS F ET DANS P 

retur. Sen., Ag,, 177 : ardore sacrae virginis ... furens (ici suhans). 
Thés. l. /., II, 491, 65-69. 

— 46, 10. Speudipsuni F ; Psesippum P. — Lisez: Pseusippum. 

— 49, 16. Ycthyas F; icthydias P. — Lisez : Hippias. 

— 48^ I . copiis à populo exigetur P. — Au lieu de copiis, P a 
coetibus. Ni l'un ni l'autre ne donnent un sens satisfaisant. Yoy. 
App. 1. 

— 48, 13. divina scilicet subministratione F; divinam scilicet 
subministrationeni P, — Lisez : habentes et ipsa tiatura, divina 
scilicet, submitiistraiionem incorruptibilitatis. Voy. App. I. 


L'orthographe et la morphologie présentent certaines particula- 
rités, propres soit à F, soit à P, ou communes à l'un et à l'autre. 
Nous nous bornons à en rassembler quelques-unes. 

Dans les désinences verbales, P change souvent b en v : probavit 
■çonv probabit (3, 7), repurgavimus (16, 14), tnonstravimus (2r, 26), 
resullavit (24, 2). Dans F, Modius ne signale que vetiefici ^o\xv bene- 
fici (22, II). 

P écrit parfois quod pour quot. Voy. 2, 5 (bis) ; 8, 8. Dans F, 
Modius donne quando pour quanto (39, 9) et aliquando pour ali- 
quanto (21^ 1). 

Signalons encore : antestant F ; antistant P (29, i) ; 

religavit (3, 4), religainur (12, 5), religetur (39, 4), dans P^ pour 
relcgavit, etc. 

despicile (15, r), dans P, pour dispicile ) 

dominus est fréquent dans P, pour deus. Voy. 13,4; 17^ 3 ; 21, 
29 ; 23, 4 ; 18 ; 39, 18. Voy. ci-dessus, p. 114, ad 13, 4. 

Dans F, et est souvent confondu avec ut. Voy. 2, 6 ; 4, 3 ; 21, 
2 ; 12 ; 27, 5. Dans P, la même faute se trouve 2, 6. 

Modius nous avertit (16, 8) que F écrit toujours dei et deis, tan- 
dis que P écrit dii et diis. 

P écrit idem pour iidein (6, 7 ; 9, 19 ; 12, 4 ; 48, 13) ; hisdevi 
pour iisdem (12, 2 ; 15, 7 ; 28, 2). 

Dans les déclinaisons de daemon, F maintient la forme grecque, 
tandis que P préfère la forme latine ou la forme daemonium : 
F P 

22, I daemonas daemones 

— daemonis daenionii 

23, 6 daemonas daemones 

— daemonas daemonia. 


LEÇONS FAUTIVES DIFFÉRENTES DANS F ET DANS P 127 

F écrit ructuare et eruciuare : ructuatur Br (9,11) ; ructatur P ; 
ructuando F (23,5); ructando P ; ructuantibus *FP (39,15); 
eructuans F (18, 14) : eructans P. Isidore, Etym., 19, 6, 2, imitant 
ce passage, écrit : eriictuat. Cf. De resurr., 31, p. 70, 21 : eruc- 
tuabunt F (= Florentinus Conv. suppr. VI, 10, saec, XV). Adv. 
Prax,, II, p. 243, i : eructuavit MF ; eructavit P (= Paterniacensis 
439, saec. XI). 


Les fautes que nous venons de passer en revue ne sont, 
pour la plupart, que des erreurs de transcription, des 
méprises, dont l'origine est souvent aisée à découvrir. 

Parmi les causes d'erreur, l'une des plus fréquentes 
est l'influence du contexte, la suggestion des mots voisins: 
c'est tantôt la forme d'un mot voisin (2,15 : apud vos solos 
pour soli), tantôt l'idée voisine (2,6 : de ceteris) qui suggère 
au scribe un faux accord, une modification de la dési- 
nence. Ce genre de fautes est le résultat d'un raisonne- 
ment sommaire du scribe, qui croit comprendre à la 
première lecture et ne prend pas le temps d'approfondir 
le sens de ce qu'il transcrit. La faute est donc consciente, 
mais le scribe n'a nullement l'intention de porter atteinte 
au texte authentique de Tertullien ; il s'imagine, au 
contraire, qu'il le rétablit dans sa pureté. 

Nous avons vu qu'il arrive aussi au copiste de se trom- 
per sur la nature des abréviations ou de négliger celles-ci. 

Très souvent, il ne commet qu'un lapsus, traçant une 
lettre pour une autre, doublant ou dédoublant incon- 
sciemment (dittographie ou haplographie) une lettre, 
une syllabe ou un mot. 

Il est remarquable que ces corruptèles soient à peu 
près également nombreuses dans les deux traditions et 
que les erreurs, si elles sont de même nature dans l'une 
et dans l'autre (ce sont les fautes qu'on est habitué à 


128 CONCLUSIONS 

rencontrer dans les manuscrits), n'affectent pas les 
mêmes mots dans F que dans P, et que les mots altérés 
dans l'un soient restés intacts dans l'autre. Nous n'avons 
compté que 22 passages où F et P présentent des fautes 
différentes et seulement 22 fautes communes à F et à P, 
Ces dernières sont très caractéristiques et l'on peut croire 
qu'elles existaient avant la naissance des deux traditions. 
Séparées de bonne heure, la tradition de Fulda et la 
tradition commune ont eu chacune sa destinée parti- 
culière. 

XVIII. Conclusions. 

Nous avons comparé minutieusement les deux tra- 
ditions manuscrites de l'Apologétique représentées l'une 
par F et l'autre par P. Parmi les très nombreuses diffé- 
rences qui les séparent, nous avons essayé de démêler 
celles qui sont dues à un accident. 

La tâche était très épineuse et nous ne nous dissimu- 
lons pas que peut-être le jugement de nos lecteurs ne 
s'accordera pas toujours avec le nôtre. Cependant nous 
nous plaisons à croire que, d'une manière générale, on 
conviendra que les altérations relevées par nous ne 
proviennent ni de l'auteur ni d'un remanieur qui s'ap- 
plique à rendre le texte plus clair et plus facile, mais 
que ce sont des inadvertances de scribe. 

La langue et le style de Tertullien sont difficiles. Rien 
d'étonnant, par conséquent, que son texte ait été défi- 
guré par les scribes successifs. Le scribe qui copie sans 
comprendre toute la pensée, se trompe facilement, parce 
qu'il devient vite distrait. Sur les marges d'un texte 
obscur, les gloses se multiplient et le scribe s'imagine 


CONCLUSIONS 129 

souvent qu'elles font partie du texte. De là, ces nom- 
breuses omissions, additions, transpositions, graphies 
fautives et incorrections de tout genre que nous avons 
relevées. 

Il résulte de notre étude que les deux traditions ont 
été à peu près également maltraitées par le temps, mais 
dans des passages différents. 

Nous avons conclu que F et P représentent des tra- 
ditions différentes et que la séparation entre les deux 
traditions s'est faite de bonne heure : chacune a suivi 
sa destinée sans être influencée par l'autre. 

Si l'on corrige toutes les fautes accidentelles, une no- 
table partie des différences disparaît. Mais ce travail 
d'épurement ne suffit pas pour ramener les deux tra- 
ditions à un texte unique, que l'on puisse regarder comme 
l'original de l'une et de l'autre. Loin de là : il subsiste 
un plus grand nombre de variantes, où l'on reconnaît 
plus ou moins clairement une intention de corriger, 
d'améliorer, de remanier, pour une raison souvent facile 
à deviner, soit la pensée, soit le style. 

C'est en grande partie par l'examen des différences 
qui restent que nous chercherons à répondre aux questions 
suivantes : A quand remonte la séparation entre les 
deux traditions et quelle en est l'origine ? Est-elle due 
à l'auteur lui-même, c'est-à-dire, Tertullien a-t-il publié 
deux éditions de son Apologétique ? Ou plutôt est-elle 
due à des remaniements intentionnels faits plus tard? 
Et, dans ce cas, chacune des deux traditions a-t-elle subi 
des retouches ou l'une des deux présente-t-elle un texte 
authentique ? Si elles ont subi toutes les deux des retou- 
ches, les ont-elles subies dans la même mesure, ou l'une 


130 CONCLUSIONS 

des deux doit-elle être regardée comme plus pure que 
l'autre ? 0). 


(') La réponse à ces questions, on peut le prévoir déjà, sera 
celle-ci : Tertullien n'a donné qu'une seule édition de V Apologétique. 
De bonne heure, il s'est formé deux traditions du texte de cet 
ouvrage tant lu et tant admiré. Ces deux traditions n'ont plus eu 
de rapports entre elles, c'est-à-dire que jamais personne ne s'est 
efforcé de les mettre d'accord, n'a corrigé l'une d'après l'autre. 
Mais chacune a subi, de son côté, la revision, souvent maladroite, 
d'un ou de plusieurs remanieurs qui, pour rendre le texte plus 
clair, plus facile à comprendre, ont méconnu souvent le style et la 
pensée de l'auteur. Cependant ce travail de revision a été beaucoup 
moins fatal à F qu'à P. C'est F qui nous a conservé le texte le 
plus pur et c'est sur F que devra être fondée l'édition définitive ; 
mais il faut se servir de F lui-même avec précaution. 


131 


APPENDICE I. 

Examen des leçons de F. '" 

Notes critiques et exégétiques. 

Dans cet Appendice, nous nous proposons de justifier 
l'adoption ou le rejet d'un certain nombre de leçons de 
F. Nous essayerons aussi d'expliquer le sens de nombreux 
passages de V Apologétique, qui sont encore controversés 
ou qui nous paraissent avoir été mal compris par les tra- 
ducteurs ou par les commentateurs. 

Nous aurons l'occasion de revenir sur plus d'une va- 
riante discutée plus haut et de compléter ce que nous 
en avons dit. Nous préparerons aussi notre étude sur 
La double tradition manuscrite de V Apologétique. 

Les passages que nous examinerons sont assez nom- 
breux pour que l'on puisse en tirer déjà des conclusions 
générales au sujet de l'état et de la valeur de chacune 
des deux traditions. Nous avons résumé ces conclusions, 
ci-dessus, p. 130, n. 1. 

Il faut dire un mot des principes qui doivent dominer 
une pareille étude, des critères qui doivent nous guider. 

Les auteurs que nous avons appelés (ci-dessus, p. 31) 
les témoins indirects du texte de l'Apologétique ne peuvent 
être allégués qu'avec une grande prudence. Nous avons 
dit que le traité Aux nations, écrit avant l'Apologétique, 
mais la même année 197, nous présente souvent les mêmes 
idées sous la même forme ou sous une forme peu diffé- 


132 APPENDICE I 

rente. Nous verrons, dans notre étude sur La double tra- 
dition manuscrite, que Tertullien, en reprenant sa pre- 
mière rédaction, la modifie le plus souvent légèrement. 
Il en résulte qu'on ne peut pas toujours corriger le texte 
de l'Apologétique d'après celui de VAd nationes {^). Cepen- 
dant, si l'une des deux traditions diffère de la première 
rédaction et que l'autre la reproduise exactement, il est 
au moins vraisemblable que celle-ci a conservé le texte 
authentique {^). 

Quant aux écrivains qui se sont inspirés de Tertullien, 
la liberté qu'ils prennent avec sa pensée et avec son style 
est ordinairement si grande, que chaque cas doit être 
examiné en particulier et avec le plus grand soin. Il en 
est de même du traducteur grec contemporain de Ter- 
tullien, qui n'a pas toujours compris le texte latin, et 
d'Eusèbe, qui a suivi ce traducteur sans vérifier l'original. 

Il en est autrement de VAltercatio Heracliani, qui copie 
textuellement un long passage du ch. 21, et de Rufin, 
quand il reproduit le texte de V Apologétique d'après le 
ms qu'il avait en sa possession {^). Ce sont des témoignages 
d'autant plus précieux qu'ils sont datés. 

Mais qu'il s'agisse de la langue, du style ou des idées, 
Tertullien doit être expliqué surtout par lui-même. 


(1) Voyez, dès maintenant, W, Hartel, Pair. Stud., II, p. 15-18. 

(2) Hartel a soutenu que l'accord fréquent de F avec le texte du 
traitera' nationes, alors que P en diffère, prouve que F a été revisé 
d'après ce texte. Mais nous verrons que P n'est pas moins souvent 
d'accord avec ce texte que F, dans des passages où F en diffère. 

{^) S. Jérôme, Epist., 5, 2, ad Florentinum : Scripsit mihi et 
quidam de patria supra dicli fratris Rufmi Paulus senex Terlullia?ii 
suu/n codicein apud eutn esse, quein ve/iementer repoposcit. 


APPENDICE I 133 

Le grand Africain doit beaucoup à ses devanciers, les 
apologistes grecs (i) ; j'oserai dire qu'il leur doit la plus 
grande partie des idées de V Apologétique, les idées ro- 
maines mises à part. Mais il a transformé tout ce qu'il a 
emprunté, et, du bien d'autrui, il a vraiment fait son 
bien propre par une mise en œuvre si originale, si per- 
sonnelle, que toute trace d'emprunt disparaît. Sur plus 
d'une idée, puisée ailleurs, celui que Bossuet appelle 
souvent « le grand » ou « le grave Tertullien » ou « ce 
grand homme » a mis son empreinte à jamais. Il a pu le 
faire d'autant plus facilement, que parmi les Latins, il 
a été le premier écrivain de génie. 

Tertullien a sa façon de penser, sa façon d'argumenter 
et de mettre les idées dans un puissant relief : théologien, 
juriste, avocat, logicien, rhéteur, il est tout cela d'une 
manière qui lui est propre et qu'un lecteur familiarisé 
avec ses écrits reconnaît dès l'abord. 

Il est aussi styliste dans toute la forcé du terme ; avec 
Tacite, il est le plus personnel des écrivains latins. On 
retrouve souvent sa langue dans les écrits du même temps, 
chez Apulée, par exemple, mais son style lui appartient 
tout entier {^). 

S'il faut donc comparer Tertullien à ses contemporains, 
// faut surtout expliquer Tertullien par Tertullien. Telle 
est la grande règle à suivre pour établir son texte. Et s'il 


(•) Nous nous réservons de traiter ailleurs la question de la 
ressemblance de Tertullien avec Minucius Félix, que M. Ileinze 
a renouvelée. Ses arguments sont ingénieux, mais ne nous parais- 
sent pas convaincants. 

(2) Sur la langue de Tertullien, V03^ H. Hoppe, Syndix und S/il 
desTertullian. Teubner, 1903. Sur le style, voy. P. Monceaux, Hist. 
lin, de l'Afrique chrétienne, tome I, p. 439-462 : L'écrivain. 


134 APPENDICE I 

faut chercher ses idées, sa langue et son style dans tous 
les écrits qu'il nous a laissés, V Apologétique doit surtout 
être expliqué par lui-même. Il faut se pénétrer de ses 
sources d'invention si diverses et exploitées d'une manière 
si originale, de son but qui n'est jamais perdu de vue, de 
son plan, d'un dessin si net, si ferme, si logique jusque 
dans les détails, de ses procédés spéciaux d'argumen- 
tation à l'adresse des païens. {^) C'est là un critère infail- 
lible, mais d'une application délicate. 

Un mot sur un point spécial. Depuis Cicéron, la prose 
littéraire est rythmique ; les phrases et les membres de 
phrase finissent par une clausule métrique. Tertullien, 
qui veut mettre au service de la foi nouvelle toutes les 
ressources de l'art, ne néglige pas ce moyen de plaire. 
Il en fait un usage si constant que la critique peut soup- 
çonner d'altération toute fin non métrique ou d'un 
rythme douteux. Cependant l'emploi de ce critère exige 
une certaine réserve, comme nous le verrons en expo- 
sant les règles suivies par Tertullien. Voy. à la fin de cet 
Appendice. 


Tertullien est actuellement en grande faveur parmi les 
philologues comme parmi les théologiens : leurs efforts réunis 
ne sont pas de trop pour débrouiller la question qui nous 
occupe. Aux travaux critiques de Callewaert, di Capua, Hartel, 
Heinze, Henen, Hoppe, Kroymann, Rauschen, Van der Vliet, 
sont venues s'ajouter récemment la dissertation de Schrôrs, 
avec la réplique de Rauschen, et l'étude de Lôfstedt {^). 


(') Voyez surtout : R. Heinze, Tertullians Apologeticuin. Teubner, 
1910. Ber. der saclis. Ges. der Wiss., 62, p. 279-490. 

(^) H. Schrôrs, Zur Texlgeschichle und Erklàrxing vo7i Tertullians 


APPENDICE I 135 

Malheureusement, nous n'avons pas pu faire des trois der- 
niers travaux tout l'usage que nous aurions voulu. Nous 
avons reçu les deux premiers en novembre 1914 et le troi- 
sième en juillet 1916. Notre ouvrage était rédigé en juin 1914 
et l'impression a commencé en juillet 1914. En corrigeant 
nos épreuves, nous avons parfois mis à profit la dissertation 
de Schrôrs et souvent celle de Rauschen. Nous regrettons 
de n'avoir pu nous servir dès le début de l'important travail 
de Lôfstedt : fait avec méthode, il a résolu, à notre avis, plus 
d'un problème difficile. Nous indiquerons en note ce que 
nous avons pu lui emprunter. 


Apologeticum. Leipzig, Hinrichs, 1914, 124 p. Texte und Unter- 
such., 40, 4. Livre manqué et d'un ton trop personnel. Schrôrs a 
repris la thèse jadis défendue par Havercamp et par Oehler. Voy. 
ci-dessus, p. 1-3. 

G. Rauschen, H. Schrôrs undmeine Ausgahe von Tertullians Apolo- 
getikum. Bonn, Hanstein, 1914, 136 p. Réfutation de la thèse de 
Schrôrs. Dans l'appendice, Rauschen donne des corrections à sa 
20 édition. 

E. Lôfstedt, Tertullians Apologeticum tcxtkritisch untersucht. Lund, 
Gleerup. Leipzig, Harrassowitz, 1915, 123p. Lôfstedt admet comme 
Rauschen, que F a été remanié, mais beaucoup moins que P. Voy. 
ci-dessuS; p. 5-6. 


1,1. si denique, quod proxime accidit, domesticis indiciis 
nimis (animis F) operata infestatio sectae liuius os ob- 
struit (os om. PM) defensioni FPM 

Sur os obstruit, voy. ci-dessus, p. 48, et Rauschen, p. 39. — 
Sur domesticis iudiciis, les manuscrits sont d'accord, sauf 
un Oxoniensis, dit Oehler, qui aurait domesticis indiciis. 

Rlienanus et tous les premiers éditeurs ont imprimé domes- 
ticis indiciis ; Heraldus le premier a attiré l'attention sur la 
leçon domesticis indiciis sans la mettre dans son texte. Depuis, 
elle a été accueillie par la plupart des éditeurs, mais on n'a 
cessé d'en discuter le sens, ce qui prouve qu'elle est obscure. 
Au point de vue paléographique, la confusion de indiciis et 
de iudiciis est très facile. 

Il nous semble qu'il faut revenir à domesticis indiciis, parce 
que la leçon des mss ne satisfait ni le sens, ni la grammaire. 

Tert. explique pourquoi il adresse aux gouverneurs un 
plaidoyer écrit, une lettre ouverte : c'est que, devant leur 
tribunal, les chrétiens ne peuvent pas parler. Le juge refuse 
de faire une enquête publique ; il lui arrive même de fermer 
la bouche à l'accusé. L'attitude du juge envers les chrétiens 
est la même dans toutes les poursuites contre les chrétiens : 
il n'y a aucune différence entre les audiences publiques et 
les audiences privées. On en verra la preuve au ch. 2,1-5. Les 
trois propositions conditionnelles expriment les motifs de 
cette attitude ; ils sont repris sous une autre forme au chap. 
37,2. 

1° Si non licet vobis = partim legibus obsequentes : la loi ne 
leur permet pas de faire une enquête sur les crimes qu'on 
impute aux chrétiens ; en effet, la religion chrétienne est 
prohibée, elle constitue par elle-même un crime punissable 
de mort et, une fois que l'accusé a avoué être chrétien (Chris- 
tianus sum), il ne reste au juge qu'à condamner. Voyez encore 


CHAP. 1,1 137 

tout le chap, 4, où Tertullien critique cette législation, qu'il 
résume en ces termes : Non licet esse vos ! 

2° Si vestra auctoritas ... aut timet aut erubescit = quotiens 
etiam praeteritis vobis suo iure nos inimimm vulgus invadit ? 
Cette phrase du eh. 37,2, correspond à Si vestra auctoritas 
etc., en ce sens au moins que, d'un côté comme de l'autre, 
Tert. parle de l'intervention de la populace : l'autorité du 
juge cède devant les clameurs de la foule, soit par crainte soit 
par respect humain {timet aut erubescit). Cf. 49,4 : favor vulgi. 
50,12 : apud poputum. 

3° Enfin, 5/ denique ... infestatio sedae huius os obstruit 
defensioni = partim animis propriis obsequentes : c'est la 
haine personnelle du juge, trop empressée à accueillir les 
délations domestiques,- qui ferme la bouche à la défense, 
comme il est arrivé naguère. 

C'est donc la loi, la populace ou l'animosité personnelle 
qui dictent au gouverneur l'attitude qu'il observe envers 
les chrétiens, quand il siège comme juge au sommet de la 
cité, au Capitole provincial. Il n'y a pas lieu de parler ici 
des audiences privées tenues dans le palais ou au greffe du 
gouverneur : ces audiences exceptionnelles ne présentent, 
en effet, rien de particulier au point de vue de l'attitude des 
gouverneurs. Ce que Tert. met à part, c'est le cas du juge qui, 
poussé par la haine, s'empresse d'accueillir les délations do- 
mestiques et qui ferme la bouche à l'accusé, c'est-à-dire l'em- 
pêche de répondre à ses délateurs. Il met ce cas à part, parce 
qu'il est plus atroce que les autres et qu'on en avait vu récem- 
ment un exemple, à Carthage sans doute. 

Le témoignage des esclaves peut s'appeler domesticuin tes- 
timonium ou indicium. Gains, 2, 105 : reprobatum est in ea 
re domesticum testimonium. Cic, De or,, 2,1, 2 : quos tum ... 
refutare domesticis testibus solebamus. Cod. lust., 4, 20, 3. 

Souvent les chrétiens étaient dénoncés par leurs domesiici 
ou « esclaves de la maison », bien qu'Athénagore (Suppl., 35) 
assure le contraire en l'an 177. 

S.Justin dit formellement qu'on allait jusqu'à forcer 
les esclaves de témoigner contre leurs maîtres chrétiens, ce 
qui était contraire à la loi. Apol. II, 24,4 : Kal e^; [jao-âvouç 


138 APPENDICE I 

eOxXUo-av oûéxaç twv 'h{Ji.eTépo)v, r\ izcf.îtac,, r\yùvc/xy., xal 8t yl- 
xia-p.wv cpopepwv é^avayxàÇouor!. xaTe'.Tce^v xaûxa xà p.u9oAo- 
yoùjji.£va. 

En 177, sous Marc Aurèle, le légat de la Lyonnaise fit 
arrêter à Lyon tous les chrétiens et l'on arrêta avec eux leurs 
esclaves restés païens. Les esclaves, qui avaient peur de la 
torture, obéissant aux exhortations des soldats, accusèrent 
leurs maîtres de crimes abominables : festins de Thyeste, 
incestes d'Oedipe et autres faits qu'on ne peut dire ni penser, 
ni même croire, s'ils s'étaient passés, dit Eusèbe, Hist. eccl., 
5, 1, 14 : cruveXafjipàvovxo 8e xal éOvuo'! xiveç oixéxat. xwv 
Tijjiexépwv, accidit autem etiam servos conprehendi quorundam 
ex nostris paganos (Rufin). Un citoyen considéré et instruit, 
Vettius Epagathus, se présente au juge pour plaider la cause 
des chrétiens. Le légat refuse d'écouter son plaidoyer (xviç 
xwv âSeXcpwv â7ToXoy{a<;) et lui demande seulement s'il est 
aussi chrétien, Vettius répond à haute voix qu'en effet il est 
chrétien. Le juge le fait arrêter. 

Ce fait, qui ne se passe que vingt ans avant la rédaction 
de V Apologétique, illustre admirablement le texte que nous 
discutons. 

Sous Commode, le martyr Apollonius est dénoncé à Rome 
par un esclave : a servo proditus, quod esset Christianus. S. 
Jérôme (De viris ill., 42) ne dit pas si c'était un esclave du 
martyr, mais ce qui le fait croire, c'est que le préfet du pré- 
toire Tigidius Perennis, qui était juge, lui appliqua la peine 
du crurifragium, dont la loi menaçait les esclaves qui dénon- 
çaient leurs maîtres. Cf. Eusèbe, Hist. eccl., 5, 21, 2-5. Th. 
Klette, Der Prozess und die Acta Apollonii {Texte iind Unter- 
such., 15, 2), p. 660. C. Callewaert, Le procès du martyr Apol- 
lonius {Rev. des quest. hist., t. 77, 1905), p. 360. Th. Mommsen, 
Droit pénal. H, p. 92. 

Au ch. 7,3, Tertullien dit que les chrétiens sont dénoncés 
surtout par les Juifs, par les soldats et par leurs propres servi- 
teurs : ex natura etiam ipsi domestici nostri. Il s'agit bien ici 
des esclaves, qui sont les ennemis naturels de leurs maîtres. 
Sénèque (Epist., 47,5) protestait contre le proverbe : Toti- 
dem liostes quoi servi ! Cf. Matth., 10,36 : Et inimici hominis 
domestici eius. Ad nat., 1,7, p. 68,28 : at domesticorum curio- 


CHAP. 1,1 139 

sitas furata est per rimulas et cavernas ? Omnes a imllis magis 
prodimur. Tert. revient sur ce point dans le Scorpiace, où 
il distingue nettement les parents et les esclaves. Scorp., 10, 
p. 168, 15 : Sed et fratres nostros et patres et filios et socrus et 
nurus et domesticos nostros ibidem exliibere debetis, per quos 
traditio disposita est. Sur domesticos senes au ch. 39,6, voy. 
ci-dessus, p. 65. Ailleurs, Tert. appelle domestici des parents, 
mais il ajoute un déterminatif. Adv, Marc, 2,18, p. 361, 11 : 
domesticos seminis tui non despicere (— Isai,, 58,7 : et carnem 
tuam ne despexeris) (i). 

La loi interdisait la déposition, l'interrogatoire et la torture 
de l'esclave au préjudice de son maître. Sous les empereurs, 
cette loi fut souvent tournée, grâce au transfert qui consistait 
à faire passer l'esclave dans la propriété de l'Etat. Sous Sep- 
time Sévère, elle fut abolie pour les délits de lèse-majesté (^), 
d'adultère, de fraude en matière d'impôts, etc. Cf. Dig., 1,12, 
1,8. Cod. lust., 9, 41, 1, Voy. Mommsen, Droit pénal, II, 
p. 91-92. 

C'est peut-être à cette interdiction d'écouter les dénon- 
ciations serviles que Tert. fait allusion quand il dit : domesticis 
indiciis nimis operata infestatio huius sectae, si votre haine 
personnelle contre notre secte, trop empressée à prêter l'oreille 
aux dénonciations de nos esclaves, comme on l'a vu naguère, 
ferme la bouche à la défense. La parenthèse ut proxime accidit 
indique que Tertullien mentionne ici un fait récent relative- 
ment rare et particulièrement odieux. 

Si on lit domesticis iudiciis, on rencontre toutes sortes 
de difficultés. On a donné jusque trois explications très diffé- 
rentes de domestica iudicia. 


(*) Dans le sens premier, le plus étendu, domestici désigne tous 
ceux qui logent dans la maison. Adv. Marc, 4, 31, p. 528, 28 : 
Dico primo extra7ieos et millius iuris adfines invitari ad cenavi non 
solere, certefacilius solere domesticos ctfamiliarcs. 

(^) Nous verrons plus loin que c'est à tort que Mommsen sou- 
tient que les chrétiens comparaissaient comme coupables de lèse- 
majesté; ils n'étaient jamais traduits en justice et condamnés que 
pour le crime d'être chrétiens. 


140 APPENDICE I 

l" Jugements rendus par le gouverneur dans sa maison 
(domi) contre des membres de sa famille (domus) devenus 
chrétiens, contre sa femme, ses enfants, ses esclaves. La haine 
contre les chrétiens, après s'être exercée avec une rigueur 
excessive dans ces « jugements domestiques », empêche le 
gouverneur d'être juste en public. Cf. AdScap., 3 (en l'an 212) : 
Claudius Lucius Herminiaims in Cappadocia mm indigne 
ferens iixorein suam ad hanc sectam transisse Christianos 
crudeliter tradasset. Cf. 3,4 : uxorem maritus eiecit, etc. Ce cas 
paraît trop rare pour que Tert. en parle ici et, s'il avait voulu 
faire ce reproche au proconsul de Carthage, il se serait expri- 
mé plus clairement ; il ne se serait pas contenté de dire : quod 
proxime accidit {^). 

2o Jugements prononcés dans le palais même du gouver- 
neur, in secretario, au greffe. Mommsen, Droit pénal, II, 30. 
Cf. Acta Scilit., en 180. Heinze, p. 292,2. Mais on ne voit pas 
que dans ces audiences privées, le gouverneur agisse autrement 
que dans les audiences publiques, que sa haine y soit plus 
active {niniis operata), qu'il y ferme la bouche à la défense 
plutôt que dans les audiences publiques. L'expression serait 
d'ailleurs unique dans ce sens {^). 

3° Préventions personnelles, préjugés du gouverneur. 
Domesticus = privatus, intime, intérieur. Heraldus, qui pro- 
pose cette interprétation, traduit : xà oi'xo^iz'^ TipoXr,cpBévTa 
xod. xexp'.{ji.{jiéva. Cf. Clem. Alex., Strom., 4, 1 1 (79, 2) : 7i:po)vr|(|;Et. 
Be a-uva7vàyeTai,xev^. Pour établir ce sens, on ne peut citer 
qu'une phrase douteuse de César, De b. c, 2, 60, 2 : idque ita 
esse ciim ex aliorum obiectationibus, tiim etiam ex domestico 
iudicio atque animi conscientia iniellegebant. 


(') Nous avions adopté cette explication dans la traduction pro- 
visoire que nous avons publiée en 191 1 (Louvain, Ch. Peeters). 
Dans une matière telle que celle que nous traitons, personne ne 
s'étonnera de nous voir plus d'une fois modifier notre première 
opinion. 

(*) Cf. Cod. lust., 9, 41, 6 : domcsiica inicrrogaiio scrvoruvi. 


CHAP. 1,1 141 

Grammaticalement, domesticis iudiciis offre aussi de grandes 
difficultés (1). 

Est-ce un datif ? Mais que signifierait : Domesticis iudiciis 
nimis operata infestatio ? On comprendrait operata {^), mais 
non nimis operata, qui signifierait que le gouverneur, poussé 
par la haine, tient trop d'audiences privées ou y met trop de 
zèle ... Ce sens ne convient donc pas. 

Est-ce un ablatif et nimis operata est-il employé absolu- 
ment ? Mais il faudrait : {in} domesticis iudiciis ou domesticis 
<(/n) iudiciis. A la vérité, nimis operata employé absolument 
« trop active, trop zélée » n'est pas impossible {^). Mais il 
s'explique mieux avec un datif : domesticis indiciis nimis 
operata « accordant une attention excessive aux délations 
domestiques ». Voilà le cas qui s'était présenté récemment 
à Carthage et qui, sans être très fréquent, n'était pas unique : 
le gouverneur, poussé par sa haine personnelle, avait ajouté 
une foi entière aux dénonciations des esclaves que la loi pro- 
hibait ; il avait fermé la bouche à l'accusé, qui avait voulu 
répondre à ses dénonciateurs et se défendre (^). 

11 nous semble que la lecture domesticis indiciis satisfait 
à la fois le sens et la grammaire. 


(') C'est pour des raisons grammaticales que Hartel, Pair, Stud., 
m, p. 10, lisait indiciis. 

i^) De an., i8, p. 328, 25 : cwn suis muneribus operanhir, 
lorsqu'ils vaquent à leurs fonctions. De carne Chr., 7 : ctim languo- 
rihus et vitiis inedendis operaretur. 

(3) En effet, operari « être en activité » peut s'employer absolu- 
ment. 40, 14 : balneis operantibus. Adv. Marc, 2, 3, p. 336, 26 : 
exinde^ quo coepit operari. Ibid., i, 23, p. 322, 25. Etc. Operatus 
« actif » et inoperatus « inactif ». De an., 57, p, 392, 8 : non alia 
falkciae vis est operatior. Adv. Marc, 2, 11, p. 350, 25 : inoperatam 
honitatevi. 

if) Acta Scil. (17 juill. 180). Speralus dixii ; Si tra^iquillas prae- 
bueris aures tuas, dico niysteriuvi siniplicitatis. Saturninus refuse de 
l'écouter : Inilianli tibi mala de sacris nos tris aures non pracbebo. 


142 APPENDICE I 

1.1. animis operata F ; nimis operata P 

Animi, au pluriel, désigne souvent « l'orgueil, l'arrogance 
ou la colère et la haine ». Tlies. l. /., II, 104, 46. De spect., 
16, p. 18, 5 : itur in furias, in animos et cliscordias. Passio 
SS. Felic. et Perp., 5 : Depone animos. Au ch. 37, 2, Tert. dit 
précisément, en parlant de l'animosité personnelle des juges : 
partim animis propriis obsequentes. Mais ici, il faudrait : ani- 
mis suis ou propriis et il faudrait aussi un nom de personne 
comme sujet. Il faut donc regarder animis comme une faute 
de scribe pour nimis. 

1.2. Nihil de causa sua deprecatur P 

De la Barre a : Nihil illa (se. veritas) de ... Le silence de 
Modius peut faire croire que F avait illa. Havercamp a mis 
illa dans son texte. 

1.3. IIoc itiagis gloriabitur potestas earum, quod etiam 
inaudilam damnabunt veritateni ? F 

An hoc magis gloriabitur potestas earum, quo etiam 
auditam damnabunt veritatem ? P 

Quo est sujet à caution après hoc, car Tertullien dit : hoc 
(ou eo) magis quod (ou quia). Voyez 9, 5 et 16,5. Ad nat., 
1,7, p. 69, 13 : quod plures, hoc pluribus odiosi. 1,4, p. 64, 1 1 : 
apud vos eo minus sapiens, quia deos abnuens. 1,10, p. 76, 18 : 
eo iam contumeliosiora, quod modica. 1,15, p. 85, 15 : hoc aspe- 
rius, quod ... besliis obicitis. Hartel, Pair. Stud., 1, p. 55-56. 
Modius, qui lisait quod dans Barraeus, n'a noté aucune va- 
riante dans F. 

Avec quo, il faudrait sous-entendre magis et l'on exprime- 
rait une idée de proportion, qui ne convient pas ici. Cf. 21,1 : 
aliquanto (magis) novellam. 34,2 : tanio (magis) abest. Voy. 
Blokhuis, De latinitate Tert., p. 123,2. 

Modius ne dit rien non plus de inauditam, qu'il lisait dans 
Barraeus, bien qu'il ait noté, dans cette phrase, hoc magis, 
au lieu de an hoc magis. 

Si la phrase commence par Hoc magis, elle aura la forme 


CHAP. 1,1-8 143 

interrogative (à sens négatif) avec inauditam et la forme 
affirmative avec auditam. Après Quid hic dépérit legibus, c'est 
l'interrogation oratoire (ironique) qui convient le mieux ; elle 
conserve au style son mouvement. Tertullien supprime sou- 
vent la particule interrogative : « Leur pouvoir se glorifiera- 
t-il peut-être plus, parce qu'elles condamneront la vérité 
même sans l'entendre ?» — Evidemment non. 

Auditam se comprend, si l'interrogation commence par 
An. En effet, après une première interrogation, an introduit 
souvent une interrogation oratoire qui a la valeur d'une affir- 
mation : « Ou plutôt le pouvoir des lois ne se glorifiera-t-il 
pas d'autant plus qu'elles condamneront la vérité après l'avoir 
entendue ? » On trouvera an employé de même façon au ch, 
9,5 : An hoc fur pins, quod mali hominis ? N'est-il pas encore 
plus honteux que ce soit le sang d'un malfaiteur ? De idol., 
14, p. 46,6 : Nimirum- Saturnalia ... célébrons hominibus 
placebat (se. apostolus) ? An modestia et patientia ? Ou n'est-ce 
pas plutôt par la modestie et la patience ? 

La gradation exprimée par etiam s'explique dans P comme 
dans F. Si les lois condamnent la vérité, même après l'avoir 
entendue (auditam), elles pourront se glorifier de leur pou- 
voir : interrogation oratoire à se'ns affirmatif (An hoc magis). 

Si elles condamnent la vérité, même sans l'entendre (in- 
auditam), elles ne pourront pas se glorifier de leur pouvoir, 
mais d'une tyrannie inique (voy. 4,4: inique ex arce domi- 
nationem) : interrogation oratoire, ironique, à sens négatif 
(Hoc magis). 

Il faudra donc suivre la tradition qui sera reconnue la 
meilleure, la plus pure. 

1,6. Ex his fiunt Christiani 

Ex his veut dire : ex lis, qui rétro oderant, quia ignorabant. 
Cf. De pud., 7,7 : siquidem non aliter Christiani ex ethnicîs 
fiunt, nisi prias perditi et a Deo requisiti. 

1,8. Nec tamen ex hoc ipso modo aestimationem alicuius 
latentis boni promovent animos. F 


144 APPENDICE I 

P a : nec tamen hoc iriodo. M est d'accord avec Ad nat., 1,1, 
p. 59, 1 1 : nec tamen hoc ipso. 

Les locutions hoc ipso, ex hoc ipso et hoc modo sont très 
familières à Tertullien, mais on ne trouve nulle part ex hoc 
modo ni ex hoc ipso modo, c'est-à-dire la préposition ex avec 
modo. 

Voici quelques exemples des locutions employées par Ter- 
tullien. 

Hoc ipso : De pud., 21,4. De an., 24, p. 337,8. De resurr., 
58, p. 119, 10. Adv. Marc, 1,11, p. 304, 28 ; 305,1 ; 1, 25, p. 
325, 22 ; 324, 4 et 9 ; 2,2, p. 334, 19 ; 2, 5, p. 340, 1 ; 2,6, 
p. 341, 17. Etc. 

Ex hoc ipso: Apol. 3,3. De praescr., 21,1 (ex hoc) ; 5 {ex eo 
quod) ; 11 (ex hoc). Adv. Marc, 1, 9, p. 302, 23 ; 1, 25, p. 325, 
13 {ex hoc quoque) ; 1,11, p. 304,4 {ex hoc ... quia) ; 1, 20, 
316, 12 (cfe hoc ipso). 

Hoc modo: De spect., 17, p. 18, 19. De an., 17, p. 324, 26 ; 
27, p. 345, 16 ; 30, p. 350, 23 ; 31, p. 350, 30 ; 32, p. 355, 17. 
Adv. Marc, 1,9, p. 301, 19 (eisdem modis... quitus), etc., etc. 

On peut donc lire ici : hoc ipso ou ex hoc ipso, ou hoc modo, 
ou hoc ipso modo. 

1,8. Quanto magis hos Anacharsis denotasset imprudentes 
de prudentibus iudicantes ! F 

P et M ajoutent à la fin : quam inmusicos de musicis. — 
Ces mots sont une addition postérieure. 

Sans complément, prudens signifie « celui qui sait, l'homme 
éclairé » et imprudens « celui qui ne sait pas ». On peut tra- 
duire le texte de F : « Combien plus Anacharsis aurait-il 
blâmé ceux-ci, qui, sans savoir, jugent ceux qui savent ! » 
Même idée. Ad nat., 1,20, p. 92, 25 : Haec est iniquitas, ut 
gnari ab {ignaris), absoluti a reis iudicemur. Plus haut, Tert, 
emploie absolument les verbes scire et ignorare, en parlant 
de ceux qui sont initiés ou non au christianisme. 1,6 : cum 
omnes, qui rétro oderant, quia ignorabant, simul desinunt igno- 
rare, cessant et odisse. Ad nat., 1,1, p. 59, 4 : quod omnes qui 
vobiscum rétro ignorabant et vobiscum oderant, simul eis con- 
tigit scire, desinunt odisse quia desinunt ignorare. Julius Afri- 
canus termine sa lettre à Origène (Ed. Routh, p. 228) par 


CHAP. 1,8-9 145 

ces mots : Se ol èTzi.i7xâ\j.tvo'. itàvxeç TzooaoLyopeùouuiv. Cf. 
Harnack, Die griech. Uebers. des ApoL Tertullian's, p. 36. 

Après quanto magis fios, il faut sous-entendre : quam Athe- 
nienses. Tert. suppose souvent une certaine érudition à ses 
lecteurs. Le mot d'Anacharsis était connu. Plutarch., Solon, 
5 : "Ecp-^i 8è xàxÊVVo 9au{jiât^e!,v h ' Avô^yapoiK; éxxXriTia uapaye- 
vô|ji.evo<;; OTi Xsyo'ja!. jjisv ol <70'fo\ Tiap' "EXkT[<y>., xpiyoucrL oh ol 
âp-aOeiç. Diog. Laert., Vitae phil., 1,8, 5 : ©aupioé^eiv oè ecp-/i, 
itwç Tïapà Toîç "EÀ)v'^(nv àyoivîî^ovTat p.sv ol xe'^vrra',, xpivouai 
Ss ol [xYi xî.-'/ylioi.i. Le mot était devenu proverbial. Quintilien, 
Inst. or., 12, 10, 50, dit, par exemple, qu'un discours écrit et 
publié doit être plus soigné qu'un discours prononcé, qui 
veniat in manus doctorum et indices artis liabeat artifices. 

Le lecteur instruit complétait donc facilement l'exclama- 
tion de Tertullien et les mots que P et M ajoutent ne sont 
pas nécessaires. En outre, d'après Plutarque, Anacharsis 
visait les ignorants et les experts en politique ; d'après Dio- 
gène Laerce, les artistes et les non-artistes. Ici, nous aurions 
une troisième catégorie. Dans le sens grec, les m«s/c/, |jt.ou(nxor!, 
sont les lettrés, et les innmsici, ajjLOuaroi, les illettrés, ceux 
qui sont étrangers aux Muses, artium litteranimque expertes. 
Dans Aristophane, Equit., 188, le scholiaste explique : on 
p.ou(nxr,v Tr,v iyxuxÀiov TuaiSeîav (pYjariv. L'adjectif inmiisi- 
cus est régulièrement formé du latin musicus. Or, depuis 
Cicéron musici ne désigne que les musiciens. Il faudrait donc 
traduire : « les musiciens et les non-musiciens ». Cela nous 
éloigne beaucoup de la tradition. Enfin, inmusicus n'est connu 
que par ce passage. Rhenanus a même imprimé non musicos. 
Au surplus, les mots qnam inmusicos de musicis ne forment 
pas une clausule fréquente (voy. Di Capua, p. 35, n. 1), tandis 
que la lecture de F donne un ditrochée précédé d'un dactyle. 

Nous croyons que les mots quam inmusicos de musicis sont 
une addition d'un lecteur qui a voulu compléter quanto magis 
hos et n'a pas vu qu'il faut suppléer : quam Atlienienses. 

Cf. Rauschen, p. 17, 

1,9. si vero de merito (se. odii) constet, non modo nihil 
odio detrahatur, sed amplius adquiratur ad perseveran- 
tiam etiam iustitiae ipsius gloria. F 


146 APPENDICE I 

F a : gloriae, faute de copie pour gloria. P a : nihil odii detra- 
hatiir et iustitiae ipsius audoritate. 

La leçon : nihil odio detrahatur (F) est confirmée par Ad 
nat,, 1, 1, p. 59,18 : sin vero causa constiterit, nihil odio detra- 
hetur, quod adeo amplius iustitiae conscientia cumulabitur. 

« Si l'on ne découvre aucun juste motif de haïr, dit Tert., 
le mieux est à coup sûr de renoncer à une haine injuste ; si, 
au contraire, on acquiert la certitude que le juste motif (de 
haïr) existe, non seulement rien n'est enlevé à la haine (c'est- 
à-dire : la haine ne perd pas de sa force), mais on trouve une 
raison de plus pour y persévérer, parce qu'on peut se glorifier 
d'être juste ». 

Le sujet 6'adquiratur est amplius : on acquiert plus, c'est- 
à-dire, un nouveau motif {amplius = aliud ; voy. Thés. l. /,, 
I, 2016, 30) pour persévérer dans la haine. Cf. De paen., 10, 3 : 
ego rumori locum non facio, cum plus de detrimento eius ad- 
quiro, parce qu'il m'est plus avantageux de fouler la renom- 
mée aux pieds. Ad mart., 7 : si non plus in carcere spiritus 
adquirit, quam caro amittit. 

Ad perseverontiam, se. odii. De pud., 16,17 : aut viduitatis 
perseverantiam ... procurât. De idol., 9, p. 38, 5 : defendens 
sibi perseverantiam projessionis istius. On ne peut donc expli- 
quer : amplius {odii), car on aurait une tautologie : amplius 
{odii) adquiratur ad perseverantiam odii. 

Dans le passage parallèle, Ad nat, 1,1, p. 59, 19 (ci-dessus), 
amplius est adverbe et synonyme de praeterea, insuper. Voy. 
Thés. l. /., I, 2014, 48. 

On voit que les mots quod {odium) adeo amplius ... cumu- 
labitur de la première rédaction ont été remplacés par quando 
... amplius adquiratur ad perseverantiam {odii) et que iustitiae 
conscientia a été remplacé par iustitiae gloria, qui exprime 
la même idée avec plus de force : « on a la conscience d'être 
juste dans sa haine » et « on se fait gloire d'être juste dans 
sa haine ». Cf. De spcct, 16, p. 18, 6 : convicia sine iustitia 
odii, etiam suffragia sine merito amoris. 

La leçon de P, auctoritate, introduit une idée différente : on 
peut alléguer l'autorité de la justice. C'est probablement 
un remaniement. 


CHAP. 1,10—2,1 147 

La clausule est un double crétique dans F et un ditrochée 
dans P. 
Cf. Hartel, Pair. Stud., II, p. 23,1. Rauschen, p. 40. 

1,10. Quanti enim ad malum reformantur ! F 

P a: perjormantur. — Quanti == quani mulli (cf. 1,6; 50, 
14). Il s'agit de conversion (REformari) et non d'éducation. 

L'expression ad malum reformari est dans le goût de 
Tertullien : c'est une alliance de mots piquante, car le verbe 
reformare implique un changement en mieux ; il est syno- 
nyme de corrigere et l'on dit ordinairement : in melius refor- 
mari. Plin., Paneg., 53: reformet et corrigat. Ad nat., 1,4, 
p. 64,30 : ipsi suam permisit in perversum demutare naturam, 
mulieri non permisit in melius reformari. Adv. Hermog., 40, 
p. 169, 20 : Dicis in melius reformaîam mater iarn. Sur le chap. 
21, 31 (P), voy. plus loin. Min. Félix, 1,5 : ad veram religionem 
reformavit. Ulpien, Dig., 49, 1,1, dit de même: Licet nonnun- 
quam bene latas sententias in peius reformet. En effet, l'appel 
a pour, but de faire corriger les arrêts rendus, mais il arrive 
parfois, dit Ulpien, que le deuxième juge les gâte en les réfor- 
mant. — F donne une clausule fréquente (crétique et tro 
chée) ; P a une clausule plus rare (spondée et trochée). 

2,1. cum eiusdem noxietatis eadem tractatio débet inter- 
venire F 

Au lieu de noxietatis, P a noxae, qui est le mot ordinaire 
dans les jurisconsultes et ailleurs. Noxietas paraît être un 
semel didum. Accius, Trag., 162, dit : noxitudo oblitteretur 
Pelopidarum, où Nonius, 143, 21, explique : noxitudo pro 
noxia. Noxietas, de noxius, est régulièrement formé comme 
pietas, sobrielas, nimietas, medietas. C'est la ledio difficilior, 
qu'un reviseur aura remplacée par une leçon plus ordinaire. 

Au lieu de débet, P a deberet. Le subj. impart, deberet est 
le mode de la non-réalité : « alors que, si la culpabilité était 
la même (Tert. soutient qu'elle ne l'est pas), le traitement 
devrait être le même ». Tert, dit de même, au § 5 : De nobis 
nihil taie, cum aeque extorqueri oporteret quod de falso iactatur 
« alors que, si l'on voulait être juste, il faudrait de même ... » 


148 APPENDICE I 

Il est vrai que Tert. met souvent l'indicatif avec cum causal 
ou adversatif (voy. Hoppe, Syntax, p. 80), comme les auteurs 
de son temps (Leky, De synt. Apuleiana, p. 50-51) ; mais ici, 
l'idée conditionnelle n'admet pas l'indicatif. 

2,4. Sed illud solum exspectatur ... confessio iiominis, etc. 

Mommsen, Droit pénal, I, p. 438 (Trad. franc., II, p. 118, 
et n. 6) ne paraît pas avoir saisi le raisonnement de Tertullien. 
« Dans les délits d'opinion, dit-il, l'aveu rend en principe 
toute prolongation du débat inutile et il suffit par lui-même 
pour provoquer le jugement définitif », Cela est exact, mais 
Mommsen ajoute en note : « Les écrivains chrétiens reprochent 
à leurs adversaires de prononcer immédiatement la peine dès 
que le chrétien a avoué, tandis qu'ils ne procèdent pas ainsi 
d'emblée au regard des autres délinquants ». Il renvoie à ce 
passage de Tertullien et à Lactance, De mort, pers., 15, et 
aux Actes des Martyrs. Il continue : « On peut répondre au 
point de vue juridique que dans le délit de religion, comme 
pour tout procès d'opinion, il ne peut pour ainsi dire pas y 
avoir d'aveu contraire à la vérité et qu'il faut aussi y tenir 
moins de compte des modalités de l'aveu qu'en cas de viola- 
tion matérielle d'une loi ». 

Or, Tertullien ne reprocherait pas aux juges de prononcer 
leur arrêt aussitôt qu'ils ont obtenu l'aveu de l'accusé {Chris- 
tianus sum), si les juges se contentaient d'accuser les chrétiens 
d'être chrétiens ; car la loi faisait du fait d'être chrétien un 
crime capital. Il leur reproche d'imputer aux chrétiens tous 
les crimes (homicide, inceste, sacrilège, lèse-majesté) et puis 
d'agir comme si ces crimes n'existaient pas, c'est-à-dire de 
ne pas informer sur ces crimes et d'empêcher les accusés de 
se défendre contre ces calomnies. Il en conclut que les juges 
ne croient pas à ces crimes, qu'ils ne poursuivent pas autre 
chose que le nom chrétien, la religion chrétienne : Nominis 
proelium est. Cf. De spect., 30, p. 28, 23 : item praesides 
persecutores dominici nominis. Scorp., p. -108, 12: ipsum 
nominis odium; p. 169, 6 : porro et odium nominis hic erit. 

En d'autres termes, il veut montrer précisément, à ren- 
contre de ce que les calomniateurs des chrétiens veulent 


CHAP. 2,4-6 149 

faire croire, que c'est un délit religieux, un délit d'opinion 
qu'on poursuit, et non des crimes de droit commun, que les 
clirétiens meurent pour leur foi et non pour expier des crimes. 

La loi disait : Non licet esse vos ! (Ch. 4,2). Elle faisait 
donc du christianisme même un délit et c'était un délit reli- 
gieux ou un délit d'opinion, comme l'appelle Mommsen. Les 
juges se faisaient scrupule d'appliquer une loi si simple, comme 
le prouvent les questions posées par Pline à Trajan (Epist., 
10, 96). Ils justifiaient la peine de mort par les accusations 
populaires qui étaient en-deliors de la loi : ils prétendaient 
qu'un chrétien était un homme coupable de tous les crimes 
(ch. 2,16) et que les chrétiens méritaient la mort pour ces 
crimes, sur lesquels ils n'informaient même pas. Tertullien 
remet les choses au point et, dans son exorde, il se borne à 
montrer que ce n'est pas pour ces crimes inventés par la 
calomnie que les juges condamnent, mais en haine du nom 
chrétien, de la religion chrétienne et que cette haine est 
inique, parce qu'elle est obstinément aveugle, chez les juges 
comme chez tous les païens. 

Mommsen renverse les idées et il rend tout le plaidoyer 
de Tertullien inintelligible. Ce qui l'a induit en erreur, nous 
le verrons plus loin (voy. 28,3), c'est qu'il prend dans leur 
sens juridique toutes les métaphores que Tertullien aime à 
emprunter à la langue du droit et du barreau. 

2,4. numerum, locum, tempus. PM 

Barraeus a numerum, locum, modum, tempus. Modius ne 
dit rien. Ad nat., 1,2, p. 61, 4 : quotiens sceUis egerit (= nume- 
rum), quibus telis (= modum), quibus in lacis (= locum) ... 
Le témoignage de Ad nat. n'est pas décisif, parce que Tert. 
s'écarte souvent de sa première rédaction ; mais modum se 
lit dans quelques manuscrits de la tradition commune (cf. 
Oehler), et, comme Modius est muet, on peut le conserver 
avec Rhenanus, Heraldus et Rigaltius. 

2,6. Atquin invenimus inquisitionem quoque in nos pro- 
hibitam. 

Adquin P ; atque F ; atqui Br. ; xat.To{ Euseb. — Ala forme 


150 APPENDICE I 

classique, atqui, Tert. préfère la forme postclassique atquin 
Voy. Thés. l. /., s. v. 

Tertullien déclare catégoriquement qu'il « trouve » la 
recherche même des chrétiens interdite et il cite la lettre 
et le rescrit de Trajan. Cf. De spect., 3, p. 4,23 : Plane nus- 
quam invenimus ... ita exserte definitum : « Non ibis in cir- 
cum )). Et cependant on a soutenu qu'il n'a pas lu la lettre 
de Pline, ou qu'il ne l'a pas comprise ou même qu'il l'a fal- 
sifiée ! Voy. en dernier lieu : Geffcken, Zwei griech. Apolo- 
gcten, 1907, p. 284. Guignebert, Tert., p. 91 (1909). Merrill, 
Wiener Studien, 31, 1909, p. 251. Heinze, Tertullians Apolo- 
geticum, 1910, p. 301. 

On allègue : 1° les mots de gradu pulsis, qu'on traduit par 
« chassés de leur rang, déplacés », et l'on dit que Pline ne 
parle nullement de chrétiens dégradés par lui. Nous allons 
voir (voy. plus loin) que ces mots ont un autre sens et que 
Tertullien désigne par là les accusés que Pline a pu décider 
à renier la religion chrétienne. 

2° Les mots adlegans nihil aliud se comperisse. Pline, dit-on, 
parle de ce qui ressort des interrogatoires des accusés (adfir- 
matant autem), tandis que Tertullien parle de ce que Pline 
a constaté par lui-même. Or, Pline dit qu'il a interrogé les 
accusés et ensuite qu'il a fait mettre à la torture deux femmes 
esclaves, des diaconesses, pour s'assurer de la vérité des 
réponses, et il ajoute : Nihil aliud inveni quam superstitio- 
nem pravani, immodicam. Par quels autres moyens aurait-il 
pu, d'ailleurs, « constater » les croyances et les pratiques 
chrétiennes ? 

3° Les mots inqiiirendos qiiidem non esse, qu'on prend 
pour une déformation voulue (!) des mots de Trajan : Con- 
quirendi non sunt. On a osé parler ici de « Umformung und 
Verstummlung » (Geffcken, p. 284) {^), sans voir que Tert. 
emploie dans tout ce passage le composé inquirere pour con- 
quirere, comme synonyme de vestigare, requirere (§ 8-9 et 5,7), 


(') Geffcken n'est pas tendre pour Tertullien ; il le traite à ce 
propos de sophiste ! Il est vraiment dommage que Tert ne soit plus 


CHAP. 2,6 151 

comme il emploie inquisitionem dans le sens de « recherche « 
(§ 6). De même, il dit offerre et oblatio pour déferre et delatio 
(§9. 21,18; 44,1). 

4° Le silence que Tertullien garderait sur le grand nombre 
des chrétiens. — Quelle inadvertance ! Tertullien dit : ipsa 
tamen multitudine perturbatus. Cela ne correspond-il pas aux 
mots de Pline : propter periclitantiiim numerum. Quant au 
développement : Multi enim omnis aetatis, omnis ordinis, 
utriusque sexus etiam vocantur in periculum et vocabiintur, 
n'est-ce pas un écho de ces doléances de Pline qu'on entend 
dans une phrase du chap. 1,7 : omnem sexum, aetalem, con- 
dicionem, etiam dignitatem transgredi ad hoc nomen quasi 
detrimento maerent ? Tertullien semblait déjà se souvenir de 
la lettre de Pline. 

5° Le silence que Tert. garde ici sur le « nom » considéré 
comme crime suffisant et unique. Or, Tert. dit que Pline ne 
trouva aucun crime chez les chrétiens et que Trajan décida 
que les chrétiens dénoncés comme chrétiens devaient être 
punis. N'est-ce pas la solution de la question posée par Pline ? 

6° Enfin, Heinze allègue une nouvelle raison pour montrer 
que Tert. n'avait pas lu l'original de la lettre de Pline. Il dit : 
« Le principe que le désaveu du christianisme exempte l'accusé 
de toute peine était si courant à l'époque de Tert., que celui-ci 
ne sent même pas combien ce principe est en contradiction 
avec l'idée que le christianisme est par lui-même un crime. 


là pour se défendre. Voici encore un faux raisonnement que GefFcken 
prête gratuitement à Tertullien : 

« Vous ne nous traitez pas, devant la justice, comme vous traitez 
les autres criminels ; donc nous ne sommes pas des criminels ». 

Tert. ne dit pas cela, mais il conclut logiquement : Ergo ftos tnno- 
centissimos lUDiCAïis ! (2,12), Dans ce cli. 2, il ne veut du reste pas 
« prouver l'innocence des chrétiens » au regard de la loi prohibitive 
qui les proscrivait comme chrétiens. Il veut prouver que les juges 
eux-mêmes les tiennent pour innocents des crimes abominables 
qu'on leur impute et qu'ils les poursuivent uniquement en haine du 
nom chrétien, en haine d'une religion que les juges s'obstinent à 
ignorer. 


152 APPENDICE I 

La lecture de la lettre de Pline aurait peut-être attiré son 
attention sur ce point ». En effet, Pline pose clairement la 
question : le chrétien doit-il être condamné comme chrétien, 
même s'il n'a commis aucun crime, ou sont-ce les crimes atta- 
chés à son nom qu'il faut punir ? Il demande aussi : Un 
chrétien, qui a cessé de l'être, doit-il obtenir son pardon ? 
Mais Tertuliien avait-il à poser cette question ici ? 11 se borne 
à discuter la procédure suivie contre des hommes dont le 
nom implique, aux yeux des juges, tous les crimes. Il montre 
que cette procédure est inique et contraire à la loi, qu'elle 
prouve que les juges ne croient pas aux prétendus crimes 
des chrétiens. Il ne discute pas ici la loi qui érige la profession 
de christianisme elle-même en crime. Il réserve cette discus- 
sion à la prémunition (ch. 4-6) : c'est là qu'il répond à ceux 
qui disent : Non lied esse vos, c'est-à-dire : Vous avez beau 
nier les crimes qu'on vous impute, la loi fait du christianisme 
lui-même un crime, elle vous défend d'exister. 

Nous croyons donc que les lettres de Pline et de Trajan 
sont authentiques : !« elles sont contenues dans un recueil 
authentique et 2^ aucune des raisons alléguées contre leur 
authenticité ne tient debout. Où mènerait ce principe, si 
on l'appliquait à la critique, comme fait Guignebert : « Ne 
pas être en état de prouver qu'un homme est coupable d'un 
crime ne constitue pas une démonstration suffisante de son 
innocence ! » Sans cloute ; mais si, de plus, il n'existe pas 
l'ombre d'un indice contre lui, il faut le tenir pour innocent. 

Nous croyons aussi que Tertuliien avait lu les deux lettres 
dans leur texte original : il les résume ici très exactement, 
après s'en être inspiré très probablement au ch. 1,7. Il est 
probable, comme le suppose Heinze, que Tert. les avait ren- 
contrées (invenimus) en réunissant les matériaux pour son 
chap. 5, où il parle de l'attitude des différents empereurs 
envers le christianisme et où, considérant le rescrit modéré 
de Pline d'un autre point de vue, il l'apprécie plus favora- 
blement. 

2,6. quibusdam de gradu pulsis F ; quibusdam gradu 
pulsis F 


CHAP. 2,6 153 

On comprend ordinairement avec le traducteur grec : 
« privés de leur rang, dégradés ». Eusèbe, Hist. eccl., 3, 33, 3 : 
nvaç xal xr^i; dc^iaç ix[3â).wv. Et en effet, grada pelli ou 
deici peut avoir ce sens. Dig., 49, 16, 3, 14 : Qui aliéna arma 
subripit gradu militiae pellendus est. Ibid., §§ 1.5 et 20. 

C'est en traduisant ainsi qu'on a pu faire état de ce passage 
contre l'authenticité de la lettre de Pline à Trajan ou soutenir 
que Tertullien n'avait pas lu cette lettre dans l'original. Voy. 
Guignebert, Tertullien, p. 90. En effet, Pline ne parle pas de 
dégradation. Il distingue, parmi les accusés, deux catégories : 
les uns consentirent à l'apostasie et furent absous, les autres 
restèrent inébranlables et furent condamnés. Ce sont les deux 
catégories de Tertullien : damnatis quibusdam Christianis, 
quibusdam de gradu pulsis. En effet, de gradu pellere est une 
métaphore empruntée aux luttes de gladiateurs et signifie : 
« déloger l'adversaire de sa position, lui faire lâcher pied » ; 
de là, au figuré: «décontenancer» l'adversaire dans une 
discussion, le démonter, et, dans le cas présent, « amener à 
apostasier, à renier sa foi ». Voyez Heinze, Tertullians Apol., 
p. 301,1. 

Cette métaphore était déjà courante à l'époque de Cicéron. 
De off., 1,80 : fortis et constant is est non de gradu deici, ut 
dicitur. L'addition ut dicitur montre que la tournure était 
proverbiale. Pro Tull., 29 : me pudct tam cito de sententia esse 
deiectum. in Verr., 2, 160 : milii videtur Stratylax ille deiectus 
de gradu. Corn. Nep., Them., 5 : iterum ab eodem (Themistocle) 
gradu pulsus est. Tertullien dit à Marcion, avec qui il discute 
(Adv. Marc, 4,9, p. 444, 5) : dum te de gradu pellam. De 
resurr., 2, p. 27, 19 : deiectus ... vel motus de gradu eius spei ... 
Ailleurs, il emploie deicere sans complément, en parlant des 
chrétiens qu'on veut forcer à l'apostasie {^). Ad Scap., 4 : 
Asper, qui modice vexatum hominem et statim deiectum nec 
sacrijicium compulit facere. Apol., 27, 3 : ad constantiam 
nostram deiciendam. De spect,, 29, p. 28, 8 : impudicitiam 


(') Le chrétien est le soldat du Christ, miles Christi ; devant le 
juge, il livre un véritable combat, Voy. 50,1. 


154 APPENDICE I 

deiedam a castitate. De orat., 8, p.. 186, 15 : deicere (fidem 
cuiusque). Cf. Passio SS. Felic. et Perp., 6 : pater ascendit 
ad me ut me deiceret. 

P a gradu, au lieu de de gradu, comme Cornélius Nepos. 
Tertiillien aime à employer la préposition de, même là où 
elle est inutile (Hoppe, Syntax, p. 33 ; Hartel, Patr. Stud., 
IV, p. 45) et il dit ailleurs (Adv. Marc, 4,9, ci-dessus) : de 
gradu pellere. 

— Tert. raffole des métaphores empruntées aux combats 
de gladiateurs et l'on voit aisément, comme il le dit du reste 
lui-même (ch. 15,5), que, dans sa jeunesse, il avait assidûment 
fréquenté ces spectacles. Il a coutume de transformer la dis- 
cussion en un véritable combat, où les adversaires, placés 
l'un en face de l'autre, luttent pied à pied : toutes les expres- 
sions de la langue des gladiateurs y passent. 

Gradus désigne la position prise par les combattants pour 
engager la lutte ou par les adversaires qui discutent. Le 
gradus se modifie au cours du combat ou de la discussion. 
Les adversaires prennent position, chacun sur sa ligne de 
combat : âge, igitur, ad lineas rursum et in gradum, s'écrie 
TertuUien (Adv. Marc, 1,9, p. 300, 28) ; in ipso gradu provo- 
cabimus praescriptionis (Ibid., 5,1, p. 570, 20) ; eodem gradu 
occurrere (Ibid., 4,29, p. 524, 16. Cf. 1,19, p.3 14,5). — Ils 
commencent par préluder au combat : liis proluserim quasi 
de gradu primo (Ibid., 3,5, p. 381, 20). — La lutte s'engage : 
gradum conferre (Ad nat., 2,1, p. 94, 13) ; Adv. lud., 2, p. 
703 0.), conserere (Adv. Marc, 3,2, p. 378,1 ; Adv. lud., 7, 
p. 712 0.). — Les combattants se tiennent et se maintiennent 
sur leur position : gradus stabit (De an., 6, p. 306, 24), susli- 
nere gradum (Adv. Marc, 1,1, p. 292, 6) ; state in isto gradu 
(De ieiun., 13, p. 291, 15) ; unum igitur gradum insistimus 
(Scorp., 8, p. 160, 12) ; possem hic iam gradum jigere, je pour- 
rais m'arrêter là (Adv. Marc, 4,2, p. 426, 21 ; 5,10, p. 605, 25 ; 
De ieiun., 11, p. 289, 26 ; Adv. Prax., 8, p. 237, 25 ; 22, p. 
270, 1 ; De virg. vel., 11, p. 898 0.). — Ils changent de posi- 
tion : sed alium iam hinc inimus gradum (Adv. Marc, 4, 6, 
p. 432, 12) ; in hune iam gradum decurram (De pud., 21, p. 
268, 29). — Le combattant arrête l'adversaire, lui barre 
le chemin : hune igitur potissimum gradum obstruimus non 


CHAP. 2,6 155 

admittendi eos (De praescr,, 15,3) ; si (virgo) temptotionibus 
gradtim obstruxerit (De virg. vel., 15, p. 906 0.) ; si non 
huius definitionis gradum exdusero, si je ne démontre pas 
le vice de cette définition (De an., 6, p. 306, 11); obs- 
truimus gradum (Apol., 27, 1, De praescr., 15). — Il culbute 
l'adversaire : diim te de gradu pellam (Adv. Marc, 4,9, p. 
444, 5) ; quibusdam de gradu pulsis (Apol., 2,6) ; cum Deuni 
hoc gradu expellimus (Adv. Marc, 1,13, p. 306, 16). Voyez 
ci-dessus. — L'adversaire cède, abandonne sa position, il 
est culbuté, délogé : ut iani et Marcion de gradu cédai (Adv. 
Marc, 5, 16, p. 631, 26). — Le combattant change de posi- 
tion : cedo nunc sponte de gradu isto (De praescr., 9,1) ; dece- 
dam nunc paulisper de gradu isto, quo magis eum etiam dece- 
dendo commendeni (De pud., 7, p. 232, 12) ; movistis igitur 
gradum excedendo iraditionem (De ieiun., 13, p. 291, 20). — 
11 reprend sa position sur la ligne : in nostras iam lineas gra- 
dum conligam (De an., 26, p. 343, 21). 

Sur les métaphores empruntées à la lutte par Tertullien, 
voy. Hoppe, Syniax, p. 206-212. H. F. Soveri, De ludorum 
memoria Tertullianea (Helsingfors, 1912), p. 141. 

2,6. quid de ceteris ageret F ; quid de cetero ageret P 

Pline écrit à Trajan (Epist., 10, 96) que, n'ayant jamais 
assisté aux procès contre les chrétiens, il se trouve dans 
l'embarras. II consulte l'empereur sur ce qu'il doit faire « à 
l'avenir» (Tert. dit: de cetero). En attendant le rescrit, il 
raconte comment il a procédé. 

De ceteris « concernant les autres » est une correction erro- 
née d'un scribe (ou d'un remanieur) qui n'a pas compris de 
cetero « à l'avenir » et qui a faussement opposé de ceteris à 
quibusdam ... quibusdam. De ceteris ne peut pas être de Ter- 
tullien et il est postérieur à la traduction grecque, car Eusèbc, 
qui la reproduit (Hist. eccl., 3, 33, 3), donne : xl aÙT(J> Xoi-uôv 
ei'^ Trpaxréov. — De pud., 13, 9 : ut ... nihil de postera sit 
comminatus, nihil de cetero adlocutus. Ad Scap. 3 : Sed mé- 
mento de cetero. Min. Félix, 16,4. Dig., 48,3, 10. Cod, lust., 
10, 49, 8 ; 12, 20, 1. Sénèque, Epist., 78, 16, dit : pax in cete- 
rum parta. Thés. l. t., III, 975, 11. 


156 APPENDICE I 

2,6. de sacramento eorum F ; de sacramentis eorum P 

Tertullien dit ailleurs : sacramenti nostri (15,8) ; totius 
ludaici sacramenti et inde iam et nostri (19,2). Cf. De idol., 
6, p. 35, 24 : de ipso sacramento nostro. De pud., 9,9 : tota 
suùstantia sacramenti. Voy. E. De Backer, Sacramentum. Le 
mot et l'idée dans Tertullien. Louvain, 1911." 

Sacramentum, désigne la religion et le culte. Le pluriel est 
une correction erronée d'un lecteur qui a pensé aux « sacre- 
ments ». 

2,6. adlegans, praetcr obstinationem non sacrificandi, 
nihil aliud se de sacramento eorum coniperisse, quam 
coetus antelucanos ad canendum Christo et Deo *FP 

Les mss sont d'accord. Heraldus corrige : ut deo. La con- 
fusion de et avec ut est fréquente. Voy. ci-dessus, p. 101, 
ad 4, 3. 

Voici le passage de Pline que Tertullien a en vue : car- 
menque Christo quasi deo dicere secum invicem (Epist., 10, 
96, 7), Le traducteur grec, cité par Eusèbe, Hist. eccl., 3, 33, 3, 
dit : xal tôv Xpiaràv 6eoCi Suriv b\iyv.v. Dans sa propre para- 
phrase (§ 1), Eusèbe s'exprime dans les mêmes termes, et 
Rufin, qui n'a pas eu recours ici au texte de Tertullien, retra- 
duit : quod antelucanos liymnos Christo cuidam canerent deo. Dans 
sa Chronique, ad ann. 2124 (Ed. Schoene, II, p. 164), Eusèbe 
avait noté ces faits en se servant de la traduction grecque ; 
il nous reste le résumé de Syncelius, p. 655,8, qui dit : xal oxi 
XpicTTÔv (oç 9eôv êw9ev 6|j.voCiari.v àv'-aTap.evoi, Dans la Version 
arménienne (Sciioene, /. c), nous lisons : diluculo surgere 
Christianos et Christum deum glorificare. S. Jérôme, dans sa 
traduction de la Chronique d' Eusèbe (Schoene, p. 165), a eu 
recours, ici comme ailleurs (voy. Schoene, p. 173, ad ann. 
2195), au texte de Tertullien, qu'il reproduit librement : et 
antelucanos coetus ad canendum cuidam Christo ut deo. 

Tous les témoins postérieurs, le traducteur grec, contem- 
porain de Tertullien ou du moins antérieur à 250 (voy. Har- 
nack. Die griechische Uebersetzung Tertullians. Leipzig, 1892. 
Texte und Untersuch., 8,4), Eusèbe et ses traducteurs, con- 


CHAP. 2,6 157 

firment donc la correction proposée par Heraldus : ut deo, 
au lieu de et deo. 

La construction canere alicui « chanter en l'honneur de 
qqn » revient plusieurs fois dans Tert. Au ch. 39,18, où il 
parle des hymnes chantées par les chrétiens après leurs agapes 
et où il ne rend pas l'idée de Pline, mais la sienne, il dit : ut 
quisque de scripturis sanctis vel de proprio ingenio potest, pro- 
vocatur in médium Deo canere. Cf. De orat., 24, p. 197, 11 : 
et canebant Deo. Ad uxor., 2,9 : et mutuo provocant quis melius 
Domino suo cantet. Adv. Marc, 5,18, p. 640, 9 : et psalmis 
et hymnis Deo conerent. C'est dans un autre sens que Tert. 
a dit. De spect., 25, p. 25, 18 : quale est ... eîç aîwva; âîc' aîwvoç 
alii omnino dicere nisi Deo et Cliristo ? Mais on voit qu'il dit : 
Deo et Christo, et non : Christo et Deo. 

En présence de l'unanimité des mss de TertuUien qui ont 
tous : Christo et Deo, Harnack {op. cit., p. 25) a soutenu que 
Tert. n'a pas rendu exactement l'idée de Pline {Christo quasi 
deo) en écrivant Christo et Deo, que le traducteur grec de V Apo- 
logétique, cité par Eusèbe, a eu recours au texte de Pline, 
comme S. Jérôme l'a fait, qu'il a corrigé TertuUien et que la 
nouvelle version a passé dans Eusèbe {Hist. eccl. et Chron.). 
Cela ne nous paraît pas vraisemblable. D'abord, TertuUien, 
qui résume brièvement la lettre de Pline, en reproduit exacte- 
ment les idées ; il faudrait s'étonner qu'il l'ait rendue inexac- 
tement ici, sans aucune raison. Ensuite, le traducteur grec 
n'a pas lu le texte de Pline, car il est plus près de TertuUien 
que de Pline. 

Sans doute, il a coupé en deux cette phrase de TertuUien, 
2,6 : adlegans, praeter obstinationem non sacrijicandi, nihil 
aliud se de sacramento eorum comperisse quam coetus 
antelucanos, etc., en disant : ).evwv ... oùSev âvéaiov Iv 
aÛTor? e6pv\xéva'., è[Ji'r\'vuev oè xal touto, dvii7X(/.<7^an. ew6ev toÙç 
XpicTTLavoùç xal tôv Xpictôv 0eoù 8uy|v ùjxverv. Mais Harnack 
a tort de croire que le but de cette construction est de distin- 
guer, avec Pline, en deux phrases, l'innocence relative des 
chrétiens et ce que Pline a pu savoir de leur culte. Pline, 
lui-même, en réalité, ne fait pas cette distinction, 11 dit que 
les renégats affirmaient {adfirmabant autem) que tout leur 
crime consistait à se réunir avant le jour — c'était, en effet, 


158 APPENDICE I 

contraire à un édit récent de Pline sur les hétéries — pour 
chanter des hymnes au Christ comme à un dieu, etc. Pline 
veut savoir ce qui en est au juste et il fait mettre à la torture 
deux diaconesses esclaves, et ce qu'il apprend d'elles lui fait 
dire : Nihil aliud inveni quam superstttionem pravam, immo- 
dicam. Tertullien combine les deux interrogatoires, celui des 
renégats et celui des diaconesses et fait dire à Pline : nihil 
aliud se de sacramento eorum comperisse, quam coetus anle- 
lucanos, etc., en les interrogeant, « je n'ai rien pu découvrir 
(de blâmable), si ce n'est des réunions tenues avant le lever 
du jour pour chanter », etc. Comme Pline, il ne trouve de 
blâmable que les réunions, qui étaient défendues en elles- 
mêmes. Voyons comment opère le traducteur. Il coupe la 
phrase en deux et adlegans devient Xivwv ... épivue Se. Ces 
mots ne correspondent nullement à adfirmabant, comme le 
croit Harnack, mais à adlegans. Le traducteur n'a pas com- 
pris, qu'outre leur refus obstiné de sacrifier, les chrétiens 
commettaient une faute en se réunissant malgré la loi, bien 
que Pline le dise et que les renégats eux-mêmes se disculpent 
en affirmant que, depuis l'édit, ils ne se sont plus assemblés. 
Il fait connaître les deux actes du culte chrétien (hymnes et 
serment) pour eux-mêmes, sans en faire le but des réunions. 
Pline dit : ante lucem convenire. Tert. parle de coetus 
anlelucani. Le traducteur et, après lui, Eusèbe, ne parlent 
pas même de réunions (Trad. : àv{aTa(7Ôai ewOev. Syncellus : 
â'wOev ... àvto-Tàfxevoi. Vers. arm. : diliculo sur gère. S. Jérôme, 
qui a eu recours à Tertullien, dit : antelucanos coetus). On 
ne voit plus pourquoi Pline avertit Trajan que les chrétiens 
chantaient des hymnes au Christ comme à un dieu et s'enga- 
geaient par serment à ne faire aucun mal. Le traducteur grec 
n'a pas compris le texte de Tertullien, ce qui lui arrive encore 
ailleurs, et il se tire d'affaire très maladroitement. Mais on 
voit clairement qu'il a suivi le texte de Tertullien et qu'il est 
plus près de lui que de Pline. 

Il est donc inadmissible que le traducteur grec ait corrigé 
le texte de Tert. d'après Pline, qu'il n'a pas lu. Il a lu dans 
Tertullien : Christo ut deo, et la faute est postérieure. Comme 
Eusèbe s'est servi uniquement de la traduction grecque et 
que S. Jérôme s'est servi à la fois d' Eusèbe, de Tertullien et 


CHAP. 2,6 159 

de Pline (Harnack, p. 27), on ne peut pas affirmer que la faute 
n'existait pas encore de leur temps. 

Mais cela est probable. Il ne faut pas s'étonner d'ailleurs 
que F et P contiennent la même faute, puisqu'ils ont d'autres 
fautes communes. Il y a même une autre faute commune dans 
cette phrase : proliibentes. On peut se poser la question : ces 
fautes communes suffisent-elles pour prouver que F et P 
remontent à un même archétype ? Sont-elles antérieures 
à la naissance de deux traditions nettement séparées ? 

2,6. ad confoederandam disciplinam, homicidium, adul- 
terium, fraudem, perf idiam et cetera scelera prohibentes. 
*FPM 

Prohibentes ne s'accorde avec aucun mot de la phrase ; 
il faut le rapporter à disciplinam et corriger en prohibentem. 
Voy. Van der Vliet, p, 32-33. — Voici le passage de Pline que 
Tertullien a en vue : quod essent soliti ... seque sacramento 
non in scelus aliquod obstringere, sed ne furta, ne latrocinia, 
ne adulteria committerent, ne fidem fallerent, ne depositum 
adpellati abnegarent. Tert. rend les mots seque sacramento 
obstringere par confoederare disciplinam, c'est-à-dire, foedere 
sarcire disciplinam. Cf. S. Jérôme, Epist., 4,1 : nascentem 
arnicitiam ut Dominus confoederare dignetur, precor. 5,1 : 
quin potius foederemus eas {nascentes amicitias) reciprocis 
epistulis. S. Augustin, Serm., éd. Mai, 31,1 : confoederata 
ludaico mors furori. Amm. Marcell., 27,7 : foederata pace. 
Thés. l. /., IV, 246,64. On voit que disciplinam n'aurait pas 
besoin de déterminatif, mais prohibentes doit s'accorder avec 
un mot de la phrase et il n'y en a pas d'autre que disciplinam. 

Sur prohibere = vetare, voy. De spect., 2, p. 2,27 : aut iubeat 
aut prohibeat. 16, p. 18,13 : Deus certe etiam cum causa pro- 
hibet odisse. Adv. Marc, 26, p. 326, 27 ; 27, p. 328,5 et 16 ; 
p. 329,8 et 10. Le traducteur grec, et d'après lui, Eusèbe (Hist. 
eccl. et Chronique) ont modifié la construction de la phrase : 
prohibentem est devenu un infinitif : xw)^ue(79at, (Trad. grec, 
dans Eusèbe, Hist. eccl., 3, 33, 3), âuayopeuetv (Eusèbe, ibid., 
§ 1), arceri (Rufin), prohibere (Version arménienne de la 


160 APPENDICE I 

Chronique d'Eusèbe), vetari (S. Jérôme, Chronique). Voy, 
Schoene, Eusebi Chron., 2, p. 163-165. 

2.7. Tune Traianus rescripsit hoc genus inquirendos qui- 
dem non esse, oblatos vero puniri oportere. 

Tertullien dit hoc genus pour homines hoc genus, les hommes 
de cette espèce. Il ne faut pas dire que homines est sous-en- 
tendu. L'accusatif déterminatif ou limitatif hoc genus est 
cristallisé pour ainsi dire et peut servir de sujet aux infinitifs. 
L'accord des attributs inquirendos et celui de oblatos est 
sylleptique. De idol., 12, p. 44,5 : modo per spectacula et hoc 
genus, modo per festos aies. — Le cas est différent, quand 
Tertullien dit : hoc genus hominum ... caeci ... norunt, où hoc 
genus est au nominatif (De paen., 1,1), ou bien : id genus 
lucrum exercere (De idol., 11, p. 42,8) ; quando et hominibus 
hoc genus nomina inducuntur (Ibid., 20, p. 54,8), où le subs- 
tantif déterminé par id genus ou hoc genus est exprimé. Voy. 
notre article dans le Musée Belge, 15, 1911, p. 221-222. 

De hoc genus, il faut rapprocher les génitifs eiusmodi et 
huiusmodi (au lieu de homines eiusmodi et huiusmodi), qui 
peuvent servir de sujet ou de complément. Ad uxor., 2,7 : 
ita facilius huiusmodi lucro fiunt, in quos Dei gratia consuetu- 
dinem fecit. Apol., 15,6 : qui eiusmodi factitant. 49,4 : in 
eiusmodi. Cf. Hoppe, Syntax, p. 106. Blokhuis, De lut. Tert., 
p. 76-79. Schepss, Arch. /. lat. Lex., 3, p. 317. 

2.8. Latronibus vestigandis per universas provincias 
statio sortitur. 

Sortitur est évidemment ici un passif, comme Ad uxor., 
1,6 : Achaeae lunoni apud Aegium oppidum virgo sortitur. 
Sortir i est déponent au ch. 7,10 : sortitus est ille provinciam, 
et 23,13 : sortitos esse = nanctos esse. Cf. 25,16 : rémunérasse, 
et 46,4 : remunerantur (passif). Neue, Formenlehre, 3, p. 66 
et 91. Hoppe, Syntax, p. 62. Rauschen, p. 86. 

2,11. Quod perversius est (que perversius P), cum prae- 
sumatis de sceleribus nostris ex nominis confessione, 
cogitis tormentis de confessione decedere F 


CHAP. 2,7-12 161 

Quod perversius est est opposé à Sed nec in isto ex forma 
malorum iudicandorum agitis erga nos quod ... Il y a deux 
degrés dans l'irrégularité de la procédure commise par les 
juges : 

10 Aux chrétiens seuls ils appliquent la torture pour les 
faire nier leur qualité de chrétiens, leur nom {ad negandum) : 
cela est contraire aux règles de la procédure criminelle qui 
ne permet la torture que pour arracher un aveu. 

2° Ils appliquent la torture pour faire rétracter un aveu 
{de confessione decedere) qui implique des crimes abominables : 
c'est doublement contraire aux règles de la procédure crimi- 
nelle, car, avec le nom, on fait nier des crimes déjà avoués. 

Quod perversius est est apposition de cogitis tormentis de 
confessione decedere. Les phrases solis Christianis {tormenta 
adhibetis) ad negandum et cogitis tormentis de confessione 
decedere sont opposées l'une à l'autre : elles expriment les 
deux degrés de l'irrégularité. 

Quo perversius ... cogitis « Et c'est avec une irrégularité 
d'autant plus grande que vous forcez ... » ne paraît pas admis- 
sible, car quo {= et eo) doit se rapporter à ce qui précède, 
tandis qu'ici eo représenterait ce qui suit : cum praesumatis 
de sceleribus nostris ex nominis confessione. En effet, ce qui 
rend l'irrégularité plus grande, c'est la présomption tirée de 
l'aveu du nom chrétien. 

2,12. Sic enim soletis dicere homicidae : Nega, etc. 

Nous avons expliqué ce passage plus haut, p. 57, — Le 
juge insiste auprès du chrétien accusé pour qu'il ne s'obstine 
pas dans son aveu et, bien qu'il regarde tout chrétien comme 
un homicide, il lui dit : « Nie ». Et si l'accusé continue à 
avouer, bien que l'aveu rende la torture inutile (et illégale), 
il le fait déchirer. 11 n'agit pas ainsi envers les criminels ordi- 
naires ; donc il juge les chrétiens innocents. En 212, Tertullien 
répète au proconsul d'Afrique, Scapula : Quid enim amplius 
tibi mandatur quam nocentes confessos damnare, negantes autem 
ad tormenta revocare ? Videtis ergo, quomodo ipsi vos contra 
mandata faciatis, ut confessos negare cogatis. Adeo confitemini 


162 APPENDICE I 

innocentes esse nos, quos damnare statim ex confessione non 
vultis. Si autem contenditis ad elidendos nos, iam ergo inno- 
centiam expugnatis (Ad Scap., 4). 

2,18. de isto nomine F ; de eo nomine P 

Le remanieur de P a méconnu l'emploi fréquent que Tert. 
fait de iste pour hic, is, ille. Au cii. 5,2, le même remanieur 
a remplacé istius par ipsius. Voy. P. Henen, Index verbo- 
rum, p. 83. 

2,20. Christianus si nullius criminis nomen est, valde 
ineptum, si solius nominis crimen est F; Christianus si 
nullius criminis nomine reus est, valde incestum, si solius 
nominis crimen est. P 

Rigaltius a le premier adopté la lecture de F, qui est la 
seule acceptable. 

Il faut remarquer que, contrairement à ce que l'on dit 
généralement avec Oehler, P et M ont : nomine reus est. Dans 
P, nomine est abrégé en nom. ; dans M, il est écrit en entier. 
Quant à valde incestum, c'est une méprise du scribe, suggérée 
par incestum, qui précède. 

Au commencement du § 20, il faut lire: cur non et incestum, 
correction évidente de Gomperz, déjà faite par Havercamp, 
et il faut mettre un point d'interrogation après pronuntiare. 

Tout ce § 20 a fort tourmenté les critiques. Il suffit de le 
rattacher à ce qui précède pour qu'il prenne un sens très clair. 

Les païens justifiaient le supplice des chrétiens en les accu- 
sant de crimes abominables. 

Dans tout le chapitre 2, Tert. s'est attaché à montrer, par 
la procédure criminelle suivie contre les chrétiens, que les 
chrétiens sont condamnés comme chrétiens uniquement, et 
non comme infanticides, incestueux, sacrilèges, ennemis 
publics. Notre seul crime, le seul qui nous fasse condamner, 
conclut-il, est d'être chrétiens. Nominis proelium est (§ 19). 

Dans le dernier paragraphe (20), il complète sa démonstra- 
tion par le texte ou le libellé des jugements rendus. 

S'il n'en est pas ainsi, si notre seul crime n'est pas d'être 


CHAP. 2,18-20 163 

chrétiens, expliquez-moi, je vous le demande, pourquoi vos 
arrêts de condamnation ne portent pas d'autre qualification 
criminelle que celle de Christianus. — C'est évidemment que 
Cfiristianus seul désigne notre crime. 

Est-ce que, pour nous seuls, les juges s'abstiennent, par honte 
ou par dédain, de désigner nos crimes dans leurs arrêts ? — 
Evidemment non, ils désignent notre crime et ce crime est 
Christianus. L'interrogation est ironique ; Tert, supprime 
souvent la particule interrogative. Voy. ci-dessus, 1,3. 

Enfin, si — comme vous le prétendez — « chrétien » n'est 
pas (pour vous) le nom d'un crime, si « chrétien » n'est donc 
autre chose qu'un nom de secte, quelle absurdité de faire un 
crime d'un nom seul, c'est-à-dire d'un nom qui ne désigne 
pas autre chose qu'une secte et non un crime ? — On voit 
pourquoi Christianus est mis en tête : c'est le mot principal. 

L'idée finale revient au ch. 4,11, où Tert. dit : « Vos lois 
contre nous sont iniques. Que dis-je ? iniques ? Bien plus, ehes 
sont absurdes, si elles punissent un (simple) nom ». Itnmo, 
si nomen puniunt, etiam stultas. 

On voit qu'au ch. 2,20, Tert. joue sur les deux sens de no- 
men : 1° le nom ou le titre {titulus, elogium) d'un crime (il vient 
de dire : ipsis nominibus scelerum) ; 2° le nom de chrétien. 
Par une antithèse subtile, qui est dans son goût, il oppose 
le « nom d'un crime » et le « crime d'un nom ». 

Tout ce raisonnement du § 20, y compris l'antithèse finale, 
était peut-être exposé plus clairement dans Ad nat., 1,3, 
p. 62, 4-10, parce qu'il n'y revêt pas la forme interrogative : 
Adeo, si de criminum veritate constaret, ipsa criminum nomina 
damnatis accommodarentur, ut ita pronuntiaretur in nos : illum 
homicidam vel incestum vel quodmmque iadamur duci, suffigi, 
ad bestias dari placet. Porro sententiae vestrae nihil nisi Chris- 
tianum confessum notant. Nullum criminis nomen exstat, nisi 
nominis crimen est. « Enfin, si nos crimes étaient établis, les 
noms des crimes seraient appliqués aux condamnés, et l'arrêt 
serait formulé en ces termes : Nous décidons qu'un tel, con- 
vaincu d'homicide, ou d'inceste, ou de tout autre crime qu'on 
nous impute vulgairement, soit conduit au supplice, mis en 
croix, livré aux bêtes. Or, vos arrêts ne portent rien si ce n'est 


164 APPENDICE I 

qu'il s'est avoué chrétien. Il n'existe aucun nom de crime (dans 
vos arrêts), à moins que ce ne soit le crime du nom ». 

En rédigeant son plaidoyer, Tert. a voulu conserver le jeu 
de mots et l'antithèse de la première rédaction. 

Dans P, le jeu de mots et l'antithèse sont conservés aussi, 
mais affaiblis par un remanieur maladroit, qui ne les a pas 
bien compris. De plus, ce remanieur n'a pas vu que Chris- 
tianus, placé en vedette, ne signifie pas « un chrétien » mais 
le « mot chrétien ». Si l'on entend par Christianus « un 
chrétien », millius criminis nomen ne convient plus comme 
attribut ; pour avoir un adjectif attribut, le remanieur a 
changé ces mots en : nullius criminis nomine reus » si un chré- 
tien n'est coupable du nom d'aucun crime », ce qui n'est 
guère compréhensible. En outre, si un chrétien n'est coupable 
d'aucune espèce de crime, on ne peut pas dire qu'il n'est 
coupable que du crime d'un nom. Le texte de F est clair ; 
celui de P est embrouillé, inintelligible. Enfin, le texte de F 
donne une clausule fréquente (double crétique : nominis 
crimen est), tandis que celui de P {criminis nomine reus est) 
n'est pas métrique. Voy. F. di Capua, p. 33. 

Sur ce passage, voy. encore : Callewaert, Le Cod. Fuld., 
p. 15 (336), et, Heinze, p, 305, n. 1. 

Au lieu de incestum de P, Hartel (Patr. Stud., II, p. 29,) 
propose incertum, ce qui ne donne pas un sens convenable. 
Hartel lisait aussi à tort, sur la foi d'Oehler : si nullius cri- 
minis nomen reus est, faisant de nomen un ace. détenu, ou 
grec, construit avec reus, ce qui est difficile à admettre. Tert. 
met le génitif avec reus (2,8 ; 16 ; 6, 10 ; 10,1 ; 24,1). 

3,3. ex hoc ipso (ex ipso P) dénotant, que (quod P) laudant. 

F avait quo, car Modius lisait quo dans Barraeus et il se 
tait, alors qu'il signale ex hoc ipso. Après une locution de 
temps, p. ex., exinde (Adv. Marc, 2, 2, p. 336, 26-27, cité p. 
141, n. 3) ou ex hoc ipso (p. 144), Tert. met quo pour ex quo 
« depuis que ». Il oppose ici deux moments {rétro, etc., et ex hoc 
ipso quo) et deux jugements. Les deux verbes ont le même 
compl. dir. « Ceux qu'ils avaient connus libertins naguère 
avant leur conversion, ils (ne) les blâment (que) le jour où ils 


CHAP. 3,3-4 — 4,1 165 

les louent. » Ils les louent de leur bonne conduite et ils les 
blâment d'être chrétiens. Les § 2 et 3 sont une suite d'anti- 
thèses concises, dans le goût de Tert. Le remanieur de P n'a 
pas compris celle-ci. Cl. Henen, Musée belge, 14, p. 218. 

3,4. Tanti non est bonum, quanti odium Christianorum. P 

F a : quani odium. Mais tanti quam pour tanti quanti ne 
semble pas être latin. On ne peut alléguer des phrases telles 
que De idol., 24, p. 57,20 : Nemo dicat : quis tam tuto prae- 
cavebit ? Exeundum de saeculo erit. Quasi non tanti sit exire, 
quam idolatren in saeculo stare. Qu'on ne me dise pas : « Qui 
donc parviendra à se préserver sûrement de l'idolâtrie ? Il 
faudrait sortir du monde ». — Comme si ce n'était pas la 
peine de sortir de ce monde, (plutôt) que de rester idolâtre 
dans ce monde ! — Devant quam, Tert. sous-entend souvent 
potius ou magis. 

4,1. in Christianis non esse quae in se non nesciunt <esse>F 

Dans P, non est omis devant nesciunt. — Sur la lacune de 
F, voy. ci-dessus, p. 38. 

Les litotes non nescio et non nescius sum peuvent avoir 
deux sens : tantôt elles renforcent, tantôt elles atténuent : 
« je sais parfaitement » ou, comme ici, « je ne suis pas sans 
savoir, je sais au fond, après tout ». La réfutation montrera 
que les chrétiens ne commettent pas les crimes qu'on leur 
reproche (homicide, inceste, etc.) : in Christianis non esse. 
La rétorsion, qui suivra la réfutation, ouvrira les yeux aux 
païens sur « ce qu'ils savent au fond » : ils reconnaîtront leurs 
propres crimes et y réfléchiront (ce qu'ils ne font pas mainte- 
nant : si consideraretis, 9, 20) : alors ils rougiront de voir, 
ne disons pas, que c'est le crime qui accuse la vertu, mais 
qu'ils accusent des hommes qui, à les entendre (ut volunt) 
seront {iam, après cette rétorsion) leurs égaux, leurs pareils. 
Contra : R. Heinze, p. 308,1. 

Tert. ne dira jamais que les païens ignorent absolument 
les crimes qu'ils commettent. Dans Ad nat., 1,16, p. 86, 12, 
c'est ironiquement qu'il dit : quodque felicius proveniat, cum 
palam mîsceatis incesta toto conscio caelo, soli ipsi ignoratis ; 


166 APPENDICE I 

nos vero etiam in tenebris scelera nostra recognoscere possumus ! 
Ibid., 1,20, p. 92, 22 : Naturae vitio satisfacitis, ut, quae in 
vobis non refutetis, in aliis damnetis, aiit quorum reatum in 
voBis MEMiNERiTis, CΠiu qUos ittctetis. Ibid., p. 93,4 : Discite 
quid in nobis accusetis, et non accusabitis : recognoscite 
quid in vobis non accusetis, et accusabitis, Ibid., 2,1, p. 93,15 : 
an vere dei (se. sint), ut vultis, an falso, ut scire non vultis. 

4,2. quae palam adinveniuntur F {d'après Junius) ; quae 
palam ad(mittentes) inveniuntur Br ; quae illos palam 
admittentes invenimus P 

C'est un des passages les plus discutés jusqu'ici, mais nous 
le croyons enfin établi définitivement (i). La lecture de F 
a été défigurée par Junius, qui a réuni ad et inveniuntur en 
un seul mot (2), mais elle a été exactement conservée par le 
Codex Bremensis : quae palam ad. (= admittentes) inveniuntur. 
Modius a l'habitude constante d'abréger ainsi les mots qui 
n'offrent aucune variante dans F. Voy. l'App. II, dès le début. 

Il est facile d'expliquer comment les lectures différentes 
et fautives de F et de P viennent l'une et l'autre du texte 
authentique de Tertullien. Voici ce texte : 

Respondebimus ad singula, quae in occulto admittere dici- 
mur, quae palam admittentes invenimur ; in quibus scelesti, 
in quibus vani, in quibus damnandi, in quibus inridendi depu- 
tamur. 

« Nous répondrons successivement sur chacun des actes 
qu'on nous accuse de commettre en secret, sur les actes qu'on 


(') Le mérite en revient à Lôfstedt, p, 76-77. Nous avions publié 
la lecture du Codex Bremensis dans le Musée BelgCj 1912, p. 193 ; 
Lôfstedt a vu que ad. invejiiuntiir doit se lire ad{inittentes) inve^iitm- 
iur (faute de scribe pour invenimur). 

(2) Le composé adinvenire « inventer, trouver en outre » se ren- 
contre ailleurs dansTert. (Scorp., i, p. 145,29. Deieiun., 11), mais 
ne convient pas ici. Voy. Thés l. L, I, 688. En présence du texte 
que fournit le Codex Bremensis, il paraît inutile d'insister sur les 
défauts de celui de Junius : il détruit la lumineuse antithèse. 


CHAP. 4,2 167 

nous voit commettre en public : sur les actes à propos desquels 
on nous fait passer pour criminels, pour extravagants, pour 
punissables, pour ridicules », 

Ce passage contient la division du plaidoyer, celle que 
Tertullien suivra scrupuleusement. Il divise les actes repro- 
chés aux chrétiens en « actes commis en secret, dit-on » (ch. 7 
à 9 : infanticide, repas de sang, festin incestueux) et « en 
actes commis publiquement et constatés» (ch. 10-49 : sacri- 
lège et lèse-majesté avec tout ce qui s'y rattache). Les termes 
de l'antithèse se correspondent admirablement : 

1) quae in occulto admittere dicimur, 

2) quae palam admittentes invenimur. 

On voit que palam est opposé à in occulto et invenimur 
à dicimur. 

Tertullien rappelle cette division au ch. 6,11, au moment 
où il va aborder l'examen de la première catégorie : occulta 
facinora et manifestiora. En passant aux actes publics, au 
ch. 9,20, il dit : Nunc de manifestis dicam. 

Suivons maintenant la destinée des mots : quae palam 
admittentes invenimur. Dans P, le scribe a commencé par écrire 
invenimus, confondant r final avec s final, ce qui lui est arrivé 
plusieurs fois. Cf. 49,4 : captatus, pour captatur. 50,3 : exuri- 
mus, ensuite corrigé en exurimur. 50,13 : efficimus, pour 
efficimur. Ensuite, pour donner un sens à la phrase devenue 
inintelligible, le scribe ou un reviseur a ajouté illos, qui désigne 
les païens. Le maladroit correcteur n'a pas vu que la division 
en deux catégories d'actes disparaissait du coup ; mais sa 
maladresse s'explique. En effet, il aura constaté qu'au ch. 7, 
Tertullien rétorque l'accusation et montre que les païens 
commettent publiquement l'homicide et l'inceste ; il a intro- 
duit cette idée ici, sans voir que les actes publics reprochés 
aux chrétiens ne peuvent pas manquer dans la division du 
plaidoyer et que d'ailleurs la rétorsion vient d'être annoncée 
au § 1. 

La lecture authentique de F {quae palam admittentes inve- 
niuntur), fournie par le Codex Bremensis, contient une simple 
faute de transcription. Le scribe a écrit : inveniuntur, pour 
invenimur. Remarquez que la clausule régulière {invenimur, 


168 APPENDICE I 

double trochée) est ainsi transformée en fin d'hexamètre, 
clausule proscrite en prose. 

Les mots qui suivent n'ont Jamais été bien compris. L'asyn- 
deton des propositions relatives continue : in quibus scelesti, 
in quibus vani, in quibus damnandi, in quibus inridendi depu- 
tamur. On n'a pas vu que ces quatre membres forment deux 
groupes de deux : 

1) in quibus scelesti, in quibus vani — 

2) in quibus damnandi, in quibus inridendi. 

Dans le premier groupe, les actes des chrétiens sont qua- 
lifiés par leur nature. Les uns sont criminels : homicide, 
inceste, sacrilège, lèse-majesté ; les autres sont vains ou 
extravagants aux yeux des païens : les croyances des chré- 
tiens, leur tentative chimérique de détruire les dieux et d'in 
troduire une religion nouvelle. 

Dans le deuxième groupe, les mêmes actes sont qualifiés 
au point de vue du traitement qu'ils méritent : les uns sont 
punissables, c'est-à-dire méritent la mort ; les autres en- 
courent le ridicule. Voy. ch. 49. 

4,3. Sed quoniam, cum ad omnia occurrit veritas nostra, 
postremo legum obstruitur auctoritas adversus eam, 
de legibus prius consistam (concurram P), et (ut P) cum 
tutoribus legum. F 

Ad omnia désigne les accusations que Tertullien réfutera 
dans tout son plaidoyer (ch. 7-49) : on voit ici que ces accu- 
sations ne reposent pas sur les lois. 

Le procès et la condamnation pour crime de christianisme 
sont fondés sur les lois, qui disent : Non licet esse vos ! Les 
autres imputations (ad omnia) sont des calomnies populaires, 
par lesquelles le public et les juges prétendaient justifier 
les arrêts de mort ; elles ne sont pas la base juridique du pro- 
cès criminel intenté aux chrétiens, ni de leur condamnation. 

Le vrai débat juridique, c'est celui des chap. 4 à 6, où 
Tertullien répond à ceux qui disent : Vous avez beau laver 
les chrétiens de tous les crimes qu'on leur impute, la loi est 
contre vous et elle vous défend d'exister : Non licet esse vos I 
11 est clair, d'après cela, qu'il existait une loi spéciale qui 


CHAP. 4,3 169 

proscrivait le christianisme comme religion, qui punissait 
les chrétiens pour un délit religieux. Les calomnies que Ter- 
tullien réfutera dans son plaidoyer ne servaient qu'à justifier 
une loi si odieuse. Voy. 28,3. 

Tertullien discute donc les lois avec les gouverneurs, qui 
sont les tuteurs des lois, qui sont chargés de les appliquer, 
car ils ont la juridiction civile et criminelle : ut mm tutoribus 
legum. 

On a dit que Tertullien discute ici en révolutionnaire, 
qu'il fait la conscience individuelle juge de la loi et revendique 
le droit de lui désobéir. Voy. Heinze, p. 314. On a dit aussi 
qu'il oppose ici la loi naturelle à la loi positive et qu'il déclare 
que celle-ci doit céder devant celle-là. Voy. Monceaux, p. 225. 

Ce n'est pas ainsi qu'il raisonne. Voici ce qu'il dit : 1° En 
principe, la loi ne peut être l'expression du caprice du légis- 
lateur, sinon elle est tyrannique (§ 4). La loi ne peut pas 
défendre ce qui n'est pas mauvais, elle ne peut pas défendre 
ce qui est bon ; sinon elle est mal faite, elle se trompe, ce qui 
peut arriver, attendu qu'elle est l'œuvre des hommes (§ 5), 
et elle doit être réformée. Les mots si bonum invenero esse 
ne marquent pas un jugement personnel, comme on l'a cru. 
Ils signifient : « si je constate, c'est-à-dire, si les justiciables 
constatent que ce que la loi a défendu est bon », et non : « si 
je trouve, si je juge personnellement que ... », La loi s'adresse 
d'ailleurs à la conscience de tous ceux dont elle attend obéis- 
sance, à la conscience publique. Si elle est réprouvée par la 
conscience publique, elle est mauvaise et elle doit être réfor- 
mée ; si elle s'impose malgré cette réprobation, elle est tyran- 
nique (§ 13). 

2° En fait, les Romains ont reconnu que beaucoup de leurs 
lois étaient injustes et ils les ont réformées. La loi contre les 
chrétiens est injuste et, de plus, absurde, puisqu'elle proscrit 
un nom sans permettre de rechercher ce qui se cache sous 
ce nom. Aussi les bons empereurs ne l'ont jamais appliquée. 
Enfin, il y a une foule de lois que les Romains n'appliquent 
plus, qu'ils ont laissé tomber en désuétude, La conclusion 
est que, si les chrétiens sont innocents des crimes qu'on leur 
impute pour justifier la loi de proscription, il faut réformer 
celle-ci ou la laisser tomber dans l'oubli. Or, Tertullien va 


170 APPENDICE I 

le montrer, les chrétiens sont innocents, les accusations ne 
sont que calomnies. 

Dans F, et (devant cum tutoribus) est une faute de copie 
pour ut. Voy. ci-dessus, p. 101. — Au lieu de consistam, P a : 
concurram, qui est un remaniement maladroit. Tert. vient 
de dire au § 1 : iam de causa innocentiae consistam. Après 
avoir exposé son plan, il veut, avant d'aborder son sujet, 
repousser une fin de non-recevoir (praescribitis) que les juges 
peuvent opposer à la réfutation des accusations vulgaires, 
et qui est fondée sur les lois qui disent : Votre existence même 
est contraire aux lois ! C'est pourquoi il va, dans une sorte 
de prémunition, discuter les lois avec les juges et il répète 
le mot : de legibus prius consistam vobiscum. 

Consistere est un terme de droit, emprunté à la langue 
militaire ; en effet, il se dit du combattant qui prend position 
pour attendre l'adversaire, pour lui faire face ; puis, du plai- 
deur qui tient tête à la partie adverse. Cic, Pro Quinctio, 77, 
dit déjà : Diffidebam satis animo certo et confirmato me posse 
in hac causa consistere. De là, le mot a passé à la langue de 
la discussion en général. On dit : consistere « être en instance, 
plaider, discuter » ; consistere contra aliquem (Cic), adversus 
aliquem (Digeste), cum aliquo (Sénèque, Digeste) et ici, « inten- 
ter un procès à qqn », être en procès avec qqn, plaider contre 
qqn, défendre contre qqn, et, en général « discuter avec qqn », 
Sen., Dial., 4, 7, 3 : Alius cum matre consistit. Dig., 48, 10, 7 : 
Nullo modo servi cum dominis suis consistere possunt. Tert. 
aime à construire ce verbe avec de « au sujet de » ; cf. 4,3 ; 
46,1 et 15 (et les synonymes variés, 46, 10-14). De idol., 13, 
p. 44, 12. De monog., 2. Voy. l'index d'Oehler, et sa note 
De idol., 13. Roensch, Das neue Testament Tertullians, p. 612. 
Blokhuis, p. 131. Heumann-Seckel, Quellen, s. v. Thés. l. t., 
IV, 465-466. 

Concurrere cum aliquo « en venir aux mains avec qqn » est 
aussi un terme militaire très connu ; mais, dans la langue 
du droit, il a un autre sens. Il s'emploie aussi au figuré {Thés, 
l. /., IV, 110, 50). Un remanieur, qui ne connaissait pas le 
sens juridique de consistam, trouvant ce mot obscur, l'a rem- 
placé par un terme moins précis, sans tenir compte de la 


CHAP. 4,4 171 

prédilection marquée de Tert. pour les termes juridiques. 
Sur ce caractère du style de Tert., voy. ci-après, 28,3. 

4,4. lam primum cum iure (dure P) definitis dicendo : 
« Non licet esse vos ! » F 

Tert. dit: 1° que c'est un principe posé par les juges (defi- 
nitis) et 2° qu'ils opposent ce principe aux chrétiens comme 
une fin de non-recevoir (praescribitis). La formule elle-même 
est « dure » dans sa concision : Non licet esse vos ! La manière 
dont on l'applique en opposant aux chrétiens une « fin de 
non-recevoir », manque d'humanité. Il en résulte que sine 
ullo retradatu humaniore ne serait pas une répétition inutile de 
dure. Tert. dit à Scapula, proconsul d'Afrique : Potes et officio 
iurisdictionis tuae fungi et humanitatis meminisse (ch. 4). 

Tert. emploie souvent definire dans le sens d' « établir, 
affirmer (un principe), poser en principe ». Adv. Marc, 1,18, 
p. 313,12: Nos definimus Deam primo natura cognoscendum, 
dehinc dodrina recognoscendum.'DQ an., 47, p. 378,5: Definimus 
enim a daemoniis plmimum incuti somnia. De pud., 3,\ : ad 
eam paenitentiae speciem, quam cum maxime definimus venia 
carere. 11,2 : Hoc definimus nihil adversus nos praeiudicare. 
Il l'emploie particulièrement en parlant d'une défense ex- 
presse, d'une loi pénale. De spect., 3, p. 4, 23 : Plane nus- 
quam invenimus, quemadmodum a perte positum est : « Non 
occides ... », ita exserte definitum : « Non ibis in circum », etc. 
Cf. Tlies. I.I., V, p, 344, 44 (où praescribo est pris à tort comme 
synonyme de definio) et 62 ; 348, 1. 

Il aime l'adverbe dure. De an., p. 17, p. 323, 11 : Horum 
(se. quinque sensuum) fidem Academici durius damnant. De 
bapt., 5, p. 205, 25 : ne quis durius credat ... De pud., 1, 20 : 
durissime nos ... digamos foris sistimus. De resurr., 37, p. 
79,2 : quia durum et intolerabilem existimaverunt sermonem 
dus. Adv. Marc, 2,15, p. 355,22 : duritia legis. Ibid., 2,19, 
p. 360,25. 

Donc dure se comprend. Iure signifie « en vertu du droit, 
de la loi ». Cod. lust., 6, 38,2 : iuris audoritate definitum. Ici, 
iure marque d'une manière plus précise que la formule Non 
licet esse vos ! est celle d'une loi prohibitive. Tert. fait allusion 


172 APPENDICE I 

à cette loi au ch. 1,1 : Si non licet vobis, et au ch. 37,2 : legibus 
obseqmntes. Voy. ci-dessus, p. 136. Au § 3, il en parle comme 
d'une loi {kguni audoritas, post leges) et dans les §§4 et 5, 
il la combat comme une loi arbitraire,.comme une loi mauvaise, 
une loi qui s'est trompée {si lex tua erravit). 

En disant tantôt lex, tantôt leges, Tert. fait allusion aux 
mesures législatives qui s'étaient succédées depuis Néron et 
dont il résume la portée par cette formule : Non licet esse vos ! 
Il n'est pas impossible que cette formule était celle de l'édit 
de Néron ou du sénatus-consulte rendu sur la proposition de 
Néron. En effet, c'est à Néron que Tert. fait remonter la 
législation persécutrice. Voy. 5,3 et Ad nat., 1,7, p. 68, 4 et 
ss., où Tert. appelle Néron damnator et la loi de proscription 
institutum Neronianum, ajoutant que c'est le seul des actes 
de Néron qui ne fut pas aboli après sa mort. 

4,7. Nonne et vos cottidie ... totam illam veterem et 
squalentem silvam legum novis principalium rescrip- 
torum et edictorum securibus ruspatis (truncatis P) et 
caeditis ? P 

Truncatis semble venir d'un scribe (ou d'un remanieur) 
qui ne comprenait pas le vieux mot ruspatis. Sid. Apoll,, 
Epist., 2, 2, 4 : si caedua silva truncetur. De pud., 16, 12 : 
quanta secure censurae omnem silvam libidinum caedat et 
eradicet et excaudicet. 

Traduisez : « Et vous-mêmes, tous les jours, ... ne fouillez- 
vous pas (ou : ne coupez-vous pas) et n'émondez-vous pas 
toute cette vieille et confuse forêt de vos lois, en y portant 
la hache des rescrits et des édits impériaux » ? 

Ruspare ou ruspari est un mot archaïque qui signifie 
« fouiller, scruter, rechercher ». Festus (Lindsay, p. 322 = 
M 264) : Ruspari est quaerere crebro, ut hoc versu indicatur : 
Et ego ibo ut latebrosa ruspans rimer... (Ribb., Trag. inc, 83). 
Nonius, 166, 20, dit : Ruspari est scrutari, et il cite ce vers 
d'Accius : Vagent ruspantes silvas, sectantes feras (Ribb., 441). 
Min. Félix, 5,5 : ut neque ... aut scire sit datum aut ruspari 
{stuprari P) religiosum. 

Ailleurs, Tert. applique ruspare à la terre. De pall,, 2, p. 


CHAP. 4,7-9 — 5,2 173 

923 0. : runcare et ruspare consuluit, à sarcler et à défricher 
les terres. Ruspare est donc aussi synonyme de caedere, émon- 
der, couper. — La langue archaïque hésitait entre ruspare 
et ruspari ; Tert. a préféré la forme active à la forme dépo- 
nente. Voy. ci-dessus, ad 2,8. 

4,9. rétro ... leges erant F 

Rétro, qui manque dans P, est opposé à postea. Il peut avoir 
été passé par le scribe de P. Tert. aime à employer rétro au 
lieu de antea, olim, prius. 

5,2. Tiberius ergo, cuius tempore nomen Christianum 
in saeculum intravit (introivit P), adnuntiata (adnun- 
tiatum P) sibi ex Syria Palaestina, quae illic veritatem 
istius (ipsius P) divinitatis revelaverant (revelaverat P), 
detulit ad senatum cum praerogativa suffragii sui. F 

La lecture de F reçoit une éclatante confirmation de Rufin, 
Hist. eccl., 2,2,6, qui la reproduit sans aucune variante d'après 
son manuscrit de Tertullien. 

La traduction grecque (voy. ci-dessus, p. 32), citée par 
Eusèbe, Hist. eccl., 2, 2, 6, n'est pas tout à fait exacte, mais 
elle confirme aussi ipsius en traduisant : toù h6y^c(.xo<; toutou, 
car Tert. emploie iste pour hic. Voy. P. Henen, Index verbo- 
rum, p. 83. Ipsius ne convient pas ici ; le correcteur a perdu 
de vue le sens que Tert, donne à iste. La traduction grecque 
rend intravit par Ei<yek'f\kuhv. Elle n'a "pas compris les mots 
adnuntiata ... quae ... revelaverant. Voy. Harnack, Die griecli. 
Uebersetzung, p. 19. 

Dans P, quae (il fallait : quod) est un reste du texte primitif 
ou plutôt vient d'un faux accord avec Syria Palaestina. Voy. 
ci-dessus, p. 113. 

Les mots cum praerogativa suffragii sui ont été souvent 
mal compris. 

Praerogativa est déjà employé par Cicéron (In Verr., 1,9), 
par Caton d'Utique (ap. Cic, Ad fam., 15,5) et par Pline (Hist. 
nat., 7, 16, 14) dans le sens dé « preuve anticipée, signe cer- 
tain » d'une chose à venir. Ce sens vient de ce qu'on tirait 


174 APPENDICE I 

un présage (omen) du vote de la centurie prérogative. Tibère 
consulte le sénat sur les faits que Pilate lui annonçait de 
Palestine et qui prouvaient la divinité du Christ : ce sont 
les faits relatés au ch. 21 (voy. 21, 18 et 24), les miracles et 
la résurrection du Christ. Cela veut dire qu'il propose au 
sénat de ranger le Christ parmi les dieux. En même temps, 
il manifeste son sentiment favorable, il donne une « preuve 
anticipée », un « signe certain » de son avis favorable, il ne 
cache pas son approbation. C'est ainsi que. le traducteur grec 
a entendu ce passage. Eusèbe, Hist. eccl., 2, 2, 4-6 : Trj 
<TUYx)v7^T(j) (ivexo!.vw!7aT:o, hr\7.o<; wv éxe{vo^ç wç xC^ Séyf^aTi 
dplo-xETau Le sénat fut mécontent de ce que l'affaire n'avait 
pas été soumise d'abord à son examen ; d'après le vieux décret 
du sénat que cite TertuUien, la consécration d'un dieu rele- 
vait en effet du sénat. Tibère avait manqué d'égards à l'assem- 
blée en lui soumettant une affaire qui ne paraissait plus 
entière et elle repoussa la proposition. 

Sur ce vieux sénatus-consulte, on cite toujours Cic, De 
leg., 2,19 ; mais Cicéron, dans ce traité des lois, parle en 
théoricien, bien qu'il s'inspire des lois romaines. C'est Tite- 
Live, 9,46, qui nous fait connaître ce sénatus-consulte rendu 
en 304 av. J. C. : Ex auctoritate senatus latum ad populum 
est, ne quis templum aramve iniussu senatus aut tribunorum 
plebei partis maioris dedicaret. Il faut remarquer aussi qu'il 
ne s'agit que de la dedicatio faite au nom du peuple romain 
et non, comme on l'a dit souvent, par des particuliers. 

Subfragium a souvent le sens de « suffrage favorable, appro- 
bation ». De spect., 16, p. 18,6: convicia sine iustitia odii, 
etiam subfragia sine merito amoris. 

5,4. sed quia liomo (sed qua et homo P), facile coeptum 
répressif F 

Eusèbe, Hist. eccl., 3, 20, 7 : axe e^^wv xi o-Kvio-ewç. Rufin, 
Hist. eccl., 2, 25, 4 = 3, 20,7, dit : sed quasi homo. De an,, 
55, p, 388,1 : quodsi Christus, quia et homo, mortuus secundum 
scripturas et sepultus secundum easdem huic quoque legi satis- 
fecit forma humanae mortis apud inferos functus. Tert, aime 
à employer quia sans verbe. Hartel, Patr. Stud., III, p. 42. 
Henen, Index verb., s, v. Hoppe, Syntax, 59 et 142-143. 


CHAP. 5,4-7—6,2-8 175 

Il emploie de la même manière qua. Cf. 30,1 : sciant, qua 
homines. Hartel, /. c. Ici, il est donc difficile de décider entre 
quia et qua. 

Dans Eusèbe et Rufin, il ne reste pas de trace de et devant 
homo : il semble donc que P ait subi une interpolation. 

5.7. leges istae, quas adversus nos soli exsequuntur inpii 
iniusti F 

De pud., 14,18 : sententia, quam exsequebatur. Ad nat., 1, 
6, p. 66, 16 : apud exsecutores quoque legum. La traduction 
grecque, citée par Eusèbe, Hist. eccl, 5, 5, 7, dit : ol (/. oïç 
Valois) xaO' vijJiwv ^àvdiv {[i.6vov A) eTcovrau C'est la 
traduction ô' exsequuntur, que le reviseur de P a remplacé 
par exercent. Sur soli, F et P sont d'accord avec le sens ; le 
traducteur grec n'a pas pu lire nos solos dans son ms de Tert., 
et il devait traduire par (jlovoi. ou par (xovov, mais il lui arrive 
souvent de faire des contresens, soit par inadvertance, soit 
faute de comprendre. Voy. Harnack, Die griech. Uebersetz., 
p. 20 ss. 

6.2, submoverunt F ; submovebant P 

Les verbes iubebant, destruebant, sinebant marquent des 
actions qui se répètent, tandis que submoverunt marque un 
fait isolé. C'est ce que le correcteur de P n'a pas vu. 

6.3. Ne vel hieme F ; nam ne vel hieme P. 
Voyez ci-dessus, p, 71. 

6.8. Capitolio prohibitos F ; Capitolio prohibitos inferri P 

Havercamp dit : inferri abesse potest. Nous croyons que 
inferri ne convient pas. A la vérité, prohibere est souvent 
mis pour vetare (cf. 2, 6) et la construction est grammaticale- 
ment correcte. Mais inferri manque aussi dans Ad nat., 1,10, 
p. 76,3 : ceterum Serapem et Isidem ... prohibitos Capitolio 
Varro commémorât, eorumque {aras} a senatu détectas nonnisi 
per vim popularium restructas. Sed tamen et Gabinius consul 
... aras institut prohibuit. En outre, inferri est inexact, car 


176 APPENDICE I 

les divinités égyptiennes avaient déjà des autels sur le Capi- 
tule avant le consulat de Pison et de Gabinius (an 58), comme 
on le voit par le passage de Ad nationes ci-dessus. On ne leur 
défend donc pas d'entrer au Capitole, on les en fait sortir. 
Dans les inscriptions républicaines on trouve une sacerdos 
Isidis Capitolinae. CIL., IV 2247 (= I 1034. Dessau, Inscr. 
sel., 4405) et 2248, Cf. 355 et 2246. Marquardt, Le Culte, 2, 
p. 95. Drexler, dans Roscher, Lex. der Myth., 2\ 401-402. 
Wissovva, Relig. und Kultus der Roemer, 2e éd., p. 351. — 
Injerri paraît donc avoir été ajouté par un remanieur qui 
ignorait l'histoire du culte d'Isis à Rome. 

7,1. et post convivio incesto, quod eversores lumlnum 
canes, lenones scilicet tenebrarum, in {om. P) libidinum 
impiarum verecundiam (inverecundiam P) procurent. F 

Quod ... procurent a pour antécédent convivio incesto : ce 
sont les chiens qui procurent, qui organisent le banquet 
incestueux : ces renverseurs de candélabres, ces entremetteurs 
des ténèbres font la « nuit « pour la pudeur de ces débauches 
impies », pour que les assistants n'aient pas à rougir de ces 
débauches impies. Telle est bien l'idée de Tertullien, qui 
dit dans Ad nat., 1, 16, p. 86, 5 : Verum iam laudate consilium 
incesti verecundi, quod adulteram noctem commenti sumus, 
ne aut lucem aut veram noctem contaminaremus, quod etiam 
luminibus terrenis parcendum existimavimus, quod nostram 
quoque conscientiam ludimus. 

L'antithèse hardie libidinum impiarum verecundia est dans 
le goût de Tertullien, mais elle a échappé au remanieur de 
P. Il l'a remplacée par «l'impudeur de ces débauches impies », 
et il a fait boiter la phrase en prenant quod dans le sens de 
« parce que » et clocher le sens en disant que les chiens ren- 
versent les lumières et font la nuit pour procurer l'impudeur 
de ces débauches impies. 

Minucius Félix, 9,7, dit : Sic everso et extincto conscio lumine 
inpudentibus tenebris nexus infandae cupiditatis involvunt ... 
Son idée n'est pas différente de celle de Tertullien, comme 
on l'a cru : en effet, il dit que les ténèbres sont impudentes, 
c'est-à-dire qu'elles favorisent l'impudence et permettent 


CHAP. 7,1-6 177 

de ne pas rougir. Cvide (Am., 1, 6, 59) dit : lUa (se. nox) 
pudore vacat. Liv., 39,8 : cum nox ... dlscrimen omne pudoris 
exstinxisset. Voy. Callewaert, Le Cod. Fuld., p. 344. 

7,6. cum vel ex forma omnium mystcriorum (omnibus 
mysteriis P) silentii fides debeatur F 

Qui a pu trahir nos crimes ? dit Tert, « En effet, ce ne sont 
pas les coupables eux-mêmes, assurément, puisque la règle 
formelle de tous les mystères impose un silence inviolable. » 

Cf. Ad nat., 1, 7, p, 68, 21 : cum vel ex forma ac (Rig., a 
A) lege omnium mysteriorum fides debeatur. En vertu de la 
règle et de la loi de tous les mystères, le silence (ou le secret) 
est dû (imposé à tous les initiés). Tert. emploie souvent forma 
dans le sens de lex, modus, ratio (voy. Oehler, ad De idol., 
18, p. 52, 13). C'est le sens que ce mot a ici comme le prouve 
le synonyme ac lege. Dans V Apologétique, Tert. n'a fait que 
supprimer ce synonyme, parce qu'il recherche toujours une 
énergique concision. Ex forma exige un déterminatif : « la 
règle de tous les mystères». 2,10: ex forma malorum iudi- 
candorum, d'après les règles de la procédure criminelle. 20, 3 : 
naturalium forma, les lois de la nature. 46,1 : eadem forma 
qua. 47, 14 : rerum forma. Ad nat., 1, 2, p. 60, 17 : contra for- 
mam iudicandorum malorum. 1, 9, p. 73,1 : ex forma naturali. 
2, 3, p. 98, 26 : secundum animalis formam. De test, an., 4, 
p. 139, 24 : naturalem formam timendi mortem. De idol., 18, 
p. 52, 13 : ex forma dominica, suivant la loi du Seigneur. Le 
correcteur de P a voulu donner un complément (datif) à de- 
beatur, qui n'en a pas besoin et il en a privé ex forma qui en 
exige un. Cf. Callewaert, Le Cod. Fuld., p. 345. 

7,6. quae prodita etiam humanam animadversionem 
provocabunt, dum divinitas servatur. F 

P a intérim etiam et dum divina servantur. — Le scribe de F 
a oublié intérim. La fin de la phrase est fautive dans F et dans 
P. Il faut lire : dum divina servatur. 

Les mystères de Samothrace et d'Eleusis sont tenus secrets : 
à combien plus forte raison le sont ceux dont la révélation 

12 


178 APPENDICE I 

provoquerait la vengeance des hommes, en attendant celle 
de Dieu. 

Cf. Ad nat., 1,7, p. 68, 22 : quae prodita non vitarent intérim 
de humana animadversione praesentaneum supplicium. Sur 
ce texte, fort altéré dans VAgobardinus, voy. Hartel, Pair. 
Stud., p. 38,2. 

Tert. donne souvent à intérim le sens de « pour le moment, 
provisoirement ». Voy. 8,1 ; 19,2 ; 3 ; 5 ; 21, 14 ; 26 ; 27,6 ; 
41,3 ; 42,8. Au moyen de intérim, il annonce dum. Voy. 21,14 ; 
46,2. 

Junius dit (Notae, p. 27) : Lego cum Latinio : humanam 
animadversionem provocabunt, dum divina servatiir, nempe 
animadversio. L'antithèse humanam et divina, ainsi que le 
rythme (crétique et trochée) recommandent cette lecture, 
qui a été le plus généralement suivie. Servare est souvent 
employé pour le composé reservare. De exh. cast., 7, p, 747,8 
0. : sed Christo servabatur ... legis plenitudo. Le neutre pluriel 
divina nuirait à la force de l'antithèse et le féminin divinae 
(De la Barre) donne une clausule plus rare. 

Il en est de même de divinitas de F et de divinitus (conjec- 
ture d'Oehler). Divinitus (= a Dec) conviendrait au sens et 
à la grammaire. Rauschen cite Cyprian,, Ad Demetr., 17 : 
nec umquam impiorum scelere in nostrum nomen exsurgitur, 
ut non statim divinitus vindicta comitetur. Cf. De pud., 18,2 : 
quae ... antiquitus cauta sunt. De an. 44, p. 373, 19 : sane per- 
suaderer divinitus jactum. 47, p. 378,15 : siquidem et Nabu- 
chodonosor divinitus somniat. 

L'altération est plus grande ici dans F que dans P. 

7,7. cum semper etiam piae (impiae P) initiationes 
arceant profanes F 

Ad nat., 1,7, p. 68,26 : cum etiam (Rig. ; cum enim A) iusta 
et licita mysteria. Les initiations pieuses elles-mêmes, dit 
Tert., écartent les témoins ; ainsi en est-il à plus forte raison 
des initiations impies (telles que sont à vos yeux celles des 
chrétiens), lesquelles ont tout à craindre d'une dénonciation, 
— à moins, ajoute ironiquementTert., que les initiations impies 
ne craignent moins 1 Impiae est évidemment une distraction 


CHAP. 7,7-12 179 

du copiste ou plutôt une correction erronée d'un lecteur 
chrétien, qui a cru que les mystères païens ne méritaient 
en aucun cas l'épithète piae. Voy. Rausciien, p. 20. 

7,12. Exinde in traduces linguarum et aurium serpit, et 
ita modici seminis vitium cetera rumoris obscurat, ut 
nemo recogitet, ne primum illud os mendacium semi- 
naverit FP 

Dans P, il y a une division fautive des mots : ceterarum 
oris. — Voici le passage correspondant de Ad nat., 1,7, p. 
67, 21 : serpit et modicum originum vitium rumoris obscurat, 
ut nemo recogitet ... C'est la leçon de A (Agobardinus), Avec 
Rigault, il faut lire rumores. 

Dans l'Apol., cetera rumoris (== ceteros rumores) a pris la 
place de rumores. Cetera avec le gén. partitif est très fréquent 
dans Tert. De spect., 1, p. 1,2 : inter cetera saecularium erro- 
rum. De idol., 11, p. 41,9 : si cetera delictorum recogites. Avec 
un génitif singulier : De pud., 17 : cetera carnis. De cultu fem., 
2,9 : cetera corporis. De exh. cast., 1 1 : inter cetera bonae 
mentis. Voy. H. Hoppe,Syn^ax, p. 20. 

De même, seminis remplace originum, dont il est synonyme; 
en effet, semen ou semina signifie « germe », de là « cause » 
et « source, origine, commencement ». Quint., Inst. or., 
2, 20, 6 : initia quaedam ac semina. Tac, Orat., 33 : semina 
veteris eloquentiae. Tert. aime à dire modicus pour parvus. 

Ce passage a toujours été mal compris, depuis Gelenius, 
qui le premier a changé obscurat en obscurant, sous prétexte 
que ce sont les rumeurs postérieures qui obscurcissent l'ori- 
gine et non inversement. Sur les autres conjectures, voy. la 
note d'Oehler et Hartel, Pair. Stud., II, p. 36, note 2. 

Remarquons que F et P sont d'accord avec Ad nat. D'après 
Oehler, un ms (Erlangensis) a modicum dans VApot. Mais 
Tert. a préféré dire la seconde fois modici seminis vitium, ce 
qui est plus clair que modicum seminis vitium. Van der Vliet, 
p. 21-22, a peut-être raison de proposer dans Ad nat. : 
modic{aryum originum vitium. En effet, ce qui est modique, 
humble et obscur, ce sont les origines de la renommée. 

Le défaut (vitium) inhérent à cette humble origine ou. 


180 APPENDICE I 

comme Tert. dit dans VApoL, à cette humble semence, con- 
siste précisément à être humble ou obscure ; et ce défaut a 
pour effet de rendre obscures (obscurat) . les rumeurs qui 
suivent la première rumeur et se répandent partout. Il les 
rend si obscures qu'on ne songe plus à remonter à l'origine, 
pour voir si la première bouche a semé le mensonge ou la 
vérité. — On a eu tort de croire que, pour Tert., toute fama 
est fausse dans son origine et dans son développement et 
l'on a cru que vitium désigne la fausseté qui l'entache dès son 
origine. Mais, si la fama ne mérite pas créance, c'est unique- 
ment parce qu'elle est incertaine {qui sapiens est, non crédit 
incerto) : on ne sait pas si elle est vraie ou non. On ne remonte 
pas à l'origine des rumeurs, parce qu'elles sont obscures, 
et cette obscurité vient de l'humilité, de l'obscurité de leur 
origine. 

Il ne faut donc rien changer dans le texte de VApol. Dans 
Ad nat., il faut lire rumores avec Rigault (comme proditores 
pour proditoris, p. 68,24) et probablement modicarum avec 
Vander Vliet. 

Il est difficile de rendre les métaphores traduces (sarment 
qu'on fait passer d'un arbre à un autre pour former une nou- 
velle vigne ; au fig., intermédiaire, canal, héritier), seminis, 
seminaverunt. On peut traduire : « Ensuite, à mesure que 
la renommée se glisse de bouche en bouche, d'oreille en oreille, 
comme par autant de canaux (une métaphore remplacée 
par une autre), le vice inhérent à l'humble semence (à ses 
origines obscures) rend si obscures les rumeurs qui circulent 
ensuite, que personne ne songe à se demander si ... ne ... pas ...)> 

7,13. ex dispositione divinae naturae, quae ita ordinavit, 
ut nihil diu lateat F 

Dans P, divinae manque. — Tert. semble faire allusion 
à Matth., 10,26 : Nihil enim opertum quod non revelabitur, 
et occultum quod non scietur. Marc, 4,22. Luc, 8,17 et 12,2, 
Tert. cite ces paroles ailleurs : De paen., 6,10 ; De virg. vel., 
14. — Naturae seul a paru trop général : c'est Dieu qui est 
l'auteur de cet ordre. Tert. appelle Dieu, naturae auctor (De 
an., 16, p. 322, 3) ; artifex et praeses naturae (Ad nat., 2,4, 


CHAP. 7,13 — 8,5-6 181 

p. 102,10). — Il en est autrement si le verbe est au passif, 
comme Ad nat., 1,7, p. 67,26 : testibus sententiis et proverbiis 
vestris ipsaque natura, quae sic ordinata est (se. a Deo), ut 
nihil lateat. — Cf. De fuga, 12, p. 487,4 0. : Itaque qui eam 
praemio paciscitur, dispositioni divinae adversatur. 

8.5. Alii nos, opinor, natura. 

Sur alius avec un abl. déterm., voy. Liv., 1, 56, 7 : iuvenis 
longe alius ingenio. Sen., Contr., 10 pr. 4 : cum alius animo 
esset. Tert., De an., 12, p. 317, 28 : non ut substantia alium 
(animum). Thés. l. L, I, 1651, 37. 

8.6. Sed ignorantibus subicitur et imponitur. Nihil enim, 
etc. 

Les traducteurs français se sont trompés sur le "sens de 
cette phrase. M. de Genoude traduit : « Mais, nous dira-t-on, 
on trompe, on surprend des ignorants ! Comme s'ils pou- 
vaient ignorer les bruits qui courent à ce sujet, comme s'ils 
n'avaient pas le plus grand intérêt à les approfondir et à 
s'assurer de la vérité I » — Avec Rigaltius, on prend subicitur 
et imponitur pour deux passifs impersonnels. En effet, im- 
ponere alicui, en imposer à qqn, tromper qqn, est classique, 
mais subicere ne se construit pas ainsi et n'a pas ce sens. Il 
signifie : « glisser furtivement, supposer, substituer fraudu- 
leusement ». Dans Ad nat., 1,7, p. 70,9, Tert. avait dit : Prius 
fallaciae negotium perpetratur: ignaris et dapes et nuptiae subi- 
ciuntur. On commence par une supercherie : sans que les 
néophytes s'en doutent, on les trompe sur la nature des mets 
(criminels) et des unions (incestueuses). De même ici, le sujet 
ne peut être que id, res (voy. la suite : Nihil enim taie) : « Aux 
néophytes ignorants, la chose est présentée d'une manière 
frauduleuse et imposée », On les force de participer à ce 
repas, à cette orgie, dont on leur cache la nature. — La réponse 
commence par Nihil enim taie. Elle est ironique. « En effet, 
ils ne savaient pas qu'on affirmait pareille chose des chré- 
tiens », c'est-à-dire : ils savaient évidemment, comme tout 
le monde, ce qu'on disait des chrétiens : voulant être initiés, 


182 APPENDICE I 

ils devaient naturellement y porter leur attention et s'en 
assurer avec soin. 

8.7. Atquin volentibus initiari moris est, opiner, prius 
patrem illum sacrorum adiré, quae praeparanda sint 
discribere. 

C'est la lecture de P. Discribere n'est qu'une variante de 
describere. De la Barre a ciescribere et Modius ne donne aucune 
variante de F. Mais describere est sujet à caution. 

Celui qui veut se faire initier aux mystères, dit Tert., va 
trouver le pater sacrorum et fixe (avec lui) les préparatifs à 
faire. Tert. présente le «père ou maître des mystères» comme 
un personnage bien connu (illum) : c'est lui qui instruit le 
néophyte des préparatifs à faire. Le néophyte ne fait que 
l'écouter. Ad nat., 1,7, p. 69, 29 : Sine dubio etiam initiari vo- 
lentibus mos est prius ad magistrum sacrorum vel patrem adiré. 
Tum ille dicet, etc. Apul., Met., 11, 22-23 : Indidem mihi prae- 
dicat {sacerdos praecipuus) quae forent ad usum teletae neces- 
sario praeparanda. Et protinus naviter et aliquanto liberalius 
partim ipse partim per socios coemenda procuro. 

Ici describere doit avoir le même sujet que adiré, c'est-à-dire 
le néophyte. Or, on vient de voir que le néophyte ne peut être 
sujet de describere, parce qu'il ne fait que recevoir les instruc- 
tions. Ce verbe, qui ne donne d'ailleurs pas une clausule or- 
dinaire, paraît donc corrompu {^). 

8.8. Quid si venire noluerint vel nullae fuerint ? Quid 
denique sine pignore singulares Christiani ? F 

Dans P, venire manque et il peut manquer après la phrase : 
Ante omnia cum niatre et sorore tua venire debebis. Tout le 
passage est rempli d'ellipses et venire est probablement une 
glose complétive. 


(') Pour ces raisons, Lôfstedt, p. 8i, propose de corriger discri- 
bere- en disccrc, qui convient au sens et donne une fin métrique 
(double crétique). 


CHAP. 8,7-8—9,2-4 183 

Au lieu de quid (*F), P a quod, pour quoi (voy. ci-dessus, 
p. 113). Sur sine pignore, voy. ci-dessus, p. 69. (^). 

9,2. usque ad proconsulatum Tiberii *FP 

On ne connaît aucun proconsul d'Afrique du nom de Tibe- 
rius. L'empereur Tibère ne fut jamais proconsul d'Afrique. 
Jos. Scaliger (Epist. 66 ad Casaub. Cf. Casaub. ad Script. 
Hist. Aug., p. 8 s.) explique : jusqu'à un proconsul (du règne) 
de Tibère et il lit: usque ad proconsalem Tiberii. La correction 
serait inutile, car usque ad proconsulatum Tiberii « jusqu'à 
un proconsulat du règne de Tibère », aurait le même sens. 
Mais Tertullien ajoute que la milice, les soldats que comman- 
dait son père attestent le fait. Il s'agit donc d'un proconsul 
du IJe siècle, dont le nom n'est pas autrement connu ou a 
été altéré dans tous les mss. 

9,2. teste militia patris nostri F ; teste militia patriae 
nostrae P 

S. Jérôme, De viris ill., 53, dit de Tertullien : pâtre centu- 
rione proconsulari. S. Jérôme a probablement puisé son ren- 
seignement dans ce passage de l'Apologétique. S'il en est 
ainsi, il faut admettre qu'il lisait dans son exemplaire de 
Tertullien : patris nostri, et non : patriae nostrae. 

9,4. Cum propriis filiis Saturnus non pepercit, extraneis 


(') Lôfstedt, p. 8t, cite d'autres exemples de cette tournure, 
r.ucr., 5,841 : /nitia sine ore ctiaiii, sine voltit caeca reperta. Senec, 
Quacst. nat., 6, 7, 5 : abstrasa enini ci sine posscssore déserta libcrius 
undis vacant. De tranq. an., 12 : ne aut labor irritas sit sine cifcctii 
(lut effectus labore indignas (Madvig propose de supprimer irritas 
el Gertz, sine effectii). Petron., Sat., 137,10 : inanes scilicct ac sine 
iiiedulla venlosas naces, Fortunat., Vita Palerni, 11,34 : offert et 
ancillam saain sine officio lingaae matant. 11 renvoie à ses observa- 
tions dans Berl. pliil. Woch.j 191 1, p. 1423, et à Vahlen^ Praef. de 
l'édition des Dialogues de Sénèque par Koch. 


184 APPENDICE I 

utique non parcendo persévérasse!, sed quos quidem ipsi 
parentes offerebant F 

P n'a pas sed. Le sens est : sed {eis non parcendo perseve- 
rasset), quos quidem... « oui, mais c'étaient des enfants que 
leurs propres parents offraient à Saturne ». — Sed et tamen 
sont ainsi employés avec l'ellipse du verbe de la principale, 
pour introduire une correction. Tert. tient à insister sur ce 
point : Saturne, qui dévorait ses enfants, aurait naturelle- 
ment continué à ne pas épargner les enfants des autres, mais 
— chose plus grave — c'étaient leurs propres parents qui les 
lui offraient. Et il ajoute que ces parents ne commettaient 
pas seulement un homicide, mais (ce qui est un plus grand 
crime) un infanticide. Cf. 23, 13 : cum plandu omnium, sed 
non Christianorum. 34,1 (dans P) : sed more communi. Scorp., 
11, p. 170, 12 : perdet autem eam (se. animam suam) ad prae- 
sens, qui confessus occiditur, sed (se. perdet) et inventurus eam 
in vitam aeternam. De an., 48, p. 380,1 : Daniel rursus ... aruit 
victu, sed (se. aruit) ut Deum inliceret humiliationis officiis. 
De pud., 7, p. 232, 15 : cum dico Christiarium iam peccatorem 
in parabola utraque portendi, non tamen (se. dico) ideo eum 
adfirmandum qui de facinore moechiae et fornicationis restitui 
per paenitentiam possit. Ad nat., 1,4, p. 64,9 : confessus est 
enim (Apollo) se deum non esse, sed (se. confessus est) eum 
quoque sapientissimum adfirmans qui deos abnuebat. Voy. 
Hartel, Patr. Stud., III, p. 5. 

9,5. Maior aetas apud Galles Mercurio prosecabatur. F 

P a le présent : prosecatur. Le culte barbare des Druides, 
avec ses sacrifices humains à Mercure (Tentâtes), avait été 
défendu aux citoyens par Auguste et aboli par Claude. Suet., 
Claud., 25. Plin., Hist. nat., 30,1, 4. Tert. a donc très pro- 
bablement écrit prosecabatur. Minucius Félix, 30,4, met aussi 
le passé : et Mercurio Gallis (se. ritus fuit) humanas vel inliu- 
manas victimas caedere. Dans la phrase suivante, Tert. parle 
aussi du passé (fabulas Tauricas). 


CHAP. 9,5-10 185 

9,6. Quot vultis ... ex ipsis etiam vobis... apud conscien- 
tias pulsem ? 

Pulsare signifie « heurter, frapper à coups redoublés » et 
l'on dit : pulsare ianuam, fores, ostium. On a cru que c'est 
à cette locution que Tert. emprunte sa métaphore et l'on 
a cité De test, an., 1, p. 134, 20 : tanc philosophi duri, cum veri- 
tatis fores puisant jï)t praescr.,i8: pulsate et aperietur. C'est une 
erreur. Pulsare dans la langue du droit veut dire« accuser ». 
Les exemples sont nombreux. Voy. Heumann-Seckel, Quellen 
des roem. Rechts, s. v. Kalb, Roem. Juristen, p. 128. — Apud 
conscientias peut signifier in conscientiis, comme le veut le 
Thés. l. /,, II, 339, 39 ; mais nous croyons qu'il veut dire 
plutôt : coram conscientiis. On dit accusare apud iudicem, 
accuser devant le juge. Thés. L /., II, 341, 52. H. Goelzer, 
Le latin de S. Avit, p. 581. 

9,10. Bellonae secatos Br ; Bellonae secator F; Bellonae 
sacratus P 

Rigaltius corrigeait sacratus en sacrâtes. Secator est une 
faute d'impression. Il faut maintenir secatos que donne la 
copie de Brème et que Junius approuvait. C'est la lectio dif- 
ficilior ; elle se comprend facilement et elle est dans le goût 
de Tert. La forme secatus pour sectus ne fait aucune diffi- 
culté. Voy. Neue-Wagner, Formenlelire, II F, 530. 

Bellonae secati est un terme de mépris pour désigner les 
prêtres de Bellone (bellonarii, fanatici, turba entheata Bello- 
nae, comme dit Martial, 12, 57, 11), qui se tailladaient les 
bras, « les cuisses », dit TertuUien avec la même note sati- 
rique. Le mot secare est généralement employé pour désigner 
ce rite. Tibulle, 1, 6, 43 : 

Ipsa bipenne suos caedit violenta lacertos 
Sanguineque elTuso spargit inulla deam. 

Lucain, Phars., 1,565 : quos sectis Bellona lacertis Saeva 
movet. Sen., De superst., p. 34 (ap. Aug., De civ. Dei, 6, 10): 
nie, inquit (Seneca), viriles sibi partes amputât (ce sont les 


186 APPENDICE I 

Gain de Cybèle), ille lacertos secat (ce sont les bellonarii). 
Sen., De vita beata, 26,8 : Cum aliquis secandi lacertos suos 
artifex brachia atque humeros suspensa manu cruentat. 
luv., 6, 105 : et secto requiem sperare lacerto. Lamprid., Vita 
Comm., 9 : Bellonae servientes vere exsecare brachiiim prae- 
cepit studio crudelitatis. Minucius Félix, 22,9 (24,4) : qui 
sanguine suo libat et vulneribus suis supplicat. 30,5 : et Bello- 
nam sacrum suum haustu cruoris imbuere, Lact., Inst. div., 
1,21, 16 : alla (sacra) Virtutis, quam eandem Bellonam vocant, 
in quibus ipsi sacerdotes non alieno, sed suo cruore sacri- 
ficant, Sectisque namque humeris ... currunt, ecferuntur, 
insaniunt. 

Tous ces auteurs disent que les bellonarii se tailladent 
les bras ou les épaules; c'est à dessein que Tert, seul remplace 
les bras par la cuisse. Les prêtres de Bellone, que Lampride 
appelle Bellonae servientes, peuvent bien être appelés Bellonae 
secati, toujours avec le même mépris « les entaillés de Bellone », 
les fidèles de Bellone aux cuisses tailladées, meurtries. S. 
Augustin, De civ. Dei, 7,26, appelle de même abs'cisi (castrati) 
les Galles de Cybèle : quod de abscisorum consecratione Mater 
deum coli meruit. 

Et usai datas signal peut être maintenu aussi. D'abord 
esui ne se trouve pas dans P qui a sui, mutilé pour esui (Ri- 
gault) ou usai. Cf. De resurr., 27, p. 65,1 : caro salita et iisui 
reposito. Le sang versé est offert à Bellone (on en aspergeait 
sa statue, dit Tibulle. Cf. Min. Félix, 22,9. Lact., Div. inst., 

I, 21, 16). Seuls, Tert. et Min. Félix (30,5) disent qu'il servait 
aussi dans l'initiation. Tert. emploie signare et consignare 
(littlt. mettre un sceau) pour désigner une cérémonie, une 
consécration qui achève l'initiation. Apol. 8,4. Adv. Val., 1, 
p. 176,8 : diutius initiant quam consignant. Cf. De Corona, 

II. Adv. Marc, 1, 28, p. 330, 9. Adv. lud., 8. L'initié buvait 
le sang (haustu humani cruoris, dit Min. Fel.) tiré de la cuisse 
ouverte : on le recueillait dans la main et on le lui donnait 
à boire, dit Tertullien. Il n'est nulle part question de sang 
donné à la foule, comme le dit Procksch, ni de fidèles autres 
que les prêtres. 

Traduisons littéralement : « Aujourd'hui même, chez vous, 
c'est le sang tiré d'une cuisse ouverte, recueilli dans la main. 


CHAP. 9,11-17 — 10,2 187 

et donné à boire, qui initie (ou qui consacre) les (serviteurs) 
tailladés de Bellone », c'est-à-dire : « qu'on le leur donne à 
boire pour les initier ». — Voyez les textes dans Marquardt, 
Le Culte, I, 94. Roscher, Lexicon der Myth., s. v. Bellona 
(Procl<sch). Pauly-Wissowa-Kroll, Realencyclopadie, s. v. 
(Aust). 

9,11. cervtis ille gladiatoris sanguinem iactavit F ; cervus 
ille in gladiatoris sanguine iacuit. P 

Junius imprime : Sanguine iactavit] ms. Sanguinem iactavit. 
Or, de la Barre a : in gladiatoris sanguine iactavit. D'après 
Junius, F aurait donc : in gladiatoris sanguinem iactavit, ce 
qui est incorrect. Peut-être faut-il lire : gladiatoris sangui- 
nem iactavit, il a remué, jeté çà et là le sang d'un gladiateur, 
il s'y est roulé. Ou bien : in gladiatoris sanguine se iactavit. 
Cf. Ovid., Met., 10, 721 : inque suo iactantem sangwne corpus. 

9,17. et semel error impegerit F ; et simul errer impe- 
gerit P 

La lecture de F peut se défendre : impegerit, subj. marquant 
la supposition : « supposez que » ou « si ». Hor., Sat., 2, 7, 32 : 
iusserit ad se Maecenas ... venire. luv., 3,78 : in caelum, ius- 
seris, ibit. Mais il nous paraît plus simple d'admettre que 
Tert. a écrit simul (= simul ac, cf. 1, 6). 

10,2. Deos vestros colère desivimus, ex quo illos non esse 
cognovimus. F 

C'est la lecture de F donnée par le Cod. Bremensis. Junius 
a imprimé fautivement desinimus et cognorimus. P a 
desinimus et cognoscimus. Ces fautes d'impression sont 
accompagnées d'une autre qui devait faire croire que les mots 
ex quo illos non esse manquent dans F, 

Junius a imprimé : 
Colère desinimus] desinimus et statim cognorimus. 

Il fallait imprimer : 
Colère desinimus] desivimus, et statim, cognovimus. 


188 APPENDICE I 

C'est-à-dire : F a desivimus au lieu de desinimus (^) et immé- 
diatement après cognovimus. Les mots et statim annoncent 
une autre variante de F {^). Modius ne dit donc rien des 
mots placés entre les deux verbes. 

10.5. Nunc ergo per singulos decurram, tôt ac tantes, 
novos veteres, etc. 

Tert. emploie souvent tanti dans le sens de tôt et quanti 
dans le sens de quoi. Voy. 1,6 ; 40,2 ; 50, 14. Ici, tanti est 
joint à toty et il en est synonyme. Pour faire ressortir l'idée 
de nombre, Tert. dit tôt ac tanti « en si grand nombre ». En 
effet, l'idée de grandeur (« si grands ») ne convient pas ici, 
attendu qu'il s'agit de tous les dieux païens, petits et grands. 
Voici un autre exemple de tôt ac tanti. De anima, 6, p. 307,5 : 
quid autem facient tôt ac tantae animae rupicum et barbarorum, 
quibus alimenta sapientiae desunt ... ? 

10.6. Ut conligam in compendium 

On ponctue toujours mal ce passage. On n'a pas songé 
qu'avec ce genre de formules, il y a souvent ellipse de la pro- 
position : « je dirai que » (^). Il faut donc comprendre : « Pour 
résumer, (je dirai qu') avant Saturne ... ». De pat, 5, p. 9, 11 : 
ut compendio dictum sit, omne peccatum impatientiae adscri- 
bendum est. Parfois la prop. princ, est exprimée. Adv. Marc, 
2, 27, p. 372, 21 : lam nunc, ut et cetera compendio absol- 
vam, ... proponam. Voy. encore Ad nat., 1, 13, p. 84,6 : Quare, 
ut ab excessu revertar (pour laisser là cette digression), agnos- 
cite vicinitatem. Cf. P. Henen, dans le Musée Belge, vol. 14, 
1910, p. 220. 


(^) Dans Junius desinimus (donné comme une variante de desi- 
nimus /) et cognorimus sont évidemment des fautes d'impression. 
Ici encore, le Cod. Bremensis est plus correct. 

(*) C'est ce que Lôfstedt a reconnu le premier, p, 82. Ailleurs 
(12, 4 et 13, 9), Modius introduit une nouvelle leçon par et mox. 

(^) Ce genre d'ellipses est fréquent dans la prose classique. Voy. 
Kûhner, Ausf. Gramm., 11, 2^, p. 233 (§ 186, 2, rem. 2). 


CHAP. 10,5-10 189 

10,7. Saturnum itaque, quantum litterae, neque Diodorus 
Graecus aut Thallus, neque Cassius Severus aut Cornélius 
Nepos, neque ullus commentator eiusmodi antiquitatum 
aliud quam hominem promulgaverunt ; si quantum 
rerum argumenta, nusquam invenio fideliora, quam apud 
ipsam Italiam ... F 

PM ont : si quantum litterae docent, ... si quantum rerum 
argumenta. — L'ellipse d'un verbe déclaratif {docent) est 
familière à Tertullien. Voy. Hoppe, Syntax, p. 145-146. On 
trouvera de mêrrie deux ellipses avec quantum au ch. 12, 1-2. 
De orat., 3, p. 182, 26 : Hoc quantum ad gloriam Dei, se. 
attinet. Hoppe, p. 146, n. 1. — Havercamp dit déjà : Docent 
abest a coll. Mod. nec scripsit forte auctor. On comprend aussi 
qu'un lecteur l'ait ajouté dans la tradition commune Q). 

F n'a pas si devant quantum litterae ; en effet, De la Barre 
ne l'a pas et Modius dit seulement : abest Tè docent. On peut 
s'en passer. Celui qui a ajouté docent aura ajouté si, pour 
l'opposer à si qui suit (eî (jiév... e^ oé;. 

Avec si, on sous-entend l'idée de requirimus, recogitamus: 
l'ellipse de si est plus hardie, mais n'étonne pas dans Ter- 
tullien (2). 

10,10. quorum genus in incerto est 

P a : quorum genus incertum est. — Adv. Marc, 1, 9, p. 
301, 26 : quod igitur quaeritur, quamdiu ignoratur, in incerto 
est, quamdiu quaeritur, et potest non esse, quamdiu in incerto 
est. Sali., lug., 46,8 : ut ... in incerto haberetur. Tacite n'em- 


(^) Au ch. 40, 2 : si famés, si lues statim « Christianos ad Uonem ! •>-> 
inclamant (F ; adclamatur P), on peut conjecturer que inclamaiit 
a été ajouté dans F et adclamatur dans P. 

{}) Lôfstedt, p. 89, cite Saint Avit, Homil., 7 (éd. Peiper, 
p. 117, 10) : si ad saccularem sapientiam, ecce lacrimas dignas rege 
viundano. Et, à titre de comparaison, Plin., Epist., 5, 6 : similiter 
nos, lit parva viagnis (se, confcravi). 


190 APPENDICE 1 

ploie pas moins de neuf fois la locution in incerto est. Voy. 
Gerber et Greef, Lexicon Taciteum, p. 614. Les locutions 
formées de in et d'un adj. neutre sont familières à Tertullien. 
Voy. 23,4. La lecture de P gâte la clausule (un crétique avec 
la première longue dissoute et un trochée). 

10,10. luctu publiée hurnatos F 

Il s'agit des empereurs consacrés (divi), qui ne sont jamais 
inhumés, mais brûlés, ce que Tert. n'ignorait pas. Mais humare 
signifie parfois, en général, « donner la sépulture» (9â7:Tet.v). 
Corn, Nepos, Eum., 13: Militari honestoque funere humaverunt, 
ossaque eius in Cappadociam deportanda curarunt. 

P n'a pas hurnatos ; ce mot a pu être omis à cause de mor- 
tuos qui suit et qui a la même terminaison. 

11,1. Sed quoniam F ; et quoniam P 

Dans PM, et est uni au dernier mot du ch. 10 : paret. Ter- 
tullien aime à dire sed pour passer à une autre idée. Comme 
set pour sed est assez fréquent dans les mss (voy. p. 71, ad 
5,3), on peut supposer que l'initiale S avait été laissée en 
blanc pour être tracée par le rubricator dans l'archétype de 
PM. 

11,3. Si nemo est (esset P), qui deos faceret F 

P a : Si nemo esset. Tert. ne veut pas dire : « S'il n'existait 
personne (maintenant) qui pût faire des dieux «, mais : S'il 
n'existe personne qui pouvait (alors) faire des dieux ». L'action 
de faceret dure dans le passé : c'est pourquoi, Tert. a dû 
mettre l'imparf. du subj. en dépit de la règle de concordance. 
Qui deos fecerit signifierait : qui ait fait les dieux (en une 
fois). Il dira de même au § 4 : Primo indignum est, ut alicuius 
opéra indigeret. Dans un cas semblable, Cicéron a dit : Cuius 
rei (se. amoris patriae) est tanta vis ...ut Ithacam illam ... 
sapientissimus vir immortalitoti anteponeret (De orat., 1, 44, 
196). Voyez Riemann-Goelzer, Gramm. comp., II, p. 732-733. 
Hoppe, Syntax, p. 67. Tertullianea, p. 6. En changeant est 
en esset, l'interpolateur de P a commis un contresens. 


CHAP. 10,10—11,1-8 191 

11,5. cum omnis rationis gubernaculo F 
Cf. De paen., 1,3: sine gubernaculo rationis. 

11.5. Imperfectum non potuit esse, quod perfecit omnia. 
FP 

Par quod perfecit omnia, on entend ordinairement totum 
hoc mundi corpus, l'univers qui a, dès le principe, rempli 
toutes ses fonctions d'une manière parfaite (§ 9). Mais ces 
mots ne peuvent guère avoir ce sens et, si l'univers a été 
créé, on ne peut pas dire de lui qu'il a tout achevé. Pour Ter- 
tullien, c'est le Dieu créateur qui a conçu le plan de l'univers 
(disposuit) et qui l'a réalisé (perfecit) par l'intermédiaire de 
son Verbe. Voy. 17,1 et 21,10-11. Ici, il s'exprime d'une ma- 
nière plus générale, parce qu'il veut que son raisonnement 
s'applique aux théories de tous les philosophes, soit qu'ils 
tiennent le monde pour l'œuvre d'un créateur, soit qu'ils 
le tiennent pour incréé, c'est-à-dire, sorti d'une matière éter- 
nelle par la loi des nombres ou par le hasard, etc. Le principe, 
dit-il, qui a réalisé toutes choses d'une manière parfaite ne 
pouvait pas être imparfait ; il devait se suffire à lui-même 
et n'avait pas besoin ni de Saturne ni des autres dieux. Dès 
le début, il a organisé l'univers à la perfection, d'après des 
lois immuables. Voy. le § 9. 

11.6. ante illum aliquem principem hominum (hominem 
P) F 

De corona, 7 : si fuit aliqua Pandora, quam primam ferai- 
narum memorat Hesiodus. Plus loin : principem feminam 
Evam. De paen., 2,3 : delicta ... a principe generis Adam 
auspicata. 

11,8 qui primus cerasa Romanis ex Ponto Italiae pro- 
mulgavit F. 

P a : cerasia ex Ponto — Cf. Ad nat., 2, 16, p. 129, 9 : Cera- 
sium Cn. Pompeius de Ponto {primus Itayiiae provolgavit. 
Dans Ad nat., Tert. avait attribué l'importation des cerises 


192 APPENDICE I 

{cerasum ou cerasium) à Pompée. II se corrige ici. Cf. Plin. 
Hist. nat., 15, 25 : Cerasi (les cerisiers) ante vidoriam Mi- 
thridaticam L. Luculli non fuere in Italia ad urbis annum 
DCLXXX ; is primum vexit e Ponto. Sur les erreurs com- 
mises par Tert, voy. plus loin, au ch. 46,13. On voit que 
Romanis manque dans P comme dans Ad nat., et, à première 
vue, ce mot semble faire double emploi avec Italiae. Mais 
Romanis est un datif d'avantage, tandis que Italiae est un 
locatif, comme Pieriae et Boeotiae, au ch. 21,29. Hoppe, 
Syntax, p. 21. 

11,12. et quicumque .similes sunt alicuius dei vestri, 
quem neminem integrum a crîmine aut vitio probare 
poteritis, nisi hominem negaveritis. FP 

La fin de ce passage est presque toujours mal comprise. 
Il faut suppléer esse et non fuisse. Pour prouver que vos dieux 
sont exempts de crimes ou de fautes, vous n'avez qu'un 
moyen, c'est de dire : « Ce ne sont pas des hommes 1 Ce sont 
des dieux ! Il ne faut pas les juger comme des hommes ! » 
C'est ainsi que dans les Grenouilles (v. 634) d'Aristophane, 
Xanthias dit de Dionysos, qui va être battu : eficep hh<; yàp 
éffTiv, oûx at'çrGr.o-eTau Tert. répond : Atquin, ut homines 
illos fuisse non potestisl{possitis P) negare, etiam istae notae 
accedunt, quae nec deos postea fados credi permittunt. Vous 
dites : Ce ne sont pas des hommes 1 Mais, d'une part, vous 
ne pouvez pas nier que vos dieux ont été des hommes (je vous 
l'ai prouvé au ch. 10) ; d'autre part, voici de plus des marques, 
des caractères qui ne permettent pas de croire qu'ils soient 
devenus dieux dans la suite. Si donc ils ont été des hommes 
à l'origine et s'ils ne sont pas devenus dieux dans la suite, 
vous ne pouvez pas dire : « Ce ne sont pas des hommes 1 » 
et votre justification de leurs crimes tombe. C'est un vrai 
syllogisme, Voy. la note de Woodham. Non poteritis, nisi 
negaveritis. At non potestis negare ; nam, ut non dei fuerunt 
ab initio (c. 10), ita ne postea quidem dei fadi sunt. Igitur non 
poteritis ... 

Les notae humanitatis (cf. 13,6 : nam hae sunt notae capti- 
vitatis), ce sont les crimes et les infamies des dieux, que Tert. 


CHAP. 11,12-15 193 

vient d'énumérer. Il va prouver ce qu'il vient d'affirmer par 
un argument ad hominem, il fait appel aux juges : 5/ enim ... 
Si le Dieu suprême conférait la divinité à de pareils criminels, 
vous ne condamneriez pas les hommes qui leur ressemblent ! 
— Il faut donc construire : Ut non potestis, ... (ita) accédant F. 
Dans P, potestis est devenu possitis, par une erreur du scribe 
(ou du remanieur), qui a pris ut dans le sens final ou consécutif 
(« pour que » ou « de telle sorte que »), ou par une simple 
faute de transcription. C'est un contresens manifeste et into- 
lérable. 

11.14. Suggillatio est in caelum (in caelo P) vestra iusti- 
tia F 

Le sens est clair : le Dieu suprême, suivant vous, s'est 
associé des dieux qui sont de vrais criminels. Or, vous, juges, 
vous condamnez les criminels. Votre justice est donc un ou- 
trage au ciel 1 Au lieu de condamner les criminels, faites-en 
plutôt des dieux ! La grammaire exige donc in caelum ; mais 
Tert. met assez souvent l'abl. au lieu de l'ace. Cf. 21,8 : in 
auro (FP) conversum Danaes. 12,5 : in insulis{ P; in insulas 
F) relegamm. 33,1 : de religione atque pietate Christiana in 
imperatore P {in imperatorem F). Voy. Hoppe, Syn/ax, p. 20-21. 
L'abl. est la lectio difficilior. Il faut remarquer cependant 
que m final se perd facilement : il suffit que le copiste ne voie 
pas ou qu'il oublie le signe de l'abréviation. — Sur suggillo 
et suggillatio, très fréquents dans Tert., voy. l'index d'Oehler. 

11.15. Quot tamen pptiores viros apud inferos reliquistis : 
aliquem de sapientia Socratem, etc. 

On traduit souvent : « un Socrate quant à la sagesse » ou 
« un Socrate par la sagesse ». On ne songe pas qu'il s'agit de 
Socrate lui-même. On peut dire que Domitien était un petit 
Néron par la cruauté (ch. 5, 4), mais non que Socrate était 
un Socrate par la sagesse. Les compl. de sapientia, de iustitia, 
de militia, etc., dépendent évidemment de potiorés «un Socrate, 
(supérieur à vos dieux) par la sagesse » etc. 

13 


194 APPENDICE i 

12.1. Cesso iam de istis *FM ; cesso iam de isto P 

Barraeus a : Cesso iam de istis (se. deis loqui), comme M. 
Modius ne relève pas de variante dans F. Isti (dei) est égale- 
ment sujet de quid non sint et de quid sint, qui suivent. De 
istis est donc préférable à de isto. 

12.2. nihil amplius deprehendo F ; nihil aliud reprehendo 
P 

P a : aliud. — Cf. 19, 4 : retrossiores deprehenduntur *F ; 
retrosiores reprehenduntur P. Ad nat., 2, 4, p. 100, 19 : quod 
si nomen istud proprium divinitatis ... in illo deo reprehensum 
(deprehensum corr. Goth.). Adv. Marc, 5, 12, p. 616, 8 : qui 
in carne fuerint reprehensi a Deo hic M (yulgo deprehensi). — 
Il faut admettre ou bien que Tert. donne parfois à reprehendo 
le sens de deprehendo « prendre sur le fait, trouver », ou bien, 
ce qui paraît plus probable, qu'il y a erreur de transcription. 
Dans F, reprehendo pour deprehendo n'est pas attesté : dans 
l'un des deux passages, Modius a noté formellement : depre- 
hendo ; dans l'autre, il ne dit rien, et de la Barre a deprehen- 
duntur. Cf. Van der Vliet, p. 28. 

12,6. qui Senecam aliquem pluribus et amarioribus de 
vestra superstitione peroraiitem probetis (reprehen- 
dlstis PM). F 

TertuUien met énergiquement les païens en contradiction 
avec eux-mêmes : ils frémissent, ils écument de colère, quand 
ils entendent les chrétiens dire que les dieux ne sont qu'une 
matière inerte, et ils applaudissent un Sénèque, quand il 
attaque avec violence les superstitions païennes ! C'est une 
allusion au De superstitione de Sénèque. Au ch. 46,4, Tert. 
dit la même chose des philosophes en général : Quin immo 
et deos vestros palam destruunt et superstitiones publicas com- 
mentariis quoque accusant laudantibus vobis ! Ces derniers 
mots, laudantibus vobis, expriment la même idée que probetis. 
Reprehendistis est une correction d'un lecteur distrait : elle 
ne convient pas au sens de la phrase et elle est incompatible 


CHAP. 12,1-7-13,1 195 

avec le ch. 46,4. Il faudrait au moins lire : (non} reprehen- 
distis, mais ce serait moins expressif que probetis. — Sur 
reprehendistis = deprehendistis (crétique et trochée), voy. 12,2. 

12,7. et imagines frigidas, mortuorum vestrorum (suo- 
rum P) simillimas.F 

Nous n'adorons pas les statues et les images glacées, sem- 
blables à vos morts, qu'elles représentent. Ces morts des païens 
sont leurs dieux, qui ne sont que des morts divinisés, comme 
TertuUien vient de le montrer dans le ch. 10-11. Cf. § 1 : 
nomina ... quorundam veterum mortuorum. 11,4: et quidem 
mortui ... qui mortui erat operam desideratums. 21,31 : sub 
nominibus et imaginibus mortuorum. Cf. 28,3; 29,1 ; 30,1. Ici, 
mortuorum vestrorum = deorum vestrorum. D'autre part, mor- 
tuorum suorum présente un sens très convenable : les statues 
glacées sont semblables à leurs morts, aux morts qu'elles 
représentent. TertuUien peut avoir écrit l'un et l'autre, mais 
mortuorum suorum paraît mieux convenir au contexte (cf. 
13,7); c'est aussi la lectio difficilior. 

12,7. Quod non est, nihil ab eo patitur, qui est. F. 

P a : Quod non est, nihil ab ullo patitur, quia non est. C'est 
bien l'idée de TertuUien ; ce qui n'existe pas ne peut recevoir 
d'injure de personne. Ad nat., 1, 10, p. 75, 8 : Quod omnino est, 
id contemni potest ; quod nihil est, nihil patitur. Igiiur quibus 
est, ab eis patiatur necesse est. Les païens méprisent les dieux 
auxquels ils croient. Les chrétiens ne les méprisent pas, parce 
qu'ils savent qu'ils n'existent pas : nos enim contemptores 
deorum haberi nulla ratio es, quia nemo contemnit, quod sciât 
omnino non esse (Ib., 1. 4). Tert. exprime ici brièvement ce 
qu'il avait développé dans Ad nationes. — F n'a pas de sens, 

13,1. ut (qui P), quos praesumitis esse, neglegatis (negle- 
gitis P), quos timetis, destruatis (destruitis P), quos 
etiam vindicatis inludatis (inluditis). F 

Modius ne donne pas inludatis, parce qu'il n'a pas transcrit 
la phrase jusque-là : il s'est arrêté à destruatis, sans doute 


196 APPENDICE î 

par inadvertance. Il est probable que F avait aussi inludatis ; 
s'il avait eu inluditis, comme Barraeus, il faudrait le corriger. 
Dans P, ut est remplacé par le relatif, qui peut être suivi de 
l'indicatif, bien qu'il ait un sens causal. Hoppe, Syntax, p. 74. 
P donne une clausule fréquente (double crétique) ; F donne 
un spondée et un trochée (au lieu d'un ditrochée). 

13,2. Praelatio alterius sine alterius contumelia non 
potest esse. F 

P a : non potest procedere. Cf. Ad nat., 1, 10, p. 75, 13 : 
praelatio alterius sine alterius contumelia non potest. Ici, 
potest est employé absolument, comme l'a déjà vu Goth, et 
comme Hartel l'a montré dans ses Patrist. Stud., II, p. 46, 1. 
Potest ayant pour sujet un nom de personne signifie valet ; 
avec un nom de chose comme sujet, il signifie potest esse. 
De idol., 10, p. 40, 16 : quomodo repudiamus saecularia studia, 
sine qui bus divina non possunt {= esse non possunt)? Adv. 
Marc, 1,25, p. 326, 16 : Non poterit ea bonitas (se. esse) sine 
suis dotibus. De test, an., 5, p. 141,5 : sine quibus etiam hodie 
beatior et locupletior et prudentior sermo non potest. De bapt., 
13, p. 212,29 : vestimentum quodammodo fidei, quae rétro erat 
nuda nec potest iam sine sua lege. De pud., 5, p. 227, 8 : iam 
nec ipsa (idololatria) sine nobis potest. De an., 18, p. 328, 14 : 
ut probet alterum sine altero {sensum et intelledum) passe. 
De pallio, 6, p. 995, 1 0. ; De resurr., 45, p. 524, 23 ; Adv. 
Marc, 4,24, p. 223, 27. Dans plusieurs passages, des mss 
où les éditeurs ont ajouté esse ou remplacé potest par une 
autre tournure : c'est qu'on n'a pas compris le sens de potest 
employé absolument. — On peut croire iqu'ici F a ajouté esse 
et que P a ajouté procedere. L'addition différente dans les deux 
traditions peut venir des copistes, qui ont inséré des gloses, 
ou d'un remanieur. Il faut donc supprimer esse dans F et 
procedere dans P. — Remarquons que la clausule sera un 
double crétique. La lecture de F donne une clausule fréquente 
(un crétique et un trochée) ; celle de P est douteuse. 

13,3. Iam (iam ergo P) contemnitis quos reprobatis F. 

Tert. emploie iam ergo ou iam seul « à présent » pour mar- 


CHAP. 13,2-6 197 

quer une conclusion qui se dégage naturellement de ce qui 
précède. Voy. iam ergo 23, 8 ; 47,14 ; iam seul 5,1 ; 21,27 ; 
48,2 ; 49,5, etc. 

Ici, iam « et puis » correspond à primo. Tert. distingue 
deux cas : 1° la préférence donnée à un dieu, qui est une 
offense indirecte pour les autres ; 2° la réprobation formelle 
d'un dieu par un vote du sénat, qui est un outrage direct pour 
lui, parce que le status de ce dieu dépend des hommes. 

Mais le deuxième point, introduit par iam, est aussi une con- 
séquence du premier : puisque la préférence donnée à un 
dieu est un outrage pour les autres, il s'en suit qu'on méprise 
ceux qu'on réprouve. 

Tert. peut donc avoir écrit : iam ou iam ergo. 

13,6. Maiestas quaestuaria efficitur : circuit cauponas 

religio mendicans ; exigitis mercedem pro solo templi, 

pro aditu sacrarii (sacri P). Non licet deos gratis nosse, 
vénales sunt. FP 

C'est ainsi qu'il faut ponctuer cette phrase. « La majesté 
des dieux devient un objet de trafic : la religion fait le tour 
des cabarets en mendiant ; vous percevez des droits, tant 
pour entrer dans l'enceinte du temple, tant pour avoir accès 
au sanctuaire. On ne peut pas connaître les dieux pour rien, 
ils sont à vendre ». Le trafic est donc de deux sortes : 1° les 
ïsiaci ou prêtres d' Isis et hsGalli ou prêtres de Cybèle portent 
leur déesse de rue en rue (vicatim, dit Min. Félix, 22,5 = 24,3 ; 
de cabaret en cabaret, dit spirituellement Tert.) et font une 
collecte en mendiant {stipem colligere) ; 2° pour avoir accès 
au temple d'un dieu de l'Etat, il faut payer un prix perçu 
par les publicains. Conclusion : Non licet ... Tertullien parle 
dans les §§ 5-6 des publia dei et il ne faut pas oublier que 
depuis longtemps (voy. ch. 6,8 et 25,4), Cybèle et Isis avaient 
été adoptées par l'Etat romain. Sur les Galli mendiants, voy. 
Phèdre, 1, 2, 4-7 ; S. Augustin, De civ. Dei, 7, 26 (à Carthage). 
Apulée, Met,, 8, 27-28, met en scène les Isiaques. 

13,6. pro aditu sacrarii F ; pro aditu sacri P 

Ad nat., 1,10, p. 77,5 : pro aditu sacri. Ulpien distingue entre 


198 APPENDICE 1 

locus sacer et sacrarium. Dig., 1, 8, 9, 2 : Illud noiandum est 
aliud esse sacrum locum, aliud sacrarium. Sacer locus est locus 
consecratus, sacrarium est locus, in que sacra reponuntur, 
quod etiam in aedificio privato esse potest. Sacrarium désigne 
donc un temple, un sanctuaire, et Tert. distingue ici « l'accès 
de l'enceinte du temple » (pro solo templi) et « l'accès 
de l'intérieur du temple » {pro aditu sacrarii). Le sacrifice 
fait à l'intérieur du temple s'appelle penetrale sacrificium. 
Festus, p. 250 M, p. 297 Lindsay : Penetrale sacrificium 
dicitur, quod interiore parte sacrari conficitur. Au ch. 16,4, Tert. 
dit : in sacrario suo, en parlant de la partie secrète du temple 
de Jérusalem. On dit : sacrarium Bonae Deae (Cic, Pro Mil., 
31), Fidei, Vestae, etc. Voy. le Dict. de Freund. — Sacrum 
désigne un objet du culte ou une cérémonie religieuse ; il 
s'emploie surtout au pluriel, sacra, objets du culte ou le culte 
lui-même. Sacrum et sacra sont rares pour désigner un lieu 
consacré, un sanctuaire. Dig., 48, 13, 11, 1 (Paulus) : Sacrilegi 
capite puniuntur. Sunt autem sacrilegi, qui publica sacra 
compilaverunt. At qui privata sacra vel aediculas incustoditas 
temptaverunt, amplius quam jures, minus quam sacrilegi me- 
rentur. Quare quod sacrum quodve admissum in sacrilegii 
crimen cadat, diligenter considerandum est. 

Il résulte de là que sacrum est beaucoup plus rare que 
sacrarii. 11 se peut que Tert. ait écrit sacri dans Ad nat. et 
que, dans VApoL, il ait préféré le mot plus ordinaire, sacrarii, 
qu'il emploie aussi au ch. 16,4. 

13,7. Ut aetas, ut ars, ut negotium mortui fuit, ita deus 
est. 

Mortui désigne le dieu qui est mort. Ad nat., 1,10, p. 77,14 : 
easdem statuts inducitis formas, ut cuique ars aut negotium 
aut aetas fuit : senex de Saturno, imberhis de Apolline, virgo 
de Diana figuratur et miles in Marte et in Vulcano faber ferri 
consecratur. Tert. dit que les dieux, qui ne sont que des morts, 
sont représentés, par leurs statues, tels qu'ils étaient vivants, 
tout comme les hommes. De spect., 13, p. 15, 22 : dum mortui 
et dei unum sunt. Voy. ci-dessus, ch. 12,7. 


CHAP. 13,7-9—14,1 199 

13,9. inter lunones et Cereres adoratis F ; inter lunones 
et Cereres et Dlanas adoratis. P 

Vous adorez Larentina, une prostituée, parmi les Junons, 
les Cerès et les Dianes ! Tert. clioisit les déesses les plus nobles, 
les plus dignes, les plus pures. Diane est à sa place dans cette 
énumération. Dans la tradition de Fulda, Dianas est peut- 
être tombé par une inadvertance du scribe. Cependant il 
n'est pas indispensable. Havercamp dit : Abest a coUatione 
Mod. utpote morosa virgo. Sed tamen nec-pudicam Endymionis 
somnus facit. Il se peut donc aussi que Dianas soit une glose 
insérée dans P. 

13,9. de paedagogiis aulicis nescio quem P 

F a : de paedagogis, ce qui n'a pas de sens. Voy. ci-dessus, 
p. 36. — Le neutre paedagogium « école d'esclaves » est sou- 
vent employé pour désigner les esclaves (pueri) qui fréquentent 
le paedagogium. Sen., Epist., 123, 7 : omnium paedagogia 
oblita fade vehuntur. De vita beata, 17, 2 : quare paedago- 
gium pretiosa veste cingitur? De tranq. an., 1,8 : praestringit 
animum adparatus alicuius paedagogii. Antinous, dit Tert., 
est un esclave des écoles de la cour impériale. 

13,9. synodi deum facitis 

F a Cinhothi. P a conservé la bonne leçon : sinhodi. Le 
sens est : in deorum synodum (= collegium) coopîatis. Nous 
avons vu plus haut : curia deorum (6,8). De spect., 7, p. 8,28 : 
illius urbis (se. Romae), in qua daemoniorum (== deorum) con- 
ventus consedit. Ibid., 12, p. 15, 11 : omnium deorum templum 
est (Capitolium). CIL., III, 1061, à Apulum, en Dacie : I(ovi) 
O(ptimo) M(aximo) et consessui deorum dearumque ... Anti- 
nous n'a pas seulement été divinisé : on l'a fait entrer dans 
le conseil des dieux. En Egypte, il siège avec les dieux égyp- 
tiens. Kaibel, Inscr. Gr. Ital., 960-961 : 'Avt'.votj) cruvôpdvw 
Twv 8v AtyuTrTO) Oewv. 

14,1. Voie et ritus vestros recensere. Non dico quales 
sitis in sacrificando, cum enecta et tabidosa quaeque 


200 APPENDICE I 

(tabidosa et scabiosa quaeque P) mactatis ... : laudo 
(laudabo P) magis sapientiam, quod de perdito aliquid 
eripite. F 

« Je veux considérer aussi vos rites. Je ne dis pas de quelle 
avarice vous faites preuve dans vos sacrifices, quand vous 
n'immolez que des bêtes à demi mortes et pourries ... : je 
loue plutôt le bon sens que vous montrez en sauvant au moins 
une partie de ce qui est perdu ». 

Voilà le sens de ce paragraphe. A non dico est opposé laudo : 
Tert, dit ironiquement qu'il ne veut pas mettre en lumière 
la ladrerie des païens envers les dieux, mais qu'il loue plutôt 
{magis = potius) leur bon sens (i). De la Barre a laudo et Mo- 
dius garde le silence : le présent laudo est naturel après le 
présent non dico. La tournure ironique avec laudo revient 
au ch; 16,8 : laudo diligentiam. Cf. Juv., 4,18 : consilium 
laudo artificis. là., 12,21 : laudo meum civem. — Le futur 
laudabo, dans P vient d'un remanieur. 

On a fait remarquer que Tertullien ne parle ici des rites 
que d'une manière générale et qu'il ne les «passe pas en revue». 
De même au ch, 11,11, il avait dit : volo igitur mérita (se. 
deorum) recensere, et il n'avait pas non plus énuméré les 
« mérites », les flagitia, des dieux ; il s'était borné à les con- 
sidérer en général et à les apprécier. 

On a beaucoup discuté sur ces deux passages et l'on a 
inventé toutes sortes d'explications. On a dit que volo équi- 
vaut à velim, ou l'on a proposé de changer volo en nolo (Haver- 
camp et Hartel, Pair. Stud., Il, p. 50,\. Zeitschr. /. oest. Gymn., 
1869, p. 366). On n'a pas vu que recensere n'a pas ici son sens 
premier et signifie simplement « parcourir ou repasser dans 
son esprit » et de là « se rappeler, considérer, examiner ». Ce 
qui a trompé, c'est que Tertullien donne pour complément 
à recensere un nom plur. de choses qu'on peut énumérer. Mi- 


(') Au § 2, Sed cofiversîis ad litteras vestras, vient un autre sujet 
et sed sert à passer à ce nouveau sujet : « Mais (laissons ce sujet et) 
tournons-nous vers votre littérature ». 


CHAP. 14,2 201 

nucius Félix, 1,1 : Cogitanti mihi et cum animo meo Odavl 
boni et fidelissimi. contubernalis memoriam recensenti. Stat., 
Silv., 5, 3, 20 : At tu, seu ... fulgentesque plagas remmque 
elementa recenses ... — Min. Félix, 22,8 (24,3), qui passe les 
rites en revue, dit : Quorum ritus si percenseas, ridenda quam 
multa, etiam miseranda sunt ! 

P a un troisième adjectif, scabiosa, que Rigaltius supprime 
avec raison. Cet adjectif n'est pas dans Ad nat., 1,10, p. 78,15 : 
quod enecta et tabida quaeque mactatis. Il n'a pas son pen- 
dant plus loin : cum de opimis (opposé à enecta) et integris 
(opposé à tabidosa). Il trouble le parallélisme et n'ajoute rien 
à tabidosa, car tabidosa est plus fort que scabiosa. — Cf. De 
pud., 14,16 : cadaver ... tabiosum. 

14,2. cum filium suum Aeneam, ne interimeretur, rapere 
voluisset F ; quod filium suum Aenean paene interfec- 
tum ab eodem Diomede rappere vellet P 

En disant dans ce qui précède, Venerem humana sagifta 
vulneratam, Tert. commet une faute de mémoire. Homère (II., 
5, 336) dit qu'Aphrodite fut blessée à la main par la lance 
pointue du fils de Tydée, c'est-à-dire de Diomède. Minucius 
Félix, 24 (23), 3, dit : (Homerus) sauciavit Venerem. Tert. 
ne nomme pas Diomède et les mots ab eodem Diomede, dans 
P, ressemblent à une glose insérée dans le texte : eodem ne 
se rapporte à rien de ce qui précède. Le glossateur fait montre 
d'érudition, comme au ch. 1,8 ; il veut expliquer humana 
sagitta en rappelant que Vénus fut blessée par Diomède. 
Tertullien, comme Minucius Félix, expose les fictions d'Ho- 
mère, très rapidement, et il évite les noms et les détails. 

L'insertion de ab eodem Diomede aura amené les autres 
changements dans P. 

La clausule rapere voluisset (crétique et trochée) fournit 
un exemple du crétique dont les deux longues sont résolues ; 
Diomede rapere vellet donnerait trois trochées, avec résolution 
de la longue du deuxième. 

Dans son chap. 24 (22 dans P, 23 dans Halm et Boenig), 
Minucius Félix énumère, comme Tertullien le fait dans son 
chap. 14,2-6, les fables inventées par les poètes, M. Heinze 


202 APPENDICE I 

pense que c'est un des passages les plus instructifs pour éta- 
blir la priorité de Tertullien. Nous croyons que c'est un de 
ceux qui montrent le mieux comment M. Heinze défigure 
les idées de Minucius Félix pour prouver qu'il est un mala- 
droit compilateur, chaque fois qu'il se rencontre avec Ter- 
tullien. 

Le but de Tertullien, dit-il, est clairement indiqué et de 
ce but se dégage le principe du choix qu'il a fait parmi les 
fables : il veut montrer que les païens eux-mêmes ne res- 
pectent pas leurs dieux. Après avoir ënuméré les outrages 
qu'ils infligent aux dieux, il se tourne vers la littérature : 
Sed conversas ad litteras vestras ..., quanta invenio ludibria ! 
Et il choisit dans Homère et dans les poètes lyriques et tra- 
giques les fables où les dieux sont présentés sous un aspect 
ridicule Q). 

« Quel est le point de vue de Minucius ? dit M. Heinze. 
On est embarrassé de le préciser 1 » — Et il cherche ce point 
de vue dans la phrase qui, dans l'édition Halm, suit ce déve- 
loppement 1 (2) 


(•) S'il s'agissait de Minucius Félix, M. Heinze n'aurait pas 
manqué de faire remarquer que Jupiter qui a foudroyé son fils 
Esculape et les dieux des poètes dramatiques qui ont causé les mal- 
heurs de tant de nobles familles, sont plus odieux que ridicules. 
Il aurait dit que l'auteur perd de vue le principe de son choix 
(ludibria). 

(2) Nous croyons avoir Tprouvé (Musée Belge, lo, 1906, p. 83- 
100 = Studia Minuciana, p. 19-36 ; voyez notre édition classique 
et l'édit. critique publiée par Teubner) qu'il y a ici une interversion 
de deux feuillets dans l'unique ms. M. Heinze n'a tenu aucun 
compte de notre article et de nos éditions. En 191 2, W. A. Baeh- 
rens a tenté {M. Minucii Felicis Octavius, éd. W. A. Baehrens, 
Leyde) de défendre l'ordre suivi dans le ms, mais ses arguments 
(Praefatio, p. VI) nous paraissent prouver le contraire de sa thèse. 
C. M. Buizer se rallie à notre thèse de la transposition de deux 
feuillets ijQuid Minucius Félix in conscribendo dialogo Octavio sibi 
proposuerit, Amsterdam, 1915, p. 43-44), mais il n'a pas vu que 
Heinze interprète mal tout ce passage de V Octavius. 


CHAP. 14,2 203 

Or, Minucius indique nettement son point de vue dans sa 
première phrase et dans la dernière. Après avoir justifié la 
croyance chrétienne en un Dieu unique, créateur de l'univers 
et Providence (ch. 17-19), Minucius prouve que la religion 
païenne est un tissu de fables invraisemblables et d'erreurs 
ridicules (ch. 20-24). Les dieux sont des hommes divinisés 
(ch. 20-21). Leurs statues ne sont que matière inerte (ch. 22, 
1-7). Leurs rites excitent le rire ou la pitié (ch. 22, 8-10). Leur 
culte et leurs mystères sont ridicules ou odieux (ch. 23, 1-4). 
Les formes et les attitudes des dieux sont grotesques (ch. 23, 

5-7). 

Cela prouvé, il se demande pourquoi ces fables et ces erreurs 
ont la vie si dure. Ce sont d'abord nos parents qui en sont 
cause, car ils nous les inculquent dès notre enfance ; puis 
ce sont les poètes, qui revêtent toutes ces fables et ces erreurs 
des charmes de leur art. Plus grande est leur autorité, plus 
ils ont nui à la vérité. Aussi Platon a-t-il eu raison d'exclure 
de sa république Homère, le prince de ces menteurs, tout en 
reconnaissant son génie : Has fabulas et errores et ab imperitis 
parentibus discimus, et ... carminibus poetarum ... Minucius 
n'insiste pas sur l'influence des parents ; mais il s'arrête 
longuement aux fictions des poètes. Il en rappelle un certain 
nombre (i) ; puis il conclut, au § 8 : His atque fiuiusniGdi 
figmentis et mendaciis dulcioribus corrumpuntur ingénia 
puerorum et isdem fabulis inhaerentibus adusque summae 
aetatisrobur adolescunt et in isdem opinionibus miseri consenes- 
cunt ... Il termine par ce trait : cuni sit veritas obvia, sed requi- 


(') Minucius Félix, 24(23), i : Hic cnim praeciptius bello Troico 
deos vestros, etsi ludos facit, tainen m hominum rébus et actibus mis- 
cuit, etc. Il est vrai qu'Homère se joue, se livre aux jeux de l'ima- 
gination (car ce ne sont que poétiques mensonges, voy. § 8 : his 
atque huiusmodi figmentis et mendaciis') ; mais enfin, il prête aux dieux 
un rôle indigne : il les mêle aux choses et aux actes des hommes, 
etc. Dans notre édition classique, nous avons donné deux inter- 
prétations différentes de ludos facit. Cf. Phèdre, I, Prol., 7 : fictis 
iocari nos meminerit fabulis. 


204 APPENDICE I 

rentibus, alors que la vérité (opposée à mendaciis) s'offre d'elle- 
même, mais... à ceux qui la cherchent ! Nous ne la cherchons 
pas, aveuglés que nous sommes par l'enseignement de nos pa- 
rents et des poètes et nous restons empêtrés dans le mensonge. 

Ces idées se suivent et se lient admirablement. Après avoir 
méconnu la suite des idées et le but de Minucius Félix, M. 
Heinze a beau jeu de critiquer le choix fait parmi les fables 
d'Homère et des autres poètes. Il trouve étrange que Minu- 
cius ne choisisse dans les poètes que des fables qui mettent 
les dieux dans une posture ridicule, grotesque ou odieuse ! 
Mais Minucius n'a-t-il pas fait de même dans tout ce qui 
précède ? Octavius ne veut-il pas montrer, dans toute cette 
partie de son discours, que la religion païenne est un tissu 
de fables et d'erreurs ridicules, grotesques, odieuses et invrai- 
semblables ? Et ce caractère ridicule, grotesque, odieux des 
fables divines ne montre-t-il pas que ces fables ne sont que 
fictions, erreurs et poétiques mensonges ? Car qui ne voit que 
tout cela est invraisemblable chez la divinité ? 

Il arrive à Minucius de faire observer que l'histoire de la 
foudre de Jupiter forgée par le Cyclope est invraisemblable, 
attendu que la foudre a existé avant que Jupiter naquît 
en Crète, etc. Cette observation choque M. Heinze. Mais ne 
concourt-elle pas au but, qui est de montrer que toutes les 
fables des poètes ne sont que mensonge ? Parmi ces fables, 
Minucius Félix en a cité de scandaleuses et il se permet de 
dire : Quae omnia in hoc prodita, ut vitiis liominum quaedam 
audoritas pararetur. M. Heinze trouve que cette réflexion 
n'est pas à sa place (^) ! Ses autres critiques sont encore moins 
pertinentes. 


(') Si nous voulions raisonner contre Tertullien, à la manière 
de M. Heinze, nous pourrions demander: Pourquoi, ayant annoncé 
les hidibria deorum, mêle-t-il aux fables ridicules, des fables odieu- 
ses .'' N'est-ce pas parce qu'il imite Minucius Félix, qui, conformé- 
ment à son but, avait choisi des fables ridicules, grotesques ou 
odieuses, c'est-à-dire indignes des dieux, et par conséquent invrai- 
semblables et mensongères? Mais nous nous gardons de raisonner 
de la sorte. 


CHAP. 14,3-6 205 

"M. Heinze a le tort de ne pas considérer Minucius Félix 
en lui-même et il lui endosse continuellement des idées qui 
ne sont pas à lui ; puis, il déclare que ces idées ne sont pas 
à leur place et que cette maladresse de l'écrivain trahit le 
compilateur, qui ne sait pas faire un emploi judicieux de ce 
qu'il emprunte ! 

Minucius a eu le malheur de rencontrer deux hypercritiques: 
Aem. Baehrens, qui a maltraité son texte, et R. Heinze, qui 
a défiguré ses idées. 

14,3. sub commemoratione non ita dilectarum amicarum 
(non ita dilectarum iampridem amicarum P). F 

Allusion à Homère, 11., 14, 312 et ss. Zeus y parle de ses 
amantes d'autrefois : où yàp TcwitoTe |j.' w5s Ôeàç è'poç oùos 
yùvauoç ... é8à|j.a(7a-ev. Iampridem, donné par P, exprime 
le passé. Mais, dans Ad Nat., 2,10, p. 79, 9, cette idée du passé 
manque aussi : aut luxuriantem cum lunone foedissime inducit 
commendato libidinis desiderio per commemorationem et enu- 
merationem amicarum. Cf. Min. Félix, 22 (23), 4 : et loro Veneris 
inledum flagrantius, quam in adultéras soleat, cum lunone 
uxore concumbere. — Iampridem semble être une addition 
d'un lecteur qui a voulu préciser le temps de dilectarum. La 
clausule (crétique et trochée) reste la même. 

14,6. Ne (nec P) tragici quidem aut comici parcunt, ut 
non aerumnas vel errores domus alicuius dei praefe- 
rantur (praefentur P). F 

Praeferantur, dans F, n'est sans doute qu'une faute de copie 
pour praefarentur, que nous lisons dans le passage parallèle. 
Ad nat., 1,10, p. 79, 13 : Et tragici quidem aut comici pe- 
percerunt, ut non aerumnas ac poenas dei praefarentur ? Après 
un présent, surtout après un présent historique (non parcunt), 
Tert. met souvent l'imparf. du subj. Cf. Hoppe, Syntax, p. 67. 

Le passage a été presque toujours mal compris. La Cerda 
prend alicuius dei pour un génitif complément de domus : 
quid dicam de tragicis, quid de comicis, qui vix incipiunt opus 
absque praefatu alicuius calamitatis quae deo accidit. Oehler 


206 APPENDICE 1 

prend praefari dans le sens de audorem esse et tamquam caput ; 
alors dei devient sujet : les dieux, par leurs crimes et leurs que- 
relles, « préludent » aux malheurs des hommes, en font en 
quelque sorte la préface. Mais c'est donner à praefari un sens 
bien recherché. 

Praefari aliquid, c'est « dire qqch. en guise de préface », 
au début d'un ouvrage. Voy. 4,1. La praefatio d'un auteur 
tragique ou comique ne peut être que le prologue (depuis 
Euripide), où les origines de l'action sont expliquées. Or, 
dans les prologues, on voit souvent que les infortunes (aerum- 
nas) ou les égarements (errores) ou les souffrances (poenae) 
d'une illustre maison remontent à un dieu [dei, se. esse, gén. 
d'appartenance). Le jugement de Paris a pour suite la haine 
de Junon contre les Troyens et les malheurs des Atrides ; la 
rivalité de Junon est cause des fureurs d'Hercule ; Aphrodite 
se venge d'Hippolyte, etc. Pour la comédie, voyez l'Amphi- 
tryon. 

Grammaticalement dei ne peut être sujet ; car avec non 
parco = non abstineo, non omitto, le verbe subordonné doit 
avoir le même sujet que le verbe principal. Le contexte montre, 
du reste, que les poètes tragiques et comiques sont sujets : 
dans V Apologétique, comme dans Ad nationes, Tertullien 
énumère les actes ridicules ou indignes que les poètes épiques, 
lyriques et dramatiques prêtent aux dieux. Il n'accuse pas 
les dieux, mais les poètes. Il est vrai que c'est souvent un 
dieu qui joue le personnage du prologue (Apollon dans VAlceste 
d'Euripide, Aphrodite dans VHippolyte, Poséidon dans les 
Troyennes, Dionysos dans les Bacchantes, Hermès dans V Ion), 
de sorte que l'on peut dire que c'est le dieu qui annonce dans 
le prologue (praefatur) les malheurs d'une maison. Mais 
annoncer les malheurs d'une maison n'est pas une chose 
ridicule ni indigne. Ce qui est indigne, c'est de causer ces 
malheurs. De même que Tert. vient d'accuser Pindare d'avoir 
dit que Jupiter causa le malheur de son fils Esculape, il re- 
proche aux poètes dramatiques d'attribuer aux dieux, dans 
leurs prologues, les infortunes ou les égarements des hommes. 

14,8. Tamen cum paenitet sententiae Athenienses, ut 
criminatores Socratis postea efflixerint et imaginem eius 


CHAP. 14,8 207 

auream in templo conlocarint, rescissa damnatione 
testimonium Socrati reddiderunt. F 

La lecture de P est différente : Tamen mm paenitentia 
sententiae Athenknses, ut criminatores Socratis postea affii- 
xerint (affluxerint M) ..., rescissa damnât io testimonium Socrati 
reddit. PM. 

Voici le passage parallèle de Ad nat., 1,10, p. 79, 19 : Nam 
etsi idcirco damnatus est, cum paenituerit Athenienses dam- 
nationis, ut criminatores quoque impenderint, restit(uituyr 
testimonium Socrati, et possum retorquere probatum esse in illo 
(quod} nunc reprobatur in nobis. 

L'idée de Tert. est claire : Socrate, dit-il, montrait qu'il 
méprisait les dieux en jurant par le chêne, par le bouc et par 
le chien. On peut objecter, pour écarter le témoignage de 
Socrate contre les dieux, que Socrate fut condamné à cause 
de son mépris pour les dieux. Tert. répond : 1) sa condamna- 
tion prouve qu'il était dans la vérité, car la vérité a toujours 
rencontré la haine ; 2) d'ailleurs, les Athéniens ont réhabilité 
sa mémoire et, en le faisant, ils lui ont restitué (restituitur) 
le témoignage que leur sentence lui avait enlevé, c'est-à-dire 
qu'ils ont donné leur approbation à ses idées sur les dieux 
{probatum esse in illo quod ...). Testimonium désigne le témoi- 
gnage favorable rendu par celui qui juge, qui fait subir une 
épreuve. Voy. 39,4. 

Dans PM, on lit : ut criminatores (et non : et criminatores) 
et reddit (et non : reddidit). 

Dans Ad nat., les mots ut criminatores sont une correction 
d'Oehler pour discriminatores (A) ; inpenderint est de Goth. 
pour inpenderit (A). Après ces corrections, qui paraissent 
s'imposer, le texte de Ad nat. devient irréprochable. 

Le texte de F présente la même construction que celui de 
Ad nat., mais il n'est pas parfait. L'indicatif avec cum causal 
est assez fréquent dans Tert. (Hoppe, Syntax, p. 80. Blokhuis, 
p. 19), mais le présent historique, qui se rencontre souvent 
après les conjonctions temporelles (Kuhner, Ausf. Gramm., 
II, p. 87), est étrange après une conjonction causale. Il 
faut lire probablement avec Ad nat. : cum paenituerit. 

Le scribe de P semble avoir trébuché sur le même mot : 


^08 APPENDICE 1 

il a écrit paenitentia sententiae, ce qui se comprend à la vérité 
en soi-même (cf. Quint,, Inst. or., 12, 5, 3 : paenitentia coepti. 
9, 2, 60 : paenitentia dicti. Plin., Hist. nat., 17, 12, 19 : pae- 
nitentia gestae rei) ; mais, pour obtenir une construction 
régulière, il eût fallu changer ut en et {et ... afflixerint, et ... 
conlocarint = non modo ... sed etiam). Ut, qui est resté dans P 
et dans M, trahit la faute de paenitentia, qui a remplacé pae- 
nituerit. 

Efflixerint et afflixerint présentent la même image («abattre») 
et conviennent l'un et l'autre ; mais affligere se disait préci- 
sément d'une condamnation judiciaire qui « frappe « qqn. 
Thés. L t., I, 1236, 35. 

La fin de la phrase se rapproche plus du texte de Ad nat. 
dans P que dans F. Tert. n'avait pas dit : Athenienses testimo- 
nium Socrati restituerunt, mais impersonnellement : resti- 
tuitur testimonium Socrati. De même, P dit : rescissa damnatio 
■reddit. Il se peut que le scribe, ayant écrit : rescissa dam- 
natione, ait changé reddit en reddiderunt. 

Mais Tert. modifie souvent la rédaction du traité Ad natio- 
nes et il est probable qu'il a écrit ici : rescissa damnatione testi- 
monium Socrati reddiderunt, ce qui donne une de ses clausules 
favorites (double trochée, précédé d'un crétique) et une 
construction plus régulière {afflixerint, conlocarint, reddide- 
runt). 

Les clausules Socrati reddit (crétique et trochée) et Socrati 
reddidit (deux crétiques) sont d'ailleurs aussi très fréquentes. 

Cf. Hartel, Pair. Stud., Il, p. 52,2. 

14,8. Varro trecentos loves, sive luppiteros dicendum, 
sine capitibus inducit. 

lupiteros F ; dicendum *F ; lupitros dicendos PM. — Ad 
nat., 1,10, p. 79, 24: seu Iuppi(teros d}icendum est, où Ootho- 
fredus et Reifferscheid ont mis à tort: Iuppi(teres}. Cf. Hartel, 
Pair. Stud., m, 7\. 

On retrouve la construction impersonnelle dans De idol., 
50, p. 54, 15 : Quodsi deos dicendum erit, s'il nous faut nommer 
les dieux. De pallio, 3 : multa dicendum fuit. Ibid., 4 : Sarda- 
napalum tacendum est. De praescr., 23,1 : ad suggillandum 


CHAP. 14,8—15,3 209 

ignorantiam aliquam apostolorum. Voy. plus loin, ad 21,5. 
Cf. Hoppe, Syntax, p. 57,5. Avec l'ellipse du verbe es/, l'at- 
traction est plus fréquente : sive luppiteros dicendos. Voy. 
Hoppe, Sy/2/ax, p. 143. 

La forme plaisante luppiteros est sans doute tirée des 
Satires Ménippées de Varron ; en effet, Tertullien appelle 
ici Varron « le cynique romain », comme Arnobe, 6, 17, l'ap- 
pelle Menippeus. Le point, de départ de la plaisanterie des 
« Jupiters sans tête » est évidemment l'idée des Stoïciens, 
qui donnaient au monde, c'est-à-dire à leur dieu, la forme 
d'une boule. Sen., Epist., 113, 22: 5/ rotundam (figuram) 
mis, qualem deo dederint. 

Dans VApokol., 8, Sénèque fait aussi allusion au passage 
de Varron. Quel dieu faut il faire de Claude ? Un dieu stoïcien? 
Stoicus ? quomodo potest rotundus esse, ut ait Varro, sine 
capite, sine praeputio ? Est aliquid in illo Stoici dei, iam 
video : nec cor nec caput liabet. Varron, voulant faire rire des 
300 Jupiters, les avait sans nul doute « mis en scène » sous la 
forme d'une sphère, donc sans tête. Le nombre déterminé 
(300) est mis pour le nombre indéterminé. On distinguait 
une foule de Jupiters: Capitolinus, Latiaris, Feretrius, Creticus, 
Dictaeus, etc. Min. Félix, 23 (22), 6 : Ne longius multos loves 
obeam, tôt sunt lovis monstra quoi numina. Thebphil., Ad 
Autol., 1,10 : 7Lauop.a!. Se crou xàyw txcJo-O!, Zr^veç sûpîo-xovTat.. 

C'est Havercamp qui a le premier rapproché le passage 
de Sénèque. 

15,3. Quid quod (*F) imago dei vestri ignominiosissimum 
(*F) caput et famosum vestit ... ? Nonne violatur maies- 
tas et divinitas constupratur, plaudentibus vobis ? F 

Ipsum quod imago dei vestri ignominiosum caput et 
famosum vestit ..., nonne violatur maiestas et divinitas 
constupratur laudantibus vobis. P 

Modius, qui relève deux variantes dans cette phrase, n'en 
donne pas pour Quid quod, qu'il lisait dans De la Barre. Nous 
avons cru pouvoir conclure que F avait Quid quod, mais il 
reste un doute. 

14 


210 APPENDICE 1 

lî y a une gradation du § 2 au § 3 : quid quod et ipsum quod 
conviennent donc également. Tert. vient de dire que, dans 
les pantomimes, les dieux jouent un rôle indigne. Il ajoute 
une circonstance aggravante : c'est que l'acteur, qui prend 
la figure d'un dieu, est un être ignominieux et infâme et que, 
par ce fait, la majesté divine est violée et souillée, au milieu 
des applaudissements 1 

Tert. aime la locution ipsum quod (ch. 6, 10), qui rempla- 
cerait ici ea ipsa re quod. Il en est de même dans Adv. Prax., 
9, p. 240, 10 : Ipsum, quod Pater et Filius dicuntur, nonne 
alius ab alio (alius) est ? De anima, 32, p. 355, 14 : Ipsum 
enim quod hominem similem bestiae iudicas, confiteris ani- 
mam non eandem similem dicendo, non ipsam. 

Avec ipsum quod = eo ipso quod, qui est conforme à l'usage 
de Tert., la période n'est pas coupée après repraesentat et le 
rapport entre ses deux parties est clairement exprimé. 

Avec quid quod, la période est disloquée et l'on attendrait : 
Nonne eo violatur ... ? Sans eo, l'interrogation finale (Nonne 
violaiur) devient générale et se rapporte aussi bien au rôle 
indigne joué par les dieux (§ 2) qu'au fait qu'ils sont figurés 
par des infâmes (§ 3). Or, ce n'est pas l'idée que Tert. veut 
exprimer. Il est donc probable que quid quod est une inven- 
tion de Rhenanus, qui a échappé à Modius. 

15,4. Plane religiosiores estis in cavea, ubi super sangui- 
nem humanum, super inquinamenta poenarum proinde 
saltant dei vestri, argumenta et historias noxiis minis- 
trantes, nisi quod et ipsos deos vestros saepe noxii in- 
duunt. FP 

Adv. nat., 1, 11, p. 80, 5 : Plane religiosiores estis in gla- 

diatorum cavea ubi super proinde saltant dei vestri 

argumenta et historias nocentibus erogandis, aut in ipsis deis 
nocentes puniuntur. 

Avec Hartel, Pair. Stud., II, p. 54, note 1, nous conservons 
dans Ad nat., proinde {perinde Reiff.) « de même », comme 
dans les pantomimes, et aut puniuntur (ut puniantur Reiff.). 


CHAP. 15,4 211 

Il s'agit de scènes mythologiques qu'on force les condamnés 
à mort {noxii ou nocenies) de jouer dans l'amphithéâtre et 
qui se terminent par une mort affreuse de ces condamnés : 
Hercule périssant dans les flammes, Attis mutilé, Orphée 
déchiré par les bêtes. Tert. en cite deux. On en trouvera 
d'autres dans Martial {Lib. spect., 5. 7. 8.), qui dit (7, 12) : 
in quo, quae fuerat fabula, poena erit. 

Dans l'ApoL, comme dans Ad nat., Tert. distingue deux 
sortes de représentations : 

10 La mythologie ne fournit que les sujets : argumenta et 
historias noxiis minisirantes. Les noxii ne jouent pas le rôle 
de dieux : ils empruntent l'action à la légende mythologique 
et substituent des rôles humains aux rôles divins. On trouvera 
un exemple de ce cas dans Apulée, Met., 10, 23 (Pasiphaé, 
mentionnée aussi par Martial, Lib. sped., 5). 

2° Les noxii prennent la figure des dieux, ils les incarnent 
pour ainsi dire (induunt) et ils jouent leur rôle : c'est dans 
la personne des dieux {in ipsis deis) qu'ils sont punis. 

En d'autres termes, l'acteur joue, par exemple, le rôle 
d'un homme qui monte sur le bûcher (comme Hercule) ou 
il joue le rôle d'Hercule lui-même montant sur le bûcher. 

Van der Vliet, p. 36, propose de lire noxiis (erogandis) 
minisirantes dans VApoL, et nocentibus erogandis {minis- 
irantes} dans Ad nationes. L'idée est ingénieuse ; mais Tert. 
varie souvent l'expression de l'idée d'un ouvrage à l'autre. 
Dans Ad nat., argumenta et liistorias sont compléments de 
saltant, et nocentibus erogandis (datif) équivaut à ad nocentes 
erogandos. Voy. Arnob., Adv, nat., 4, 35, p. 170, 7 : saltatur 
Venus ; 1. 9 : saltatur et Magna Mater ; 7, 33, p. 266, 24 : si 
Ganymedes fuerit saltatus. — Dans l'un, comme dans l'autre 
cas, on peut dire : ubi ... saltant dei vestri, parce que, sous la 
figure des noxii, les spectateurs reconnaissent les dieux ; 
même quand les noxii ne jouent pas le rôle de dieux et se 
bornent à emprunter l'action à une légende divine, on recon- 
naît et l'on dit qu'ils jouent la légende du dieu. Voy. Apulée, 
/. c. 

Le mot liistoriae est employé pour désigner les fables mytho- 
logiques, les histoires des dieux. De spect., 10, p. 13, 17 : in 
quorum nominibus et imaginibus et historiis fallaciam con- 


212 APPENDICE i 

secrationis sibi negotiiim aduri constituer unt. Voy. Dombart, 
dans VArchiv fur lat. Lex., 3, p. 230. 

15,6. Singula ista quaeque adhuc investigare quis possit, 
si honorem inquiétant divinitatis, si maiestatis fasti- 
gium adsolant (yestigia obsoletant P) F 

« Tous ces spectacles et ceux qu'on pourrait trouver encore, 
s'ils compromettent l'honneur de la divinité, s'ils jettent bas 
le faîte de la majesté divine, tirent leur origine des acteurs 
qui les jouent et des spectateurs pour qui ils les jouent ». 

Modius ne dit rien du commencement de cette phrase. 
Elle est reprise de Ad nat., 1, 10, p. 80, 14, où il faut lire : 
Singula ista quàeque adhuc investigare quis possit, si hono- 
rem inquiétant divinitatis, si maiestatis fastigium adsolant, 
de contemptu utique censentur tam {quam A) eorum qui eius- 
modi factitant, quam éorum qui ista suscipiunt. Relit, ponctue 
mal et intercale à tort di. Il faut comprendre quaeque == et 
quae (cf. P. Henen, Musée Belge, 1910, p. 220) et traduire : 
« Toutes ces choses et celles que l'on pourrait trouver ». 
Adhuc = insuper, praeterea, comme au ch. 42,1. 

Sur si maiestatis fastigium adsolant, voy. Adv. Marc, 2, 
27, p. 373, 4 : si enim Deus ... tanta humilitate fastigium maies- 
tatis suae stravit. Adsolare « raser jusqu'au sol, jeter bas, 
détruire » est employé au propre dans Ad nat., 1, 10, p. 75, 28 : 
Saepe censores inconsulto populo (aras} (vel fana, se. Sera- 
pidis; deos Reiff. ; aedes Hartel, III, 20) adsolaverunt. Et 
au figuré, ibid., p. 80, 16 (ci-dessus) : si maiestatis fastigium 
adsolant, etc. 

Le Thés. l. l. ne cite aucun exemple d'un autre auteur. 
L'expression fastigium maiestatis sternere ou adsolare et le 
verbe adsolare lui-même sont donc propres à Tertullien. Le 
remanieur de P ne les a pas compris et a remplacé adsolant 
par un verbe ordinaire, ce qui l'a amené à changer fastigium 
en vestigia Q), 


(}) Lôfstedt, q. 88-89, conjecture que le scribe avait écrit ^«//^w 
pour fasiigium et que cette erreur a fait ensuite remplacer adsolant 
par ohsoletant. 


CHAP. 15,6-8—16,1 213 

15.7. Certe sacrilegi de vestris semper adprehendun- 
tur FP 

Il faut traduire sacrilegi par « voleurs de temples publics », 
comme le prouvent les mots qui suivent : spoliarent forsitan 
ea et ipsi (Christiani), etc. Voy. 44,2. 

15.8. lam quidem intellegi subiacet, veritatis esse cul- 
tores qui mendacii non sint, nec errare amplius in eo, 
in quo errasse se recognoscendo cessaverint. *F 

P a cessaverunt. Nous avons suivi De la Barre, qui a imprimé 
cessaverint. Modius ne dit rien, mais la différence a pu lui 
échapper. Tertullien met plus d'une fois l'indicatif après avoir 
commencé par le subjonctif. Voy. 41,1. Ce phénomène gram- 
matical est fréquent dans les prosateurs de l'époque impériale. 
Voy. les nombreux exemples réunis par W. A. Baehrèns, 
Beitrâge zur latein. Syntax, p. 5\6 et ss,. 

16,1. Nam, ut quidam, somniastis caput asininum esse 
deum nostrum. F 

Il faut sous-entendre : ut quidam {dixit ou dixerunt). Même 
ellipse. De cor., 10, p. 442, 10 0. : sicut et quidam. — Dans 
P, un correcteur a ajouté et au-dessus de la ligne : et ut quidam. 
Il aurait fallu au moins : ut et quidam. 

16,1. Hanc Cornélius Tacitus suspicionem huiusmodi 
(eiusmodi P) inseruit FP 

Oehler propose de lire : eiusmodi dei « d'un pareil dieu ». 
Mais huiusmodi exprime sur quoi porte le soupçon : suspi- 
cionem capitis asinini a nobis adorati. Tert. ajoute hanc pour 
renvoyer à ce qui précède : « ce soupçon d'un culte rendu 
à une tête d'âne par les chrétiens, ce soupçon d'un pareil 
culte » Q). 


(') Min. Félix aime aussi à mettre ensemble deux démonstra- 
tifs, 1,5: in illo sermone eius. 2,2: quo in adventu eitts. Voy. notre 
Lang2ce et syntaxe de M. F., dans notre édition classique, Partie du 
maître, p. 126, § 163 (Bruges, Desçlée, 1909). 


214 APPENDICE I 

16,2. Is enim, in quarto (in quinta P) Historiarum sua- 
rum de bello ludaico (bellum ludaicum P) exorsus ab 
origine gentis ... ludaeos refert F 

Sur in quarto, voy. ci-dessus, p. 104. — Le remanieur de P 
a mis i'acc. bellum ludaicum exorsus, qui est la construction 
ordinaire. L'ablatif est la lectio difftcilior. Au lieu de l'ace, 
complément direct, Tert. met souvent de avec l'abl. « au 
sujet de ». Voy. 22,4 : de operatione eorum exponere. 25,1 : 
satis probasse de falsa et vera divinitate. 45,3 : de maleficio ... 
interdicere. Ad nat., 1, 11, p. 80, 26 : ubi de bello ludaico 
digerit, ab origine gentis exorsus. 1,9, p. 74, 5 : de nostra era- 
dicatione neglegitis. 1, 19, p. 92, 1 : philosophi de animarum 
reciprocatione et iudicii distributione confirmant. 2,12, p. 120, 
12 : de cuius vocabulo daemoniorum vatibus induistis. 2, 14, 
p. 125, 5 : de ista quoque specie adiciam. 2, 15, p. 127, 12 : 
recenser e etiam de illis. De orat., 8, p. 186, 17 : Abraham 
sacrificare de filio iusserat (Deus). Ad uxor., 1,3 : ideo prae- 
miserim de libertate vetustatis. Adv. Marc, 5, 11, p. 614, 11 : 
praetereo hic et de alla epistula. (Ici, on peut sous-entendre : 
loqui). Hartel, Pair. Stud., Il, p. 15, 1 ; îli, p. 31 ; IV, p. 65. 

Tertullien avait déjà écrit dans Ad nat. (ci-dessus) : de 
bello ludaico digerit, ab origine gentis exorsus. Ici, il a con- 
densé la construction en n'employant qu'un seul verbe, 
exorsus, dans un sens prégnant : « raconter la guerre des 
Juifs en commençant à partir de ... » Le remanieur de P 
a méconnu à la fois l'usage grammatical de Tertullien et la 
concision un peu obscure de son style. 

16,2. etiam de ipsa origine (de ipsa tam origine P) quam 
de nomine et religione gentis quae voluit argumentatus F 

Modius dit seulement : ms deest xi tam. Il nous paraît 
évident qu'il faut lire : et tam de ipsa origine quam. En effet, 
etiam n'est pas nécessaire et tam ne peut pas manquer. Le 
correcteur de P ayant lu etiam pour et tam, a cru que tam 
avait été oublié et il l'a ajouté après de ipsa. Le passage 
parallèle de Ad nat., \, \\, p. S\, \ : et tam de ipsa origine 


CHAP. 16,2-11 215 

quant de nomine regionis ut voluit argumentatus, vient con- 
firmer notre conjecture. 

16,6. quando materiae qualitas eadem est F. 

P a sit, et, en effet, Tertuliien construit toujours quando 
« puisque » avec le subjonctif. Hoppe, Syntax, p. 78. Ici, il a 
mis aussi le subj, avec dum = cum causal. Hoppe, ib., p. 79. 

16.10. Sed et plerique vestrum, adfectatione aliquando 
et certa caelestia adorandi, ad solis ortum labra vibratis. F 

Certa, qui manque dans P, est une addition de F, Voy. 
ci-dessus, p. 68. — Il s'agit des Romains judaïsants, comme 
au § suivant. Plerique = multi. Aliquando = aliquoties. 
Caelestia adorandi, d'adorer les choses célestes, le ciel. Les 
païens disaient que leSjJuifs adoraient le ciel. Juvénal, 14, 96: 
Nil praeter nubes et caeli numen adorant. L'imputation n'était 
pas nouvelle. Voy. Hécatée d'Abdère, ap. Diod. Sic, 40, p. 5. 
Strabon, 16, 35. Celse, apud Orig., c. Cels., 5, 6. Petron., 37. 
Voy. Jean Juster, Les Juifs dans l'Empire romain (Paris, 
Geuthner, 1914), p. 175, n. 3 ; p. 244, n. 3. 

16.11. qui diem Saturni otio et victui décernant, exor- 
bitantes et ipsi a ludaico more, quem ignorant. FP 

Maranus, dans son édit. de Théophile (voy. Caillau et 
Guillon, Collectio selecta SS. Patrum, t. II. Paris et Leipzig, 
1829. Milan, 1830), propose de lire : ad ludaicum morem. 

Hartel, Patrist. Stud., II, p. 61, conjecture : et ipsi a {sua 
ad} ludaicum morem, quem ignorant. 

Ils veulent mettre le passage d'accord avec Ad nat., 1,13, 
p. 84,3 : quo die ... otium et prandium curetis. Quod quidem 
facitis exorbitantes et ipsi a vestris ad aliénas religiones. Ici, 
en effet, Tert. avait reproché aux Romains judaïsants de 
s'écarter de la religion païenne, comme les chrétiens (et ipsi), 
pour adopter une religion étrangère. 

Dans le passage de VApoL, Gothofredus proposait, pour la 
même raison, de supprimer simplement a devant ludaico 
more, qui signifierait alors « déviant (de leur religion) suivant 
la coutume juive ». 


216 VPPENDICE I 

Mais il arrive plus d'une fois que V Apologétique exprime 
une autre idée que Ad nationes. 

En ce passage, Tertullien fait d'abord remarquer avec 
esprit que beaucoup de Romains agissent à peu près comme 
les chrétiens. Ceux-ci fêtent le dimanche, ceux-là fêtent le 
samedi avec les Juifs: ils sont «voisins «. Puis il ajoute, en 
passant, une malicieuse critique à l'adresse de ces judaïsants : 
ils ne savent pas même observer exactement la coutume 
juive, ils l'ignorent. Les mots quem ignorant prouvent que 
c'est une critique. 

Hartel traduit : « dont ils ne veulent rien savoir ». Mais, 
1° quem ignorant ne peut avoir ce sens, et 2° c'est de la cou- 
tume chrétienne et non de la coutume juive que ces judaïsants 
ne veulent rien savoir. Les mots et ipsi « vous aussi », comme 
les chrétiens, signifient que les Romains judaïsants s'écartent 
de la coutume juive comme on reprochait aux chrétiens de 
s'en écarter. Voy. 21, 1-3. Ils s'en écartent, parce qu'ils ne 
comprennent pas le sabbat, qui est institué pour le repos 
iptium) et non pour la bonne chère (victui). — Les mots quem 
ignorant, qui manquent dans Ad nationes, prouvent que l'idée 
est différente dans l'Apologétique. 

Sur les Romains judaïsants, voy. l'excellent article de Paul 
Lejay, Le sabbat juif et les poètes latins, dans la Rev. d'iiist. 
et de litt relig., 8, 1903, p. 305-335. 

17,1. Quod colimus, Deus unus est, qui totam molem 
istam cum omni instrumente elementorum, corporum, 
spirituum verbo que iussit, ratione qua disposuit, vir- 
tute qua potuit, de nihilo expressit in ornamentum 
maiestatis suae, etc. 

Dieu a tiré le monde du néant par l'intermédiaire de son 
Verbe, « par lequel il a commandé (d'exister), de sa Raison, 
par laquelle il a mis en ordre et de sa Vertu, par laquelle il 
a pu ». Voy. S. Jean, 1, 1-3. Cf. 21,10 : Deum universitatem 
liane mundi verbo et ratione et virtute molitum. 21,11 : spiri- 
tum, oui et sermo insit pronuntianti et ratio adsit disponenti, 
et virtus praesit perficienti. 21,17 : Verbum Dei ... virtute et 
ratione comitatum et spiritu fulfum. 


CHAP. 17,1 217 

Tert., on le voit, se plaît à répéter cette formule à trois 
termes : verbwn {senno), ratio, virtus. Quand il parle de la 
création, il répète aussi les trois termes iubere (pronuntiare), 
disponere, posse (perficere). 

Minucius Félix, 18,7, parlant de Dieu, Père de toutes choses, 
créateur du monde, dit également : qui universa, quaecumque 
sunt, verbo iubet, ratione dispensât, virtute consummat. 

Il faut remarquer que M. F., qui évite toujours de parler 
des dogmes chrétiens, ne s'explique pas clairement sur le 
Verbe créateur ; il ne dit pas qu'il est le Fils de Dieu et une 
personne distincte du Père. Il ne parle ni du Verbe créateur, 
ni du Verbe révélateur, ni du Verbe rédempteur. Ici, son 
langage n'est pleinement intelligible que pour un chrétien. 
Il fait de même quand il parle du Christ (29,3) et, chez lui, 
ce langage énigmatique pour les païens ne peut étonner 
personne. C'est de parti pris qu'il se contente d'exposer les 
grandes vérités générales sur l'unité de Dieu, sur la Provi- 
dence, sur la résurrection en vue de la récompense des bons 
et du châtiment des méchants. Cela lui paraît suffire aux 
lecteurs éclairés pour répudier le polythéisme et pour se rallier 
au christianisme. Dans son épilogue, il promet des éclaircisse- 
ments, dans un autre ouvrage, sur les dogmes proprement 
chrétiens. 

Au ch. 17,1, Tert. parlant de la création, n'est pas plus 
clair que M. F. C'est plus tard, au ch. 21 (voy. plus loin) qu'il 
explique le Verbe aux païens : il y est obligé, parce qu'il veut 
leur faire comprendre le Christ révélateur, qui a fait mieux 
connaître Dieu aux hommes, et sa formule de la foi chrétienne : 
Deum colimus per Christum. 

Il y reviendra longuement dans son traité spécial sur la 
Trinité {Adv. Praxean), mais il ne reproduira pas une seule 
fois la formule tripartite de V Apologétique. 11 expliquera que 
le Verbe (kéyoq) est à la fois la raison {ratio, sopliia) et la 
parole intérieure de Dieu {sermo, verbum), que Dieu avait 
en lui jusqu'au moment où il l'a engendré en le proférant 
(génération temporelle du Verbe) pour créer par lui le monde. 
Il dira que le Fils est sophia et virtus Dei, ou encore : et sermo 
autem, virtus et sophia Dei, ipse erit Filius. Voy. surtout les 
chap. 2 ; 5 ; 10 ; 12-13 ; 19. Cf. De carne Christi 19 : verbum 


218 APPENDICE I 

Dei et cum verbo spiritus, et in spiritu Dei virtus et quidquid 
Del est Christus. De orat., 1, p. 180, 3 et 12. Adv. Marc, 2,27, 
p. 373, 11 ; 5,14, p. 622, 22. De paen., 1,2. Adv. Hermog., 18. 

La double formule tripartite de la création, avec les trois 
substantifs et les trois verbes,, est propre à V Apologétique (17,1 
et 21,11) et à Minucius Félix. 

Qui en est l'auteur ? — Les trois termes, pris séparément, 
sont dans les apologistes grecs. S. Justin les place même dans 
l'ordre où les présentent Minucius Félix et Tertullien. Dial. 
c. Tryph., 61 : xal Xoyoç, xai (TOifioc xal Sùvapiiç mi 8o^à toû 
yevvVavTOç ÙTràp^j^wv. Les apologistes expliquent, eux aussi, 
que c'est le Fils de Dieu qui créa l'univers, accomplissant la 
volonté du Père, que la raison ou sagesse de Dieu conçoit le 
plan de la création ou « dispose », que la parole ou le verbe 
« ordonne » {fiât lux), que la vertu de Dieu produit et « achève » 
les choses créées. S. Justin, /. c. Tatien, Ad Graec, 5 et 7. 
Athénagore, Suppl., 10. Theoph., Ad Autol., 1, 3 ; 2, 10. Il ne 
restait plus qu'à réunir les termes pour obtenir la double 
formule tripartite. Tous les éléments en étaient donnés. 

Minucius Félix, qui a certainement lu les apologistes grecs, 
n'a-t-il pas pu la trouver le premier ? 

Il faut rappeler d'abord que Tertullien, comme Minucius 
Félix, emprunte constamment ses idées. Il en emprunte beau- 
coup à S. Justin, à Tatien, à Athénagore et à Théophile, mais 
il les met en valeur d'une manière si originale que le lecteur 
ne se doute pas de l'emprunt. En lisant l'exorde de V Apolo- 
gétique, on ne soupçonne pas que le grief fait aux juges, de ne 
poursuivre qu'un nom, est tiré de S. Justin, Apol. I, 4. Cf. 
Tatian., Ad Graec, 27 ; Athenag., Suppl., 2. Le nomlnis 
odium est tiré des apologistes grecs ; pour Tertullien, il devient 
un cheval de bataille dont il se servira chaque fois qu'il en 
aura l'occasion. Voy. De spect., 30, p. 28, 23 : Item praesldes 
persecutores dominicl nomlnis. Scorp., 10, p. 168, 12 : Ipsum 
nomlnis odlum. Ibid., p. 169, 6 : porro et odium nomlnis 
hic erli. 

Il serait très utile de réunir tous les emprunts faits par 
Tertullien aux apologistes grecs : on se rendrait mieux compte 
du développement de sa pensée, de son talent d'appropria- 
tion, du parti merveilleux qu'il sait tirer du bien d'autrui. 


CHAP. 17,1 219 

M, Heinze a fourni une contribution très importante à l'étude 
de ce problème littéraire, mais il a négligé ce qui lui a paru 
étranger à la démonstration de sa thèse. Il a montré fort 
bien que Tertullien emprunte continuellement et qu'il fait 
sien ce qu'il emprunte ... aux Grecs. Et cela lui paraît natu- 
rel ; mais, quand Tert. se rencontre avec Minucius Félix, 
il lui paraît inadmissible qu'il ait agi de même. 

Citons deux exemples tirés de ce chapitre 17. 

1° Le témoignage de l'âme en faveur de l'existence de 
Dieu est une idée fameuse de Tertullien (ch. 17, 4-6) : elle 
lui a plu tellement qu'il lui a consacré un petit traité spécial, 
aussitôt après avoir rédigé son Apologétique. 

Or, Minucius Félix allègue, de son côté, « le langage naturel 
du vulgaire » pour prouver que tous les hommes croient en un 
Dieu unique ; et les cris du vulgaire (Deus tnagnus est ! etc.) 
qu'il cite, sont précisément ceux que Tert. attribue à l'âme. 
Pourquoi le passage de Minucius Félix n'aurait-il pas inspiré 
à Tertullien l'idée de cet argument fameux ? Remarquez 
que Tert. lui donne une forme plus précise, plus nette, plus 
profonde et plus saisissante que Minucius Félix. Du langage 
du vulgaire, des cris qui sortent naturellement de la bouche 
populaire, il a fait le langage de l'âme vulgaire, les cris de 
l'âme qui ne connaît pas les préventions de l'éducation, du 
vice, de la passion. Si Minucius Félix était venu après lui et 
lui avait emprunté un argument si frappant, l'aurait-il modi- 
fié et affaibli ? N'est-il pas plus naturel de croire que Tert. 
a donné plus de force à un argument qu'il a trouvé chez 
Minucius Félix et n'est-ce pas ainsi qu'il agit constamment 
à l'égard des apologistes grecs ? Si la date des apologistes 
grecs était incertaine, M. Heinze ne les mettrait-il pas après 
Tertullien ? 

2° De même, voulant prouver l'unité de Dieu, Minucius 
Félix allègue que Dieu est le Père de toutes choses, seul éter- 
nel, antérieur à toutes les créatures. 

« 11 est évident, dit-il, que Dieu, Père de toutes choses, n'a 
ni commencement ni fin ; à tout, il donne la naissance ; à 
lui-même, l'éternité ; avant le monde, il tenait lieu de monde 
à lui-même ; par sa parole, il appelle à l'existence tout ce qui 
est ; par sa raison, il dispose tout ; par sa puissance, il achève 


220 APPENDICE I 

tout». Il s'agit bien ici de la création de toutes choses, pré- 
sentée comme se continuant dans le présent, et non de la 
conservation et du gouvernement du monde (comme l'a cru 
Heinze), bien que les verbes soient au présent. 

La formule à trois termes verbum, ratio, virtus, revient 
trois fois dans l'Apologétique (17,1 ; 21,10 et 17) ; elle n'est 
pas reprise dans l'Adv. Praxean, ni ailleurs. Pourquoi est-il 
inadmissible qu'en 197, Tert. l'ait trouvée dans Minucius 
Félix et qu'il l'ait faite sienne, en lui donnant un sens plus 
profond, en l'adaptant à sa théorie du Verbe créateur, dont 
il a tiré les éléments de S. Jean, 1, et des apologistes grecs ? 

Mais, dit M. Heinze, Minucius Félix a l'habitude d'affaiblir 
et de gâter ce qu'il emprunte. C'est précisément la thèse 
que nous combattons et nous croyons que les autres passages 
que M. Heinze a minutieusement comparés ne sont pas plus 
probants que ceux que nous venons d'examiner {^). 

17,2. Ceterum quod videri (quod videri communiter P), 
quod comprehendi, quod aestimari potest, minus est 
et oculis quibus occupatur, et manibus quibus conta- 
minatur, et sensibus quibus invenitur. F 

Ceterum est ici l'adjectif neutre et il est opposé à ce qui 
suit. En effet, il y a opposition entre ceterum, quod videri ... 
potest, minus est oculis, etc., « le reste, les autres choses qu'on 
peut voir », d'une part, et quod vero immensum est, soli sibi 
notum est, d'autre part. Le singulier ceterum « le reste « est 
rare, tandis que le pluriel cetera est fréquent. Plaute, Men., 
234 : ceterum cura. Rud., 1224 : adorna ceterum quod opus est. 
Cic, De leg., 2, 45 : color albus praecipue decorus deo est cum 


(') La thèse de M. Heinze a trouvé un partisan dans C. M. Bui- 
zer, Quid Minucius Félix in conscribendo dialogo Octavio sibi propo- 
suerit. Diss. inaug., Amsterdam, Kruyt^ 1915. L'auteur de cette 
très estimable dissertation résume les arguments de M. Heinze et, 
sous cette forme résumée, leur faiblesse nous paraît se montrer 
encore plus clairement. 


CHAP. 17,2 22i 

in cetera, tum in textili. Thés. /. /., III, p. 967, 54. Dans cette 
phrase de Cicéron, ceterum est opposé à ce qui suit, comme ici. 

Les autres choses que les yeux du corps peuvent voir 
(videri = cerni), que les mains peuvent toucher (comprehendi 
= prefiendi, tangi), que les sens corporels perçoivent . (aes//- 
mari), ce sont les choses corporelles, matérielles. L'objet maté- 
riel de la connaissance est bonne : les yeux l'embrassent tout 
entier, les mains le touchent tout entier, les sens le découvrent 
tout entier : il est moins grand (minus, neutre de minor) que les 
organes qui opèrent sa connaissance adéquate, car ces or- 
ganes sont en état de percevoir quelque chose de plus grand, 
pourvu que ce soit quelque chose de corporel et de borné. 
Parlant de Dieu, Minucius Félix dit au contraire ... visu 
clarior est, tactu purior, sensibus maior (18,8). 

Tertullien continue : Mais ce qui (o oé; est incommensu- 
rable, infini, n'est connu que de soi-même. Nous avons une 
certaine connaissance de l'être infini (Paul., Ad Cor., 1, 13, 12 : 
Nunc cognosco ex parte), mais pas une connaissance adéquate, 
parce que nous sommes bornés. 

L'adverbe communiter = solito more « à la manière com- 
mune, ordinaire » conviendrait au sens. 

Mais cette signification est rare {Thés. l. /., III, 1984, 19) 
et Tertullien semble employer toujours communiter comme 
syn. de simul, similiter, pariter ou de generaliter « tous en- 
semble, les uns comme les autres ». De virg. vel., 5 : mulieris 
nomen ... quo communiter etiam virgines censeantur. Ad nat., 
2,4, p. 100, 14 : cum etiam universos deos vestros ... Oéou; com- 
muniter adpelletis. (Dans le Thés. l. /., cette phrase ne paraît 
pas être à sa place.) Ibid., 2,8, p. 108, 12 : quos {deos) totus 
orbis communiter colit. Adv. Val., 18, p. 197, 20 : Regem autem 
communiter in universitatem {nominent). Cf. Dig., 50, 16, 
163, 1 : Graece TzaïUov communiter appellatur {et puer et 
puella). 

Ici, le contexte {ceterum quod) et l'antithèse {quod vero) 
montrent clairement que videri, conprehendi et aestimari 
expriment les opérations des sens. Pour qu'on ne s'y trompe 
pas, un lecteur paraît avoir ajouté communiter, en donnant 
à ce mot un sens inconnu de Tertullien. Voyez une addition 
analogue au ch. 34,1. 


222 APPENDICE î 

17,5. Deum nominal hoc solo nomine, quia proprio Dei 
veri. 

Tert. emploie souvent quia avec l'ellipse du verbe ; dans 
ce cas, l'attribut est attiré au cas du substantif de la prop. 
principale. Voy. 30,4 : quia innocuis = quia innocuae sunt. 
50,10 : quia humana(my. Voy, ci-dessus, ad 5,4. — Sur l'idée, 
voy. Adv. Hermog., 3, p, 128, 21 : scilicet Deus substantiae 
ipsius nomen, id est divinitatis. 

18,5. Ptolemaeus, quem Philadelphum supemominant, 
eruditissimus rex et omnis litteraturae sagacissimus F; 
Ptolemaeorum eruditissimus, quem Philadelphum super- 
nominant, et omnis litteraturae sagacissimus P 

Sur rex et omnis, voy. ci-dessus, p. 104. — Callewaert, Le 
Cod. Fuld., p. 350, cite l'emprunt fait à Tert. par Isidore, 
Etym., 6, 3, 5 : Maxime Ptolemaeus, cognomento Philadel- 
phus, omnis litteraturae sagacissimus, cum studio bibliothe- 
carum Pisistratum aemularetur, non solum gentium scripturas, 
sed etiam et divinas litteras in bibliothecam suam contulit. La 
construction de la phrase ressemble plus à F qu'à P dans 
Isidore, parce que Ptolemaeus est sujet. D'autre part, Isidore 
n'a pas rex qui manque aussi dans P Q) ; mais Isidore imite 
librement et, dans P, rex a dû disparaître avec la nouvelle 
construction. 

18,5. oui praefecturam mandaverat, libros a ludaeis 
quoque postulavit, proprias atque vernaculas litteras, 
quas soli habebant *FP 


(^) Lôfstedt, p. 92, pense que le pédant remanieur de P a voulu 
faire dire à Tert. que Philadelphe n'est pas erîtdiiissimus rex en 
général, mais seulement^ PtoUmaeoncm eruditissimus. De même, il 
pense que l'interpolateur de P a ajouté Umc plus loin pour diminuer 
le mérite de Démétrius de Phalères, qu'il appelle grammaticoruni 
tune probatissimus . L'idée est ingénieuse, mais il reste un doute. 
Voy. ci-dessus, p. 41. 


CMAP. 17,5—18,5—19,1-10 223 

Wendland, Aristeae epist., p. 126, propose de lire : cui 
praefeduram mandaverat libroram, a ludaeis quoque postu- 
lavit proprias, etc. La conjecture est ingénieuse, mais ne s'im- 
pose pas. Avec praefeduram, on supplée facilement biblio- 
thecae d'après ce qui précède. 

*19,1. Primus enim prophètes Moyses ... superior inve- 
nitur annis circiter trecentis, quam ille antiquissimus 
pênes vos Danaus in Argo<s> transvenisset. F 

Il faut lire : annis drciter quadringentis. — Le nombre des 
années qui s'écoulent entre la sortie d'Egypte et la migration 
de Danaus à Argos est donné par Josèphe, Contra Apion., 
1,16 : Towl xal évev/ixovTa xal i:ptaxofftot,ç (393) upouOev 
eTso'i.v... 'f\ Aàvaov eiç "Apyoç âcpuéa-èai., Theoph., Ad Autol., 
3,21, répète d'après Josèpne : upo éxwv yàp Tpiaxoo-tMV 8exa- 
Tpiwv (313) ... Trpo Toù xal /iiavaov eiç "Apyo; àcpixéaOai.. 
On a conjecturé avec raison que les mss de Théophile sont 
fautifs et qu'il faut lire Tpt.axoo'iwv évev/.xovTa Tpttov. C'est 
ce qu'ont lu encore l'auteur du fragment et Tertullien, qui 
dit au ch. 19,3 : quadringentis paene annis (nam septem minus). 

Tert. a certainement consulté Théophile en ce passage et 
l'auteur du fragment a fait comme lui. Cf. Heinze, p. 386-7. 
Il n'a pu écrire annis drdter CCC, mais il a dû écrire annis 
drciter CCCC, se contentant d'un chiffre rond, comme le 
prouve drdter. Le scribe a écrit CCC pour CCCC. 

*19,9. Ita omnia, quae supersunt, improbata sunt nobis, 
quia cum illis quae probata sunt, tune futuris, praedi- 
cabantur. F 

Avec Junius, il faut corriger improbata sunt en iam probata 
sunt. P. de Lagarde corrigeait ingénieusement, mais inutile- 
ment, en improbata, iam probata. Cf. Scorp., 11, p. 172, 3 : 
Ita haeretid, quae praedicantur, non ut probata sunt credendo, 
ea quae nec praedicata sunt, credunt. 

*19,10. Habetis, quod sciam, et nos (/. vos) Sibyllam, 
quatinus appellatio ista vera vates (/. verae vatis) Dei 


224 APPENDICE i 

veri passim super ceteros qui vaticinari videbantur, 
usurpata est ; sicut (/. sunt) vestrae Sibyllae nomeii de 
veritate mentitae, quemadmodum et Dei nostri. 

Ad nat. 2,12, p. 120, 10 : Ante enim Sibylla quam omnis 
litteratura (extitit), illa scilicet Sibylla <Dei> veri vera vates 
de cuius vocabulo daemo<(nio>rum vatibus induistis. Ea sena- 
rio versu in hune sensum de Saturni prosapia et rébus eius 
exponit : Décima, inquit, genitura hominum, etc. 

Voy. Oracula SibylL, III, 108 s. Cf. Hartel, Patrist. Sîucl., 
II, 75, Kroymann, Quaest. Tert., p. 58, propose vestra, au 
lieu de exstitit (Goth.) ; il ne manque que trois lettres {vra). 
Il intercale aussi Dei, d'après le Cod. Fuldensis. 

Le nom de la Sibylle chrétienne, « cette véridique prophé- 
tesse du vrai Dieu », a été donné aussi à la Sibylle païenne, 
c'est-à-dire «à tous ceux qui paraissaient prophétiser». Il 
y a donc, chez les païens, plusieurs prophètes ou prophétesses 
qui ont reçu le nom de Sibylle, Mais ces Sibylles ont pris 
mensongèrement le nom de la vraie Sibylle, de la Sibylle 
chrétienne, de même que les démons se cachent sous les dieux. 

Il faut donc lire : Habetis, quod sciam, et vos Sibyllam (sin- 
gulier collectif), quatenus appellatio ista verae vatis Dei veri, 
etc. Hartel veut que vera votes soit apposé à adpellatio ; mais 
adpellatio ista désigne Sibylla et non vera vates : le nom de 
la vraie prophétesse du vrai Dieu, c'est-à-dire le nom de 
Sibylle, a été appliqué, etc. 

Sicut ne donne pas de sens convenable, car il y aurait com- 
paraison des Sibylles païennes avec elles-mêmes, Oehler con- 
jecture : sunt, qui convient. 

— Il ne faut pas changer Sibyllam en Sibyllas. Le singu- 
lier Sibylla désigne collectivement les Sibylles, comme l'ex- 
plique Lactance, qui cite très souvent les chants sibyllins 
(Voy. V Index nominum et rerum de Brandt, s. v. Sibyllae). 
Div. inst., 1, 21, 7 : Sibyllinos libros ait (Varro) non fuisse 
unius Sibyllae, sed appellari uno nomine Sibyllinos, quod 
omnes feminae vates Sibyllae sint a veteribus nuncupatae. 
Puis, après avoir énuméré dix Sibylles d'après Varron, il dit 
au § 13 : E/ sunt singularum {Sibyllarum) singuli libri : quos. 


CHAP. 19,2-6 225 

quia Sibyllae nomine inscribuntiir, uniits esse credunt, suntque 
confusi nec discerni ac suum calque adsignari potest nisi 
Erythraeae ... Sed et nos confuse Sibyllam dicemus, sicubi 
testimoniis eorum fuerit abutendum. 

Super ceteros = de céleris. Suivant Tertiillien, ce sont des 
devins (et pas seulement des devineresses) qui se cachent 
sous le nom de Sibylles. 

19,2. et urbes insignes historiarum FP 

Insignis a pour complément un génitif. Voy. De pall., 4 : 
insignes llbldlnum {àcyik^ziuiv irdty^xoi). Cf. 39,14 : scelerls 
Infâmes. Hoppe, Syntax, p. 23. 

19.5. Haec quibus ordinibus probari possint, non tam 
difficile est nobis exponere, quam énorme, nec arduum, 
sed intérim longum dinumerare F. 

P n'a pas dinumerare. Di Capua, p. 35, regarde dinumerare 
comme formant un ditrochée, clausule moins fréquente que 
Intérim longum (crétique et trochée) Q). — Le verbe exponere 
suffit et tous les attributs lui conviennent. L'adjectif longum 
a pu suggérer l'idée d'ajouter dinumerare. 

19.6. advocandi municipes eorum, per quos notltia sub- 
ministrata est P 

Les mots municipes eorum, qui manquent dans F, ne sont 
ni nécessaires ni superfétatoires. Tert. sous-entend souvent 
l'antécédent du relatif. Cf. 5,4 : restitutls etlam (Ils) ; 22,3 : 
cum generls auctorlbus et (eo), quem dlxlmus, principe. Voy, 
ci-dessus, p. 105. 24,7 : et caplte damnandls {Us), qui ... 29,5 : 
Insuper debellatls (eos). qui ... 46,3 (F) : cur ergo quibus com- 
paramur de disciplina, non proInde adaequamur de llcentla 
et Immunltate dlsclpllnae. Voy. plus loin. Cf. Henen, Index 
verborum, p. 125. Au ch. 23,3, P omet le pronom antécédent 


(1) LôfstecU, p. 69, condamne dinuinernye comme formant une 
fin d'hexamètre. Voy. à la lin de cet Appendice. 

15 


226 APPENDICE 1 

précédé d'une préposition : et alla vis pronuntietur in eo qui 
genitalia vel lacertos, alia, qui sibi gulam prosecat. Dans F, 
on lit : alia in eo, qui, peut-être avec raison, parce que le 
pron. antécédent dépend d'une préposition Q). 

On peut conjecturer que les mots municipes eorum sont 
une note marginale d'un lecteur de P, qui avait remarqué 
que Tertullien cite un Egyptien, un Chaldéen et un Phé- 
nicien. Mais il se peut aussi que ces mots soient tombés 
dans F. 

19,6. et Proemis Phoenix Tyriorum rex F ; sed et hie- 
ronimus foenix, tyrii rex P 

Le nom du roi de Tyr, Hiram, est défiguré dans les deux 
traditions. P semble l'avoir confondu avec l'Egyptien Hiero- 
nymus, auteur de *o',vua (Joseph., Ant. lud., 1, 95, 107). 
Hiram, appelé Hiromos par Josèphe (Contra Apion., 1, 106) 
et Hieromos par Théophile (Ad Autol., 3,22), était ami de 
Salomon. Il lui envoya de l'or et des matériaux pour la cons- 
truction du temple de Jérusalem. Josèphe rapporte que, 
pour cette raison, les Tyriens avaient consigné la construction 
du temple dans leurs propres archives. D'après cela, Théo- 
phile dit que ces documents relatifs à la date de la construc- 
tion furent rédigés par le roi Hieromos. Voilà pourquoi Tert., 
qui avait lu Théophile, range ce roi de Tyr parmi ceux qui 
peuvent fournir des renseignements sur l'antiquité du peuple 
juif. Voy. Heinze, p. 382,3. Il n'en fait pas cependant un 
historien tel que Manéthon et Bérose, et c'est ce qui peut 
expliquer qu'il l'introduise par sed et (P) et pas simplement 
par et (F). Cependant sed n'est pas nécessaire et peut être 
une répétition de set dans le groupe : chaldaevsethieromvs. 
Voy., p. 71, ad 5,3. 


Q) L'ellipse du pronom antécédent n'est pas moins fréquente 
dans Minucius Félix. Voy. 27,2: ftisj reinissis q7iae constrinxcrant , 
Voy. noire Langue et syntaxe de M. F., dans notre édition classique^ 
Partie du maître, p. 148, § 195 (Bruges, Desclée, 1909). 


CHAP. 19,6—20,1-2 227 

20.1. coram sunt quae docebunt : mundus et saeculum 
et exitus rerum F. 

P n'a pas rerum. Exitus rerum désigne « les événements » 
prédits, qui se réalisent. Heraldus, qui lit exitus, explique 
bien (p. 93) : eventus eorum quae praedicta fuerant. Mais, dans 
ce sens, exitus est toujours déterminé. Voy. 18,2 ; 21,5 ; 23,3 ; 
50,6. Di Capua, p. 33, fait remarquer que exitus rerum donne 
une bonne clausule (crétique et trochée), et il pense que 
saeculum et exitus n'en donne pas. Voy. à la fin de l'App. I. 

20.2. quod terrae vorarant (vorant P) urbes, quod insulas 
maria fraudarent (fraudant P), quod interna et externa 
(externa atque interna P) bella dilaniarent (dilaniant P) F 

Dans vorarant, on pourrait croire qu'il y a eu dédouble- 
ment de la syllabe ra ; mais fraudarent et dilaniarent font 
plutôt supposer que Junius a imprimé par erreur vorarant 
au lieu de vorarent. 

Quoi qu'il en soit, ces imparfaits du subj. ne conviennent 
pas ici. Tous les verbes subordonnés à quod sont au présent 
de l'indicatif. Tous les faits sont présents, non pour Tert. et 
ses contemporains, mais pour tout observateur contempo- 
rain de ces faits : au moment où on les observe, où ils s'accom- 
plissent, on constate qu'ils ont été prédits, on peut les lire 
dans l'Ecriture. Les deux premiers faits sont certainement 
passés depuis longtemps (voy. 40, 3-8) et le troisième vient 
d'avoir lieu (voy. 35, 11) ; mais si Tert. avait voulu exprimer 
qu'ils sont passés, il aurait écrit : voraverunt, fraudaverunt, 
dilaniaverunt, ou bien quod voraturae essent ou bien encore 
voraturas esse, etc. Adv. lud., 8 : omnes prophetae nuntiabant 
de illo (se. de Christo), quod esset venturus et pati deberet. Ibid., 
3 : providens Deus quod ... non ... esset daturus. Mais ce ne 
serait plus l'idée qu'il veut exprimer ici, à savoir qu'au mo- 
ment même où l'on assiste à ces faits, on les lit dans l'Ecriture. 
Vorarent n'est ni grammatical ni logique. — S. Cyprien déve- 
loppe la même idée, Ad Demetr., 2-5, et il semble imiter l'ana- 
phore de quod (aux ch. 2 et 5). 


228 APPENDICE I 

20,3. qtiod etiam officia temporum et elementorum munia 
exorbitant FP 

Tempora désigne les saisons et elementa les corps célestes, 
le soleil, la lune, les astres, dont les révolutions divisent le 
temps en années, saisons, mois et jours. Voy. ch. 18,2. Genèse, 
1,4. De ieiunio, 10 : iUa die ... qua ipsis elementis (se. soli et 
lunae) stationem imper avit (losue, 10,7 ss.). Ad nai, 2,3, p. 
98,21 : itaque quod mundi erit, hoc elementis adscribetur, caelo 
dico et terrae et sideribiis et igni, quae deos et deorum parentes ... 
frustra vobis credi proposait Varro ... Ibid., 2,5 p. 102,15 : 
elementorum divinitatem. L. 18 : sine elementorum tempera- 
menîo ... ; pr opter eaque deos credi solem, qui dies de suo cumu- 
let, fruges caloribus expédiât et annum stationibus servet ; 
lunam ..., item sidéra ..., ipsum denique caelum ..., terram ... 
De pat., 2 : temporum officia, elementorum servitia. Lact., Div. 
inst., 2,5. En grec, les corps célestes sont appelés de même 
(jxoiyzia. S. Justin, Apol. II, 5. Athenag., Suppl., 16 : tov 
oùpavov xal xà (xxoLyeïa.. Theoph., Ad Autol., 1,4-6. Cf. H. 
Dieïs.- Elementum, p.*44 ss. F. Cumont, Religions orientales, 
p. 248 et notes, P. Batiffol, L'Eglise naissante, p. 118, n. 3. 

20,3. providentiae (providenter p) scripta sunt. F 

Tous ces faits ont été écrits par la Providence divine, Provi- 
dentiae = a provident ia, a Deo. C'est le dafivus auctoris. Ter- 
tullien dit providentia, pour providentia Dei. Cf. 18,7 : pro- 
videntiae vindex. Sur le datif, voy. Hoppe, Syntax, p. 25. — 
Providenter, pris dans le sens étymologique, convient égale- 
ment. Son sens ordinaire est « avec prévoyance, avec sagesse ». 

20,5. Quid delinquimus, oro vos, futuro quoque credentes, 
qui iam didicimus illi per duos gradus credere ? 

futuro F ; futura P. — illi P ; illis *FM. — Modius donne 
futuro et ne dit rien de illis. 

Traduisons littéralement : « Quel tort avons-nous, je vous 
le demande, de croire aussi à l'avenir, puisque nous avons 
appris à croire au temps dans ses deux premières périodes » ? 


CHAP. 20,3-5—21,1 229 

Le singulier futuro est nécessaire, car il s'agit de l'une des 
trois périodes du temps, que Tert. vient de distinguer : futu- 
rum, praesens et praeteritum. Plus haut, il avait dit en parlant 
des faits passés : futur orum quoque fides et futur a praefanti, 
ce qui aura fait changer ici futuro en futura. Il faut d'ailleurs 
le datif avec credentes, comme avec credere. — Le singulier 
illi veut dire tempori. Voy. plus haut : Unum tempus est .. 
Le temps vient d'être divisé en trois gradus ou périodes, dont 
deux sont réalisées : le passé et le présent {per duos gradus). 
Le pluriel illis, auquel Modius n'a pas touché, représenterait 
le présent, le passé et le futur ; or le présent et le passé sont 
exclus. 

21,1. Sed qiioniam edidimus, antiquissimis ludaeorum 
instrumentis sectam istani esse siibfultam. 

Le chap. 21 offre un assez grand nombre de variantes et, 
pour les apprécier convenablement, il faut se rendre compte 
de la suite des idées. 

Au polythéisme qu'il a longuement réfuté (ch. 10-15), Ter- 
tullien oppose la religion chrétienne (ch. 17-24). Il établit 
d'abord l'existence d'un Dieu unique, créateur de l'univers : 
Quod colimus, Deus unus est ... (17,1). C'est le- monothéisme 
juif et chrétien, opposé aux païens (ch. 17-20). Tertullien 
en donne rapidement deux preuves naturelles : nous connais- 
sons Dieu par l'univers qu'il a créé et par le témoignage de 
l'âme (17, 4-6). Puis, il insiste sur une preuve surnaturelle : 
les prophéties contenues dans les Livres sacrés des Juifs (ch. 
18-20). 

Jusqu'ici les chrétiens, en désaccord avec les païens poly- 
théistes, sont d'accord avec les Juifs monothéistes. Mais, 
leur dira-t-on, en vous appuyant sur les Livres des Juifs, 
vous trompez le public, car vous êtes en désaccord avec les 
Juifs : votre secte est toute récente, vos pratiques religieuses 
sont différentes. Par conséquent, vous ne pouvez adorer le 
même Dieu, et tout le monde sait d'ailleurs que vous adorez 
un homme, le Christ. Sous le couvert d'une religion vénérable 
par son antiquité et tolérée, vous introduisez donc des nou- 
veautés inavouables. 


230 APPENDICE I 

Oui, dit Tcrtullien, nous adorons le Christ, mais sans penser 
autrement sur Dieu que les Juifs. La doctrine chrétienne 
n'est pas toute entière dans la formule : Quod colimus, Deiis 
unus est. Il faut compléter cette formule ainsi : Deum colimus 
per Christum (21, 28). Ici donc les chrétiens se séparent des 
Juifs : tout en maintenant avec eux l'unité de Dieu, les chré- 
tiens croient au Christ, Fils de Dieu et Dieu lui-même. Il n'y 
a rien d'incompatible dans cette double croyance : c'est ce 
que TertuUien va montrer : Necesse est igitur pauca dicamus 
de Cliristo ut Deo (21,3). Ce chap. 21 est une sorte de traité 
Adversus ludaeos adressé aux païens. 

Le Christ est Dieu et sa divinité se concilie avec l'unité 
de Dieu : telle est la thèse que défend TertuUien. 

Il en résulte qu'il ne s'efforce nullement de donner un exposé 
complet de sa christologie, comme il pourrait le faire, s'il 
parlait aux chrétiens. Le Christ est à la fois Rédempteur et 
Révélateur : ici, le Christ Rédempteur reste dans l'ombre ; 
c'est le Christ Révélateur que Tert. fait connaître. 

Dieu avait donné sa loi au peuple élu, par la bouche des 
prophètes. Mais les Juifs ont prévariqué et Dieu à promulgué 
une loi nouvelle, plus parfaite, destinée à tous les hommes. 
Le Christ est venu pour apporter la loi nouvelle, pour éclairer 
et guider le genre humain, pour lui faire mieux connaître 
Dieu. 

Pour comprendre la venue du Christ, sa nativité, il faut 
comprendre son essence. Le Christ est le Verbe de Dieu, par 
lequel il a créé le monde. 11 procède de Dieu, il est le Fils de 
Dieu. Le Fils est une personne distincte du Père, mais ne 
forme qu'un avec lui par la substance. 

Pour illuminer le genre humain, le Verbe de Dieu s'est 
incarné, il s'est fait homme. Les Juifs l'ont méconnu, bien 
que, par ses miracles, il se soit révélé Verbe et Fils de Dieu. 
Ils l'ont persécuté et attaché à la croix. Mais sa vie, sa passion, 
sa résurrection, son ascension révèlent sa mission divine et 
sa divinité. Pilate a rendu témoignage au Christ par son rap- 
port à Tibère. Les apôtres, qu'il a envoyés « pour enseigner 
ce qu'il leur avait enseigné », ont scellé leur témoignage de 
leur sang. Ils sont les vrais témoins ((^âpTupsç) du Christ, 


CHAP. 21,1 231 

S'adressant toujours aux païens, Tertullien continue : Tout 
à l'heure, je produirai devant vous (ch. 22-23) d'autres témoins 
de la divinité du Christ, des témoins irrécusables pour vous : 
ce sont vos dieux, c'est-à-dire les démons et leurs aveux. Et 
tirant les conclusions de son exposé, il continue : Pour le 
moment, je n'ai voulu que vous faire comprendre l'économie 
de notre religion et je la résume dans cette formule : Deum 
colimus per Christum. Arrière donc ceux qui prétendent que 
nous mettons en avant la croyance en un Dieu unique pour 
cacher des croyances inavouables. Il faut nous croire quand 
nous l'affirmons : car qui ment sur sa religion la renie et, loin 
de renier notre religion, nous sommes prêts à sceller de notre 
sang ce que nous disons, Dicimus et palam dicimus et vohis 
torquentibus lacerati et cnientati vociferamur : Deum colimus 
per Christum (21,28). Croyez même un instant, si vous le 
voulez, que le Christ est un homme : c'est par lui que Dieu 
a voulu être connu et adoré, 

A cela, vous n'avez rien à redire, vous autres, Juifs et païens. 
En effet, c'est par un homme. Moïse, que les Juifs ont appris 
à honorer Dieu, c'est à Orphée, à Musée, à Mélampe, à Tro- 
phonius, c'est à Numa que les Grecs doivent leurs mystères 
et les Romains leur culte si minutieux. 

On dira peut-être que le Christ a aussi inventé la divinité 
qui lui a servi à ouvrir nos yeux à la vérité. Il vous reste donc 
à rechercher si la divinité du Christ est vraie et la preuve 
que je vais vous en donner — preuve irrécusable pour vous — 
c'est le témoignage de vos dieux, des démons. 

Les chapitres 22-23, où Tert. expose sa théorie sur les dé- 
mons, forment donc une suite de sa christologie. Tertullien 
sait que les païens hésitent à admettre l'autorité des Ecritures, 
d'où il a tiré ses autres preuves ; c'est pourquoi il leur four- 
nira une preuve qu'ils ne pourront pas récuser (^). 


(^) Tert. suit souvent S. Justin. Cette preuve même de la divinité 
du Christ, qui doit convaincre les païens, c'est-à-dire le témoignage 
des démons, S. .Tustin l'avait donnée aux Juifs comme un argument 
irréfutable. Dialog. cum Tryphone, 85 : Kaxà yàp toû ovoixa-uoc; 
aùtoù.,.. 


232 APPENDICE I 

21.3. Veriim neqtie de Christo erubescimus, ut quos sub 
nomine eiiis deputari et damiiari iuvat, neqtie de Deo 
aliter stimus (neque de Deo aliter praesumimus P). F 

Tertullien veut dire : Nous ne rougissons pas du Christ, 
pour qui nous mourons, et, d'autre part, nous n'avons pas un 
autre sentiment sur Dieu que les Juifs. Notre croyance au 
Christ ne nous empêche pas de rester d'accord avec les Juifs 
sur le Dieu unique. — Les auteurs archaïques disent aliter 
esse (de), pour aliter sentire (de), être d'un autre avis (sur). 
Plaut., Trin., 47 : s in aliter es. Ter., Phorm., 529 : ego hune 
esse aliter credidi. Adelph., 492 : sin aliter animas noster est. 
597 : munquani te aliter atque es esse ammum induxi meuni. 
515 : sin aliter de hac re est eius sententia. Thés. l. /., I, 1654, 
10 ss. ; II, 1080, 36. Sur de, voy. ib., V, 777, 10. 

21.4. Totum ludaeis erat apud Deum praerogativa ob 
insignem iustitiam et fidem originalium auctorum F 

Tous les ms ont totum. La locution in tètum (= omnino) est 
très fréquente dans Tertullien. Hoppe, Tertullianea, p. 11-12, 
a réuni tous les passages, très nombreux. Elle se rencontre, 
avant Tert., dans Pline l'Ancien, qui l'emploie souvent, et 
dans Columelle (voy, les dict. de Forcellini et de Freund). 
De même, dans Minucius Félix, 22,8 (24,3) ; 28,3. 

Dans trois des passages de Tertullien cités par Hoppe (Adv. 
Marc, 1,29, p. 332, 11. Adv. Prax. 5 in, et ici), les mss ont 
totum. On s'est demandé si l'on peut admettre totum pour 
in totum. Hoppe pense qu'il faut changer totum en in totum 
dans les deux premiers passages et en tantum ici (avec Haver- 
camp). 

Si on lit tout ce § d'après F, en ajoutant de devant pro- 
merendo, on obtient un texte irréprochable, dans lequel tan- 
tum n'aurait aucun sens. Au contraire, totum, pour in totum, 
omnino, prorsus, utique, ôXw<;, nous paraît convenir. Cet ad- 
verbe modifie le verbe esse « exister «. Hoppe cite lui-même 
des passages analogues avec in totum. De resurr., 39, p. 82,15 : 
in totum esse noluerant {resurrectionem). Ibid., 55, p. 114, 10 : 
périsse enim est in totum non esse quod fuerit. Il faut donc 


CHAP. 21,3-5 233 

traduire littéralement : Une prérogative (une préférence, 
un privilège) existait tout-à-fait pour les Juifs auprès de Dieu, 
ou : les Juifs jouissaient d'un privilège complet, exclusif, 
auprès de Dieu. 

Outre les deux passages précités de Tert. (Adv. Marc, 1,29. 
Adv. Prax., 5), où les manuscrits donnent totum, on peut 
citer encore : Ad nat,, 1,18, p. 90, 9 : totum eradicatae con- 
fessionis. Lamprid., Heliog., 32 : Habiiit etiam istam consueiii- 
dinem, ut cenas sibi exhiberet taies, ut una die nonnisi de fasanis 
totum ederet, ... item alla die de pullis, alia de pisce illo et item 
illo, etc. Priscill., Tract., 1,7, p. 8,18 : sed totum Christi Dei 
teneat {nos) disciplina. Lucif., p. 38, 14 : quia ille sit Deus 
totum potens, qui ... Lucifer dit souvent totum potens, au lieu 
de omnipotens (voy. l'index, p. 352, à la fin de l'art, accusa- 
tivus). Voy. Hoppe, Syntax, p. lGO-101. Tertullianea, p. 11-12. 
Woelfflin, Archiv, IV, p. 144. 

— Au lieu de praerogativa, P a gratta. Ici, il s'agit des 
Juifs, le peuple privilégié de Dieu. Tert. répète le mot praero- 
gativa en parlant des Romains, au ch. 25,3, et il est intéres- 
sant de remarquer que, là encore, praerogativa est remplacé 
dans P par gratta. Tert. emploie d'ailleurs gratta dans le même 
sens (21,6 ; 27,4), mais il affectionne le mot praerogativa, 
beaucoup plus rare. Voy. 5,2. 

— P a enfin : ubi et insignis iustitia et fides. Ces mots dis- 
loquent et gâtent la construction de la phrase. Ils prouvent 
que celle-ci a subi une modification profonde dans P. C'est 
une raison de plus pour préférer praerogativa. 

21,4. unde illis et generis magnitude et regni sublimitas 
floruit et tanta félicitas de Dei vocibus adfuit (ut de Dei 
vocibus P) F 

P n'a pas adfuit, mot général, qui paraît avoir été ajouté 
dans F, parce que le verbe floruit précède le troisième sujet, 
de sorte que ce troisième sujet pouvait paraître manquer de 
verbe. Adjuit trouble du reste la clausule de Dei vocibus 
(double crétique). Voy. à la fin de cet Appendice. — Dans P, 
ut (unde M) devant de Dei est évidemment interpolé. 


234 APPENDICE I 

21,5. ex fiducia patrum inflati ad delirandum discipli- 
nam (ad declinandtim dérivantes a disciplina P) in pro- 
fanum modis (modum P) F 

Dans F, modis est une faute de copiste pour modum. 

« Les Juifs, dit Tert., enflés par la confiance dans (les mé- 
rites de) leurs pères, s'écartèrent de la loi d'une manière im- 
pie ». Ils ont été conduits par un fol orgueil à s'écarter de la 
loi de Dieu. Inflati ad contient l'idée de addudi ad. 

Delirare, sortir du sillon, et puis, de la droite voie. Non., 
p. 17 : delirare est de recto decedere. Vel., Gramm., 7,73 : gui 
a recta via vitae ad pravam déclinant ... delirare existimantur. 
Avec l'ace, delirare aliquid veut dire inepte dicere, facere, 
scribere, et ne convient pas avec disciplinam, à moins qu'on 
ne fasse de disciplinam un ace, grec « quant à la discipline », 
ce qui est peu admissible. 

Dans P, dérivantes paraît être une addition oiseuse, con- 
traire au style concis de Tertullien, De plus, derivare est ordi- 
nairement transitif ; pris intransitivement, il se dit des choses. 
Voy. Thés. l.L, V, 638, 47. De pud., 21,9 : ad te dérivasse sol- 
vendi et adligandi potesîatem. 

Dans Cicéron, declinare est construit absolument ou tran- 
sitif. De nat. deor., 3,33 : appetuntur, quae secundum naturam 
sunt, declinantur contraria. Il dit : declinare minas, impetam, 
urbem. Voy. Merguet, s. v. Tert. dit : declinare ab, mais aussi 
declinare aliquid. Adv.Marc, 2,19, p, 361, 12 : declinare amalo 
et facere bonum. De pat., 4, p. 5,12 : cui severitati declinandae 
vel liberalitati invitandae tanta obsequii diligentia opus est. 

On peut donc lire : ad declinandum disciplinam. Sur le 
gérondif au lieu de l'adj. verbal en -ndus, voy. ad 14,8, 

21,5. probaret exitus hodiernus ipsorum. FP 

Exitus signifie «issue, événement». De pud., 21,11 : Sic 
enim et exitus docet. Avec le génitif d'un nom de personne, 
il est souvent synonyme de exitium, mors, interitus. Ch. 50,6 : 
qui de tali suo exitu etiam iocabatur. Depuis la prise de Jéru- 
salem par Titus en l'an 70, les Juifs n'existaient plus comme 
nation. Depuis la révolte de Barchocheba, sous Hadrien, 


CHAP. 21,5-8 235 

l'accès de la colonie d'Aelia Capitolina, bâtie sur les ruines 
de Jérusalem, leur est interdite : un jour par an, celui de la 
destruction de la ville sainte, il leur est permis de venir pleurer 
sur ses ruines. Voy. Adv. lud,, 3, p. 706 0,, et 13. De pud., 
8,7. Euseb., Hist. eccl., 4, 6, 3. Dio Cass., 69, 14, 

21,8. amatorem in auro conversum Danaes. *F 

P a Danaidis, avec tous les mss de la tradition commune. 
Nous n'hésitons pas à attribuer Danaes à F, parce que De la 
Barre a Danaes et que Modius ne dit rien, alors qu'il donne 
une variante des mots qui suivent immédiatement. Voyez 
Ad nat., 2, 13, p. 124, 4, où Tert. explique le sens de cette 
légende : c'est à prix d'or que Jupiter a eu accès auprès de 
Danaé : et imbrem aiireum pergiilis {immiserit, id est} aditum 
pecunia ruperit. Là, il ne prononce pas le nom de Danaé. 
Mais Isidore (Etym., 8, II, 35), qui reproduit d'après Tert. 
l'explication de toutes ces légendes, dit : modo Danaes (T^) 
per imbrem appetisse concubitum ; ubi intellegitur pudicitiam 
mulieris ab auro fuisse corruptam. 

Havercamp pensait que Danaidis est une glose, parce que 
les autres amantes de Jupiter ne sont pas nommées ; mais 
amatorem exige un complément déterminatif. 

21,8. lovis et ista sunt humana vestra F ; lovis ista sunt 
numina vestra. P 

Tertullien montre que le Christ est Fils de Dieu, mais qu'il 
fut engendré de telle façon qu'il n'a pas à rougir de son 
nom de fils ni de sa filiation paternelle. Il pense à l'objection 
païenne dont il parle ailleurs : les démons ont inventé les fils 
de Jupiter pour discréditer la croyance chrétienne de l'incar- 
nation. Voy. 21,14 et 47,11-14. La naissance du Christ n'a 
rien de commun avec tous ces crimes que vous commettez 
{humana vestra) et que vous attribuez à Jupiter. 

Tertullien a expliqué lui-même ailleurs les mots humana 
vestra ; en effet, ces mots résument avec concision ce qu'il 
dit dans Ad nat., 2,7 et 2,13. Vos dieux sont incestueux, adul- 
tères, ravisseurs, parricides. Et il continue : Ride(nduin an 
i)rascendum sit taies deos credi quales homines esse non debeant? 


236 APPENDICE I 

(2,7, p, 107, 4). Quid ergo novi si, qui homines fuerint, humanis 
aut casibus aut crimi(nibusy aut fabulis polluuniur ? {Ibid., 
1, 21). Ces Immani casas, ces humana crimina sont appelés ici 
liumana vestra. Ce ne sont pas les métamorphoses de Jupiter 
en serpent, en taureau, en cygne, en or ; ce sont les crimes 
que Tert. vient de mentionner : de sororis incesto, de stupro 
filiae, etc. Au chap. 9 déjà, Tert. a montré que les païens s'en 
rendent coupables et il peut dire : humana vestra « ces choses 
humaines qui vous sont propres, ces crimes que vous commet- 
tez, vous qui êtes des hommes, Jupiter les commet aussi, lui 
qui est dieu, qui est le maître des dieux ! ». 

Cf. Adv. Marc, 2, 16, p. 357, 10 : Satis perversum est, ut in 
Deo poîius humana constituas, quam in homine divina. 

Rauschen explique donc bien : lovem humano more haec 
fecisse fingitis. 

Rigaltius lisait : crimina vestri (se. lovis), ce qui est fort 
ingénieux, mais contraire à l'idée de Tertuliien. C'est une 
de ces corrections qui rendent la pensée plus facile à com- 
prendre, mais qui la défigurent. Elle était plutôt digne du 
remanieur de P que de Rigaltius. 

Après avoir reproduit presque textuellement l'explication 
que Tert. (Ad nat., 2,13, p. 124, 1. 4-7) donne de ces légendes, 
Isidore (Etym., 8, 11, 25) ajoute : Et ideo non figurae istae 
sunt, sed plane de veritate scelera. Unde turpe erat taies deos 
credi, quales Jiomines non esse debeant. On voit qu'il combine 
deux passages de Tertuliien : Ad nat., 2,7 (ci-dessus) et 2,13, 
et qu'il a bien compris humana vestra. 

Numina vestra est un non-sens. Les scribes confondent 
facilement numina et humana. De plus, c'est une fin d'hexa- 
mètre, que les prosateurs évitent, tandis que humana vestra 
donne comme clausule un ditrochée. Di Capua, p. 35. 

21,9. non nupserat. 

De pud., 6, p. 230, 3 : At ubi sermo Dei descendit in carnem 
ne nuptiis quidem resignatam et sermo caro factus est ne nuptiis 
quidem resignanda ... Sur resignari avec le datif, voy. Hartel, 
Patr. St., m, p. 7. 

21,11. Et nos autem sermonem atque rationem, itemque 


CHAP. 21,9-12 237 

virtutem, per quae omnia molitum Deum ediximus, 
propriam substantiam spiritum adscribimus. 

Sur spiritum, qui manque dans F, voy. p. 41. F a : asscri- 
bimus, tandis que P a inscribimus. Tertullien construit ad- 
scribere, inscribere, proscribere avec un double accusatif (compl, 
direct et compl. attributif). Ch. 44,2 : Quis illic sicarius ... 
idem eiiam Christianus adscribitur ? Scorp.,7, p. 159, 16: 
Scit et apostolus qualem Deum adscripserit, cum scribit ... De 
an., 24, p. 337,7 : quid amplius proscriberet animam, si eam 
deum nuncuparet ? Quelle autre qualité assignerait-il à l'âme ? 
Sen., De brev. vitae, 16,5: quid aliud est vitia nostra incendere, 
quam auctores illis inscribere deos ? Le sens d' inscribere avec 
deux accusatifs dérive de celui qu'il a dans les phrases sui- 
vantes de Cicéron : eosque (libros) rhetoricos inscribunt (De 
orat., 3, 122) ; in eo libro qui Oeconomicus inscribitur (De off., 
2,87). 

Adscribere exprime que le nom donné s'ajoute à un autre. 
Au nom du « Verbe « (sermo) vient s'ajouter celui de spiritus. 
L'accusé qui est qualifié de sicarius, n'est jamais « qualifié 
en outre » de chrétien. 

21,12. Et cum radius ex sole porrigitur, portio ex summa ; 
sed sol erit in radio, nec separatur substantia, sed expan- 
ditur, et (sic) lumen de lumine accensum. Manet intégra 
et indefecta materia matrix, etsi plures inde traduces 
qualitatis mutueris. F 

P a: sed extenditur. Ha de spiritu spiritus et de Deo Deus ut 
lumen de lumine accensum. — Sur expanditur, pour extenditur, 
voy. p. 105. — Sur et pour ut, voy. p. 101, ad 4,3. — Sur les 
mots interpolés ici, dans P, ita de spiritu spiritus et de Deo 
Deus, voy. p. 74. 

Nous croyons que les mots ut lumen de lumine accensum 
sont aussi interpolés et peut-être ont-ils amené, dans P, l'in- 
sertion des mots Ita de spiritu spiritus et de Deo Deus. Les 
uns et les autres nuisent à la suite des idées. 

En effet, dans les §§ 11-13, Tertullien essaie de faire com- 


238 APPENDICE I 

prendre aux païens, la substance du Christ ou le Logos chré- 
tien. 

Verbe et raison de Dieu, par qui Dieu a tout créé, il est 
esprit, car il a été engendré par Dieu, qui est esprit. Fils de 
Dieu, il est Dieu lui-même (§ 11). Le Père et le Fils sont un 
seul Dieu à cause de l'unité de substance, mais sont deux 
personnes distinctes. 

Le but de la comparaison qui suit (le soleil et les rayons) 
est de faire comprendre 1) l'unité de substance et 2) la dis- 
tinction des personnes. 

Ailleurs, Tert. se sert de trois comparaisons empruntées 
au monde physique. Adv. Prax., 8, p. 238, 25 : nec frutex 
tamen a radice, nec fluvius a fonte, nec radius a sole discernitur. 
Ibid., 8, p. 239, 8 ; 13, p. 249, 25. Ici, il choisit la troisième : 
le rayon qui part du soleil a la même substance que le soleil, 
mais il est distinct du soleil (§ 12). Il paraît l'avoir prise à 
Athénagore, Suppl., 10 : wç à/nva r^dou. 

Les deux phrases qui exposent cette comparaison {Etiam 
cum radius, etc., et Manet indefecta, etc.) sont malencontreu- 
sement séparées dans P par Ita de spiritu spiritus et de Deo 
Deus, qui sont à leur place plus loin, et, en outre, dans F 
comme dans P, par une autre comparaison : ut lumen de 
lumine accensum. 

Cette comparaison de « la lumière allumée à la lumière » (i) 
est dans S. Justin, Dial. c. Tryph., 61,2 et 128 : ôttolov i-ni 
uupôç ôpwp.ev aXXo y!,vôjJievov. Voy. l'éd. Archambault, p. 286, 
note. Elle a été reprise par Tatien, qui imite S. Justin. Adv. 
Graec, 5 : wo-Trep yàp duo p.t.à(; BaSoç àvàuTSTaL [i.ev Tiupà 
TToXXà. Elle est critiquée par S. Irénée, Adv. haer., 2,4 : si 
auteni velut a lumine lumina incensa sunt. S. Irénée ne veut 
d'aucune de ces comparaisons empruntées au monde phy- 
sique, parce que les Gnostiques en avaient tiré argument. 
Celle de la lumière a cependant été reprise par le Symbole 
de Nicée : 0£Ôv èx 0eoù, cpwç èx 'fbnôq. 


(') Cf. Ennius (Cic, Deofif., i, 51. Ribb., Fragm. scaen.^ Ed. 3, 
p. 78, 366) ; q/itist lumcti de suo lumine acccndat. Ovide, cité par 
llav. : qiiisvetat accenso luineti de lumine siuni? Thcs. l. /., I, 274, 78. 


CHAP. 21,12 239 

Ici, elle s'ajoute mal à propos à la comparaison du soleil 
et du rayon. Elle ne se rencontre pas dans l'ouvrage Adversiis 
Praxean, où Tert. traite longuement du mystère de la Tri- 
nité, Lactance, qui s'inspire de Tert., ne la connaît pas non 
plus, mais reprend celles de la source et du fleuve, du soleil 
et du rayon. Div. inst., 4, 29, 4 : Sed ille quasi exuberans fons 
est, hic tamquam defluens ex eo rivus ; ille tamquam sol, hic 
quasi radius ex sole porrectus. 

C'est donc probablement une addition et elle aura été faite 
après la publication du Symbole de Nicée, dans les mss de 
Tert., car elle est, connue de VAltercatio dès 366 (i). 

Dans F, il reste peut-être un indice de l'addition : c'est et 
(qui ne serait pas une faute de copiste pour ut). Dans la tra- 
dition commune, on a lu ut et l'on a ajouté un premier terme 
de la comparaison : Ita de spiritu spiritus et de Deo Deus. 

Havercamp fait aller ces mots avec ce qui suit : Ut lumen 
de lumine accensum, manet ... Mais la materia matrix n'est 
pas la lumière allumée à la lumière ; c'est la lumière à laquelle 
s'allume la lumière. 

— P a : materiae matrix. VAltercatio a seulement materia. 


(') Altercatio Heracliani laici ctim Germinio episcopo Sirmiejisi. Cet 
écrit anonyme a été édité par Caspari, Kirchengeschichtliche Anecdota, 
1883, p. 133 et ss. Le laïque orthodoxe Heraclianus tire sa profes- 
sion de foi presque littéralement de Tertullien (21, 12-14), sans 
nommer celui-ci. Voici le passage (p. 143), d'après W'àva&ck, lier, 
der Berl. Ahid., 1895, 11^ p. 565 : 

Cum radius ex sole porrigitur, portio ex summa est ; sed sol erit 
in radio, quia solis est radius, nec separatur substantia, sed extendi- 
tur, ut lumen de lumine accensum. Manet intégra, indefecta mate- 
ria, etsi plures inde traduces qualitatum mutueris. Ita et quod de 
Deo profectum est, Deus est et Dei Filius, et unum ambo. Ita et de 
Spiritu sancto et de Deo modulo. Allerum ergo gradum, non statum 
fecit, exinde non discessit, sed excessit. Iste igitur Dei Filius, ut 
rétro semper praedicabatur, delapsus in virginem quandam et in 
utero eius caro figuratus, nascitur homo Deo mixtus. Caro spiritu 
structa nascitur, adolescit, aiïatur et Christus est. Haec mea fîdes. 

Cf. Calluwaert, Le Cad. Fuld., p. 348-349. 


240 APPENDICE I 

Il faut lire avec F : materia matrix. Matrix est très souvent 
employé par Tert. dans le sens de « source ijons), origine 
{origo), cause ». Ici, Tert. parle du soleil, foyer des rayons 
et il l'appelle la « matière-source », la « matière-foyer » (et 
non le foyer de la matière). Il aime à apposer un substantif 
à un autre, comme un adjectif. Voy. 9, 19 : virgine continentia 
et senes pueri ; 21,25 : magistri Dei ; 39,6 : domesticis senibiis. 
De praescr., 17 : corruptor stilus. Adv. Hermog., 16, p. 143, 
15 : videbitur materia etiam boni matrix. Adv. Marc, 4,35, 
p. 541, 19 : matricem religionis et fontem. Ibid., 2, 16, p. 357, 
17 : lenitatem dico, patientiam, misericordiam ipsamque matri- 
cem earum bonitatem. De praescr., 21 : quae {dodrina) mm 
ipsis ecclesiis apostolicis matricibus et originalibus fidei con- 
spiret. De resurr., 6, p. 34, 11. De pat., 5, p. 8, 22. De virg. vel., 
5. Adv. lud., 2. Adv. Valent., 7, p. 185, 7. Voy. l' Index d'Oeh- 
1er, s. V. matrix. 

Traduisons ce § 12 : « Quand un rayon est lancé hors du 
soleil, c'est une partie qui part du tout ; mais le soleil est dans 
le rayon, parce que c'est un rayon du soleil et que la substance 
n'est pas divisée, mais étendue. [Ainsi l'esprit vient de l'es- 
prit, comme la lumière qui s'allume à la lumière.] La matière- 
source demeure entière et ne perd rien, même si elle commu- 
nique sa nature par plusieurs canaux ». 

21,13. Ita et quod de Deo profectum est, Deus est et 
Dei Filius et unus ambo. Ita de spiritu spiritus et de 
Deo Deus, module alter, numerum gradu, non statu 
fecit et a matrice non recessit, sed excessit. F 

Les mss sont d'accord, excepté : alter F ; alternum P ; alte- 
rum Altercatio. — Il faut lire et ponctuer comme nous l'avons 
fait. Traduisons littéralement: « Ainsi ce qui est sorti de Dieu 
est Dieu et Fils de Dieu, et les deux ne font qu'un. Ainsi 
l'esprit qui vient de l'esprit et Dieu qui vient de Dieu, autre 
par la mesure, est second quant au rang, non quant à l'état, 
et il est sorti de sa source sans s'en être détaché. » 

Ce passage important a été généralement mal interprété Q). 


(1) H. Schrôrs, p. 1 11-113, a contribué à l'élucider au point de 


CHAP. 21,13 241 

Nous venons de voir que dans les §§ 11-13, Tert. s'efforce 
d'expliquer aux païens la substance du Christ (§ 10) ou le 
Logos chrétien et qu'il se sert d'une comparaison pour leur 
faire comprendre 1) l'unité de substance et 2) la distinction 
des personnes : le rayon qui part du soleil est distinct du 
soleil, mais il a la même substance que le soleil (§ 12). 

Au § 13 vient l'application de cette comparaison à Dieu 
et à son Verbe, à deux points de vue : 

1) Ita et quocl ... Unité de substance : ainsi Dieu et le Verbe 
proféré par lui sont un quant à la substance, ils sont Dieu, 
l'un et l'autre O, 

2) Ita de spiritu. Distinction des personnes : ainsi le Verbe 
vient au second rang ; le Fils est une deuxième personne, 
distincte du Père. 

Voilà la suite des idées. Presque tous les mots de la dernière 
phrase méritent une explication. 

Le sujet de fecit est de spiritu spiritus et de Deo Deus, l'esprit 
(qui vient) de l'esprit. Dieu (qui vient) de Dieu. Tert. aime 
à déterminer un substantif par un autre substantif précédé 
d'une préposition. Ici, le grec pourrait ajouter le participe 
présent wv. 

Numemm fecit. Pour Tert., numerus (âp'.Qf/o;) est le nombre 
supérieur à « un », le pluriel opposé à l'unité : post unum enim 
numerus, dit Tert,, Adv. Marc, 1,5, p. 296, 17. De exhort. 
cast., 7 : quod non unum est, numerus est. Denique post unum 
incipit numerus. Numerum facere, constituer un nombre, 
c'est donc « être un second », distinct du premier : una enim 
res est, quae eadem in duobus est, dit encore Tert., ib., 1, 26. 
Le Fils est « numériquement » distinct du Père, il est une 
deuxième personne distincte de la première. Le saint Esprit, 
dont Tert. n'avait pas à parler ici, est une troisième personne, 
distincte des deux autres. Il y a une hiérarchie des trois per- 


vue Ihcologique, mais il a le tort de s'en tenir invariablement à la 
lecture de P. 

(') Cf. Adv. Hermog., 3, p. 128, 21: scilicet Deus suhstanliae 
ipsiiis nomen estj id est difinilalis. 

16 


242 APPENDICE I 

sonnes. Adv. Prax., 13, p. 249, 5 : At ubi venit Christus et 
cognitiis est a nobis, qiiod ipse, qui niimerum rétro fecerat, 
foetus secundus a Pâtre, et eum Spiritu tcrtius. Ibid,, p. 248, 
15 : secundum rationem oeconomiae, quae facit numerum. Tert. 
emploie la même expression en parlant des deux dieux de 
Marcion, qui sont égaux. Adv. Marc, 1,5, p. 297, 2 : nullam 
iam rationem sut numeri ostendunt praestantiam non habentes. 
Numerus autem divinitatis summa ratione constare deberet (^). 

S. Justin avait déjà vivement insisté sur cette distinction 
dans des termes que Tert. semble reprendre. Dial. c. Tryph., 
56, 1 1 : 0eoç êrepôç èo-xi. toÙ xà Tiàvra Tror/ia-avroç Oeoù, âpt,8[/.w 
Xéyo), àXXà où yvo){jiri, il est autre (alter) que le Dieu qui a 
fait toutes choses, j'entends pour le nombre {numéro dico) 
et non pas pour la pensée. Ibid., 62,2 : xal âp'Jfjiw ov-a exepov 
xal XoyLxov ÛTcàpyovxa. Ibid., 128 C : oùy^ wç to toù r)).{ou 
cpwç dvdp,aT!. p.ôvov àp!.0[j(.erTa!., àXkà xal àpLGp.w hepâv xi è(jxi. 

Modulo alter. Le Fils est donc distinct du Père, il est « autre 
par la mesure », dit Tertullien. En effet, comme le rayon du 
soleil, il est portio ex summa. Adv. Prax., 9, p. 239, 24 : Ecce 
enim dico olium esse Potrem et alium Filium et alium Spiri- 
tum ..., non tamen diversitate alium Filium a Pâtre, sed dis- 
tributione, nec divisione alium, sed distinctione, quia non sint 
idem Pater et Filius, vel modulo alius ab alio (alii). Pater 
enim tota substantia est, Filius vero derivatio totius et portio, 
sicut ipse projitctur : quia Pater maior me est (loh., 14, 28). 
A que et minoratus canitur in psalmo (Psalm., 8,6) modicum 
quid citra angelos. Sic et Pater alius a Filio, dum Filio maior, 
dum alius qui gênerai, alius qui generatur, dum alius qui 
mittit, alius qui mittitur, dum alius qui facit, alius per quem fit. 
Ibid., 14, p. 250, 24 : et consequens erit, ut invisibilem Patrem 
intcllegamus pro plenitudine maiestatis, visibilem vero Fi- 
lium agnoscamus pro modulo derivationis, sicut nec solem 
nobis contemplari licet, quantum ad ipsam substantiam sum- 


(^) Dans un autre ordre d'idées, Tert. (De an., 6, p. 307^ 25) 
dit : Secundum sit necesse est quod c.v alio est. Nihil porro ex alio est 
7iisi dum gignitur j sed tune duo sunt. 


CHAP. 21,13 243 

mam, quae est in caelis, radium auiem eius toleramus oculis 
pro temperatura portionis, quae in teiram inde porrigitur. 
Adv. Marc, 3,6, p. 385, 1 1 : Concédas necesse est, qui Patrem 
non agnoverint, nec Filium agnoscere potuisse per eiusdem 
substantiae condicionem, cuius si plenitudo intellecta non est, 
multo magis portio certe, qua plenitudinis consors. 

Modulus désigne une unité de mesure, ce qui sert de mesure. 
Il est diminutif de modus et synonyme de modus et de men- 
sura « mesure, dimensions », De an,, 32, p. 354, 9, Tert. admet 
que l'âme a une sorte de corps, une figure (effigies) et des di- 
mensions et il oppose cette conception aux théories de la 
migration de l'âme dans des corps d'animaux qui sont, dit-il, 
trop grands ou trop petits pour la contenir : ipsius animae 
humanae quisquis modus, quaecumque mensura, quid faciet 
in amplioribus longe vel minutioribus animalibus ? Ibid,, 
1, 16: si nulla ratione capax est luiiusnwdi translationis in 
animalia nec modulis corporuni nec ceteris natwae suae legibus 
adaequantia. De an,, 37, p, 364, 7 (dans l'homme, l'âme et 
le corps se développent en même temps) : crescunt caro mo- 
dulo (en volume ou en dimensions), anima ingénia. L, 11 : 
salvo substantiae module, la mesure, la quantité de substance 
que l'âme possède dès l'origine, demeure la même, — Prenez 
une masse d'or brut : elle contient, dans les limites de ses 
dimensions, tout ce qui est la nature de l'or, Ibid,, 1, 14 : 
continens intra lineam moduli totum quod natura est auri. En 
travaillant cette masse d'or, on n'ajoute pas à sa mesure, 
on lui donne une forme : nihii conferens modulo nisi effigiem. 
Au figuré, permittente modulo delicti (De pud,, 14, 26), le peu 
de gravité de la faute permettant (le pardon). 

Le Verbe est donc « un autre » que le Père, une seconde 
personne distincte de la première, et il est « autre par la me- 
sure » (moindre que celle du Père), Cette façon de parler, 
suggérée par la comparaison du soleil et du rayon, les mots 
portio et modulus surtout, ont fait accuser Tert. de subordi- 
nationisme (i), Voy, J, Tixeront, Hist. des dogmes, I, p, 337, 


(') Au ch, 23, 12, Tert. dit que le Fils de Dieu est JJei onmia, 
suivant S. Jean, 16, 15 : omnia quaecumque habet Pater, mea sunt, 


244 APPENDICE I 

Adh. d'Alès, Théologie de Tert., p. 69. Freppel, Tert., II, 
p. 288-313. 

Gradu, non statu. Le Fils est donc autre que le Père par 
la mesure et il est second. A quel point de vue ? A quoi s'ap- 
plique cette mesure ? Gradu, non statu « au point de vue du 
rang, de l'ordre de succession, non au point de vue de l'état ». 
Quant à l'état, comme quant à la substance et quant au 
pouvoir, il est l'égal du Père (et du Saint-Esprit) ; quant au 
rang, comme quant à la forme et à l'espèce, il lui est inférieur. 
En effet, il vient au second rang (gradu), puisqu'il procède 
du Père, (et l'Esprit saint vient au troisième rang, puisqu'il 
procède du Père et du Fils). Adv. Prax., 4, p. 232, 5 : in ter- 
tium gradum. Ibid., 30, p. 288, 9 : tertium nomen divinitatis 
et gradum maiestatis. Ce n'est pas autre chose que la hiérar- 
chie des personnes divines, c'est l'ordre des processions. Adv. 
Prax., 2, p. 230, 1 : très autem non statu, sed gradu, nec subs- 
tantia (t-?, oùgU], sed forma (ttj UTïoo-Tâa-eO, nec potestate, sed 
specie, — unius autem substantiae, et unius status, et unius 
potestatis, quia unus Deus, ex quo et gradus isti et Jormae et 
species in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti deputantur. 
{Qui} quomodo numerum sine divisione patiuntur, procedentes 
tractatus demonstrabunt. Cf. Athenag., Suppl., 10 ; 12 ; 24 : 
TYjV èv T'^ svoWs'. oûvaiji'.v xal Tr,v èv tt] Ta^e». o'.aipeo-'.v. 

La leçon de P et celle de V Aller catio ne se comprennent pas ; 
c'est parce qu'on les a suivies qu'on a eu de la peine à com- 
prendre ce passage capital. 

21,14. Caro spiritu structa (instructa P) nutritur, ado- 
lescit, adfatur, docet, operatur et Christus est. Recipite 


et i2j lo: et mea omnia tua sunt. Cf. Adv. Prax., 2, p. 229, 3 : 
quasi 71011 sic quoqiie unus si/ omnia, duni ex u7io omnia, per suh- 
sta7itiae scilicet unitateiii.Yb'xù.., 17, p. 239, 3 : 07imia, i7iqtiitj Patris 
7ncasuut. De carne Chr., 19, p. 456 O. : Dierilo, quia Vcrbu7/i Dei., 
et cum Verho Dci SpiritiiSj et in Spiritu Dei Virlus, et quidquid Dei 
est Christus. Dans ces passages et ailleurs, Tert. proclame l'égalité 
complète des personnes divines et il semble que les comparaisons 
dont S. Irônée se défiait, aient parfois enlevé sa précision à la pensée 
et à l'expression de TertuUien. 


CHAP. 21,14 245 

intérim haiic fabulam — similis est vestris, — dum osten- 
dimtis, quomodo Christus probetur, etc. F 

F et- P sont d'accord, excepté que F a stnida et P, instruda. 
— Stnida est confirmé par VAltercatio. Instruda est une cor- 
rection erronée d'un remanieur, qui ne savait pas que Tert. 
a l'habitude d'employer stntdiis clans le sens cVinstrudus {^). 
11 a fait comme certains éditeurs modernes dans les passages 
que nous allons citer. Caro désigne la nature humaine et spi- 
ritiis, la nature divine, qui sont unies dans le Verbe incarné. 
Cf. § 1 1 : nani et Deus spiritus. 

Voici des exemples de strudus. Adv. Prax., 8, p. 238, 10 : 
Quis autem scit qiiae sint in Deo, nisi spiritus, qui in ipso est ? 
Sernio (= Verbunï) autem spiritu strudus est et, ut ita dixerini, 
sermonis corpus est spiritus. De carne Chr., 8 : caro igitur 
Ctiristi de caelestibus struda. Ibid. : ipswn diani Cliristwn 
in carne terrena fuisse caelestem. De resurr., 61, p. 123, 7 : 
quoi stériles utriusque naturae injruduosis genitalibus strudi. 
De an., 10, p. 312, 23 : honio, si pulmonibus et arteriis strudus 
est. De an., 10, p. 313, 26 : et idcirco ea spiritu carere, quia 
de flaturalibus artibus struda non sint. Dans le passage suivant, 
Oehler propose de lire instrudae. De virg. vel., 9 : scilicet ut 
experimentis omnium adfeduum strudae {maires). Dans celui- 
ci, Kroymann conjecture instruxerat. Adv. Marc, 4, 24, p. 
500, 7 : sicut et egituram {expeditionem suorum) per solitu- 
dinem struxerat. Voy. Oehler, Index verb., s. v. strudus et struo. 

Le traité Quod idola, 11, qui copie Tert., dit : carnem Spi- 
ritus sandus induit ur. 

— Hanc fabulam. Tert. emprunte le langage des païens : 
cette « fable », comme vous dites. On n'a pas assez remarqué 
que Tert. adopte parfois le langage de ses adversaires, sans 
nous en avertir. Au ch. 23, 12, il reprendra l'expression : et 


(•) Lôfstedt, p. 33, fait remarquer que la faute pourrait venir 
d'un i prosthétique. W. Liiidsay, Die latein. Sprache, p. 120. Lach- 
mann, Lucretius, 4, 283. 11 fait la même observation ?,uv inspirât (F) 
pour spiral {V) au ch. 27, 5. Au cliap. 50, w, \^ a au contraire 
scribitis pour inscribitis. 


246 APPENDICE I 

guis ille Christus cum sua fabula. Au ch. 39, 1, il dira factio 
Christiana, ce que vous appelez la faction chrétienne. 

— Eiusmodi fabulas ad destructionein veritatis aemulas. 
L'idée que les démons ont inspiré aux poètes et aux philo- 
sophes des fables analogues aux mystères chrétiens pour 
discréditer ceux-ci, a été empruntée par Tert. à S. Justin, son 
maître. Adv. Valent., 5. 11 y reviendra au ch. 47, 11-14. Voy. 
S. Justin, Apol. I, 54, 2. Dial. c. Tryph., 69-70. 

21.16. Ne enim intellegerent pristinum... nieritum fuit 
delictum eorum P ; nec intellexerunt pristinum... meri- 
tum fuit delictorum F 

Le texte de F est corrompu. Cf. Quod idola dii non sint, 12 : 
quod autem hoc ludaeorum populus intellegere non potuit, 
delictorum meriium fuit. L'auteur de cet écrit (S. Cyprien ?) 
suit de très près tout ce chapitre de Tertullien. — Dans F, 
les mots nec intellexerunt pristinum ne font que répéter ce 
que Tert. a dit dans la phrase précédente : primum non intel- 
legendo. En outre, les mots meritum fuit delictorum exigent une 
proposition complétive : ne intellegerent. Le § 16 explique 
la cause de l'aveuglement qui a empêché les Juifs de compren- 
dre la première venue du Christ. Enim introduit bien cette 
explication. 

P. a : meritum fuit delictum eorum, leur péché a mérité que 
... Meritum fuit = meritum est. Barraeus a imprimé : meri- 
tum fuit delictorum, et il allègue le Quod idola, 12 (voy. ci- 
dessus) ; Modius ne donne pas de variante. Il est donc pro- 
bable que F était d'accord avec le Quod idola, ce qui plaide 
en sa faveur. Il donne d'ailleurs une bonne clausule (un dis- 
pondée précédé d'un crétique), 

21.17. inluminaret caecos *F ; reluminaret caecos P 

Le traité Quod idola, 13, dit : inluminaret caecos. En effet, 
S. Jean, 9, 1, dit : Vidit hominem caecum a nativitate. On ne 
rend pas la vue à un aveugle-né. Dans les autres guérisons 
d'un aveugle, il est dit : caecus et Domine, ut aperiantur oculi 
nostri (Mattli., 20, 33), Rabboni, ut videam (Marc, 10, 51). 
Cf. Marc, 8, 22-26 ; Luc, 18, 35-43. En parlant de Stésichore, 


CHAP. 21,16-19 247 

qui recouvre la vue, Tert. devait dire reluminare. De an,, 34, 
p. 359, 14 : qiiem excaecasset ..., deliinc reluminasset ... — Cf. 
De carne Chr., 4, p. 448 0. : caecam (carnem) reluminat (Chris- 
tus). C'est la leçon de A ; les autres mss ont perluminat, d'après 
Oehler. 

21.18. Syriam tune ex parte Romanam procurant! F ; 
Syriam tune ex parte Romana proeuranti P 

Ce passage a été correctement reproduit par le traité Quod 
idola, 13, p. 30,3 : qui tune ex parte Romana Syriam procu- 
rabat. 

Ponce Pilate était procurateur de la Judée, mais Tert. 
donne à la Judée le nom qu'elle portait de son temps ; il 
l'appelle tantôt Syria Palaesiina (5,2), tantôt Syria (21,18). 
Lactance, Div. inst., 4,18, dit de Ponce Pilate : qui tune legatus 
Syriam regebat. C'est également un anachronisme ; en effet, 
c'est seulement depuis la prise de Jérusalem par Titus (an 70), 
que la Judée eut pour gouverneur un legatus Augusti pro 
praetore provinciae Syriae Palaestinae. 

Les mots Syriam tune ex parte Romanam ne pourraient 
signifier autre chose que « la Syrie qui était alors romaine 
en partie », ce qui est faux et ne convient pas ici. Si l'on cons- 
truit : Syriam Romanam tune ex parte proeuranti, on ne voit 
pas pourquoi Tert. dirait Syriam Romanam, car il n'y avait 
pas de Syrie non romaine. En outre, la place de Romanam 
serait étrange. C'est pourquoi nous avons admis que le scribe 
de F a fait faussement accorder Romanam avec Syriam et 
qu'il faut lire : ex parte Romana (= ex parte Romanorum) « au 
nom des Romains )\ Tertullien dit ex parte alieuius au lieu 
de ab parte alieuius. Voy. Heumann-Seckel, Handlcxikon, 
406. 

21.19. Ratione non deprehensa, negaverunt F 

Sur cette phrase, voy. ci-dessus, p. 45. — Sur l'abl. abs., com- 
parez encore Ad nat., 2,2, p. 96,4 : Inventa enim solummodo 
Deo, non ut invenerunt exposuerunt. Cf. 47,5 : Inventum enim 
solummodo Deuni non ut invenerant disputaverunt. 


248 APPENDICE I 

21,21. Sed ad tertium diem F ; sed ecce tertia die P 

A la question quando, on trouve ad avec l'ace. De orat,, 
25, p. 197, 20 : ad nonam. Voyez d'autres exemples dans le 
Thés. l. L, II, 556, 48, Comme cette construction est beaucoup 
plus rare que l'abl,, le remanieur de P l'aura remplacée par 
la construction ordinaire en ajoutant ecce. Il est peu probable 
qu'il eût fait l'inverse. 

21.21. nihil in sepulcro repertum est praeter exuvias 
sepulturae F 

P a : praelerquam exuviae sepulti. Cf. Luc, 24, 12 : Petriis 
... vidit linteamina sola posita. Ce sont les dépouilles de celui 
qui a été enseveli {sepulti). Sepulturae est l'abstrait, que Tert. 
met souvent pour le concret. Le remanieur de P l'aura trouvé 
obscur. S'il avait trouvé le concret dans le texte de Tert., il 
ne l'aurait pas remplacé par l'abstrait (i), 

21.22. et populum vectigalem et famularem sibi a fide 
avocare F 

P a revocare, ce qui donne une fin d'hexamètre, tandis que 
avocare donne un ditrocliée. Le remanieur de P se sera rappelé 
le § 18, où Tert. a dit qu'une multitude immense affluait vers 
le Christ : maxime quod ingens ad eum multitudo conflueret 
et il aura cru qu'il fallait dire ici revocare. 

Au même § 18, Tert. a dit : niagistri primoresque ludaeo- 
rum ; ici, il répète : Nihilominus tamen primores ludaeorum 
(F), Dans P, ludaeorum est tombé, peut-être à cause du mot 
suivant {quorum) qui a la même désinence. 

21.23. in caelum est ereptus F ; in caelum est receptus P 


(') H. Sjôgren (^ynnos, 13, 1913,15. 140-141), a défendu la leçon : 
maiorum nosirortim sepulturae contre la vulgate : sepultae reliquiae, 
dans Ps.-Cic, Epist. ad Octavianum, 9, en montrant que sepulturae 
et sep7ilcra peuvent être mis pour homines s<:/?f//2, Catulle, 96, i. 
Ovide, Fast., 2, 33, Cf, Lôfstedt, p. 95-96. 


CHAP. 21,21-27 249 

Adv. Marc, 5, 8, p. 589, 19 : t7 Christo in caeluin recepto 
De pud., 11,3 : Nenio Cliristianus ante Cliristum caelo resump- 
tuni. De virg. vel,, 1 : receptum in caelis. Ad nat., 1,10, p. 
78,1 : (alicuiyus in caelum recepti. Adv. Prax., 2 : in caelo 
resuniptum sedere ad dexteram patris. De praescr., 13,4 : in 
caelos creptuni sedisse ad dexteram patris. De bapt., 19 : tune 
in caelos recuperato eo. Ibid, : in caelos conscendit. De rcsiirr., 
50, p. 105, 7, et Adv. Prax., 30 : ascendit.De an., 55, p. 388,15 : 
nondum illis, quosDomini adventus in saeculo invenerit, obviam 
ei ereptis in aerem. 

Marc, 16, 19 : adsiimpfus est in caelum. Act. apost., 1,9 : 
elevatus est et in caelum euntem illum. 

21,23. multo verius quam apud vos adseverare de Romii- 
lis Proctili (de Romulo Proculi P) soient. F 

A chaque apothéose impériale, quelqu'un jouait le rôle 
de Proculus. De même que les empereurs divinisés sont des 
Romulus, qui s'élèvent du bûcher vers le ciel, de même les 
témoins qui viennent jurer au sénat qu'ils les ont vus s'élever, 
sont des Proculus. De spect., 30, p. 28,21 : tôt spectans reges 
... cum love ipso et ipsis suis testibus in imis tenebris conge- 
mescentes. S. Justin, Apol. I, 21, 3 : xal -ri yàp ()iYop.ev) xoùç 
àTroGv/ia-xovraç iiap' 'jjj!.!^v aÙTOxpaTopaÇ; ouç àel à-Ka^ayaxi- 
^eo-Sa'. à^ioôvzec, xal ôj^-viivra T'.và TpoàysTS éwpaxévat êx Tviç 
Tcupâç àvepyo[j.evov £''<; tov oÙ^o.vov tov xaTaxaévra Kaia-aoa ; 

Le pluriel de Romulis est donc nécessaire et ce n'est pas 
le pluriel pour le singulier, car Tert. ne parle pas de Romulus 
et de Proculus, mais des empereurs et de ceux qui jouent 
le rôle de Proculus. 

21,25. a ludaeis persequentibus F 

P a : insequentibus. Tertullien dit insequi « persécuter » 
(2,18 ; 50,1), insectatores veritatis (46,6) et perseculores nostri 
(31,2). Dans V Apologétique, il n'emploie pas le verbe persequi 
dans le sens de « persécuter ». 

21,27. et honorem F ; et culturam et honorem. 

Et culturam semble être une glose de et honorem, amenée 
par le verbe coli et colit, répété quatre fois. 


250 APPENDICE I 

21.28. per eum se cognosci et coli Deiis voluit F ; per 
eum et in eo se cognosci et coli Deus vult. P 

Per eum exprime l'idée que Tert. a développée dans tout 
ce chapitre et qu'il vient de formuler : Deum colimus per 
Cliristum. Voy. ci-dessus, p. 231. C'est sur per eum et non sur 
in eo qu'il va raisonner au § 29 : et ipsi Deum per Moysen 
colère didicerunt. Cf. 23, 18: per Christum et (= etiam),in 
Deum credimus, où P porte faussement : in Christo domino 
credimus. Voy. ci-dessus, p. 118. 

In eo exprime une autre idée : c'est une addition malen- 
contreuse. Cf. 23, 15 : Christum timentes in Deo et Deum in 
Christo, subiciuntur (daemones) servis Dei et Christi. 

Le parfait voluit (double crétique) vise les desseins de Dieu 
réalisés historiquement. Vult exprime une volonté qui dure 
toujours. Ici, Tertullien envisage la manière dont Dieu s'est 
fait connaître aux hommes, par le Christ, comme il s'est fait 
connaître aux Juifs par Moïse, comme les Grecs ont connu 
leurs dieux par Orphée, etc. 

21.29. et ipsi Deum per Moysen (per hominem Moysen P) 
colère didicerunt F 

Hominem convient au contexte : si le Christ, qui nous a 
fait mieux connaître Dieu, est un homme, les Juifs n'ont 
rien à nous reprocher ; car c'est un homme, Moïse, qui leur 
a appris à adorer Dieu. — Mais tout le monde sait que Moïse 
est un homme et il n'est pas besoin de le dire. Tert. ne prend 
pas non plus soin de dire qu'Orphée, Musée, Mélampe, Tro- 
phonius et Numa étaient des hommes. Hominem paraît donc 
être une addition d'un lecteur, qui a voulu mettre les points 
sur les i. 11 en est de même de rem propriam au § 30. Haver- 
camp disait déjà : glossam puto. 

21,29. qui Romanes operosissimis superstitionibus one- 
ravit. FP 

Operosus est synonyme de negotiosus, qui donne beaucoup 
d'ouvrage, de peine et de gêne {molesius). Tert. applique ces 


CHAP. 21,28-30 251 

deux mots aux rites multipliés et fatigants de Numa et des 
Juifs. Adv. Marc, 2,18, p. 360, \\ : et oblatioimm negotio- 
tiosas scnipulositates. Ibid., 2,19, p. 360, 28 : et rude m obseqiiio 
fidem operosis officiis dedolantis. Adv. Marc, 2,29, p. 375,28 : 
si operosiore destructione earum egeret dejensio creatoris. 1,29, 
p. 331, 7: cibi ... operosiiis exquisiti. De an,, 2, p. 302, 18: 
operositas suadendi. De virg. vel., 16 : niliil est illi carias hiimi- 
litate, nifiil acceptius modestia, nihil operosius gloria et studio 
liominibus placendi. Ad nat., 1, 4, p. 63, 29 : Sed veritatem 
saeculo operosissiinam philosophi quidcm adfectant, possident 
autem Christiani. De praescr., 40, p. 38, 10 0. : Ceterum si 
Numae Pompilii superstitiones revolvamus, si sacerdotalia 
officia et insignia et privilégia, si sacrificalia niinisteria et 
instrumenta et vasa ipsorum sacrificiorum ac piaculoruni et 
votorum curiositates considercmus, nonne manifeste diabolus 
morositatem illam ludaicae legis imitatus est ? De cultu fem., 
2, 10 : operositas. 

21,30. LicLierit et Christo commentari divinitatem (rem 
propriam addit P), non qua rudes (rupices P) et adhuc 
feros iiomines multitudini tôt nominum (/. numinum) 
demerendorum adtonitos efficiendo ad humanitatem 
temperaret, quod Numa, sed quod (quia P ; lege : qua) 
... ocularet. F 

Rupices (P) doit être préféré à rudes (F), comme étant la 
lectio difficilior. Tort, emploie ailleurs le mot rare et archaïque 
rupex. De an., 6, p. 307, 5 : quid autem facient tôt ac tantae 
animae rupicum et barbarorum, quibus alimenta sapientiae 
desunt ? De pallio, 4, p. 934 0. : ille apud rupicem et silvi- 
colam et monstrum eruditorem (se Chironem Centaurum), 
Ibid., p. 941 0. : rupices in urbanis. 

Rem propriam est une addition du remanieur de P. 

Orphée, Musée, Mélampe, Trophonius et Numa ont appris 
aux Grecs et aux Romains à adorer les dieux grecs et romains. 
Le Christ s'est présenté aux hommes comme Dieu : il a, disent 
les païens, inventé sa propre divinité (§ 31 : ista divinitas 
Cliristi). Un lecteur aura voulu marquer cette différence en 


252 APPENDICE I 

ajoutant rem propriam, ce qui est exact, mais ne convient 
pas ici. En effet, divinitatem est déterminé autrement et suf- 
fisamment par non qua ... sed qiia — non ut ea ..., sed ut ea ... 
Le sens est donc : « Il a pu être permis de même au Christ 
d'inventer la divinité qui lui a servi non pas à tirer les hommes 
de la barbarie, mais à ouvrir leurs yeux à la vérité ». Sed qua 
est devenu sed quod par l'influence de quod Nwna, qui pré- 
cède. 

Licuerit est un subjonctif suppositif : « qu'il ait été permis », 
il est possible que le Christ ait pu, vous pouvez croire que le 
Christ a pu... 

Tert. emploie souvent licet dans un sens particulier: « il m'est 
permis, il m'est donné de, j'ai l'avantage ou le privilège de ... » 
Voy. 38, 5 : Licuit Epicureis aliam décerner e voluptatis veri- 
tatem, les Epicuriens ont pu (ont eu le privilège de) décréter 
une nouvelle vérité sur le plaisir. 9, 17 : quantum liceat erro- 
ribus vestris. 22, 5 : Multum licet ... De pat., 15, p. 22, 17 : 
Quantum patientiae licet, ut Deum liabeat debitorem I Admi- 
rable privilège de la patience d'avoir Dieu pour débiteur 1 
Adv. iud., 9 : Licuit ergo et Christo Dei ... ense sermonis Dei 
praecingi figurato. 

Sur commentari, inventer, voy. 40, 10 : et alios deos sibi 
commenta. Ce sens est archaïque (Plante). Sur le sens ordi- 
naire, voy. 10, 7. 

Sur adtonitos efficiendo, voy. De spect., 25, p. 25, 3 : pacem, 
opinor, habebit in animo contendens pro auriga, pudicitiam 
ediscet attonitus in mimas. — Attonitus, avec l'abl. de cause 
ou avec le datif, ou avec in et l'ace, signifie « étonné devant 
une chose » et de là « attentif à une chose ». C'est un sens 
affaibli. Apulée, Met., 4,22 : Huic me operi attonitum clara 
luce oppressa. 11 est aussi employé sans complément. De 
praescr., 43 : diligentia attonita et cura sollicita. Thés. l. /., 
II, 1157, 40. 

21,31. Quaerite ergo si vera sit ista divinitas Christi, si ea 
est, qua cognita sequittir ut falsae renuntietur F 

Quaerite igitur si vera est ista divinitas Christi. Si ea 
est, qua cognita ad bonum quis reformatur, sequitur ut 
falsae renuntietur P 


CHAP. 21,31 253 

Ici, les différences sont importantes et nous croyons que 
dans P il y a des additions qui défigurent le sens. 

Tertullien vient de dire aux païens : Notre religion est telle 
que je viens de l'exposer. Nous croyons en Dieu par le Christ. 
Môme si vous regardez le Christ comme un homme,vous n'avez 
rien à nous reprocher. En effet, il a fait comme Moïse, Orphée, 
et Numa qui vous ont fait croire aux dieux pour vous tirer 
de la barbarie. Mais vous pouvez croire qu'il a été permis 
au Christ aussi d'inventer la divinité par laquelle il a ouvert 
nos yeux à la vérité. 

Par conséquent, il ne vous reste qu'une chose à faire : cher- 
chez si cette divinité du Christ est vraie, cherchez « si cette 
divinité est celle dont la connaissance a pour conséquence 
qu'on renonce à la fausse divinité », ou « celle qu'il suffit de 
connaître pour renoncer à la fausse divinité ». 

Tert. introduit souvent l'interrog. indirecte par si. Voy. 
6,1 ; 8,4 ; 13,2 ; 23,12 ; 25,4 ; 29,1. Il aime aussi l'anaphore 
oratoire de 5/, comme aux ch. 6,1 ; 23,12 et 29,1. Il met le 
verbe subordonné à si plus souvent à l'indicatif qu'au sub- 
jonctif. Hoppe, Syntax, p. 73. Ici, le premier verbe est au 
subj. {si ver a sit F; si ver a est P), mais le deuxième est à l'in- 
dicatif (si ea est), pour appuyer sur la réalité du fait : « si elle 
est (réellement) celle... 

Si ea est, qua cognita sequitur ut ... Sequitur ut marque, une 
conséquence logique, nécessaire, naturelle et l'on peut le 
traduire par « nécessairement, naturellement ». La connais- 
sance de la divinité, dont le nom a le pouvoir de faire fuir 
les démons, de leur arracher l'aveu de leurs mensonges (voy. 
ch. 23) a pour suite nécessaire qu'on renonce aux faux dieux 
qui ne sont que des démons. Si ea est qua cognita ne veut pas 
dire : si ea est, ut ea cognita ... Le verbe de la prop. relative 
(sequitur) n'est pas au subjonctif, parce que cette proposition 
ne marque pas la conséquence, mais seulement un fait réel. 
Cic, Ad fam., 15, 4, W : tu es is, qui me tuis sententiis sae- 
pissime ornasti, tu es celui, tu es l'homme qui m'a souvent 
honoré de son suffrage. Kiihner, Ausf. Gramm., 2, p. 856, 
A. 5. Tert. dit donc : Cherchez si la divinité du Christ est celle 
(est la divinité) qu'il suffit de connaître pour qu'on renonce 


254 APPENDICE I 

à la fausse (divinité), surtout quand on a reconnu que ces 
faux dieux ne sont que des démons. 

nia onini ratione, désigne les démons. Voy. 2, 18. Quand 
on saura que les démons se font passer pour des dieux et qu'il 
n'y a pas d'autres dieux (23, 11), on renoncera à ces faux dieux. 
Or, c'est le nom du Christ qui a le pouvoir de leur arracher 
ces aveux (23,15). 

— Dans P, ce passage a été embrouillé par un remanieur 
qui y a introduit une idée étrangère. 

C'est par les aveux des démons que Tert. veut montrer aux 
païens que le Christ est Dieu : il l'a annoncé au § 26, il le 
répète ici et il va le faire dans les ch. 22-23. Ce n'est pas par 
l'efficacité morale du christianisme qu'il va démontrer la 
divinité du Christ : si ea est, qiia cognita ad bonum quis refor- 
matiir. Le remanieur s'est souvenu des ch. 3,1-3 et 49,2, où 
il est question de l'effet moral que produisent les conversions. 
L'expression elle-même semble formée d'après 1,10: Quanti 
enim ad malum reformantur ! Les mots in agnitionem veri- 
tatis ont pu suggérer l'idée. 

22,1. Socrate ipso ad daemonis (daemonii P) arbitrium 
exspectante. Quidni ? cum ipsi (et ipsi P) daemonium 
a pueritia adhaesisse dicatur, dehortatorium plane a 
bono. F 

On traduit presque toujours : Socrate lui-même attendait 
la volonté de son démon (pour s'y conformer) «. La grammaire 
et le sens exigent qu'on traduise : « Socrate attendait, c'est- 
à-dire, s'abstenait d'agir, obéissant à la volonté d'un démon, 
si telle était la volonté d'un démon » (i). On sait que la voix 
intérieure, l'inspiration divine, dont les écrivains postérieurs 
ont fait un démon, ne se faisait entendre que pour détourner 


(') Il faut rectifier d'après ceci ce que nous avons dit de ce pas- 
sage dans le Bu//, de /'Acad. roy. de Be/g., Classe des Lettres, mai 
1912, p. 387. 


CHAP. 22,1 255 

Socrate de ce qu'il avait résolu Q). S'il pouvait agir, la voix 
se taisait. Ici, cette phrase amène la plaisanterie dehoriato- 
rium plane a bono, que Tertullien reprend ailleurs. De an., 
1, p. 299,23 : Sam Sacrâtes facilius diverso spiritu agebatur, 
siquidem aiunt daemonium illi a puero adhaesisse, pessimum 
rêvera paedagogum, etsi post deos et cum deis daetnonia depu- 
tantur pênes poetas et philosophas. « Détestable maître, s'il 
en fut, pour un enfant «. La voix se faisait entendre depuis 
l'enfance de Socrate. De an., 39, p. 366, 29 : Sic igitur et 
Socraten pnerum adhuc spiritus daemonicus invenit. Chap. 
46,5 : Socratis vox est : « Si daemonium permittat ». 

Exspectare est donc employé absolument, « rester dans 
l'expectative, s'abstenir d'agir, suspendre son activité », 
comme dans Cicéron, Pro Cluentio, 90 : paucos dies exspec- 
tasset Quinctius. Apud Non., 498, 30 = Fragm. phil., F, V, 
83 : et qui exspectat, pendet animi. 

Ad signifie secundum a suivant, conformément à » et l'on 
dit : ad auctoritatem, ad arbitrium, ad nutum, ad voluntatem 
alicuius agere aliquid. Thés. l. /., I, 549, 69 ss. et II, 413, 66. 

C'est à tort qu'on a accusé Minucius d'avoir altéré la tra- 
dition (2) en disant : Eos spiritus daemonas esse poetae sciunt, 
philosophi disserunt, Sacrâtes novit, qui ad nutum et arbitrium 
adsidentis sibi daemonis vel declinabat negotia vel petebat (26,9). 

On lui a reproché de croire à une intervention directe du 
démon de Socrate, aussi bien pour conseiller d'agir que pour 
détourner. 


(') Platon, Apol., 19, fait dire à Socrate : àel à-oxçinzi \i.z tou- 
tou, o av jxÉXXfo TrpaTTstv, TrpoTpsTrôi oï outtots. Cicéron, De Div., 
1,122: Hoc 7iiinirum est illud, quod de Socrate acccpimus, quoique 
ah ipso in lihris Socraticorum saepc dicitar, esse divitium quiddanii 
quod ô«t[/.o'v'.ov appellat, ctii semper ipse partierii numquam impellenti, 
saepe revocanti. 

(^) R. Heinze, p. 407-408. Nous avons commis nous-même cette 
erreur après d'autres dans notre édition classique de Minucius Félix 
(Bruges, Desclée). Nous l'avons corrigée dans le mémoire cité plus 
haut, p. 254, n. I. 


256 APPENDICE I 

Lactance, Div, inst., 2, 14, 9, semble avoir repris exacte- 
ment l'idée de Minucius Félix, en disant : et Socrates esse circa 
se adsiduum daemona loquebatur, qui puero sibi adhaesisset, 
cuius nutu et arbitrio sua vita regeretur. 

Quand le démon juge que Socrate ne doit pas agir, il fait 
entendre sa voix pour le détourner ; quand il veut le laisser 
agir, il se tait. Dans l'un et l'autre cas, Socrate reconnaît la 
volonté de son démon et c'est sur cette volonté qu'il règle 
sa vie, dit Lactance ; c'est à cette volonté qu'il obéit quand 
il entreprend une affaire ou quand il y renonce, dit Minucius 
Félix (1). Ce langage nous paraît se concilier entièrement avec 
la tradition. Minucius Félix et Lactance négligent une dis- 
tinction qui n'avait pas d'importance pour eux. Tertullien 
ne la rappelle pas d'une manière précise, mais y fait allusion. 
L'histoire était connue de tous les gens instruits et tous les 
lecteurs comprenaient. Il serait bien téméraire de conclure 
de ces passages que Minucius Félix s'est inspiré de Tertullien 
ou vice-versa, comme l'a fait Heinze, p. 407-408. . 

Il faut noter que les apologistes reconnaissent dans le dé- 
mon de Socrate et dans tous les démons dont parlent les 
poètes et les philosophes, des esprits du mal, dans le sens 
chrétien. 

M. Heinze s'est trompé aussi, à notre avis, sur le sens des 
mots : Eos spiritus daemonas esse poetae sciunt. 

A l'époque de Minucius Félix, de Tertullien et d'Apulée, 
les auteurs païens appellent démons des êtres spirituels infé- 
rieurs aux dieux, mais supérieurs aux hommes, ayant leur 
demeure entre le ciel et la terre. Apulée, De deo Socr., 6 ; 13. 
De Platone, 1,11. Apol, 43. Maxime de Tyr, 14,6 ; 15. C'est 
l'idée de Platon. Tim., p. 48 de. Phaedr., p. 246 e. Symp., 
p. 202 E. Epinom., p. 984 de. En outre, ils reconnaissaient 
ces démons dans tous les passages des poètes et des philo- 


(') Nous venons de voir que Cicéron fait dire aussi à Socrate 
qu'il a toujours obéi à son démon. Puis il ajoute, en précisant, que 
ce démon ne l'a jamais poussé à agir et qu'il l'a souvent détourné 
d'agir. 


CHAP. 22,1 257 

sophes antérieurs, où ils trouvaient le mot démon, par ex,, 
dans Homère et dans Platon. Ils ne prenaient pas garde que 
l'idée exprimée par ce mot a varié depuis Homère jusqu'à eux. 

Les auteurs chrétiens adoptent ces idées de leurs contem- 
porains et partout où les païens parlaient de démons, ils 
voyaient des esprits du mal dans le sens chrétien. 

Minucius Félix affirme d'abord l'existence d'esprits impurs, 
déchus de leur force céleste, qui cherchent à perdre les hom- 
mes. Il n'hésite pas à reconnaître ces esprits dans les démons 
des poètes, des philosophes, dans le démon de Socrate, dans 
les démons des mages et dans ceux de Platon. Suivant les 
idées de son temps, il va jusqu'à dire : « Que ces esprits soient 
les démons, les poètes le savent, » etc., comme si les poètes 
donnaient ce sens au mot démon. 

M. Heinze (p. 407) s'en étonne et il dit : « Ici on demeure 
interdit. S'agit-il donc de définir ce que sont les démons ? 11 
fallait dire : Ces esprits méc'''qnts, nous les appelons « démons», 
et vos poètes, vos philosophes et vos mages connaissent aussi 
ce nom de démons. Minucius ne pouvait pas invoquer sérieu- 
sement l'autorité des poètes, des philosophes et des mages 
en faveur de la nature des esprits qu'il vient de dépeindre ». — 
Nous répondons : c'est pourtant bien sur l'existence et la 
nature des esprits impurs et pervers, dont il vient de parler, 
que M. F. allègue l'autorité des poètes, des philosophes et 
des mages : Eos spiritus daemonas esse poetae sciant, pliilo- 
soplu disserunt ... « Que ces esprits impurs soient les démons, 
les poètes le savent (sciunt), les philosophes l'enseignent 
(disserunt) (^), Socrate ne l'ignore pas ... » (-). Et, n'en dé- 
plaise à M. Heinze, il pouvait invoquer cette autorité devant 
ses contemporains, parce que tous croyaient qu'Homère, 


(') Remarquez que les philosophes ne disserient pas sur le nom, 
mais sur la nature des démons, sur leur action. 

C^) 11 se résume lui-même au commencement du ch. 27,1 : Isii 
igitur impuri spirilus, dneinones, ut ostensuin magis ac philosophis {ma- 
gis a philosopliis et a Platone P). « Donc ces esprits impurs, les dé 
mons, comme l'ont montré les pliilosophes et les mages... » 

17 


258 APPENDICE I 

Hésiode, Platon, etc., avaient employé le mot « démon » 
dans le sens qu'on lui donnait à l'époque d'Apulée, de Minu- 
cius Félix et de Tertullien. 

M. Heinze veut que M. F, parle comme Tertullien, qui se 
borne à dire, avec plus de réserve, que les philosophes, les 
poètes, le vulgaire même et les mages connaissent le nom 
des démons, c'est-à-dire des puissances spirituelles : Nec 
novum nomen est : sciunt daemonas philosophi, etc. Mais, 
tout en parlant du nom des démons, Tert. lui-même fait déjà 
entendre que ces esprits sont pervertis et méchants : il fait 
observer en passant, que le démon de Socrate détournait 
celui-ci du bien, que le vulgaire désigne Satan, quand il dit, 
en guise d'imprécation : malum ! ô malheur ! Cela ne concerne 
plus le nom des démons, mais cela est parfait .. chez Tertullien. 
Au contraire, quand M. F., qui identifie les démons des poètes, 
des philosophes et des mages aux esprits impurs, consacre 
quelques lignes à l'opinion de Socrate, d'Hostanès et de 
Platon sur les démons, M. Heinze se récrie : Minucius Félix 
s'écarte du sujet! Et pourtant cela n'est-il pas tout à fait 
conforme à son but et cela ne montre-t-il pas mieux encore 
que les philosophes, les poètes et les mages connaissaient les 
démons ? (i) 

Le point de départ de M. Heinze est faux : il veut que M. 
F. pense et parle comme Tertullien, au lieu de le considérer 
en lui-même, de chercher ce qu'il entend dire et d'examiner 
s'il est logique avec lui-même. 

Il suffit de bien interpréter le passage de M. F. (ch. 26-27) (2) 
pour faire tomber toutes les critiques de M. Heinze. 


Q) Remarquez la gradation : Magi quoque non taniutn sciunt dae- 
monas, sed etiam quicquid miracuU ludtcnt, per datmonas efficiunt. 

(2) Voici la suite des idées de Minucius Félix : 

But: Pour faire comprendre la fausse divination, les mensonges 
des auspices et des oracles, M. F. annonce qu'il va remonter à la 
source et parler des démons en général (ch. 26,7). 

I. Existence d'esprits impurs et but de leur activité : perdre les 
hommes et les éloigner de Dieu en introduisant de fausses religions 
(26,8). 

Ces esprits impurs sont les dénions, comme le savent les philo- 


CHAP. 22,1 259 

Et si l'on compare ce passage avec celui de Tertullien, on 
constatera aussitôt que les points de vue diffèrent, mais que 
les développements se ressemblent, et l'impression qui se 
dégage de prime abord de cette comparaison est que Tert. 
résume ce que M. F. développe. Voyez ce que Tert. dit de Pla- 
ton et des mages : Angeles qiwque etiam Plato non negavit. 
Utriusque nominis testes esse vel magi adsunt. Ces deux phrases 
n'ont-elles pas l'air d'un résumé des §§ 10-12 de Minucius 
Félix ? Il serait sans doute téméraire (^) de conclure que c'est 
Tert. qui a lu M. F. et qu'il en a tiré ces deux faits, qui suffi- 
saient pour confirmer sa thèse : Nec novum nomen est. Mais 
cela nous paraît au moins aussi vraisemblable que la thèse 
inverse. 


sophes (Socrate), les poètes, les mages (Hostanès) et Platon (36, 
9-12). 

IL' Comment s'e.verce l'activité des démons. i° Par la divination^ 
presque toujours trompeuse, ils éloignent les hommes de Dieu 
(27,1). 2" Par les tortures physiques et morales, ils amènent les 
hommes à offrir des sacrifices aux dieux, c'est-à-dire à eux-mêmes 
(27,2). j*» C'est à leur influence que sont dus les extravagances 
des possédés et les miracles cités par Cécilius (27,3-4). 

III. Témoignages des démons sur eux-mêmes dans les exorcismes 
(27,5-7). Dans les exorcismes, ils avouent que ce sont eux qui 
agissent dans tous les cas énumérés dans lech. 26 (27,5). Ainsi, les 
dieux avouent qu'ils sont des démons, bien que ces aveux tournent 
à leur honte (27,6). Il faut croire ces aveux forcés, car les démons 
fuient devant l'exorciste (27,7). 

IV. Ils fuient donc les chrétiens, mais de loin ils les persécutent 
et sèment la haine du nom chrétien (27, 8). C'est la transition au 
ch. 28, où M, F. parle des persécutions. 

(*) Cf. Apulée, De deo Socr., 6 : Per hos eosdem {daemonas'), ut 
Plato in Symposio autumat, cuncta denwitiata et magortim varia mira- 
cula omnesque praesagiorum species reguntur. Apol., 43 (encore d'après 
Platon) : easque (potestates) divinationes cunctas et magortim miracula 
gubernare. Platon attribue aux démons (jj-exa^ù OvrjTou xat àGavocTou) 
la divination. Suivant les idées de son temps, Apulée ajoute les 
miracles des mages. 


260 APPENDICE 1 

22,2. in usum maledicti fréquentât *FM ; in usu male- 
dicti fréquentât P. 

Barraeus a: in usum makdictis. Modius donne la variante 
maledicti et ne parle pas de in usum, ce qui prouve que c'était 
la lecture du Fuldensis. Le vulgaire ignorant se sert du mot 
« démon « en guise d'injure. Les Romains appelaient « démon » 
un homme méchant et pervers. Tertullien le dit expressément. 
De test, an., 3, p. 137,23: Daemonium vocas hominem aut 
immunditia aut malitia ... importumim. Ibid., 6, p. 142, 16 
et 29. — In usum = ad usum. Frequentare = fréquenter usur- 
pare. De orat., 22, p. 194, 2 : Igitur si pro sexus nomine voca- 
bulum istud (se, mulier) frequentatur. 

22,2. Nam et Satanan, principem huius mali generis ,,. 
eadem exsecramenti voce pronuntiat F, 

P a : exsacramenfi, ce qui n'est pas latin. — Le vulgaire 
connaît les démons, dit Tertullien, car 1° il se sert souvent 
du nom du « démon » pour lancer une imprécation. Nous 
venons de voir que les Romains appelaient « démon » un 
homme méchant et pervers. 

2° Nam et ... Le vulgaire prononce avec les mêmes accents 
de malédiction l'interjection : malum ! ô malheur ! Or, malus 
est le nom de Satan. De idol., 21, p. 54, 30 : Cur non agnos- 
camus versutias Satanae ... ? Un peu plus loin (p. 55, 4) : 
per quem te malus honori idolorum ... quaerebat adnedere. De 
paen,, 5,7 : ut denuo malus recuperata praeda sua adversus 
dominum gaudeat. De pat., 14, p. 22,4 : quid dissecabatur 
malus ? Ibid,, 11, p, 17, 17 : mali insidiis. De carne Chr,, 8 : 
igneus ille praeses mali. Tert. ne veut pas dire ici que les Ro- 
mains prononcent le nom même de Satan, mais qu'ils le dé- 
signent quand ils disent : malum ! C'est ce que Rigaltius a 
vu le premier. Dans le traité De test, an., 3, Tert. s'explique 
plus clairement, S'adressant à l'âme du vulgaire, il lui dit : 
(( Dans les malédictions, tu prononces le nom de Satan, que 
tu hais naturellement, sans pourtant connaître son vrai nom 
(celui de Satan), que les chrétiens seuls connaissent ». Sata- 
nan denique in omni vexatione et aspernatione et dctestatione 


CHAP. 22,2 261 

pronuntias, quem nos dicimus malitiae angelum, totius erroris 
artificem, totius saeculi interpolatorem, pcr quem lioino a pri- 
mordio circwnventus, ut praeceptum Dei excederet ... Sentis 
igitur perditoreni tuum, et licet sali illum nover'nt Cliristiani 
vel quaecumque apud dominum secta, et tu tamen ewn nosti, 
dum odisti. 

22,2. Angeles quoque etiam Plato non negavit. FP 

Quant aux anges, Platon lui-même n'a pas contesté leur 
existence. Cf. Minucius Félix, 16,12 : Plato et angelos sine 
negotio narrât et daemonas. 11 faut remarquer les expressions 
peu précises non negavit et sine negotio narrât. Ni Tert., ni 
M. F. ne disent expressément que Platon se sert du mot aYYe>.o<; 
(nuntius) et, en réalité, il ne s'en sert pas ; mais, clans le 
Symp., p. 202 de, il dit que les démons transmettent aux 
dieux les prières des hommes et aux hommes les réponses 
des dieux : ils font donc office de « messagers », d'angeli. Tert., 
comme M. F., interprète la pensée de Platon. Cf. Apul., De 
Plat., 1,12: Daemonas vero, quos Genios et Lares possunius 
nuncupare, ministros deorum arbitratur (Plato) custodesque 
Iwniimini et interprètes, si quid a deis vclint. S. Augustin, De 
civ. Dei, 15,23: Qui enim Graece dicitur àyyeloq, quod nonien 
Latina declinatione angélus perhibetur, Latina lingua nuntius 
interpretatur. 

M. F. distingue les anges des démons et pour lui les anges 
sont les bons anges, messagers de Dieu. « Hostanès, dit-il, sait 
que les « anges », c'est-à-dire des ministres et des messagers, 
gardent le trône de Dieu, etc., et il a déclaré que les démons 
sont des êtres terrestres, errants, ennemis de l'humanité ». 
M. F. peut donc reconnaître sans difficulté les anges dans les 
démons-messagers de Platon. 

Pour Tertullien, le mot angeli désigne les anges corrompus, 
déchus, qui donnèrent naissance aux démons plus corrompus 
encore (d'après la Genèse, 6,2, mal interprétée). Voy. le § 3. 
Dans l'Apologétique, angeli désigne toujours ces mauvais 
anges. Voy. 22,6; 8; 23, 1 ; 2; 9 ; 29,1 ; 35,12. De idol., 9, 
p. 38, 10 : angelos esse illos descrtores Dei, anudores (eniina- 
rum, etc. De cultu fem., 1,2; 2,10. De virg. vel., 7, p. 893. Adv. 


262 APPENDICE I 

Marc, 5,18. Ces anges pervertis n'ont rien de commun avec 
les « messagers » de Platon, ce qui n'empêche pas Tertullien 
de dire que Platon ne conteste pas l'existence des anges. Pour- 
quoi le fait-il ? En raisonnant comme le fait M. Heinze, nous 
pourrions soupçonner que c'est parce que Minucius Félix, 
pour qui les anges sont les messagers de Dieu, avait dit avant 
lui : Plato et angelos sine negotio narrât, et que non negavit 
est une variante de sine negotio narrât. Mais nous n'oserions 
pas conclure si vite. Nous venons de voir que les contempo- 
rains de Tert. n'y regardaient pas de si près : ils reconnais- 
saient facilement dans les anges et les démons qu'ils ren- 
contraient chez les auteurs antérieurs, les anges et les démons 
tels qu'ils les imaginaient eux-mêmes, 

22,4. mira subtilitas et tenuitas sua F. 

L'épithète mira, qui manque dans P, ajoute à l'idée. Sans 
être nécessaire, elle est utile au sens. 

22,6. quo deos istos captis et circumscriptis mentibus 
commendat F 

P a : homimim mentibus. — Captis et circumscriptis sont 
synonymes. Tertullien aime à employer circumscribere dans 
le sens de « circonvenir, tromper », decipere, fallere, et les 
dérivés circumscriptor pour fraudator, circumscriptio pour 
fraudatio. Voy. 17,5 : licet institutionibtis pravis circum- 
scripta. De an., 57, p. 392, 20 : nec magnum illi (se. daemoni) 
exteriores oculos circumscribere, cui interiorem mentis aciem 
excaecare facile est. Ad uxor., 2,2, p. 685 0. : qui ita inter- 
pretatur, absit ut sciens se circumscribat. De pat., 5, p. 7, 22 : 
circa diaboli circumscriptionem. Adv. Marc, 1,27, p. 328, 7 : 
deum veritatis praevaricatorem, sententiae suae circumscrip- 
torem ! 2,7, p. 344, 1 : dum ipsum circumscriptorem colubrum 
a congressu feminae arcet. 

Le sens premier est « tracer autour de qqn un cercle «, dont 
on l'empêche de sortir. — Hominum ne paraît pas nécessaire. 

23,1. si pueros in eloquium oraculi edunt F 

Edunt est évidemment une faute du copiste, pour elidunt, 


CHAP. 22,4-6—23,1-4 263 

que fournit P. — Junius et Oehler, qui expliquent elidunt par 
necant, n'ont pas pris garde qu'on veut faire parler l'enfant, 
qu'on veut faire prédire l'avenir, in eloquium oraculi. La pré- 
position in avec un nom abstrait marque le but : ut eloquatur 
oraculum. Elidunt désigne l'état où l'enfant est mis par les 
enchantements. Apulée, Apol., 42-43, décrit une scène de ce 
genre : l'enfant soumis aux enchantements « s'écroule par 
terre » (corruit) et perd connaissance {sui nesciens) ; on peut 
dire qu'il est elisus. Revenu à lui, il se met à prophétiser, Tert, 
emploie souvent elidere dans le sens de « terrasser » et il 
l'oppose à erigere et à relevare. Cf. De resurr., 18, p. 50,1 : 
ostendit enim cuius sit dirui, cuius elidi, cuius iacere, cuius 
et relevari et resuscitari. Ibid., 34, p. 74,3 : Diabolus invalidior 
in hominis iniuriam intellegetur, totum eum elidens ? Deus 
infirmier renuntiabitur, non totum eum relevans ? Ibid., 36, 
p. 77,24 : elidens opposé à erexerit. Voy. encore Hoppe, Syn- 
tax, p. 182. 

23,4. Edatur hic <aliqui> ibidem sub tribunali vestro, 
quem daemone agi constet. 

P a aliqui et Barraeus a imprimé aliquis. Modius dit expres- 
sément que le mot manque dans F. Au § 5, aliquis est absolu- 
ment nécessaire à cause de ex fiis : Aeque producatur aliquis 
ex his, qui ... Bien que is, antécédent du relatif soit souvent 
sous-entendu (voy. 19,6), aliqui ou aliquis nous paraît égale- 
ment nécessaire ici, parce que (/s) qui désignerait une personne 
déterminée et qu'il s'agit, non pas de « celui qui est possédé 
du démon », mais d' « un homme possédé du démon ». 

Sur hic ibidem « ici, à l'instant », voy. Apul., Apol., 44, 
p. 52, 5 (Helm) : hic ibidem pro tribunali oculos truces in te 
invertisset. Sur cet emploi de ibidem, voy. 2,17 ; 23,6 et 12 ; 
50, 16;Scorp., 10 (cité ci-dessus, p. 139). Cicéron dit déjà, 
Pro Roscio Amer., 5,13 : ne hic ibidem ante oculos vestros 
trucidetm. — Ibidem « à cette place même » équivaut à illico, 
statim «à l'instant même ». Tert. dit aussi: statiin illic (48,1). 

Sur aliqui, pour aliquis, voy. 3,7 : si qui probet. 18,1 : si 
qui velit. 

P a : sub tribunali bus vestris. Le correcteur aura mis le 


264 APPENDICE I 

pluriel, en pensant aux gouverneurs des provinces. Voy. 2,17 : 
post tribunal vestrum. Sans déterminatif, le pluriel sera néces- 
saire. 50,2 : quod provocamiir ad tribunalia. 

23,4. spiritus ille tam se daemonem confitebitur, <quod> 
in vero est, quam alibi deum, quod in falso est. F 
spiritus ille tam se daemonem confitebitur de vero 
quam alibi dominum de falso. P 

Junius ne donne pas le premier quod ; il semble que Modius 
ait oublié de le copier ou que Junius ait oublié de l'imprimer. 
Avec l'addition de ce quod, la lecture de F est très satisfai- 
sante et fournit une clausule fréquente (crétique et trochée). 
Tert. s'exprime de la même manière, De an., 57, p. 392,15 : 
et tamen ille daemon, posfquain^ circumstantes circumvenire 
temptavit, instantia divinae gratiae victus, id quod in vero est, 
invitus confitetur. De test, an., 1, p. 135,3 : lam igitur niliil 
nobis ertt cum litteris et doctrina pervcrsae felicitatis, cui in 
falso potius creditur quam in vero. 

In vero « en toute vérité, en réalité » et in falso « menson- 
gèrement » sont des locutions adverbiales que Tert. affec- 
tionne à l'exemple de Tite-Live, Sénèque et Tacite. Il dit 
aussi: in occulto, secrètement (2,14; 4,2; 9,1 ; 3), in aperto, 
ouvertement (9,1) ; in incerto est (10,10 ; voy. ci-dessus, p. 
139); in continenti (23,11). Voyez de nombreux exemples 
dans Hoppe, Synfax, p. 100. De resurr., 11, p. 40,9 : et si ita 
in vero haberet. Adv. lud., 8: animadvertanms termimun quo- 
modo in vero praedicit (Daniel). De resurr., 19, p. 51,14 : non 
enim liane (se. mortem) esse in vero quae sit in medio, discidium 
Garnis atque animae, sed ignorantiani Dei. Lact., Div. inst., 
1,11, 31 : ergo illud in vero est. 1, 17, 1 : quid sit in vero. 

Dans P, on lit, comme souvent, dominum au lieu de Deum. 
Voy. ci-dessus, p. 114, ad 13,4. Pour le reste, la lecture de 
P est correcte, mais fournit une clausule assez défectueuse. 
Tert. dit de falso (2,5) et ex falso. De an., 28, p. 347,21 : quidni 
falsum, cuius testimoniuni quoque ex falso est ? Voy. Hoppe, 
Syntax, p. 101-102. 

23,8. quae subdita est homini et, si quid ad dedecus facit, 
aemulo suo. F 


CHAP. 23,4-12 265 

P a : aemulis suis, ce qui est une correction erronée. Il faut 
ponctuer comme nous venons de le faire et traduire : « Assu- 
rément il ne faut pas regarder comme une divinité celle qui 
est soumise à l'homme et — si cela contribue en quelque 
chose au déshonneur — à son ennemi ». il s'agit du démon. 
Ce qui augmente le déshonneur de sa soumission forcée à 
l'homme, ce qui la rend plus humiliante encore, c'est que 
l'homme est l'ennemi du démon. Ce sens est de loin préférable 
à celui-ci : « Assurément il ne faut pas regarder comme une 
divinité celle qui est soumise à l'homme, son ennemi, même 
quand celui-ci fait quelque chose pour la déshonorer». Dans 
ce cas, aemulo suo serait d'ailleurs placé à côté de liomini. 
Facere ad signifie « contribuer à, favoriser». Voy. 5,1 et 29,3. On 
trouvera la même tournure dans De idol, 1, p. 30,8: quaeris 
quem occiderit (idolâtres)? Si quid ad elogii ambitionem facit, 
non extraneum, nec inimicutn, sed ipsum se. Cf. De spect., 5, 
p. 7,15 : Facit enim et hoc ad originis maculam, ne bonum 
existimes, quod initium a malo accepit. — Le pluriel aemulis 
suis (P), après homini au singulier, nous paraît être une cor- 
rection erronée. Il est surtout mauvais, s'il est apposé à homini. 

23,12. Dicent ibidem et quis ille Christus cum sua fabula, 
si homo communis condicionis, si magus, si post crucem 
(post mortem P) de sepulcro a discipulis subreptus, si 
nunc deniquc pênes inferos, si non in caelis potius et inde 
venturus ... ut Dei virtus et Dei spiritus, ut <Dei> ratio, 
ut Dei Filius et Dei omnia. F 

A la fin P a : «/ Dei virtus et Dei spiritus et sermo et sapientia 
et ratio et Dei Filius. — Sur Dicent ibidem, voy. ci-dessus, 
p. 61. — Ille Christus cum sua fabula, comme disaient les 
païens. Voy. 21,14. — 5/ liomo ..., si magus, si post crucem ... 
subreptus, comme les Juifs et, avec eux, les païens le préten- 
daient. Voy. 21,3 ; 17 ; 22. — Post crucem = post crucis mor- 
tem. C'est la lectio diffîcilior, l'expression choisie, remplacée 
dans P par l'expression ordinaire. C'est à dessein que Tert. 
prête aux juifs ce langage méprisant. Havercamp dit avec 
raison : Ita malo cum Cod. Fuld. quam post mortem. Est enim 


266 APPENDICE I 

magis ignominiosum, quod hic captabatur. De resurr., 47, p 
95,22: nec crucem (= mortem) Christi caro nostra perpessa est 
Adv. Marc, 5,5, p. 587,3 : crux et mors Dei. Ibid., 2,27, p 
373,6 : ut morti subiceretur et morti crucis (cf. Paul., Ad Phil. 
2,8). — F a : ut ratio. Sur la conjecture ut (ou et) Dei ratio 
voy. ci-dessus, p. 106 (i). Sur l'expression Dei omnia, voy 
ci-dessus, p. 106 et 243, n. 1. L'interpolateur de P n'aura pas 
compris Dei omnia : il l'a supprimé et il a ajouté et sermo et 
sapientia. Voy. ci-dessus, p. 217. 

Il faut ponctuer la phrase comme nous l'avons fait ci-dessus. 
Tertullien vient de dire que les démons, interrogés par l'exor- 
ciste, seront forcés de dire qui ils sont et quel est le vrai Dieu, 
qui sit vere Deus. Il ajoute maintenant : Ils diront aussi (et) 
quel est ce Christ avec sa fable, s'il est un homme, etc. (comme 
le disent Juifs et païens), s'il n'est pas dans les cieux plutôt, 
etc. (comme le disent les chrétiens). 

Sur ibidem, voy. ci-dessus, 23,4. — Si est ici particule inter- 
rogative (= num). — Voy. Mangers, Musée Belge, 14, 1910, 
p. 222. 

23,13. dicant hoc tribunali, si forte, Minoen et Rhada- 
manthum secundum consensum Platonis et poetarum 
esse sortitos. F 

P a : hoc pro tribunali et hoc esse sortitos. Voyez ci-dessus, 
p. 76 (2). 

Secundum consensum Platonis et poetarum. Platon, Gorg., 
79, p. 523 E. Hom., Od., 11, 567-571. Virg., Aen., 6,432. Pla- 
ton cite trois juges : Minos, Rhadamanthe et Eaque. — Tert. 


(') Lôfstedt, p. 35, lit ; ei ratio et Deifilius et Dei omnia. 

(*) Lôfstedt, p. loo, conjecture : hoc iribunalis {s tombée devant 
5/), gén. partitif pour hoc tribunal, et supprime le deuxième hoc de 
P. Cette conjecture nous paraît hardie. Hoppe, Synta.v, p. 20, cite 
une série d'exemples de cette construction, mais le génitif exprime 
une idée abstraite: id mali, hoc sceleris, in hoce.vitiis.^ id temporis, Qic, 
ou bien il est au pluriel : quantuin urbium ? 


CHAP. 23,13-16 267 

défie les démons de déclarer que ce ne sera pas le Christ, mais 
Minos et Rhadamanthe, qui présideront au jugement dernier. 
Il répète cette antithèse dans De spect., 30, p. 29,5 : etiam 
poetas non ad Rhadamanthi, nec ad Minois, sed ad inopinali 
Christi tribunal palpitantes. Même antithèse dans S. Justin, 
Apol. I, 8, qui cite Platon, mais ne nomme que Minos et 
Rhadamanthe, et deux fois dans Tatien, Oratio ad Gr., 6 et 
25, qui néglige également Eaque, sans citer Platon, Tatien 
suit souvent S. Justin. C'est d'après S. Justin que Tertullien 
parle ici : il lui emprunte le nom de Platon, les noms des deux 
juges à l'exclusion du troisième et l'antithèse. 

23,14, praedamnatos se in eundem iudicii diem cum 
omnibus cultoribus et operatoribus suis. 

C'est la lecture de Barraeus et Modius ne donne aucune 
variante. P a : operationibus suis. Ce mot abstrait ne paraît 
pas convenir à côté de cultoribus. Les démons sont condamnés 
d'avance pour le jour du jugement avec tous leurs adorateurs 
et leurs serviteurs (et non : leurs œuvres). Minucius Félix, 
35,2 : destinatam enim sibi cum suis cultoribus poenam prae- 
scius perhorrescit. — Operatoribus suis = qui eis operati sunt, 
ceux qui les ont honorés par des sacrifices. Ovide dit à Vesta : 
tibi nunc operata resolvimus ora (Fast., 6,249). Nonius, p. 523, 
9 : operari est deos religiose et cum summa veneratione sacri- 
fiais litare. Ce sens d'operator est peut-être unique. Voy. la 
note de Woodham. On trouve operator avec le sens ordinaire 
« celui qui fait, qui produit » et suivi d'un génitif, verborum 
et factorum operator (46,18). De même, operatrix. De an., 11 
et 52. 

23,16. Crédite illis, cum verum de se loquuntur, qui 
mentientibus creditis. 

Minucius Félix, 27, 6 : victi dolore quod sunt eloquuntur. 
Ibid,, § 7: Ipsis testibus, esse eos daemonas, de se verum 
confitentibus crédite. 

M. Heinze a soutenu que, suivant Tert., les démons inter- 
rogés sur ce qu'ils sont et mis en demeure de répondre, ne 


268 APPENDICE I 

répondent pas formellement à l'exorciste, que leur fuite consti- 
tue leur aveu. Il croit pouvoir expliquer par ce îestimonium 
ex silentio les nombreux passages des apologistes où il est 
question de réponses et â\( aveux » {23,\0 : in confessione 
et in confessionem ; 24,1 : omnis ista confessio istorum ; 46,1 : 
item ex confessione spiritualium potestatum ; 23,6 : nisi se 
daemonas confessi fuerint ; 23,17 : adversus semetipsos confia 
tentes ; 23,4: se daemonem confitebitur), de « témoignages » 
des démons (21,26 :. idoneos testes Christi ; 23,18 : haec denique 
iestimonia deorum vestrorum). 

C'est évidemment une erreur. Il arrive sans doute que le 
démon obéisse tout de suite aux injonctions de l'exorciste, 
qui le somme de déguerpir en prononçant le nom du Christ 
et en le menaçant du châtiment qui l'attend après le jugement 
dernier (23,15). En ce cas, sa fuite constitue un aveu. Mais 
le plus souvent, le démon cherche à donner le change, il 
répond et il discute, il implore sa grâce et il finit par avouer 
formellement qu'il est un esprit immonde, un démon qu'on 
adore dans les temples sous le nom d'un dieu. 11 reconnaît 
aussi formellement que le Christ est Dieu, que son nom le fait 
trembler et fuir. 

Les démons parlent donc, par la bouche du possédé, natu- 
rellement, dans le corps duquel ils sont cachés ; et, quoi qu'en 
dise M. Heinze, p. 404, n. 2, nous en trouvons des preuves 
multiples dans Tert. et dans les autres apologistes. 

Tert. dit expressément que l'exorciste pose des questions 
précises au démon et le somme de parler : iussus a quolibet 
Cliristiano loqui spiritus ille tam se daemonem confitebitur, 
quod in vero est, quam alibi deum, quod in jalso est (23,4) ; 
DicENT ibidem et quis ille Cliristus mm sua fabula (§ 12) (^) ; 


(^) Origène, Contra Cels., i, 6, nous dit que dans les formules 
d'exorcisme, on ne se bornait pas à invoquer le nom du Christ, 
mais qu'on rappelait des faits de sa vie : Où yàp x.atay.riXrjaîo-'.v 
ta^'jctv ooXvoOo-iv, àXXà xi]) ovo'[j.ax'. 'l-f)ao5 [j-stà ir]ç àT:(xyyz)d'^<; tdjv 
TîEpl auTÔv tatopuTiv. C'est sans doute avec raison qu'on a reconnu 
une formule d'exorcisme dans cette phrase de S.. Justin, Dial. c. 


CHAP. 23,16 269 

mm veriim de se loquuntur (§16); omnis illa confessio eontm, 
qua se deos negant esse (24,1). 

Pour affaiblir le sens de textes si clairs, il faudrait avoir 
des raisons ; et nous avons des raisons, au contraire, pour les 
prendre dans leur sens littéral. 

Tert. cite ailleurs des textes de l'Ecriture où Jésus ou les 
Apôtres interrogent le démon et où le démon répond. Adv. 
Marc, 1,7, p. 436, 6: Exclamant ibidem spiritus daemonis : 
Qiiid nobis et tibi est, lesu ? Venisti perdere nos. Scio qui sis, 
Sandus Dei (= Luc, 4,34). Ibid., 1,8, p. 438, 27: Itaque 
spiritus nequam ... cum testimonio excedebant vociférantes : 
Tu es filiusDei ... (= Luc, 4,31). Voy. encore : Matth., 8,29 ; 
Marc, 1,24 ; 3,11 ; 5,7. Luc, 8,28. Actus apost., 16,16 ss. ; 
19,13 ss. Dans tous ces passages, le démon parle : il répond 
aux questions précises qui lui sont posées, il formule des 
prières, il demande grâce, il reconnaît que le Christ est Dieu, 
etc. 

En serait-il autrement à l'époque de Tertullien ? Non. 
Tert. rapporte, par exemple, que parfois les démons entrent 


Tryph., 85 (Otto, p. 293) : Kaxà yàp tou 6v6]xuioc, «ùtoû to-jtûu 
Tou wj"j toÙ Wsoij xal upojToxo'xou Trâa-fji; •/.xtascoç, xat oià Trapûs'vou 
YEvvriOsvToç xal TraOï^TOU •'(Vi0[}.vir^<^ àvOpioirou, xal axauptoOévxoç ètïi 
llovxîou HiXâxou u-rj xou )>aou uji.wv xal aTioOavovxoi;, xat àvaaxâv- 
xoç £x vExpùiv xat àvapâvxo; elç xov oùpavov, ttôcv ôai(i.oviov s^opxt- 
Çrj[x£vov v'.xaxat xal ÛTroxâaarsxau Cf. S. Justin, Apol., II, 6, 6 ; Èiiopxî- 
Çovxeç xaxà xoîi rh6\x(x.'zoç, 'lïjaou Xpiaxoû xou axauptoOÉvxoç ettI 
llovxt'o'j IhXâxou. La formule du Dialogue ressemble au § 12 de 
Tertullien : Dicent ibidem... Tertullien rappelle ici le chap. 21. Cf. 
21,14 : Recipite intérim hanc fahilam. §17: quem igitnr hominem 
solnmmodo praesumpserant. Ibid.: tii magum existimarent, §19: et 
tamc7i subfixus. § 22 : subreptum a discipulis. § 23 : iti caehim est 
creptus, etc. Mais il fait aussi allusion aux formules d'exorcisme. 
Le démon ne répète pas tout cela, mais il rend témoignage de tout 
cela en avouant, tantôt directement et formellement, tantôt indi- 
rectement, que le Christ est Dieu. Actus apost., 19,15 : Respondens 
aiitem spiritus 7iequam dixit eis : lesuin novi et Pauluin scio. 


270 APPENDICE I 

dans les âmes des morts et que, dans la magie, on les voit se 
faire passer pour des défunts, comme dans le culte idolâtrique 
ils se font passer pour des dieux (De an., 57, p. 391, 25). Dans 
ce cas, on les a vus essayer de donner le change à l'exorciste : 
ils affirment tantôt qu'ils sont un des parents du défunt, 
tantôt qu'ils sont un gladiateur ou un bestiaire, comme 
ailleurs ils affirment qu'ils sont un dieu. De an., 57, p. 392, 
9 : cum in exorcismis interdum aliquem se ex parentibus homi- 
nis suî affirmât {spiritus nequam), interdum gladiatorem vel 
bestiarium, sicut et alibi deum. L'exorciste finit par lui faire 
avouer la vérité. Ibid., 1. 14 : Et tamen ille daemon, postquam 
circumstantes circumvenire temptavit, instant ia divinae gra- 
tiae vidus, id quod in vero est, confitetur. Quand le démon 
cherche à tromper sur son identité, il est évident qu'il parle : 
sa déclaration ne saurait ressortir de sa fuite. 

Voyez aussi l'anecdote que Tert, raconte dans son De 
spectaculis, 26, p. 25, 24. Une femme fréquente le théâtre 
et en revient possédée par le démon. Itaque in exorcisme cum 
oneraretur inmundus spiritus, quod ausus esset fidelem aggredi, 
constanter : « Et iustissime quidem, inquit, feci : in meo eam 
inveni ». 

Les autres écrivains chrétiens ne sont pas moins clairs, 
quoi qu'en dise M. Heinze, p. 404,2. S. Cyprien, Epist., 69,15, 
dit : et cum exire se et homines dimittere saepe dicat (diabolus), 
in eo tamen quod dixerit fallat ... Le démon annonce donc qu'il 
va quitter le corps du possédé, mais il ne le fait pas {^). Epist., 
75,10 : qui {spiritus nequam) subtili fallacia etiam hoc paulo 
ante praedixerat venturum quendam aversum et temptatorem 
infidelem. Cf. Quod idola, 7, p. 25, 5-8. 

Lactance, Div. inst., 2,15, 3, dit à son tour : lustos autem, 
id est cultores Dei, metuunt, cuius nomine adiurati de corpo- 
ribus excedunt : quorum verbis tamquam flagris verberati, 


(') Cf. Lactant, Div. inst., 2, 45, 4 : verherari se et ardere et iam 
iamque exire proclamant. 52, 1,5 : et uri se verherariquc testantur et 
mterrogati qui sifit, qiiando venerini, qnomodo in hominem inrepseririt, 
confitentur. 


CHAP. 23,16 271 

non modo daemonas se esse confitentur, sed etiam nomina sua 
EDUNT illa, quae in îemplis adorantur. Cf. 4, 27, 14. 5, 21, 5 ; 
22, 23. Epit., 46,7. 

Ces derniers mots de Lactance expliquent ceux-ci de Minu- 
cius Félix (27, 6), qui semblent les avoir inspirés : Ipse Satur- 
nus et Serapis et luppiter et quidquid daemonum colitis, victi 
dolore quod sunt eloquuntur, nec utique in turpitudinem sui, 
nonnuûis praesertim vestrum adsistentibus mentiuntur. 

A la question de l'exorciste : Qui es-tu ? le démon répond 
(par la bouche, du possédé, naturellement): Je suis Saturne, 
etc. 

M. Heinze dit (p. 403-404) queTertullien, payant d'audace, 
veut donner l'impression que les démons affirment formelle- 
ment que le Christ est Dieu, qu'ils reconnaissent formelle- 
ment qu'eux-mêmes sont des esprits immondes, tandis qu'en 
réalité le témoignage des démons est un testimonium ex silen- 
tio. Il ne trouve rien à redire à cette rhétorique, qu'il prête 
gratuitement à TertuUien, — mais elle lui fournit un argument 
contre Minucius Félix. 

Celui-ci dit que Saturne, Sérapis et Jupiter, forcés par 
l'exorciste, déclarent ce qu'ils sont, c'est-à-dire des démons. 
Voilà des aveux directs. Or, Minucius vient d'insinuer, selon 
M. Heinze, que les aveux des démons sont indirects et résultent 
de la fuite des démons : Haec omnia sciant pleraque pars 
vestrum ipsos daemonas de semetipsis confiteri, quotiens a 
nobis ... exiguntur. Qu'est-ce qui prouve que M. F. parle ici 
d'aveux indirects ? Selon Heinze, ce sont les mots : quotiens 
... de corporibus exiguntur, « que nous ne prendrions probable- 
ment pas dans leur sens véritable, dit-il, si nous n'avions pas 
lu TertuUien » ! C'est, au contraire, parce que Heinze les veut 
expliquer par Tert., mal interprété par lui, qu'il les comprend 
mal. Ces mots doivent être pris dans leur sens littéral et obvie ; 
ils signifient simplement : « dans les exorcismes », in exor- 
cismis, comme aurait dit TertuUien. Quant aux mots : Haec 


(') Voy. J. Tambornino, De nntiquoruin daemonismo (Giessen, 
'909)1 P- 107-108. 


272 APPENDICE I 

omnia ... (i) ipsos daemonas de semetipsis confiteri, ils sont 
clairement expliqués par Ipse Saturnus et Serapis ... quod 
sunt eloquuntur ... i^). Comme Tertullien, comme S. Cyprien, 
comme Lactance, Minucius Félix, dans les trois §§ 5-7, a en 
vue un aveu direct et formel des démons interrogés par l'exor- 
ciste : victi dolore quod sunt eloquuntur. 

Forcés par l'exorciste, dit-il, les démons avouent que ce 
sont eux qui font tout cela (§ 5) : vaincus par la douleur, 
Saturne, Sérapis, Jupiter et tous ces démons que vous hono- 
rez sous le nom des autres dieux, déclarent qu'ils sont des 
démons (§ 6). Il faut les croire quand ils avouent, car cet aveu, 
d'autant plus honteux qu'ils sont forcés de le faire devant 
leurs adorateurs, est confirmé par leur fuite. 

Telle est la suite des idées, tel est le raisonnement, clair et 
logique, de Minucius Félix. 

Voilà quelques-unes des subtilités par lesquelles M. Heinze 
a cherché à démolir les deux chapitres consacrés à la démo- 
nologie par M. F., pour conclure qu'il a imité Tert. de tra- 
vers ! 


(') Haec omnia choque aussi M. Heinze. Ces deux mots résument 
le chap. précédent, où M. F. a montré que ce ne sont pas les dieux 
qui annoncent l'avenir et président aux prodiges de toute espèce, 
mais les démons; que les devins et les possédés ne sont pas sous 
l'influence des dieux, mais sous celle des démons cachés sous leurs 
statues pour tromper les hommes, etc. Interrogés et forcés par 
l'exorciste, ils avouent tout cela, c'est-à-dire qu'ils sont des démons 
et non des dieux. 

(2) On peut mettre deux points après exiguntur. La phrase Ipse 
Saturnus inspire à M. Heinze une autre critique: c'est que M. F. 
parle ici des OîoXott-îO'. pour parler ensuite des adjurations en général, 
tandis que Tert. nous fait assister à une scène d'adjuration, d'abord 
d'un oai[jtovto'X-ri7rxo<;, puis d'un Oso'X-fjTtto?. Mais pour M. F., tous les 
possédés sont des oai[j.ov'.o)>Tj'n:xot, attendu que les dieux sont des 
démons! Cela est naturel et la distinction lui paraissait inutile. 
Heinze veut toujours imposer à M. F. les idées de Tert., parce 
qu'il part toujours de Tertullien ! 


CHAP. 23,16 273 

M. Heinze part de cette idée fausse que la démonologie 
(ch. 26 et 27) de Minucius Félix n'a pas d'autre but que d'ex- 
pliquer la vérité de certains oracles et de certains auspices. 
C'est de là, en effet, que part M. F. (26,7), mais dès le début 
il élargit son sujet et il annonce qu'il va remonter jusqu'à 
la source même d'erreur et de perversion d'où sont sorties 
ces ténèbres et qu'il la mettra en pleine lumière : adgrediar 
iamen fontem ipsum erroris et pravitatis, unde omnis caligo 
ista manavit, et altius eruere et aperire manifestius (26,7). Ces 
mots n'annoncent-ils pas une étude générale sur les démons ? 

Pour répondre à l'objection que les oracles et les auspices 
ont parfois rencontré la vérité, M. F. dit d'abord, avec Cicéron, 
que le hasard eut quelquefois les apparences d'une volonté 
réfléchie ; puis il ajoute que l'action des démons fournira la 
réponse à l'objection. Voilà deux explications différentes et 
même contradictoires, s'écrie M. Heinze. Il ne voit pas que 
M. F. dit : Quamquam inter multa mendacia videri possit indus- 
triam casus imitatus, c'est-à-dire : les auspices et les oracles 
ne sont en général que mensonges ; s'ils sont parfois vrais, 
c'est l'effet du hasard. Les mensonges sont dus aux démons 
qui se font passer pour des dieux et trompent les hommes. 
Nous allons expliquer en détail la nature et l'action de ces 
démons. Où est la contradiction ? 

En expliquant l'action des démons, Minucius Félix a l'oc- 
casion d'insister sur la divination (ch. 27, 1-2), mais ce n'est 
pas son seul but. Les démons, qui se font passer pour dieux, 
font autre chose qu'inspirer les oracles et Minucius Félix 
tient à le montrer. Ils persécutent les chrétiens et c'est ce 
qui amène le ch. 28. 

Tert., lui, a un autre but : les démons ou les dieux attestent 
la divinité du Christ. Pour le prouver, il parle, lui aussi, longue- 
ment de la nature et de l'action multiple des démons. 

M. Heinze a accumulé tant de subtilités sur le texte de M. 
F. et spécialement sur sa démonologie (ch. 26 et 27), qu'il 
faudrait beaucoup de temps et de place pour les mettre à nu : 
non tam difficile, quam énorme, nec arduum, sed intérim lon- 
giim. Mais nous comptons traiter ailleurs ce problème dans 
son ensemble. 


274 APPENDICE I 

23,18. quam plurimum illis credencio per Christum et 
in Deum credimus. F 

P a : in Christo domino credimus. — Tertullien veut dire 
que très souvent, grâce aux témoignages des démons, nous 
devenons chrétiens, et, en croyant au Ciirist (dont les démons 
attestent la divinité), nous croyons aussi {et) en Dieu. C'est 
la formule qui résume le ch. 21,28 : Deum colimus per Chris- 
tum, confirmée par les aveux forcés des démons. Voy. ci-dessus 
p. 231. C'est aussi le résumé des §§ 11-12 du chap. 23: cognos- 
cetis qui sit vere Deus... Dicent ibidem et guis ille Cliristus ... 

La lecture de P n'exprime plus cette idée. Elle contient 
de plus une faute de copie : domino pour Deo (voy. ci-dessus, 
p. 113, ad 4,3) et la construction credere in avec l'abl. paraît 
étrangère à l'usage de Tert. Voy. Tlies. l. /., IV, 1149, 28. 
Hoppe, Syntax, p. 40. Quant à la clausule, elle sera la même 
dans F et dans P après correction : et in Deum credimus et in 
Christo Deo credimus (double crétique). 

Quam plurimum « très souvent, dans un très grand nombre 
de cas » a un sens temporel, comme au ch. 7,4. Il exprime la 
même idée que consuerunt. 

24,1. satis idonea est ad depellendum crimen laesae 
publicae et maxime Romanae religionis F 

Dans P, publicae et manque. Les chrétiens sont accusés 
d'apostasie du polythéisme, c'est-à-dire de mépriser et de 
nier les dieux païens en général. On leur reproche surtout de 
répudier les dieux « publics », c'est-à-dire les dieux adorés 
par les peuples, les provinces, les cités, et l'on regarde 
comme plus grave encore le mépris qu'ils affichent pour les 
dieux officiels de Rome. Dans sa réfutation de l'accusation 
de sacrilège (ch. 10-16 et 24,1-8), Tertullien parle toujours 
des dieux en général, aussi bien de Caelestis, protectrice de 
Carthage (12,4 ; 23,6 ; 24,7) et des autres divinités provin- 
ciales et municipales (24,7-8), que de Jupiter Capitolin. C'est 
seulement au ch. 24,9 et dans tout le ch. 25, avant de ter- 
miner la réfutation de l'accusation de sacrilège, qu'il examine 
à part le grief spécial de mépriser les dieux romains, et il 


CHAP. 23,18—24,1-5 275 

justifie cette partie spéciale de sa réfutation en disant : Quon- 
iam tamen Romani nominis proprie intercedit auctoritas (25,2). 
Voy. plus loin, ad 28,3. Les mots publicae et sont donc 
nécessaires, car les mots crimen laesae maxime Romanae reli- 
gionis ne rendraient pas exactement l'idée de Tertullien. 

24.3. Nunc ut constaret deos esse, nonne concederetis 
de aestimatione communi aliquem esse sublimiorem et 
potentiorem F 

P a : nonne conceditis ; mais, après ut constaret « à supposer 
qu'il fût établi que vos dieux sont des dieux » (supposition 
non réelle), la logique et la symétrie de la construction exigent 
concederetis. Le remanieur de P aura perdu de vue ut constaret 
et il aura pensé au ch. 11, où cette concession est déclarée 
nécessaire. Voy. 1 1,2 : necesse est concedatis, esse aliquem subli- 
miorem Deum, etc. Ibid., § \0 : Et hinc concedetis, opinor, 
illum Deum deificum iustitia praecellere. — Sur la fin de la 
phrase {perfectae maiestatis), voy. ci-dessus, p. 77. 

24,5. alius, si hoc putatis, nubes numeret orans, alius 
lacunaria P 

Les mots si hoc putatis manquent dans F. — Les chrétiens, 
comme les Juifs, prient en levant les yeux vers le ciel. Voy. 

30.4. Les païens disaient, par moquerie, qu'ils comptaient 
les nuages, juvénal, Sat., 14,96, avait déjà dit des Romains 
judaïsants : 

Quidam sortiti metuentem sabbala patrem 
Nil praeter nubes et caeli numen adorant. 

Cf. 16, 10 : adfectatione aliquando et caetestia adorandi, ad 
solis ortum labia vibratis. Ad nat., 1, 13, p. 83, 23. 

La plaisanterie nubes numeret était comprise de tous les 
lecteurs. Tert, répond par une autre plaisanterie à l'adresse 
des païens : alius lacunaria {numeret), qu'un autre compte 
les panneaux des plafonds (des temples). 

La parenthèse si hoc putatis, qui est une allusion à cette 
plaisanterie populaire, était inutile pour un lecteur romain 


276 APPENDICE I 

Au ch. 43,2, P a une parenthèse du même genre {quia forte 
non creditis), qui manque clans F. Ce sont probablement des 
gloses marginales, insérées dans le texte. 

24,5. alius suam animam Dec suo voveat, alius hircum 
(hirci P). F 

La leçon de P est la meilleure : suam animam demande 
l'antithèse: /zi'rci (anî'mam), la vie d'un bouc, Tertullien reprend 
cette antithèse dans De idol, 6, p. 36,4. Il dit au chrétien, 
fabricant d'idoles : Immo tu colis (falsos deos), qui facis, ut 
coli possint. Colis autem non spiritu vilissimi nidoris alicuius, 
sed tiw proprio, nec anima pecoris ùnpensa, sed anima tua. 

L'ace, hircum dans F a été suggéré au scribe ou au cor- 
recteur par l'acc. animam qui précède. Cette sorte d'assimi- 
lation est fréquente. 

24,8. Aesculanorum Ancharia *FP 

Dans Ad nat., 2,10, p. 108, 20, A porte aussi Aesculano- 
rum, qui est fautif, parce qu'aucune ville ne porte le nom 
d'Aesculum. On corrige en Asculanorum (Junius). Il y avait 
deux villes du nom d'Asculum, dans le Picenum et en Apulie, 
auj. Ascoli. — Le nom de la déesse, Ancharia est étrusque, 
suivant Muller-Deecke, Etrusker, 2, p. 62, r. 86. C'est pourquoi 
Roscher (Lexikon der Myth., s. v. Ancharia) a adopté la con- 
jecture de Reinesius (Inscr., 2, 23) : Faesulanorum. La dédi- 
cace à Ancharia (Orelli, 1844), qu'on dit avoir été trouvée à 
Fésules, est suspecte. 

24,8. Sutrinorum Hostia F ; Sutrinorum Norcia P 

Sutrium, auj. Sutri, ville d'Etrurie. Norcia est une mé- 
prise du copiste : il a répété Nortia qui précède et qui est 
connue comme déesse de Volsinii. — Dans Ad nat., 2, 10, 
Tert. ne cite aucune divinité de Sutrium. Si Hostia est exact, 
c'est un nom étrusque latinisé. Otf. Muller proposait de lire : 
Horta. Voy. Deccke, dans Roscher, Lexikon der Myth., s. v. 
Horta et Hostia. Dans Ad nat., 2, 10, p. 108, 19, Tert. dit. 
qu'il emprunte tous ces noms de dieux municipaux à Varron. 


CHAP. 24,5-10 277 

24,8. Faliscorum in honorem patris Curis et accepit 
cognomen luno. 

in honorem patris Chumis F ; in honore patris curris PM. — 
Traduisons : « Pour faire honneur au vénérable Curis, Junon 
a aussi reçu son surnom «, c'est-à-dire : le surnom qu'elle 
porte. Ce surnom est Quiritis (CIL. 1547 = Dessau 3096, 
à Bénévent. XI 3125 = Dessau 3111, à Falerii) ou Ciirritis 
(XI 3126 = Dessau 5374, à Falerii. Cf. CIL. I, éd. 2, p. 331 : 
lunoni Curriti). Junon Quiritis est représentée sur un char, 
armée du bouclier et de la lance. Voy. Ihm, dans Roscher, 
Lexikon der Myth., vol. II, p. 588 et 596. Son surnom vient 
du sabin quiris ou curis, lance. Cf. Ernoult, Elém. dialectaux 
dans le vocabulaire latin, pp. 148-149. — Tertullien donne 
une autre étymologie ; le surnom de luno Quiritis ou Curritis 
serait emprunté au pater Curis ou Curris de Falerii, en Etru- 
rie. Il veut dire que les Falisques adorent le dieu Curis, à qui 
Junon a emprunté son surnom (de Quiritis). Pater a le même 
sens que dans Liber pater. Ce dieu Curis est inconnu. Comme 
les inscriptions donnent luno Quiritis ou Curritis, le dieu s'ap- 
pelait Quiris ou Curris. 

24,10. velimus nolimus *F ; velimus ac noiimus P 

L'asyndète est constant dans cette locution à l'époque 
classique. Cic, De nat. deor., 1, 17 : ut niihi, velim nolim, sit 
certa quaedam tuenda sententia. Min. Félix, 29, 4 : At ille, qui 
ceteris deus, sibi certe homo est, velit nolit. Cependant Tert., 
De an., 58, p. 394, 9, dit : velis ac nolis. Comme la lecture de 
F n'est pas formellement attestée, il vaut mieux adopter 
celle de P, qui est conforme à l'usage de Tertullien. 

24,10. Sed apud vos quodvis colère ius est praeter Deum 
verum, quasi non hic magis omnium sit, cuius omnes 
sumus. F 

Après omnium, P ajoute deus qui ressort suffisamment 
du contexte pour être sous-entendu. — On a souvent mal 
compris le passage, parce qu'on n'a pas vu que magis signifie 


278 APPENDICE I 

potius et se rapporte à hic. Le vrai Dieu, plutôt que tout ce 
que les Romains adorent, est le Dieu de tous et par conséquent 
aussi le Dieu des Romains. C'est donc à tort qu'on dit aux 
chrétiens : Vous n'êtes pas des Romains, parce que vous 
adorez un Dieu qui n'est pas un dieu des Romains. Nec Roma- 
norum = et non-Romanorum. Et, après quia ou un relatif, 
est familier à Tert. pour marquer la relation logique entre 
la subord. et la principale. Non ne fait qu'un avec Romanoram 
(per hyphen), comme ailleurs non-Christianus (2,18 ; 35,9 ; 
44,3). — On a donc eu tort de vouloir changer magis omnium 
en magis Romanorum. 

Bossuet, lecteur assidu de Tertullien, qu'il se plaît à qua- 
lifier « le grand Tertullien, le grave Tertullien », a tiré de ce 
passage un de ses mots fameux. Disc, sur l'Iiist. univ., II, 3 : 
Tout était Dieu, excepté Dieu lui-même. 

25,2. Romanes pro mérite religionis diligentissimae in 
tantum sublimitatis elates et inpesites, ut orbem occu- 
parint F 

P a : reiigiositatis, au lieu de religionis. Mais religio a sou- 
vent le sens de religiositas. Cicéron, qui ne connaît pas le mot 
religiositas, dit : hominem plénum religionis (Pro Font., 40), 
c'est-à-dire, liominem religiosum. Liv., 1,18: incluta iustitia 
et religio ... Numae Pompili erat. Nous disons d'un homme 
qu'il a de la religion. Tert. dit, en ce sens, religio ou religio- 
sitas. 35,1 : verae religionis homines, des hommes vraiment, 
sincèrement religieux (et non : les adeptes de la vraie reli- 
gion ). 33,1 : sed quid ego amplius de religione atque pietate 
Cliristiana in imperatorem (dicam) ? De spect., 1, p. 1, 17 : 
quemadmodum ista non competant verae religioni et vero obse- 
quio erga verum Deum. L'interpolateur de P paraît n'avoir 
pas compris ce sens de religio. 

Dans P, et impositos manque et la concision y gagne. Mais 
ces mots renforcent le sens : les Romains ont été élevés et 
solidement établis au faîte de la grandeur. Cf. Liv., 37,25 ; 
Masinissam in Syphacis regnum inposuisse. Chap. 48,7 : qui 
tantum corpus hoc nuindi ... inposuit. 


CHAP. 25,2-3 279 

La clausule est la même clans P (crétique et trochée) que 
dans F (où la longue du trochée est résolue). 

25,3. Scilicet ista merces Romano nomini a deis (a Ro- 
manis deis P) praerogativa (pro gratia P) expensa est. F 

Le mot Romanis nous paraît inutile et même nuisible. Tert. 
dit ironiquement : « Eh oui ! sans doute, cette récompense 
(l'empire du monde) a été accordée au nom romain par les 
dieux comme un privilège 1 » Et aussitôt il conclut ironique- 
ment : « C'est un Sterculus, un Mutunus et une Larentina 
(divinités considérées comme ridicules ou peu recomman- 
dables par Tertullien) qui ont étendu au loin son empire ! 
(Je cite ces dieux romains), car les dieux étrangers n'ont pas 
voulu, je suppose, favoriser une nation étrangère plutôt que 
la leur ... » 

Tert. reprend donc d'abord ironiquement l'affirmation des 
Romains : ce sont les dieux en général {adeo deos esse : ils ne 
disent pas les dieux romains) qui ont fait la grandeur de Rome. 
Il en conclut : c'est un Sterculus, etc., c'est-à-dire : « ce sont 
évidemment les dieux nationaux, ceux de la Rome primitive, 
qui ont étendu l'empire. Car ce ne sont certes pas les dieux 
étrangers. » 

Un lecteur a maladroitement introduit Romanis pour l'op- 
poser à peregrinos dès le début, sans voir qu'il détruit toute 
l'élégance et la finesse du langage. 

Tert. appelle praerogativa la faveur spéciale faite par Dieu 
aux Juifs (21,4) et la faveur spéciale accordée aux Romains 
par les dieux. Cette faveur spéciale est un « privilège ». Ter- 
tullien affectionne le mot praerogativa, auquel il donne encore 
un autre sens. Voy. 5,2 et 21,4. 

25,3. Peregrinos enim deos non putem extraneae genti 
potius quam suae maluisse nec (magis fatum voluisse 
quam suae et PM) patrium solum, in que nati, adulti, 
nobilitati sepultique sunt, transfretaneis (transfretanis 
PM) dédisse. F 

On ne peut pas recourir au passage parallèle. Ad nat., 2,17, 
p. 130,1 1, où il y a une lacune ; il ne reste que extraneo potius ... 


280 APPENDICE 1 

Tertullien dit ailleurs encore malo alicui, je prends le parti 
de qqn, je favorise qqn. De pall., 1, p. 916 0. : At cum sae- 
cularium sortium varia\>it urna et Romanis Deus maluit. La 
tournure est différente, ib., 3, p. 929 0. : Sed vos omnem 
lanicii dispensationem siruduramque telartim Minervae ma- 
luistis, où maluistis a un compl. direct. Il en est de même dans 
Cicéron, Pro Plancio, 59 : ego vero quamquam illi omnia malo 
quam mihi. Ad Att., 2, 16, 4: ego satisfaciam publicanis, 
d 8e \x-r\ — vere tecum loquar — in hac re malo universae 
Asiae et negotiatoribus (se. satisfacere). La locution malo 
alicui, sans compl. dir., semble donc propre à Tertullien. 

Quant à la leçon de PM, il faut corriger fatum, qui n'a pas 
de sens, en fautum (Hartel, Patr. Stud., II, p. 78) avec la plu- 
part des éditeurs, ou plutôt en factum, avec Meursius et Oehler 
(I, p. 394, note aa, et 916, note q). Factum explique mieux 
l'erreur du copiste. La locution factum alicui velle « être favo- 
rable à qqn » est assez fréquente, peut-être depuis l'époque 
archaïque Q). Gellius, Noct., Att., 6 (7), 3, 25 (résumant 
Caton) : quod cum et utile lis esset et vellent régi esse factum, 
nihil tamen adiuvandi eius gratia fecerint. Apul., Apol., 61 : 
Sicinium Pontianum, privignum meum, qui mihi factum 
volebat. Symm., Epist., 1,27 : tibi cui factum semper volo. 1,60 : 
cui ego propterea factum volo. 1 ,66 : Gelasius, cui factum volo. 

On comprend qu'un remanieur ait eu l'idée de remplacer 
la locution malle alicui, propre à Tert., par une locution 
fréquente, fautum ou factum velle alicui ; on ne comprendrait 
guère l'inverse. 

On peut objecter que le passage parallèle de Ad nat. ne se 
complète pas bien au moyen de F : extraneo potins {populo 
quam suo maluisse}. On aurait six lettres trop peu. Si l'on 
complète d'après P, la lacune est remplie : extraneo potius 
(populo factum voluisse quam suo}, ut fièrent desertores et 
destitutores. Mais cette observation n'est pas décisive, car 


(') Lôfstedtj p. 42, compare Térence, Ad., 919 : /(? video nostrae 
faviiliae latn e.v a?iùno factum velle. Pour expliquer l'origine de l'ex- 
pression, il cite Plaute, Baccli., 778 : ei facta cupiajn qtiae is velii . 


CHAP. 25,3-5 281 

Tert. modifie souvent sa rédaction première. On peut même 
supposer que c'est dans Ad nat. que le remanieur a trouvé 
fadum voluisse. 

25,3. Viderit Cybele, si ad ultores transferre (transira P) 
prospexit, quod sciebat Graeciam Phrygiae debellatricem 
(debellatorem PM) subacturos. F 

Cybèle prévoit que les Romains vengeront les Troyens en 
soumettant la Grèce et elle prend soin d'avance de se faire 
transporter à Rome. La Grèce fut conquise en 146 ; Cybèle 
fut transportée à Rome dès 204. Voy. 22,12. Or, continue 
Tert., cette déesse si prévoyante ne savait pas encore le 24 
mars 180 que Marc Aurèle était mort le 17 mars 180! 

Rauschen a changé transferre en transferri, ce qui est inutile 
et nuit au rythme. Di Capua, p. 35, n. 1. Transferre s'emploie 
dans le sens intransitif de transir e {^). Comme transir e, il donne 
ici une bonne clausule (un crétique et un trochée). Etant la 
lectio difficilior, il doit être préféré à transir e. Le reviseur de P, 
ne connaissant pas l'emploi intransitif de transferre, l'aura 
remplacé par le mot ordinaire, transire i^). 

Debellatorem est évidemment fautif, pour debellatricem. 

25,5. M. Aurelio apud Sirmium subito interempto F 

Au lieu de subito interempto, P a : reipublicae exempto. — 
Suivant Capitolin, Vita M. Ant., 28, Marc Aurèle mourut de 


(') Lôfstedtj p. 40-41, a montré que, sous \'Km\y\vQ, transferre 
est assez souvent employé dans le sens intransitif de se tra7isfcrrc, 
transferri on tra?isire. Citons seulement, avec lui, Cic. Or. Scliol., 
P- 329, 17 (Stangl) : ad Sullanas transtulit (=-transiit) parles. Amm. 
Marc, 21,12,8: ad instrumenta obsidionaliuin artiuni transttilerunt 
f= transiverunt) . Pline, Paneg., 81, dit déjà : remisque transferre 
(traiccre, trans7nitterej oèstantia fréta. lui. Valer,, 2, 15 : ad eiusmodi 
responstini re^is henevolentia proliiuis transfort. Tous ces passages 
ont été modifiés par les éditeurs. Voy. encore Lôfstedt, Beitràgc zur 
Ke7intnis der spàteten Latinitàt, p. 85 et s. (Stockholm, 1907). 


282 APPENDICE I 

la peste, après sept jours de maladie ; mais Dion Cassius, 
71,33, assure (wç éyw tracpwç vîxouora), qu'à l'instigation de 
Commode, il fut empoisonné par ses médecins. Interempto, qui 
se dit d'une mort violente, montre que Tertullien a suivi la 
tradition recueillie par Dion Cassius, La leçon de P semble 
d'ailleurs peu conforme à la grammaire, car eximere avec le 
datif signifie « délivrer » d'un mal, « arracher » à un mal 
{morti, poenae, supplicio) et ne convient pas à reipublicae. 

25,5. archigallus ille impurissimus F. 

L'épithète est dans le goût de Tert., qui aime à frapper 
fort. Voy. au § 9 : prostratissimae lupae Larentinae. Ailleurs 
(De resurr., 16, p. 46,7), il met l'archigalle sur le même rang 
que les frictrices, les gladiateurs et les bourreaux. Ici, les mots 
quo sanguinem impur um lacertos quoque castrando libabat 
justifient l'épithète impurissimus. 

P a sanctissimus, ce qui est d'une amère ironie. Un lecteur 
n'aurait guère eu l'idée de changer impurissimus en sanc- 
tissimus, mais il a pu écrire impurissimus en marge de sanctissi- 
mus, pour expliquer l'ironie. Un remanieur n'aurait pas non 
plus remplacé impurissimus, qui est le mot propre, par sanctis- 
simus, qui est ironique. Mais il a pu faire l'inverse, à cause 
des mots sanguinem impurum ... libabat, qui suivent. Il est 
donc probable que Tert. a écrit sanctissimus. 

25,7. ut ea potius orbi terrae (/. terra) praecelleret, quae 
cineres lovis texit FPM. 

Un seul ms inférieur (Erlang., d'après Oehler) a : terra. — 
Ea quae texit pourrait être une périphrase pour désigner la 
Crète {Cretam suam). Cicéron dit orbis terrarum ou orbis terrae. 
Mais voy. Ad nat., 2, 17, p. 131, 3 : uf illa potius terra regna- 
ret ... (le reste est effacé). Tert. a modifié sa première rédaction, 
comme il le fait souvent. L'emploi de praecelleret, au lieu de 
regnaret, a amené le datif orbi. Terra est placé après orbi à 
cause du rythme (double crétique). — C'est le voisinage des 
deux mots qui a fait croire au scribe qu'il avait affaire à la 
locution orbis terrae. 


CHAP. 25,5-7 283 

25,7 Vellet et luno F ; vellet luno P 

Ces mots sont effacés dans Ad nat., 2, 17, p. 131, 4. Il est 
possible que et soit tombé par haplographie après vellet. 

— Tert. réfute l'allégation que les Romains doivent l'em- 
pire du monde aux dieux. Après avoir écarté ironiquement 
les anciens dieux romains, Sterculus, etc., il dit que les Ro- 
mains n'ont pas non plus reçu le pouvoir des dieux étrangers, 
et il cite Cybèle, Jupiter et Junon, Junon de Samos, dit-il, 
aurait défendu Carthage plutôt que Rome, puisqu'elle pré- 
férait même Carthage à Samos, suivant Virgile. 

Dans un raisonnement semblable, Minucius Félix, 25, 9 : 
dit : Neque enim eos (se, Romanos) adversus suos homines vel 
Mars Thracius, vel luppiter Creticus, vel luno nunc Argiva, 
nunc Samia, nunc Poena, vel Diana Taurica, vel mater Idaea, 
vel Aegyptia illa non numina, sed portenta iuverunt. 

La liste de Minucius est plus longue que celle de Tert. qui 
ne cite que trois divinités. 

Hartel {Zeitschr. fur ôsterr. Gymn., 20, 1869, p. 350) a sup- 
posé que Tert. a fait un choix dans la liste de Minucius Félix. 

M. Heinze (p. 431) soutient, au contraire, que c'est Minu- 
cius Félix qui a allongé la liste de Tertullien. 

N'est-il pas aussi vraisemblable que, parmi les divinités 
que nomme Minucius Félix, Tertullien ait choisi les trois qui 
lui fournissent des développements conformes à son but. Il 
vient de railler les dieux primitifs de Rome, Sterculus, Mutu- 
nus et Larentina, et il continue sur le même ton à parler des 
divinités venues de l'étranger. 11 commence par Cybèle, dont 
le manque de clairvoyance fournit ample matière à raillerie. 
Puis il parle de Jupiter, qui devait préférer à tous les Capi- 
tules du monde la terre qui couvrait ses cendres, et enfin 
de Junon, la malheureuse épouse et sœur de Jupiter, qui a dû 
assister, impuissante, à la ruine de Carthage, sa ville préférée. 
Ni Cybèle, la peu clairvoyante, ni Jupiter, qui a son tombeau 
en Crète, ni Junon, qui n'a pu sauver la ville de son choix, 
n'ont pu donner l'empire à Rome. 

Cela est parfait, mais le passage de Minucius Félix ne l'est 
pas moins. Qui osera décider où est l'original et où est la 
copie ? 


284 APPENDICE I 

C'est M. Heinze, et voici son raisonnement. Minucius Félix 
veut montrer que les dieux qu'il énumère n'auraient jamais 
aidé les Romains contre leurs concitoyens et il nomme trois 
pays préférés par Junon. Cela n'a pas de sens (sinnlos), dit 
M. Heinze, et c'est même directement contraire au but, car 
on ne voit plus où sont les concitoyens de Junon ! Il nous 
semble, au contraire, que c'est conforme au but de Minucius 
Félix, car les mots luno nunc Argiva, nunc Poena, nunc Samia 
veulent dire que Junon n'avait pas, elle, à protéger un seul 
pays, mais trois, plutôt que les Romains. Il y a là une pointe 
d'ironie ou de persiflage. Chez Minucius Félix, la raillerie 
est ordinairement contenue ; chez Tertullien, elle se donne 
libre carrière. 

C'est en accumulant de pareilles critiques que M. Heinze 
essaie de faire passer Minucius Félix pour un imitateur mala- 
droit, dont la gaucherie et le manque de sens, de logique ou 
de goût trahirait les larcins ! 

25,9. quantum prostratissimae lupae Larentinae F. 

Les deux traditions (FPM) ont Laurentinae. Dans Minu- 
cius Félix, 25, 8, le Parisinus a également Acca Laurentia. 
Cette faute paraît fréquente pour Larentia et Larentina. 

Au lieu de prostratissimae, P a prostitutissimae. Ici, comme 
ailleurs, le remanieur de P paraît avoir remplacé le mot rare 
par le terme ordinaire, pour rendre le texte plus clair. Le super- 
latif prostratissimae est dans le goût de Tertullien, qui aime 
à frapper fort. Prosternere est employé pour prostituere depuis 
Suétone (Calig., 24,3. Arnob., Adv. gent., 2,42, p. 82, 19), 
qui emploie aussi prostratus pour prostitutus, mais ne l'applique 
pas à une personne. Div, Jul., 2 : non sine rumore prostratae 
régi pudicitiae. Tib., 35 : matronas prostratae pudicitiae. Justin, 
12, 7, 11 : Cleophis regina propter prostratam pudicitiam 
scortum regium ab Indis exinde appellata est. Tert. est peut- 
être le premier qui applique cette épithète à un nom de per- 
sonne. 

25,11. antequam isti dei inciderentur. FP 

Sous-entendez dei avec inciderentur, et traduisez : « avant 


CHAP. 25,9-13—26,2 285 

que vos dieux fussent considérés comme dieux, prissent rang 
parmi les dieux». Cf. 40,12 : priusquam Christiani nomina- 
rentur, se. Christiani. 24,4 : alium praeter Caesarem et dicere 
et audire, se. Caesarem (où Van der Viiet, p. 38, propose à 
tort d'ajouter Caesarem avant et dicere). 34,2 : etiam familiae 
(se. patres) magis patres quam domini vocantur. 34,3 : si 
habens imper atorem alterum adpelles, se. imper atorem.. 

Incidere aliquem = titulum incidere alicui. Ch. 50,11 : illis 
titulos inciditis in aeternitatem. Adv. Marc, 1,9, p. 301,3 : 
Quem titulum incidemus ex duobis deo Marcionis ? Utrumque, 
opinor, et nunc incerto et rétro ignoto. De pud., 10, 12 : si 
scriptura « Pastoris » ... divino instrumenta meruisset incidi, 
si l'écrit du « Pasteur » avait mérité de prendre place parmi 
les Livres saints. De resurr., 16, p. 47,3: ille scilicet limus, 
qui prior titulo hominis incisus est, non calicis aut gladii aut 
vasculi ullius. De là, incidi = haberi. Peut-être Tertullien 
fait-il aussi allusion au livre d'Evhémère, ('lepà âvaycpacp'/i), 
qui raconte qu'il a vu les noms des rois morts, devenus dieux, 
gravés sur des stèles. 

25,13. ideoque non propterea magni, quia religiosi. F 

Au lieu de propterea, F a: ob hoc. C'est le seul passage de 
VApol., où l'on trouverait ob hoc ... quia, tandis que propterea 
quia (1,5 ; 11,8 ; 14,7) ou quod (11,8) ou ne (9,13 ; 48,1) est 
fréquent. Le remanieur de P paraît donc avoir méconnu 
l'usage de Tertullien. 

26,2. Prior est quibusdam deis suis Roma F 

Dans PM : silvestris Roma. — Tert. parle 1) de la Rome 
primitive, qui naquit avant beaucoup de ses dieux ; 2) de la 
Rome des Tarquins, déjà maîtresse du Latium, avant que 
le temple de Jupiter fût bâti sur le Capitule. L'épithète 5//- 
vestris, pour désigner la Rome primitive, est une réminiscence 
des poètes. Virgile, Aen., 8, 347 : 

Hinc ad Tarpeiam sedem et Capitolia ducit 
Aurea nunc, olim silvestribus horrida dumis. 


286 APPENDICE I 

Properce, 4, 1 : 

Hoc, quodcumque vides, hospes, qua maxima Roma est, 
Ante Phrygem Aenean, collis et herba fuit. 

Mais les poètes parlent de l'époque antérieure à la fondation 
de Rome ; ils décrivent l'emplacement de la Rome future. 
Ici, l'épithète, appliquée à la ville elle-même, paraît hardie. 
Même à cette époque primitive, la ville était-elle c couverte 
de forêts »? — Voy. encore Ovide, Fast., 6,401, 

26,2. quart! tantum ambitum Capitolii exstrueret *F ; 
quam tantum ambitum Capitolii exstrueretur. P 

Il paraît peu vraisemblable que Tert. ait employé tantum 
ambitum comme un nominatif neutre, ainsi que le supposent 
Junius (dans son propre commentaire, p. 45) et le Thés. l. /., 
I, 1858, 2. D'après Oehler, deux mss inférieurs ont tantus 
ambitus ... exstrueretur. La lecture de Barraeus, confirmée par 
le silence de Modius, convient le mieux : Roma est sujet de 
regnavit et (\' exstrueret. La clausule sera un crétique et un 
trochée (avec la longue résolue) ; exstrueretur est une fin 
d'hexamètre, clausule évitée généralement en prose. 

26,2. virgines Vestae F ; virgines Vestales P. 

Le nom officiel et ordinaire est virgines Vestales. Mais on 
trouve aussi virgines Vestae, qui donne ici une clausule fré- 
quente (crétique et trochée). Liv., 1, 20 : virginesque Vestae 
legit. Tacit., Ann., 1, 8, 2 : cuius (Augusti) testamentum, inla- 
tum per virgines Vestae, Tiberium et Liviam heredes habuit. 
Ulpian., Fragm., 10,5 : quae virgines Vestae capiuntur. Riese, 
Geogr. lat. min., p. 120 : et vocantur virgines Vestae. L'inter- 
polateur de P a donc mis le nom officiel. 

27,1. Satis haec ad versus intentationem laesae religionis 
ac divinitatis (laesae religionis PM) : quo non videamur 
iaedere eam, (quam add. P) ostendimus non esse. F 

Tertullien se résume ici. Les chrétiens sont accusés de léser 
la divinité, c'est-à-dire les dieux {Iaedere deos, 12,7 ; 25, 16-17) 


CHAP. 26,2—27,1-4 287 

et de léser aussi la religion : ils sont rei laesae religionis (24,1) 
et encourent le crimen laesae publicae et maxime Romanae 
religionis (24,1), Les démons, a dit Tert. (24,1), en attestant 
par leurs aveux que les dieux n'existent pas, nous lavent de 
l'accusation de lèse-religion ; car, sans dieux, il n'y a pas 
de religion et le crime de lèse-religion ne se conçoit pas : si 
religio non est, quia nec dei, pro certo, nec nos pro certo rei 
sumus laesae religionis. En se résumant ici, il réunit les deux 
termes du crime de sacrilège (ci-après, 28,3), le mépris des 
dieux et le mépris de la religion, et il répète l'idée du ch. 24,1, 
en disant : quo non videamur laedere eam, ostendimus non 
esse. — Eam représente religionis ac divinitatis. — Non esse, 
se. eam. Sur cet accord, voy. 36,2 : Adeo pietas et religio et 
(ides imperaforibus débita ... consistit. Voy. ci-dessus, p. 55. 

L'interpolateur de P, qui a oublié tout cela, a supprimé 
religionis ac, sans voir qu'il mutilait la pensée de Tert. 

11 n'a pas compris non plus quo (= ut eo), qui se rapporte 
à ce qui suit : « pour montrer (par là) que nous ne la lésons 
pas, nous avons montré qu'elle n'existe pas «, et il a ajouté 
quam. Sur quo sans comparatif, voy. 47,1 : quo facile credatur. 
Ad nat., 1,1 1, p. 81, 13 : quo non vererentur extraneum. 1,18, 
p. 90, 12 : Destruite nunc gloriam maiorum, quo nos quoaue 
destruatis. Ovid., Her., 18, 203 : 

Sed, quo mare finiat iram, 
Accédant, quaeso, fac tua vota meis. 

27,3-4. Sed agnoscimus ... quis .. operetur : ille scilicet 
spiritus daemonicae et angelicae paraturae, qui noster 
ob divortium aemulus et ob gratiam Dei invidus, de 
mentibus vestris adversus nos proeliatur F 

Il faut ponctuer comme nous venons de le faire, car ille 
scilicet spiritus est apposé à quis, sujet de agitet et de operetur. 
— Daemonicae PM ; daemoniacae *F. Modius paraît ne pas 
avoir remarqué la variante ; en effet, Tert. emploie toujours 
la forme daemonicus. Oehler lit à tort daemoniacus dans De 
resurr., 58, p. 118,23 ; dans De carne Christi, 4, M a : dac- 
monicam. 


288 APPENDICE I 

Tert. appelle le démon un esprit de nature démoniaque et 
angélique ; il distingue, en effet, deux générations d'esprits 
du mal : les anges déchus {angeli) et les démons, nés de ces 
anges. Voy. 22,3 et 35,12. Cf. De an., 40, p. 377, 22 : daemo- 
nicam esse rationem eorutn spirituum ... 

L'esprit du mal, dit Tert, est notre ennemi à cause de sa 
révolte contre Dieu et il est jaloux de nous à cause de la faveur 
que Dieu nous a accordée. Tert. montre ailleurs que son inimitié 
et sa jalousie remontent à la création : en révolte contre Dieu, 
il en veut à la créature privilégiée de Dieu, à l'homme fait à 
l'image de Dieu, à qui Dieu a soumis toute la création. Voy. 
De pat., 5. 

Invidus est ici substantif, comme aemulus, et noster se rap- 
porte à l'un et l'autre. Cicéron dit déjà : a tuis invidis et 
obtredatoribus (Epist., 1, 4, 2). 

27,5-6. praeterquam et desperata condicio eorum. 

Praeterquam ne commence jamais une phrase avec le sens 
de praeterea ; il est toujours en rapport avec ce qui précède 
ou avec ce qui suit dans la même phrase. Il faut donc ponc- 
tuer : 

5. Nam, licet subiecta sit nobis tota vis daemonum et 
eiusmodi spirituum, ut nequam tamen servi, metum non- 
numquam contumaciae miscent et laedere gestiunt, quos 
alias verentur (odium enim etiam timor spirat) (i), praeter- 
quam et desperata condicio eorum ... de poenae mora. 6, Et 
tamen ... 

Les démons ont deux raisons de faire la guerre aux hommes : 
la crainte mêlée à l'esprit de révolte, «sans compter que » 
c'est aussi une consolation, une satisfaction pour eux de 
mettre en œuvre leur malignité, en attendant leur châtiment, 
qui est ajourné jusqu'au jugement dernier. La première 
raison est mise en évidence, parce que la comparaison avec 
de méchants esclaves {ut nequam servi) ne porte que sur elle. 


(1) spirat P; inspirât F. Voy. ci-dessus, p. 107 et 245, note. 


CHAP. 27,5-7 289 

Tert. ajoute la deuxième raison accessoirement : « outre 
que, sans compter que ». 

27,6. Et tamen adprehcnsi subiciuntur F 

P a SLibiguniar. Tert. emploie siibici en parlant des dé- 
mons. Cf. 23,8 : subiecta est, et plus loin, subdita est. 27,5 : 
licel subiecta sit. 

27.6. Et condicioni suœ parent et succédant F ; et con- 
dicioni suae succidunt PM 

La condition des démons est l'esclavage ; ils sont esclaves 
des chrétiens. Comme de méchants esclaves (§ 5), ils se 
révoltent ; mais subjugués par l'exorciste, ils se soumettent 
et se résignent à leur condition. On dit parère necessitati 
(Cic, Or., 60) et Justin, 8,2, a dit : Thebani Thessaliqiie ... 
externae dominaiioni, quam in suis timuerunt, sponte succe- 
dunt. 

Succidere est très fréquent dans Tert., mais signifie « suc- 
comber à )) : succidere vanitati (De cor., 6), necessitati (De 
resurr., 62), inpatientiae (De pat, 5), quieti (De an., 43, p. 
370,26), humanae (ormae (Ibid., 34, p. 359, 10), moecJiiae et 
fornicationi (De pud., 1,15), diabolo (Adv. Marc, 1, 10, p. 
350, 5), et « tomber sous » : tactui (Adv. Marc, 4, 8, p. 438, 
15). Voy. l'index d'Oehler et Hoppe, Syntax, p. 30. 

27.7. Itaque dum (cum P) vice repugnantium vel rebel- 
lantium {liaec duo verba oni. P) crgastulorum sivc car- 
ccrum vel mctallorum vel hoc genus poenalis servitutis 
erumpunt adversus nos praeliaturi (oni. P), in quorum 
potestate sunt, certi et iam périsse (et inpares se esse P) 
et hoc magis perditos, ingratis resistimus ut aequales F 

« Aussi, semblables à ces esclaves qui résistent et se révol- 
tent dans les ergastules, dans les prisons, dans les mines ou 
dans une autre servitude pénale du même genre, ils s'élancent 
contre nous, pour nous livrer bataille, à nous qui les avons 
sous notre puissance, sachant qu'ils sont perdus déjà et que 

19 


290 APPENDICE I 

leur fureur ne peut qu'ajouter à leur perte : alors nous sommes 
forcés de leur tenir tête comme s'ils étaient nos égaux ... » 

Tertullien répond à ceux qui disent aux chrétiens : Il vous 
serait facile de vous sauver en sacrifiant. Cette formalité 
matérielle ne vous empêcherait pas de penser ce que vous 
voulez. C'est pure démence de préférer l'entêtement au salut. 
— Nous ne pouvons pas sacrifier pour nous sauver, réplique 
Tert., parce que vous agissez à l'instigation des démons : ce 
sont eux qui nous font la guerre, embusqués dans vos esprits : 
ille scilicet spiritus ...de mentibus vestris adversus nos proe- 
liatur... Céder à vos sommations, ce serait céder aux démons ! 
En refusant obstinément, nous triomphons d'eux. 

Tert. explique pourquoi les démons, qui sont assujettis 
aux chrétiens {licet subieda sit nobis Ma vis daemonum, § 5), 
qui sont sous la puissance des chrétiens {in quorum potestate 
sunt, § 7), comme on l'a vu au ch. 23, leur font cependant 
la guerre. 

Il se sert d'une comparaison : la révolte des démons contre 
les hommes, leurs maîtres, est comparable à la révolte des 
méchants esclaves contre leurs maîtres légitimes. Ils ont deux 
raisons de faire la guerre aux hommes : la crainte mêlée à 
l'esprit de révolte, sans compter que c'est une satisfaction 
pour eux, dans leur situation désespérée, de donner libre 
cours à leur malignité, en attendant leur châtiment, qui est 
ajourné à la fin du monde. Voy. ci-dessus, p. 288. 

Ils se révoltent donc contre leurs maîtres, comme de mé- 
chants esclaves. Dans les guerres serviles, il y a deux armées 
en présence et les maîtres doivent combattre leurs esclaves 
à armes égales : de même, les chrétiens, « sont forcés de com- 
battre » {ingratis resistimus) les démons, leurs esclaves, comme 
des égaux {ut aequaies) et c'est en résistant à leurs suggestions, 
en mourant pour la foi, qu'ils triomphent d'eux. 

P a Itaque mm, au lieu de Itaque dum. De même, au ch. 
29,5 : dum sciunt petere F ; cum sciunt petere P. Le reviseur 
de P semble avoir méconnu l'usage, très fréquent dans Tert., 
de dum pour cum. Hoppe, Syntax, p. 79. 

P n'a pas les mots vei rebellantium. Les deux verbes sont 
synonymes, mais le second est plus fort que le premier. Repu- 
gnare « opposer de la résistance » se dit de l'esclave désobéis- 


CHAP. 27,7 291 

sant ; rebellare « se révolter » se dit de l'esclave qui essaie de 
reconquérir sa liberté. Aliud est repugnare, aliud rebellare, 
quorum prius indicat inoboedientiam servorum In mandatis 
exsequendis, flagris castigandam, posterius conatum libertatis 
adipiscendae, gladlo coercendam (Hav.). Au ch. 25,2, F a aussi 
deux participes synonymes : elatos et impositos. 

F n'a pas proeliaturi, mais praeliantur. Ce mot manque dans 
P. — Proeliatur n'a pas de sens. Havercamp a déjà conjec- 
turé : proeliaturi, qui convient admirablement au sens et 
aussi au rythme (un crétique et un trochée). Devant in, 
praeliaturi a pu devenir praeliatur par haplographie de i ; 
le scribe l'a mis au pluriel, comme erumpunt. Le scribe ou le 
remanieur de P a omis ce praeliatur, qui n'avait pas de sens. 

Au lieu de certi etiam (= et iam) périsse et hoc magis per- 
ditos, P a : certi et inpares se esse et fioc magis perditos. Dans 
P, le sens de et hoc magis perditos n'est pas clair. Si cela signi- 
fie : « ils sont certains de nous être inférieurs en force et ils 
n'en sont que plus désespérés », il faudrait : perditi (conjec- 
ture d'Oehler) et le premier et serait de trop. Et ... et prouve 
que nous avons deux infinitifs dépendant de certi. 

Mais et hoc magis perditos peut signifier aussi : certains 
qu'ils sont plus perdus encore par ce fait, à cause de la guerre 
(qu'ils nous font), que leur fureur contre nous ne fait qu'ajou- 
ter à leur perte. Dans ce cas, et lioc magis perditos marque 
une gradation sur le premier membre. 

Cette gradation n'existe pas, si on lit, avec P : et impares 
se esse. Elle existe, au contraire, si on lit, avec F : et iam {se) 
périsse et Iwc magis perditos (se esse). L'ellipse de se et de se 
esse est fréquente dans Tertullien (i). Hoppe, Syntax, p. 144. 
11 y a gradation entre (se) périsse {= se perditos esse, âuoXw- 
"kévaC) et magis perditos (se esse) : les démons savent 1) qu'ils 
sont déjà perdus et 2) qu'à cause de ceci, de cette guerre faite 
aux hommes, ils sont plus perdus encore. Voy. § 6 : desperata 
condicio eorum ex praedamnatione. C'est la fureur du déses- 
poir qui les inspire, comme elle inspire les mauvais esclaves. 


(^) Voyez notre Langue et Syntaxe de Minucms Félix, dans notre 
édition classique, Partie du maître, p. 150, § 200. 


292 APPENDICE I 

En temps ordinaire, les maîtres châtient les mauvais es- 
claves ; mais quand ceux-ci parviennent à se révolter et à 
prendre les armes, dans les guerres serviles, les maîtres doivent 
les combattre comme des égaux, comme des gens de même 
condition. De même, les chrétiens sont obligés (ingrotis) de 
tenir tête aux démons comme à des égaux (ut aequales), bien 
que les démons soient leurs esclaves. C'est pour en triompher 
qu'ils résistent à leurs suggestions, aux sommations des juges 
inspirés par eux. 

Ut aequales ne signifie donc pas : « comme s'ils étaient nos 
égaux en force » (pares), ainsi qu'on l'a cru souvent, mais : 
aequalis conclicionis (Heraldus). Le correcteur de P paraît 
l'avoir pris dans le sens de pares, car c'est cette erreur qui 
lui aura fait changer et iam périsse en et inpares se esse, qui ne 
s'oppose pas à et hoc magis perditos (voy. ci-dessus). La clau- 
sule iam périsse forme un ditrochée. 

28,1. Sed quoniam facile iniquum videretur F ; quoniam 
autem facile iniquum videretur P 

Les §§ 1 et 2 ne forment qu'une seule et même période. 
Voy. Heinze, p. 434. Le verbe principal est formati estis. Au 
milieu de la période, Tertullien a intercalé un discours direct. 
Il faut donc traduire : « Comme il paraîtrait facilement inique 
de ..., que (d'autre part) on trouverait ridicule de ..., vous 
avez été dressés par ces mêmes esprits à nous forcer de ... ». 

Voici le sens. Si vous pressiez des hommes libres d'offrir 
un sacrifice simplement aux dieux {od sacrificanduni), cela 
paraîtrait facilement inique ; car on exige la bonne volonté 
de celui qui sacrifie et il s'en suit que chacun doit être libre 
de sacrifier ou de ne pas sacrifier. Si vous forciez un homme 
d'offrir un sacrifice dans son propre intérêt à des dieux qu'il 
est intéressé à honorer, cela passerait certainement pour 
ridicule ; car chacun est juge de son intérêt et peut s'arranger 
avec les dieux comme il lui plaît. Cela étant, ces mêmes dé- 
mons — ce sont eux à coup sûr (utique) — ont inventé un 
moyen détourné : ce n'est pas un sacrifice quelconque ni un 
sacrifice intéressé qu'ils vous ont appris à nous imposer (ce 
serait inique ou absurde), mais un sacrifice pro sainte impera- 


CHAP. 28,1 293 

toris, c'est-à-dire un sacrifice qui constitue un acte de loya- 
lisme, auquel un vrai Romain ne peut se dérober. Un homme 
libre ne peut s'y soustraire ni alléguer qu'il sacrifie malgré 
lui, car le libens animas est ici de rigueur; d'autre part, il ne 
peut alléguer qu'il est seul juge de ses intérêts, car ce n'est 
pas son intérêt personnel, mais le salut de l'empereur qui 
est en cause. 

Tert. parle ici de la liberté religieuse comme étant reconnue 
des Romains ; il dit qu'il paraîtrait à tout le monde inique 
ou absurde de la violer. Cette liberté est fondée sur deux 
principes admis par les Romains : 

10 Sur la religion elle-même, qui veut que tout hommage 
rendu aux dieux soit volontaire sous peine de ne pas être 
agréée par les dieux (cf. 8,7 ; 9,4 ; 24,6) (i). 

2° Sur le droit naturel, qui donne à chacun pleine liberté 
d'agir dans la limite de ses droits et qui le fait juge de ses 
intérêts, spécialement à l'égard des dieux. Ad Scap., 2. Les 
simples citoyens n'ont aucune obligation de participer aux 
actes du culte et aucun homme n'a qualité pour venger les 
dieux offensés par un autre: deorum iniuriae diis cwae, disait 
Tibère (Tac, Ann., 1,73). Cf. Mommscn, Droit pénal, p. 568 = 
Trad., II, p. 270. Marquardt, Le Culte, I, p. 253 et ss. 

11 en est autrement si un citoyen refuse de prendre part 
aux actes habituels de la religion impériale : on peut le faire 


(*) Ad Scapulam, 2: Tamen /mmuni iuris et naturalis potestatis 
est unicuique quod putaverit colère, nec alii obest aut prodest 
alterius religio. Sed 7icc rehgiotiis est cogère religionenij quae sponle 
suscipi debeat, non vi, cum et hostiae ab animo libenii exposlulenlur, 
Ita elsi nos compuleritis ad sacrificandum, nihil praeslabitis diis 
vestris. Ab invilis enim sacrificia non desiderabunt, nisi si conten- 
tiosi sunt: contentiosus autem Deus non est. Denique qui est verus, 
omnia sua ex aequo et profanis et suis praestat, ideoque et iudicium 
constituit aeternum de gratis et ingratis. Tamen nos, quos sacrilegos 
exislimatis, nec in furlo unquam deprelienditis, nedum in sacri- 
legio. Omnes autem qui tcmpla dispoliant et per deos iurant et 
eosdem colunt, et Christiani non sunt et sacrilegi tamen deprehen- 
duntur. 


294 APPENDICE I 

passer pour ennemi de l'empereur ; on peut le déclarer cou- 
pable d'impiété envers le prince et (improprement) de lèse- 
majesté ! Voy. ad 28,3, 

28,3. Ventum est igitur ad secundum titulum laesae 
augustioris maiestatis, siquidem maiore formidine et 
calidiore timiditate Caesarem observatis quam ipsum de 
Olympe lovem F 

P a : callidiore. — Les païens servent l'empereur avec une 
crainte plus vive que Jupiter de l'Olympe lui-même. Calidus, 
chaud, prend le sens de vehemens. S. Augustin, De civ. Dei, 
16,2, p. 124, 24 D. : calicla inquietudine. Thés. l. /., III, 154, 26. 
Les mots calidiore timiditate font pendant à maiore formidine. 

La leçon de P veut dire : « avec une crainte plus avisée », 
c'est-à-dire une crainte intéressée, inspirée par le désir d'évi- 
ter la vengeance impériale, plus prompte que la vengeance 
divine. Mais cette idée, qui vient au § 4, est prématurée ici. 
C'est ce que le scribe ou le correcteur n'a pas vu. 

— Cette phrase fournit un exemple probant d'un des 
caractères les plus remarquables, mais trop peu remarqués 
jusqu'ici, de la langue de Tertullien. L'apologiste de Carthage 
était certainement juriste : ce qui le prouve, c'est son habi- 
tude constante de faire servir les termes de la langue juridique 
à l'expression de ses idées, même des idées non juridiques. 
Il aime, si je puis ainsi dire, à revêtir sa pensée d'une forme 
juridique ; il se complaît à emprunter le langage consacré 
du droit ou il crée des expressions nouvelles sur le modèle 
de la langue du droit, pour exprimer des idées non juri- 
diques (1). 


(') P, de Labriolle, Tertullien jurisconsulte (Nouv. Revue liist. 
de droit franc, et étranger, 1906, p. 28), dit très bien: « On verra 
quelle quantité d'expressions juridiques se glissent dans la trame 
du style de Tertullien. C'est le droit romain qui compose en 
quelque sorte l'atmosplière dans laquelle sa discussion se déroule. 
Faute de s'en aviser, on ne prendrait qu'une idée tout à fait insuf- 


CHAP. 28,3 295 

Il serait utile de faire une étude d'ensemble sur la langue 
de Tertullien considérée de ce point de vue, particulièrement 
dans l'Apologétique. En effet, pour saisir toujours exactement 
la pensée de l'apologiste, il importe au plus haut point de ne 
pas oublier cette habitude, cette manie de l'écrivain. Tertullien, 
si j'ose dire, jongle véritablement avec la langue juridique 
et il a donné le change aux plus savants et aux plus habiles, 
comme nous allons voir. 

Les païens reprochaient aux chrétiens de ne pas honorer 
les dieux (10,1 : deos non colitis), de ne pas leur offrir des sacri- 
fices {ut non sacrificemus, ibid.), de ne pas leur adresser les 
hommages de respect et de piété qui sont dus à leur majesté 
auguste, c'est-à-dire sacrée, et de nier même leur existence. 
C'était offenser ou léser les dieux {laedere deos 12,7 ; 25,16), 
c'était léser leur divinité (27,1) ou leur majesté divine (28,3; 
35,5). Sur la majesté des dieux, voy. 6,8; 15,6; 23,9 ; 25,5. 
C'était aussi léser la religion, qui prescrit d'honorer les dieux 
(24,1 ; 25,17 ; 27,1). 

Pour toutes ces raisons, les païens traitaient les chrétiens 
«de sacrilèges, d'impies et d'irréligieux», ou encore « d'athées ». 
En 155, à Smyrne, le peuple crie : Afpe toÙç dcGéou;* J^-rixeio-Bw 
DoXuxapTcoc;. Toile impios, Polycarpus requiratur. Le juge dit 
à Polycarpe : Efrcov afpe toÙç âOéouç. Conclama etiam tu : 
Toile sacrilegos ! (Eusèbe et Rufin, Hist. eccL, 4, 15, 18). 

Le nom de « sacrilèges » ou d '« athées » était une injure 
(convicium), comme ceux d'homicides et d'incestueux. Minu- 
cius Félix, 31,2 : Sed de isto et tuus Fronto, non ut adfiimator 
testimonium fecit, sed convicium ut oraior aspersit. Arnobe le 
dit en termes exprès. Adv. nat., 1,29 : ut convicio utar vestro, 
infausti et athei nuncupamur. 5,30 : (niiror) audere vos dicere 
quemquam ex his atheum, inreligiosuni, sacrilegum. 1,32 : 


fisante de sa tactique et de ses intentions. » Page 30 : « Les concep- 
tions-maîtresses de Tertullien, celles qui constituent en quelque 
sorte l'armature de son œuvre, ont reçu leur forme du droit 
romain ». Nous souscrivons à ce jugement, qui se vérifie à mer- 
veille, on va le voir, dans tout V Apologétique. 


296 APPENDICE I 

quaiitumlibd nos impios, inrdigiosos vocctis aut allieos. 6,27 : 
consucstis nos appellare aiheos. S. Justin, Apol., I, 6,1: evOev 
xal aOeo!. y.ex7vr)jji.£8a- xai 6}ji.oXoYoûp.£v rwv Totoûxwv vo\ixï^o[xi- 
vwv 6ewv aQeo'- eiva'.... L'athéisme, reproché aux chrétiens, 
est donc le mépris ou la négation des dieux reconnus par les 
nations. 

Dans V Apologétique, le qualificatif ordinaire est sacrikgi, 
qui a pour synonymes inpii et inreligiosi. 2,4 : nomen ... sacri- 
kgi. 2,12 : laniari iabere sacrikgum. 13,1 : impii et sacrilegl 
et inreligiosi erga deos vestros. 12,6 : o inpiae voces, o sacrikga 
convicia ! Le crime lui-même d'impiété, le mépris des dieux 
est appelé sacrikgium. Au ch. 10,1, en commençant la réfu- 
tation de ce crime, Tertuliien le définit clairement. Les païens 
disent : deos non colitis, et Tertuliien conclut : itaque sacrikgii 
... rei convenimur. On nous accuse de sacrilège, parce que nous 
n'honorons pas les dieux. Le mot reparaît dans le même sens, 
25,15 et 35,5. 

Or, dans le sens d' « impie » et d' « impiété », le code pénal 
romain ignore les mots sacrikgus et sacrikgium. Il les ignore, 
parce qu'il ignore le crime d'impiété ou de sacrilège. En effet, 
aucun acte du culte romain n'était obligatoire pour les parti- 
culiers et, à l'égard des offenses directes faites aux dieux, 
l'Etat romain restait passif, ayant pour maxime : deorum 
iniuriae diis curae (Tac, Ann., 1,73). Voy. Mommsen, Droit pé- 
nal, p. 568 = Trad., Il, p. 270. Voy. ci-dessus, p. 293, ad 28,1. 

Le code pénal romain appelait sacrikgus le voleur d'objets 
sacrés et sacrikgium le vol commis dans un temple public. 
Ch. 15,7 : certe sacrikgi (les spoliateurs des temples) de vestris 
semper deprehenduntur ! Voyez ci-après, 44,2. 

Mais dans la langue ordinaire, sacrikgus avait pris, après 
Auguste, le sens d' « impie » en général, et sacrikgium, celui 
d'impiété ou mépris des dieux, d'acte offensant pour les dieux. 
Corn. Nepos, Aie, 6,4 : proinde ac si alius populus .. eum 
sacrikgii damnasset. Sen,, De vita beata, 27,1 : nam cum in 
coclum insanitis, non dico sacrikgium jacitis, sed opcram per- 
dais. De benef., 1, 4, 4 : verendum esse ne, quia Charités lovis 
jiliae suni, parum se grate gerere sacrikgium sit. Florus, 2, 17, 
12 (1,33) : D. Brutus ... non prius signa convertit quam caden- 
tem in maria solem ... non sine quodam sacrikgii metu et hor- 


CHAP. 28,3 297 

rore deprehendit. Apulée, Asclep., 41 : Hoc enim sacrikgii 
siniile est, cuin Deum rages, tus ceteraqiie incendere. Niliil enim 
deest ei, qui ipse est oinnia aut in eo sunt omnia. 

On comprend que, pour désigner une accusation populaire» 
Tertullien emploie un mot du langage courant, celui-là même 
que la populace lançait à la face des chrétiens : Toile sacri- 
legos ! On remarquera que Tert. lui donne l'air d'un terme 
juridique en l'accolant à des termes juridiques : sacrilegii ... 
rei convenimur. Ces termes eux-mêmes ne sont ici qu'emprun- 
tés à la langue du droit et ont le sens vulgaire qu'ils ont 
dans la langue courante. 

Les synonymes de sacrilège que Tert. emploie, inreligiosi 
et inreligiositas, sont également inconnus du droit pénal. 
Tertullien dit que les païens les appliquent aux chrétiens, 
et lui-même, en rétorquant l'accusation, les applique aux 
païens (13,1 ; 24,2 ; 6 ; 25,14 ; 28,4). 11 leur donne une cou- 
leur juridique en disant : in verum committitis crimen verae 
inreligiositatis (24,2) ; ne et hoc ad inreligiositatis elogium 
concurrat (24,6). 

Voici maintenant où se révèle mieux encore le juriste, 
habitué à emprunter le langage du droit. L'imputation popu- 
laire, le cri de haine retentit jusque dans le prétoire : le juge 
fait un grief aux chrétiens (nous verrons tout à l'heure com- 
ment) de mépriser les dieux, de leur faire injure, et Tertul- 
lien qui plaide en avocat, nous parlera (.Vintentatio laesae 
religionis ac divinitatis (27,1) : c'est une accusation de «lèse- 
religion et de lèse-divinité » qui est « intentée « aux chrétiens ! 
Il parlera du crimen publicae et maxime Romanae religionis, 
se. laesae (24,1), de l'accusation d'avoir lésé la religion pu- 
blique et surtout la religion romaine ! Il dira que les chrétiens 
sont rei laesae religionis (24,1), coupables de lèse-religion. 
Voilà des locutions qui ont tout à fait un air juridique, comme 
crimen laesae maiestatis, mais que la langue juridique ne con- 
naît pas. L'expression laesa rcligio est une création do Ter- 
tullien (1) ; elle est formée sur le modèle d'une expression 


(') Au moins dans le sens qu'il lui donne. On trouve une fois 


298 APPENDICE I 

juridique (laesa maiestas), mais elle n'est pas tirée du code, 
elle n'a pas même une forme arrêtée, elle varie chaque fois 
qu'elle revient sous la plume de Tertullien. Elle est syno- 
nyme des expressions courantes sacrilegium, inreligiositas : 
elle désigne le mépris des dieux, que Tert. définit par cette 
formule : deos non colitis, et qui se manifeste par le refus de 
leur offrir des sacrifices et de reconnaître leur existence. Elle 
ne se distingue des expressions courantes que par un faux 
air juridique. 

Pas plus que sacriïegium et inreligiositas, la locution laesa 
religio ne désigne un crime prévu et puni par la loi ; elle n'est 
qu'une formule créée par Tert. pour désigner une accusation 
extra-judiciaire, une imputation vulgaire. Elle ne constitue 
pas et elle ne saurait pas constituer le fondement juridique 
d'un procès criminel. 

C'est ce que Mommsen a perdu de vue en faisant du crimen 
laesae religionis une catégorie du crime de lèse-majesté, qu'il 
appelle l'apostasie de la religion nationale. Nous verrons tout 
à l'heure les deux passages qui l'ont induit en erreur, parce 
qu'il leur a attribué une valeur et une précision juridiques 
qu'ils n'ont pas. Ici, nous ferons remarquer qu'il est faux 
de prêter à Tertullien l'idée d'un crime d'apostasie du culte 
national. 

Ce que les païens reprochent aux chrétiens d'après Ter- 
tullien, c'est le rejet ou l'apostasie du polythéisme, c'est le 
mépris de tous les dieux païens et en cela il est d'ailleurs d'ac- 
cord avec tous les apologistes : deos non colimus, nous n'ho- 
norons pas les dieux païens. S. Justin, dont Tertullien se 
déclare l'émule (Adv. Valent., 5), dit : « Les hommes ont 
appelé dieux les démons ... Nous disons que les démons sont 
les génies du mal et de l'impiété ... Voilà pourquoi on nous 
appelle athées. Oui, certes, nous sommes les athées de ces 
prétendus dieux, mais nous croyons au Dieu très vrai, père 


(Cod. lust., 9, i6,i, en 240^ Gordien): laesae religionis in criineti 
inciderunt, mais il s'agit du sacrilège proi)rement dit, c'est-à-dire 
de la profanation de rcs rcligioni desiinatae. Cf. Tac. Ann., 3-24. 


CHAP. 28,3 299 

de la justice ... » (Apol. I, 5-6). Sous Commode (180-185), le 
préfet du prétoire, Tigidius Perennius, conseille au martyr 
Apollonius de vénérer et d'adorer les dieux que tous les hommes 
vénèrent et adorent (Acta Apoll., 13). Apollonius refuse et, 
comme le juge, très bienveillant à son égard, lui permet, par 
exception, de s'expliquer, il montre longuement combien 
sont blâmables ceux qui adorent des êtres sans vie (§ 16-20), 
des plantes et des animaux (§ 21) ou des hommes morts et 
divinisés (§ 22). Tertullien ne distingue pas non plus entre 
les dieux : dieux des Romains, dieux des peuples étrangers, 
des provinces et des cités, dieux officiels et dieux privés. 

Sans doute, pour un citoyen romain, le mépris des dieux 
romains (24,1) est particulièrement grave : mépriser et nier 
ces dieux qui ont donné l'empire à Rome (ch. 25) et qui 
veillent toujours sur l'Etat romain, adorer un dieu non-romain 
à l'exclusion des dieux romains, c'était oublier ses devoirs 
de vrai Romain, c'était s'exclure soi-même du nombre des 
Romains, c'était se mettre au ban de l'Empire! Et les païens 
ne manquaient pas de dire aux chrétiens : Vous rejetez les 
dieux romains, pour adorer un dieu que les Romains ne con- 
naissent pas, donc vous ne méritez plus le nom de Romains : 
laedimus Ronmnos nec Romani habemm, quia nec Romano- 
rum deum colimus (24,9). Sur le sens de nec-Romanorum, voy. 
ci-dessus, p. 278. C'était là un convicium qui venait s'ajouter 
à celui de « sacrilèges », quand il s'agissait des dieux romains. 
Mais le mépris des dieux nationaux n'est qu'un aspect parti- 
culier du sacrilège ou du crime de lèse-religion ; ce qui le 
prouve à l'évidence, c'est que Tertullien a rejeté tout ce qui 
concerne cet aspect particulier du crime de lèse-religion 
dans un chapitre spécial, placé à la fin (ch. 25) de son argu- 
mentation et qui commence ainsi : Quoniam tamen Romani 
nominis proprie intercedit auctoritas (25,2) (i). N'est-il pas 


(') Mommsen cite le langage des conseillers de Dioclétien : Qut- 
dain proprio adversus Cliristianos odio inhnicos dcoruiii et hostes reli- 
gionum publicarum tollendos esse censuemnt (Lactance, De mort, 
pers., II). Même à cette époque, les termes inimici deorum et hostes 


300 APPENDICE I 

évident que dans tout ce qui précède (excepté la fin du ch. 
24, qui prépare le ch. 25), il a parlé du polythéisme en général ? 

Au surplus, comment peut-on parler d'un crime d'apos- 
tasie de la religion nationale, alors que les citoyens romains 
n'étaient pas obligatoirement tenus de participer au culte 
public ? On conçoit, d'autre part, que le refus des chrétiens 
de sacrifier aux dieux, que leur abstention complète de tout 
acte d'idolâtrie, ait suffi pour faire scandale, pour provoquer 
la fureur populaire et donner lieu à ces cris de haine : sacri- 
lèges, gens impies, contempteurs des dieux, mauvais Ro- 
mains ! 

En résumé, c'est le sacrilège, l'impiété envers tous les 
dieux païens et particulièrement envers les dieux romains, 
qu'on reprochait aux chrétiens : on les accusait d'apostasie 
du polythéisme et naturellement les Romains s'irritaient 
surtout de voir mépriser les dieux romains. C'est ce qui va 
être confirmé par ce que Tertullien dit de l'imputation de 
lèse-majesté. 

C'est au chap. 28,3 que Tertullien aborde cette accusation 
nouvelle : Ventum est igitur ad secundum titulum laesae aiigus- 
tioris maiestatis. Cette phrase annonce le nouveau sujet et 
sert de transition. La transition est faite par la comparaison 
entre les deux majestés qu'offensent les chrétiens : celle des 
dieux et celle de l'empereur, que Tert. appelle « la plus auguste 
des deux », Cette comparaison est présentée de telle façon 
qu'elle prépare toute une série de sarcasmes sur l'attitude 
des païens envers leurs dieux. Tertullien appelle le crime de 
lèse-majesté secundum titulum laesae augustioris maiestatis. 
11 faut conclure que, dans son idée, le sacrilège, dont il a parlé 
jusqu'ici, est un primus titulus laesae maiestatis. Qu'est-ce 
à dire ? Tertullien compare deux griefs qui consistent l'un 
et l'autre dans l'offense d'une majesté : 1) le sacrilège, qui 


religio7ium publicamm n'étaient pas le titre d'un crime prévu par 
la loi et, d'ailleurs, depuis Dèce surtout, la situation des chrétiens 
était changée. On ne peut appliquer des textes du IV'^ siècle à la 
fin du II«. 


CHAP. 28,3 301 

lèse la majesté des dieux (cf. 15,3 : nonne violatur maiestas, 
se. deoruni), la première (35,5), mais qu'il appelle ironique- 
ment la moins auguste des deux majestés ; 2) le crime qu'il 
aborde maintenant, qui lèse la majesté de l'empereur, la 
seconde majesté (35,5), mais plus auguste que celle des dieux. 
Qu'est-ce qui fait dire à Tert. que la majesté de César est plus 
auguste aux yeux des païens ? C'est tout simplement qu'ils 
la redoutent plus que celle de Jupiter de l'Olympe lui-même ! 
Voilà le sarcasme qui commence. Et vous avez raison, ajoute 
ironiquement Tertullien, parce que cette majesté est toujours 
présente, prête à punir ceux qui l'offensent ! Et il continue : 
Mais c'est là une nouvelle preuve de votre irréligiosité envers 
les dieux : vous les craignez moins que ce maître humain ! 
Vous hésitez moins à vous parjurer par tous les dieux de 
l'Olympe qu'à prêter un faux serment par le Génie de César ! 

C'est la comparaison entre le sacrilège et la lèse-majesté 
qui fournit la transition et qui amène ces sarcasmes. 

De même que Tertullien fait entendre ici que le sacrilège 
ou mépris des dieux constitue « un crime de lèse-majesté 
divine » {titulus laesae maiestatis, se. divinae ou deonim), il 
dira plus loin que le crime de lèse-majesté impériale est « un 
autre sacrilège » : 

Chap, 35,5 : Velim tamen in hac quoque religione secundae 
maiestatis, de qua in secundum sacrilegium convenimur Chris- 
tiani non celebrando vobiscum solemnia Caesarum ... jidem 
et veritatem vestram demonstrare ... 

On voit que c'est encore une simple comparaison [in hac 
quoque). Tertullien a montré plus haut que les Romains 
manquent de sincérité envers leurs dieux (ch. 6, 9-10), qu'ils 
les maltraitent et les bafouent (ch. 13-15) ; il va prouver ici 
qu'ils ne sont pas plus sincères envers l'empereur-dieu, qu'ils 
ne lui rendent que des hommages hypocrites, que dans leur 
for intérieur beaucoup souhaitent sa mort, que beaucoup 
ont même attenté à sa vie. Voilà les vrais coupables de lèse- 
majesté. Et ce sont eux qui accusent les chrétiens de sacri- 
lège envers l'empereur, comme ils les accusent de sacrilège 
envers les dieux ! Ce qualificatif de sacrilegium appliqué à 
la lèse-majesté impériale ne se trouve qu'ici : on voit qu'il 
est amené par la comparaison. 11 s'explique naturellement. 


302 APPENDICE I 

L'empereur est revêtu d'une majesté quasi-divine, d'une 
majesté auguste ou sacrée comme celle des dieux, que Tert. 
appelle secunda maiestas, parce qu'elle vient après celle des 
dieux. Sans prendre officiellement le titre de « dieu », il reçoit 
des honneurs qui l'assimilent aux dieux. Ce fut, d'ailleurs, 
dès Auguste, un usage constant, entretenu par l'adulation, 
d'appeler dieu l'empereur vivant. Voy. 34,3. L'ensemble des 
hommages habituellement rendus à cette majesté impériale 
constitua une sorte de « religion de la majesté impériale », 
une « seconde religion » venant après la religion des dieux : 
in hac quoque religione secundae maiestatis. Ad nat., 1,17, 
p. 88, 25 : Prima obstinatio est (quia {^) secunda a deis religio 
constituitur Caesarianae maiestatis), quod inreligiosi dicamur 
in Caesares, neque imagines eorum tare propitiando neque 
Genios deierando. Au ch. 36,2, Tertullien appelle la religion 
impériale : pietas et religio et fides imper atoribus débita. Cf. 
35,3 : pietas, religio. Ad Scap., 2. Les chrétiens s'abstiennent 
de ces hommages qui sont idolâtriques : ils ne sacrifient pas 
pour le salut de l'empereur, ils n'offrent pas d'encens à ses 
images, ils ne jurent pas par son Génie, ils ne participent pas 
aux fêtes impériales, ils ne peuvent donner à l'empereur les 
titres de dieu ou de seigneur (2). C'est pourquoi ils sont accusés 
d'être inreligiosi in Caesares (Ad nat., /. c.), d'offenser l'empe- 
reur : in Caesares aliquid committo (4,11), d'offenser la 
majesté impériale: conimittimus in maiestatem imperatorum 
(29,4). Cette offense est une injure à l'empereur ; elle est à la 
fois une marque de déloyauté, d'hostilité envers le chef de 
l'Etat et une impiété envers l'empercur-dieu. Suivant le 
point de vue, on pourra la qualifier ou de lèse-majesté ou de 


O quae A ; qua Hartel. 

(2) Ch. 30-35. Tert. formule ailleurs la règle qui s'impose aux chré- 
tiens. De idol., 15, p. 48, 27 : Igilur, quod attinent ad honores reguvi 
vel imperatorum, satis praescriptum habemus in omni obsequio esse nos 
oportere secundum apostoli praeceptum subditos magistratibus et prin- 
cipibus et potestatibus (V&nW Ep. ad Rom,, 13, 1), sed intra limites 
disciplinae, quousqtie ab idololatria separainur. 


CHAP. 28,3 303 

sacrilège. Léser la majesté des dieux, c'est un crime de sacri- 
lège, mais il arrive une fois à Tertullien,dans une comparaison 
(28,3), d'appeler ce sacrilège « lèse-majesté » (divine). Léser 
la majesté impériale, c'est le crime de lèse-majesté (impé- 
riale), mais Tertullien l'appelle une fois (35,5), par compa- 
raison, « un autre sacrilège ». 

Le terme par lequel il désigne ordinairement ce crime est 
emprunté à la langue juridique, à la lex Iulia de maiestate, 
Ch. 10,1 : maiestatis laesae rei convenimur. 28,3 : ad secun- 
dum titulum laesae augusiioris maiestatis. 29,1 : ita nos cri- 
mini maiestatis addicite, si ... 29,4 : committimus in maies- 
tatem imperatorum. Tertullien se sert encore d'une expression 
du droit criminel quand il dit que les chrétiens sont traités, 
comme les coupables de lèse-majesté, de publici hostes (2,4 ; 
35,1 ; 35,10 ; 36,1 ; 37,8 et 10) ou de hostes principiim Roma- 
norum (35,5). 

L'accusation de sacrilège ou d'impiété envers l'empereur 
et celle de lèse-majesté impériale se confondent : elles sont 
basées sur le même grief envisagé tantôt comme une atteinte 
à la majesté, à la dignité du chef de l'Etat, tantôt comme une 
atteinte portée à son caractère divin. 

La loi pénale ne connaissait pas plus le crime de sacrilège 
envers la divinité impériale que le crime de sacrilège envers 
les dieux. Quant à la lèse-majesté, la loi pénale prévoyait 
sans doute un crime de ce nom ; mais à l'égard des chrétiens, 
ce n'est qu'une imputation injurieuse, un cri de haine, qui 
retentit dans la rue, dans l'amphithéâtre et jusque dans le 
prétoire, nous allons voir comment. Ce n'est pas le fondement 
juridique des procès contre les chrétiens. 

Aux chrétiens accusés d'homicide, d'inceste, de sacrilège 
et de lèse-majesté par la voix populaire et par les juges eux- 
mêmes au cours de leurs interrogatoires, Tertullien oppose 
les vrais homicides, les vrais incestueux, les vrais sacrilèges 
et les vrais ennemis publics. Ad Scap., 4: Pro Dec vivo crema- 
mur, quod nec sacrilegi nec hostes publici veri nec tôt maiestatis 
rei pati soient. Les vrais hostes publici n'étaient pas ceux qui 
s'abstenaient de participer aux hommages publics rendus 
à l'empereur, mais ceux qui par leurs paroles, leurs actes 


304 APPENDICE I 

OU leurs écrits, attentaient effectivement et directement à 
sa dignité ou à sa sécurité {^). 

Tert. emprunte le langage du moment, les vrais liostes 
publici étaient alors nombreux: c'étaient les partisans d'Albi- 
nus et de Niger, que Sévère continuait à poursuivre (35,1 1) (2). 
Ceux-là, dit Tert., sont traités autrement devant le tribunal 
que les chrétiens. Aux chrétiens, on ne permet pas même de 
se défendre : In deos, in Caesares aliquid committo, car non 
audior qui habeo qiw purger ? (4,11). On les condamne dès 
qu'ils avouent qu'ils sont ... chrétiens (2,2 et 12). Quand il 
s'agit d'un vrai criminel, le juge fait une enquête minutieuse 
sur son crime avant de prononcer (2,4). C'est que les chrétiens 
ne sont pas poursuivis pour ces crimes et, dit Tertullien (2, 12), 
que les juges ne les en croient pas même coupables. 

Parmi les crimes que les païens imputent aux chrétiens, 
Tertullien range aussi celui de hostes generis humani ; c'est 
après l'avoir réfuté (ch. 37-45) que Tertullien conclut : Consti- 
iimus, ut opinor, odversus omnium criminuni intentationem, 
quae Cliristianorum sanguinem fiagitat (46,6). On remarquera 
la forme juridique de ce langage {constitimus, criminum, inten- 
tationem) et pourtant ce crime nouveau qui vient s'ajouter 
aux autres, sans que Tert. établisse aucune distinction, n'est 
certes pas prévu par le code pénal (^). Il en est de même des 


(') Arnobe, Adv. nat., 4, 34, p. 169, 8, définit le crime de lèse- 
majesté: Maiestaiis sunt apudvos rei, qui de vestris sequius obnmrmu- 
raverint aliquid regibus. La simple abstention du culte impérial 
paraissait sans doute à tous contraire au loyalisme, mais ne pouvait 
donner lieu à un procès pour lèse-majesté. 

C^) Voy. encore Ad Scap.^ 2 : Sic et circa maies tatein imperatoris 
i7ifamamur , tamen 7iU7iquain Albiniani nec Nigriani nec Cassianiinve- 
iiiri potueruni Christiani , sed idem ipsi qui per Genios eorum inpridie 
usque iuraverantj qui pro sainte eorum hostias et fecerant et voverant, 
qui Christianos saepe damnaverant , hostes eorum su?it reperti. 

(3) Au ch. 42, Tert. réfute l'accusation d'être des gens inutiles 
à la société, de faire tort à la prospérité matérielle, économique. 
Et voici comment il introduit cette accusation : Sed alio adhuc itiiu- 


CHAP. 28,3 305 

croyances chrétiennes (ch. 45-49) que les païens ne déclarent 
pas seulement ineptes et risibles, mais punissables {puniendi) 
et dignes de la mort par le glaive, le feu, les croix, les bêtes 
(49,1 ; 4). Ne faut-il pas conclure qu'aucune de ces accusa- 
tions que Tertullien énumère sans les distinguer, ne constitue 
le fondement juridique des poursuites contre les chrétiens ? 

Mommsen en a jugé autrement. Parmi ces crimes imputés 
aux chrétiens, il en choisit deux : le sacrilège, dont il fait 
l'apostasie de la religion nationale, et la lèse-majesté impériale. 
Pourquoi ce choix, alors que Tertullien ne distingue pas ? 

De ces deux crimes, Mommsen fait deux catégories d'un 
même crime, celui de lèse-majesté. 

Il s'appuie sur les deux passages (28,3 et 35,3) que nous 
avons expliqués, perdant de vue la tournure d'esprit de Ter- 
tullien et ses habitudes de langage, ne s'apercevant pas que 
les qua'ificatifs appliqués par l'apologiste à deux crimes diffé- 
rents Csacrilège ou impiété envers les dieux et lèse-majesté 
impériale) viennent tout simplement d'une comparaison, 
qui sert de transition et prépare des réflexions sarcastiques. 

D'après Mommsen {Der Religionsfrevel, p. 396 = Ges. 
Schriften, III, p. 395. Droit pénal, p. 569, n. 1 = Trad., II, 
p. 272, n. 1), Tertullien, parlant des chrétiens, « distingue 
une double catégorie de crimes de lèse-majesté : la plus légère 
est le refus des honneurs dus aux dieux ; la plus grave est 
l'offense de la majesté impériale » {Ges. Schrijt., III, p. 395). 
Et il ajoute : « A côté de la conception de la maiestas populi 
Romani qui ne faisait pas entrer le délit religieux dans la 
notion de la lèse-majesté, il y en avait une autre, plus stricte, 
qui concevait l'offense des dii populi Romani comme une 
offense faite au peuple romain et la punissait de la peine capi- 
tale ». 

Autant de mots, autant d'erreurs. Le mépris des dieux, 
qui vaut aux chrétiens les noms d'athei ou de sacrilcgi, qui 


r'uirum tilulo poslulamur , et infructuosi negotiis dicimur. C'est certes 
le langage juridique et cependant il ne viendra à l'esprit de per- 
sonne de dire qu'on intentait aux ciirétiens une actio itiinriaruin. 

20 


306 APPENDICE I 

les fait accuser du crime de laesa religio ac divinitas, n'est 
pas l'apostasie de la religion romaine, mais l'apostasie du 
polythéisme. Voy. 24,1. 

Quand Tertullien, dans une comparaison, fait entendre 
(28,3) que ce même crime est un crimen laesae maiestatis, il 
veut dire : laesae maiestatis deorum Q), et non : laesae maies- 
tatis Caesaris ou populi Romani. C'est la majesté des dieux 
qui est lésée par le refus d'honorer les dieux, et non celle de 
l'empereur ni celle du peuple romain. 

D'autre part, quand Tertullien, dans une autre compa- 
raison, appelle sacrilegium le refus de rendre au prince des 
honneurs religieux ou même divins, il ne fait que considérer 
sous son aspect religieux le crime de lèse-majesté impériale. 

Nulle part, Tertullien ne considère le sacrilège ou mépris 
des dieux comme une catégorie de la lèse-majesté. Or, c'est 
sur Tertullien seul que Mommsen fonde son affirmation. 

Mommsen ajoute : « Le fondement juridique des procès 
chrétiens n'est exprimé nulle part d'une manière aussi nette 
que chez Tertullien {Droit pénal, M, p. 272, n. 1). La dis- 
tinction établie par Tertullien entre les deux catégories de 
lèse-majesté ne se trouve nulle part ailleurs et elle dénote le 
juriste » {Ges. Sclinften, III, p. 394, n. 4). 

Ce qui dénote le juriste, c'est l'emploi constant qu'il fait 
du langage juridique, pour exprimer des idées iion juridiques. 

En réalité, Tertullien n'a pas songé ici à exprimer le fonde- 
ment juridique des procès contre les chrétiens et ce fonde- 
ment n'est pas la lèse-majesté. La loi détermine toujours le 
titre du crime qu'elle punit (2). Le titre du crime des chrétiens, 
c'est Cliristiamis. Ci. 44,2: mm Christiani sua titiilo obferuntur, 
quand les chrétiens sont déférés au juge avec le titre du crime 
qui leur est propre, c'est-à-dire, comme chrétiens. Ce titre 
ressort clairement de l'exorde (ch. 1-3) et de la prémunition 


(') Cf. Ad nat., i, lo, p. 79, 3 : qui divinam maieslatem huntana 
condiciojie tractavii. 

(2) Cf. De idol., i, p. 30, 4 : Nam etsi suam specievi tenet nnum- 
qnodque delictum, etsi suo quodque 7iomitie iiidicio destinatur. 


CHAP. 28,3 307 

(ch. 4) : là, le débat est juridique ; là, Tert. discute la pro- 
cédure et les lois. Ici, il fait comme tous les apologistes : il 
réfute les imputations vulgaires, les convicia, les cris de haine. 

Au chapitre 4, Tertullien engage un débat juridique, qu'il 
croit nécessaire avant de commencer sa réfutation des calom- 
nies païennes. « Quand la vérité chrétienne, dit-il, a réfuté 
toutes les accusations, on lui oppose l'autorité des lois ». Donc 
la loi défend autre chose que ces prétendus crimes des chré- 
tiens. Et Tertullien met cette objection dans la bouche des 
païens : « Vous aurez beau réfuter toutes nos accusations 
et prouver votre innocence. Il restera la loi, qui est contre 
vous, car elle dit : Non licet esse vos ! On ne discute pas la loi, 
on lui obéit ! » 

N'est-il pas clair que voilà le fondement juridique des 
procès contre les chrétiens : la loi leur défend d'exister, elle 
fait ainsi du christianisme lui-même un crime capital. Voy. 
ci-dessus, 4,4. Si les chrétiens réfutent même les accusations 
d'homicide, d'inceste, de sacrilège, de lèse-majesté, il restera 
la loi. Ne ressort-il pas de là que ces accusations ne sont pas 
fondées sur la loi, que les procès intentés aux chrétiens ont 
une autre base que ces accusations, qu'elles ne sont que des 
imputations populaires, des cris de haine, d'odieuses calom- 
nies, destinées à rendre les chrétiens haïssables, à justifier 
les cruelles rigueurs de la loi. Dès Néron, c'est par des calom- 
nies, vagues encore, que l'on justifie le supplice infligé à tous 
ceux qui portent le nom de chrétiens. Peu à peu, ces calomnies 
se sont précisées ; avec le temps, elles ont changé de nature, 
mais leur but est resté le même : faire paraître justes une loi 
d'exception, une loi de proscription religieuse, des persécu- 
tions dirigées contre une religion, et faire croire que les chré- 
tiens, qui sont en réalité des martyrs de leur foi, ne sont que 
des hommes chargés de tous les crimes (ch. 2,6), justement 
livrés au plus cruel supplice. 

Voilà ce qu'étaient ces calomnies pour le peuple et pour 
les juges, et l'on supposait que c'étaient ces mômes crimes 
qui avaient provoque l'intervention du législateur et la pros- 
cription du christianisme lui-même. « Chaque fois que votre 
conscience, témoin de sa secrète ignorance, est poussée à bout 


308 APPENDICE I 

par nos réponses, vous vous réfugiez tout hors d'haleine auprès 
d'un autel, je veux dire, l'autorité des lois, et vous dites: Les 
législateurs n'auraient pas frappé la secte chrétienne, s'ils 
n'avaient eu la preuve de leurs crimes », Ad nat., 1,6, p. 66, 11. 

Pour les juges, ces accusations étaient encore autre chose : 
elles fournissaient un moyen de constater le seul crime que 
la loi punissait, c'est-à-dire la profession de la religion chré- 
tienne'. 

Le refus obstiné d'offrir un sacrifice, de jurer par. le Génie 
de l'empereur, etc., était la preuve évidente du crime puni 
par la loi. Voy. 9,15. Ordinairement l'accusé rendait cette 
épreuve inutile, car dès le début, il confessait sa foi et son 
crime : Christionus sum ! Et cette « confession » {h^okoyicC) 
suffisait au juge pour condamner 1 Comme l'apostasie, prouvée 
par un acte d'idolâtrie, suffisait, depuis Trajan, pour faire 
acquitter séance tenante, l'injonction de sacrifier ou d'accom- 
plir un autre acte d'idolâtrie envers les dieux et l'empereur, 
était devenu le moyen ordinaire de constater l'apostasie. 

Il faut donc retourner la phrase de Mommsen : « Logique- 
ment, la déclaration de christianisme faite devant le tribunal 
était considérée comme un crime de lèse-majesté ». Il faut 
dire : « Le refus de sacrifier aux dieux (qualifié vulgairement 
de sacrilège) ou de rendre à l'empereur un hommage religieux 
(qualifié improprement de lèse-majesté par Tert.) était consi- 
déré comme un aveu du crime de christianisme, et comme 
une preuve de l'obstination dans ce crime, qui était puni de 
mort par la loi, mais dont le désaveu suffisait, depuis le rescrit 
de Trajan à Pline, pour faire acquitter l'accusé. 

Voilà le rôle véritable des accusations que Tert. réfute après 
avoir montré que la loi de proscription est à la fois absurde 
et injuste (ch.4-6): dans la bouche du peuple, ce sont des cris 
de haine (^) ; pour les juges, elles sont un moyen de constater 
le crime puni par la loi ou de faire consommer l'apostasie ; 


{}) Ou des injures, convicta, comme nous avons vu à la p. 295. 
Voy. encore Lactance, Div. inst., 5, 9, 13 : et rétorquent in homincs 
iiistos convicia siH congruentia : hipios eniin vocant, ipsi scilicet inpH... 


CHAP. 28,3 309 

aux yeux des législateurs, des juges et de la populace, elles 
sont une justification de la loi de proscription et du supplice 
le plus cruel infligé pour un délit religieux. 

Il ressort du ch. 2 de Tertullien que jamais un chrétien 
n'est attrait devant le tribunal ni pour homicide, ni pour 
inceste (i), ni pour sacrilège ou impiété envers les dieux, ni 
pour lèse-majesté, c'est-à-dire pour hostilité ou impiété envers 
le prince (2). Les chrétiens sont attraits et condamnés comme 
chrétiens. Scorpiace, 11, p. 171,7 : Ecce autem et odio habe- 
mur ab omnibus hominibus nominis causa, quomodo et scrip- 
tum est (Matth., 10,32), et tradimur etiam a proximis, quo- 
modo et scriptum est, et perducimur ad potestates et interro- 
gamur et torquemur et confitemur et tmcidamur quomodo et 
scriptum est. Sic Dominus edixit. C'est sur la religion de l'ac- 
cusé que porte l'enquête du juge, c'est-à-dire l'interrogatoire, 
la torture, l'épreuve du sacrifice. L'aveu que le juge veut 
arracher (confessio nominis), c'est : Christianus sum, et pour 
le chrétien le procès est une « confession « [biKokofia). Le 
désaveu que le juge essaie de lui arracher pour le sauver, c'est 
le désaveu du nom chrétien. Le chrétien lui oppose une invin- 
cible persévérance (èv:iix6Yr\). Jamais le juge ne cherche à 
établir le crime de lèse-majesté : quand l'accusé refuse de 
sacrifier aux dieux pour le salut du prince ou d'offrir de 
l'encens aux images impériales, le juge ne conclut pas qu'il 
mérite la mort comme coupable de lèse-majesté, mais comme 


(') En 177, à Lyon, des esclaves païens, menacés de la torture, 
accusent leurs maîtres chrétiens de festins semblables à ceux de 
Thyeste et d'incestes semblables h ceux d'Oedipe. Le légat de la 
Lyonnaise paraît tenir compte de ces accusations; mais l'empereur 
lui rappelle la loi et ordonne de faire relâcher les accusés qui 
renient le christianisme et de ne pas tenir compte des crimes qu'on 
leur impute. Ce cas, sans doute unique^ vient donc confirmer ce 
que nous disons. Eusèbe, Hist, eccl., 5, i, 14 et ss. 

(^) Tertullien rétorque chacune de ces imputations et montre que 
les païens se rendent véritablement coupables de ces crimes : 
jamais il ne dit qu'ils s'exposent par là à des poursuites criminelles. 


310 APPENDICE 

chrétien. Et, en effet, la sentence de mort ne mentionne 
jamais aucun autre titre du crime que celui de chrétien (^). 

Telle était la loi (ou les lois, si l'on considère les rescrits suc- 
cessifs qui avaient modifié les lois de Tibère et de Domitien), 
telle était la procédure à l'époque de Tertullien. Il en résultait 
pour les chrétiens une iniquité manifeste et révoltante : fiers 
et joyeux de mourir pour leur foi (pour ce que Mommsen 
appelle un délit d'opinion), ils étaient censés mourir pour 
des crimes abominables. C'est précisément contre cette révol- 
tante iniquité, qui ne condamne pas seulement des innocents, 
mais les déshonore et les flétrit, que Tertullien proteste dans 
son exorde (ch. 1-3) : « La vérité, dit-il, ne demande qu'une 
chose : c'est de ne pas être condamnée sans être entendue. » 

Si l'on suit la théorie de Mommsen, qui prétend que le titre 
du crime des chrétiens était la lèse-majesté (comprenant à 
la fois l'offense des dieux nationaux et l'offense de l'empereur), 
l'exorde de Tertullien (ch. 1-3), la discussion juridique de la 
loi (ch. 4-6), enfin tout le plaidoyer de Tertullien devient 
une énigme insoluble. 

Voici, en effet, l'idée générale et le plan de V Apologétique. 
Dans l'exorde, Tertullien proteste avec une véhémente élo- 
quence contre la haine inique qui poursuit le nom de chré- 
tien, sans même rechercher si ce nom désigne des crimes : 
Nominis proelium est. Les chrétiens sont fiers de mourir pour 
leur foi, mais ils revendiquent le droit de se défendre contre 
cette odieuse calomnie qui fait d'eux, non des martyrs, mais 
des scélérats justement livrés à la mort : Unum gestit inter- 
diiin (veritas), ne ignorata damnetur. (Ch. 1-3.) 

Ensuite, avant d'aborder son sujet, il prévient l'objection 
juridique : « Vous avez beau réfuter toutes les accusations : 
la loi défend aux chrétiens d'exister. Le fait d'être chrétien 
est un crime punissable de mort ». 


(') 2,19: quza nominis proelium est. z, 20 : Dcnique quid de 
tahella rccitatis illum « Cliristimium » ? Cur 7ion et « homicidani »^ 5/ 
homicida Chrisiia7ius ? Etc. Ad Nat., 1,3, p. 62,4 : Adeo si de cri- 
minum verilate co7istaret, ipsa criininum noinina danmatis accoinnio- 
darc7itur... Porro se7ite7iiiae vestrae 7iihil nisi « ChristiaTium confes- 

SU771 » 7l0ta7lt. 


CHAP. 28,3 311 

Tertullien répond : Si une loi est injuste et absurde, elle 
doit être abrogée ou rester lettre morte (i). Exemples pris 
dans le passé. La loi de proscription est injuste et absurde, 
parce qu'elle ne condamne qu'un nom, c'est-à-dire parce que 
les crimes imputés à ceux qui portent ce nom et par lesquels 
on prétend justifier la loi ne sont que calomnies. (Ch. 4-6.) 

Et c'est l'objet de tout le plaidoyer de prouver que les 
chrétiens sont innocents des crimes qu'on leur reproche de 
commettre soit en secret (ch. 7-9), soit en public (ch. 10-45) 
et que leurs croyances ne méritent pas non plus la mort (ch. 
46-49). Tertullien pourrait conclure : Abrogez donc une loi 
si inique, que rien ne justifie, ou du moins fermez les yeux. 
Mais il sait qu'il ne serait pas écouté et il termine par un défi 
lancé aux juges : « Continuez donc, dit-il, à nous persécuter 
injustement et cruellement : notre sang est une semence et 
le martyre nous donne la vie éternelle >;. Le ton de l'exorde 
et de tout son plaidoyer (1,2 : nihil de sua causa deprecatur) 
prépare cette fière conclusion. 

Faute de comprendre la langue et les habitudes littéraires 
de Tertullien et de considérer le contexte, Mommsen em- 
brouille à plaisir la question du fondement juridique des 
persécutions. Son autorité a malheureusement jeté le désarroi 
dans les esprits. Aujourd'hui, il y a une tendance à revenir 
à la thèse si simple et si claire, que Paul Allard a eu raison 
de maintenir et qui peut se résumer ainsi : c'est une loi spé- 
ciale (sénatus-consulte ou édit), portée sous Néron, qui a fait 
du christianisme lui-même un crime capital, punissable de 
mort (2j. 


(•) Dans sa lettre Ad Scapulam, 4, Tert. cite des gouverneurs 
qui avaient fermé les yeux : Quanti auteni praesides et constantiorcs 
et crudeliores dissimulaverunt ah huiusmod'i causis ? Etc. 

(') Dans une série d'articles remarquables, M. Callewaert a porté 
les coups les plus sensibles à la théorie de Mommsen, donnant ainsi 
une force nouvelle h celle de Paul Allard. Nous citons ici les ar- 
ticles de Callewaert, parce qu'ils sont trop peu connus à l'étranger : 
Revue d'hist. eccl. (Louvain), t. 2 (1901), p. 771-797 ; t. 3 (1902), 


312 APPENDICE I 

29,1. Constet igitur prius, si isti, quibus sacrificatur, 
salutem imperatori (imperator F ; imperatoribus P) vel 
cuilibet homini inpertire possunt : et ita nos crimini 
addicite si angeli aut daemones, substantia pessimi spi- 
ritus, beneficium aliquod operanttir, si perditi conser- 
vant, si damnati libérant, si deniqtie, quod (P ; quos F) 
in consdentia vestra est, mortui vives tuentur. 

Imperator (F) pourrait être une faute d'impression de 
Junius pour imperatori. Tert. vient d'employer le singulier 
au ch. 28,2 : ut nos pro salute imperatoris sacrificare cogatis. 
On somme les chrétiens de sacrifier pour l'empereur régnant. 

— Quos, pour quod, n'est qu'une erreur de copiste. 

Dans cette phrase, le premier si, qui dépend de constet, est 
interrogatif. Les autres dépendent de ita nos ... addicite et 
marquent une condition ou une restriction « à cette condition 
que ». Cicéron emploie ita ... si ... ou ita tamen ... si ... dans 
ses lettres (Ad fam., 5, 19, 2 ; 15, 4, 14. Ad Att., 13, 12, 3). Cf. 
De spect., 2, p. 3,5 : ita enim adparebit, cui usui sint instituta, 
si adpareat, cui non. 

Si tous les 5/ étaient interrogatifs et dépendaient de constet, 
la proposition et ita nos ... addicite devrait se trouver à la fin 
de la phrase. 

La première proposition commençant par si a un sujet 
général, isti, quibus sacrificatur, qui est précisé par les sujets 
des quatre suivantes : angeli aut daemones — perditi —damnati 

— mortui ; et ces quatre sujets contiennent une contradiction 


P- 5-15 i 324-368 ; 601-614; t. 12 (1911), p. 16 61633-651. Revue 
des Ouest, hist., t. 74 (1903), p. 28-55 J t. 76 (1904), p. 5-28 ; t. 77 
(1905), p. 349-375; t. 82 (1907), p. 5-19. Revue d'hist. et de litt. 
relig.,\. 8 (1903), p. 152-159. — Voy. aussi P. Baliflbl, La pai.x 
constantiniennc (Paris, 191 4), p. i ss. En France, la thèse de 
Mommsen n'a guère eu de succès; en Allemagne, elle règne tou- 
jours en maîtresse, malgré les contradictions qu'elle a rencontrées. 
Récemment, elle a été combattue par R. Heinze, p. 292. 433 ss. 


CHAP. 29,1-5—30,4 313 

avec leurs verbes : des esprits méchants ne peuvent être bien- 
faisants, des êtres perdus ne peuvent sauver, etc. Ces quatre 
prop. sont donc bien amenées par ita nos addicite. 

29.4. Ideo enim F ; ideo ergo P. 

Enim ne signifie pas ici « car », mais « en vérité », comme 
enimvero. C'est ce que n'a pas compris celui qui l'a remplacé 
par ergo. 

29.5. Sed vos religiosi (inreligiosi P), qui eam quaeritis 
ubi non est, petitis a quibus dari non potest, praeteritis 
eum (praeterito eo P), in cuius est potestate, insuper 
debellatis (eos debellatis P), qui eam sciunt petere, qui 
etiam possunt impetrare, dum (cum P) sciunt petere. F 

Le remanieur de P n'a pas vu l'ironie amère de Sed vos 
religiosi (estis), qui est habituelle à Tert. Voy. 6,1 : Nunc 
religiosissimi legum et paternorum Institutorum protedores 
et ultores respondeant velim de sua fide, etc. 15,4 : Plane reli 
giosiores estis in cavea. 35,8 : Plane ceteri ordines pro aucto- 
ritate religiosi ex fide. Ici, Tert. dit : Nous manquons à la 
majesté impériale, nous qui ..., tandis que vous êtes religieux, 
vous qui... L'antithèse ironique exige religiosi. 

Le relatif qui est sujet de quaeritis, petitis, praeteritis et 
debellatis. Avec debellatis, le démonstratif eos, antécédent 
de qui eam sciunt petere est sous-entendu. Sur cette ellipse 
fréquente, voy. ad 19,6 : advocandi {il), per quos. L'interpo- 
lateur de P semble avoir changé praeteritis eum en praeterito 
eo, pour mieux marquer l'opposition avec petitis, etc. Il a ainsi 
dérangé l'ordre et le développement harmonieux de la pé- 
riode. A la fin, il paraît avoir préféré cum à dum. Voy. ci-dessus 
p. 290. 

30,4. Illuc sursum {om. P) suspicientes Christiani — pre- 
cantes sumus semper pro omnibus imperatoribus, etc. 

Tertullien veut insister sur ce fait que les chrétiens lèvent 
les yeux vers le ciel, et non vers l'image du dieu ou vers le 
plafond du temple, comme il a dit plus haut (16,9 et 24,5) : 


314 APPENDICE I 

il ajoute smsum « vers le haut « à suspicientes. C'est un pléo- 
nasme, familier à Plaute, qui dit smsum escendere (Amph., 
1000 ; 1007 ; Mil., 1150). Cist., 622 : quid nunc supina smsum 
coelum conspicis. 

Les éditeurs ont toujours mal ponctué cette phrase. Chris- 
tiani est sujet de precantes sumus semper « nous autres chré- 
tiens, nous ne cessons de prier pour ... » 

Cette périphrase pour precamm marque une action qui 
dure ou un état habituel. De resurr., 1 : Fiducia Christiano- 
rum resmrectio mortuorum. îllam credentes sumus. De an., 23, 
p. 336, 18 : quod animae hinc euntes sint illuc et Inde hue. 

On trouvera d'autres exemples de Tertullien dans Hoppe, 
Syntax, p. 59-60. Selon J.-H. Schmalz, Syntax, 4® éd., p. 459, 
cette périphrase appartient à la langue populaire et au latin 
biblique. Cf. Goelzer, Latinité de S. Jérôme, p. 389. Bayard, 
Le latin de S. Cyprien, p. 243. E. Lôfstedt, Philolog. Kom- 
mentar zur Peregrinatio Aetheriae, p. 180. 

31,1. Adulati nunc sumus imperatori et mentiti vota, 
quae diximus, ad evadendam scilicet vim ? Tamen (F ; 
plane P) proficit illa fallacia : admittitis nos enim (ad- 
mittis enim nos *F) probare quodcumque defendimus ! 

(( En parlant ainsi, avons-nous flatté l'empereur, et les 
prières, dont je viens de parler, ne sont-elles que mensonges, 
pour éviter vos rigueurs ? » 

Il faut mettre un point interrogatif après cette phrase, car 
c'est une objection sous forme interrogative, une subiectio. 
Ad Herenn., 4,33 : Subiectio est cum interrogamus adversarios 
aut quaerimus ipsi, quid ab illis aut quid contra nos dici possit, 
deinde subicimus id, quod oportet dici aut non oportet, etc. La 
subjection est souvent accompagnée d'un scilicet ou videlicet 
ironique. Cf. Juvénal, Sat., 6, 634 : 

Fingimus haec altum satura sumente cothurnum 
Scilicet.... ! 

De cultu fem., 2,8: Videlicet nunc vir, ut sexu aemulus, femi- 
nas a suis depello ? 


CHAP. 31,1-3 315 

La réponse commence par tamen {plane dans P) et elle est 
ironique : « Mais (en vérité) elle nous sert à merveille, cette 
supercherie 1 Car vous admettez que nous prouvions tout 
ce que nous avançons pour notre défense ! « C'est-à-dire : 
I! serait bien vain d'user d'un pareil artifice, comme si vous 
écoutiez n'importe quel argument inventé par nous pour 
nous défendre 1 Après cette observation ironique, qui montre 
combien l'objection est peu vraisemblable, vient la réfutation 
directe par les Livres saints, qui prescrivent formellement 
de prier pour l'empereur. 

Sur le mot fallacia, « un moyen de tromper, un artifice », 
voy. 23,12 : magia aut aliqua eiusmodi fallacia. De an,, 57, 
p. 392,7 : hanc quoque fallaciam spiritus nequam. Cyprian., 
Epist., 75,10 : qui subtili fallacia etiam hoc paulo ante prae- 
dixerat ... Ad Demetr,, 15 : praestigias illas et fallacias suas. 

31,3. utique et nos licet extranei a turbis (a turbis aesti- 
memur P), in aliquo loco casus invenimur. F 

Quand l'Empire tout entier est ébranlé {cum concutitur 
imperiwn), dit Tert., les chrétiens ont leur part de la catas- 
trophe, bien qu'ils se tiennent à l'écart des troubles. 

Extraneus ab = alienus ab. De idol., 13, p. 44, 28 : tu 
extraneus ab omni eorum vaniiate. De an., 16, p. 322,6 : extra- 
neum a Deo. De resurr,, 61, p. 46, 24 : extranea omnino mate- 
ria a substantia hominis. Hoppe, Syntax, p. 22 et 36. 

Les malheurs qui ébranlent l'Empire ne peuvent être que 
les guerres civiles et Tert. pense sans doute à la lutte de 
Septime Sévère contre ses rivaux, qui venait de se terminer. 
Les mots licet extranei a turbis sont expliqués par le cli. 35,9 : 
Unde Cassii et Nigri et Albini ? ... De Romanis, nisi fallor, 
id est de non-Christianis. Les chrétiens étaient restés étrangers 
à ces troubles. 

C'est ce que n'a pas compris celui qui a ajouté aestimemur 
dans P. Le texte de P signifierait : « quoique les foules nous 
regardent comme étrangers (à l'Empire) », ou bien : « quoi- 
qu'on nous regarde comme étrangers aux foules » ; mais ce 
ne sont pas les foules plutôt que les gouverneurs qui regardent 
les chrétiens comme liostes publici, et on ne regarde pas les 


316 APPENDICE I 

chrétiens comme étrangers aux foules, mais comme étrangers 
à l'Empire romain. 
C'est évidemment la lecture de F qu'il faut adopter. 

32,3. et pro magno adiuramento (id iuramento P) habe- 
mus F 

« Nous regardons cela comme un grand serment ; c'est, 
à nos yeux, un solennel serment ». Adiuramento, adjuration, 
prière, exorcisme, ne convient pas ici. Le scribe s'est laissé 
tromper par id placé devant iuramento. luramentum, pour 
iusiurandum, est d'ailleurs assez rare. Dig., 12,2,34,5; 22,3, 
25,3. Cod. lust., 2, 58, 1 pr. 

33,1. Sed quid ego amplius de religione atque pietate 
Christiana in imperatorem, quem necesse est suspicia- 
mus ut eum quem Dominus noster elegit, ut mérite 
dixerim 

P a : in imperatore. De la Barre a in imperatorem et Modius 
ne dit rien. II est vrai que Tertullien confond parfois l'accu- 
satif et l'ablatif. Voy. chap. 21,8 : in auro conversum. Parmi 
les exemples cités par Hoppe (Syntax, p. 40 ; Tertullianea, 
p. 7), aucun ne ressemble à in imperatore « envers l'empereur ». 
Les exemples semblables sont nombreux, il est vrai, dans les 
inscriptions sépulcrales, et nous y lisons souvent : pius in 
suis, pour in suos. Mais Tertullien dit : inpii quique in parentes 
(11,12), incesti in sorores (11,12), inpius in nepotem, invidus 
in artificem (14,5), religiosus in Deum (34,3), iustissimis et 
severissimis in nos (9,6). 

Outre le silence de Modius, il faut remarquer que les scribes 
confondent souvent l'acc. avec l'abl., parce qu'ils oublient 
le signe de l'abréviation des syllabes terminées en m. 

— Ut merito dixerim. Le subj. potentiel dixerim « je pour- 
rais dire » est ici subordonné à ut « de sorte que ». Cf. 9,1 : 
liaec quo magis refutaverim. 39,1 : si etiam veritatem revela- 
verim (F). Cette construction est fréquente depuis Tacite. 

— Tert. dit : quem necesse est suspiciamus ut eum, quem 
Dominus noster elegit, nous devons respecter l'empereur, 


CHAP. 32,3—33,1—34,1 317 

parce qu'il est l'élu de Dieu. Dans un autre ordre d'idées, 
Minucius Félix, 29,5, dit : Etiam principibus et regibus, non 
ut magnis et electis viris, sicut fas est, sed ut deis turpiter adu- 
lât io blanditur, cum et praeclaro viro lionor vertus et optimo 
anior dulcîus praebeatur. Sic eoruni numen vocant. Etc. « Les 
princes et les rois aussi, on ne les honore pas comme des grands 
hommes et comme des hommes supérieurs, ce qui est permis, 
mais on les flatte par une honteuse et fausse adulation, comme 
des dieux ». Le mot electis a frappé M. Heinze (p. 440, n. 1), 
qui le croit emprunté par M. F. à elegit de Tert. et qui pose 
la question : electis par qui ? Il suppose donc M. F. assez 
maladroit pour écrire : electis viris « des hommes élus ». sans 
faire comprendre par qui ils sont élus, et cela, uniquement 
parce que Tert. avait dit : quem Dominus noster elegit. Mais 
M. F. ne pense ici à aucune élection, mais à des viri electi, 
à des hommes d'élite, comme le prouve la suite : et praeclaro 
viro (qui correspond à magnis viris) et optimo (qui correspond 
à electis). Depuis Cicéron, electus vir signifie « un homme 
choisi, d'élite, supérieur ». Pro Quinctio, 5 : in ils, quos tibi 
advocasti, viris electissimis civitatis. Cicéron dit de même : 
electissimis verbis, en termes très choisis (De fin., 3,26). Suet., 
Calig., 18 : pugilum ex utraque regione electissimorum. Ibid., 
49 : interempto prius utriusque ordinis electissimo quoque. 
Petron., 85,6 : electumque par columbarum attuli. 

34,1. Dicam plane imperatorem dominum, sed more com- 
muni, sed quando non cogor, ut dominum dei vice dicam. 

On disait par déférence : Domine « seigneur », comme nous 
disons : « Monsieur ». C'est le sens reçu, ordinaire, banal 
{communis, publicus). Dans ce sens, Tert. veut bien donner 
à l'empereur le nom de « seigneur » ou « maître », mais il ne 
veut pas le reconnaître pour son « maître », comme s'il était 
dieu. 

Les mots sed more communi expliquent d'avance sed quando- 
non cogor, etc. Ils sont inutiles sans être nuisibles. Ils font 
la même impression que communiter au ch. 17,2. 

Cf. Cic, Orat., 11, 36 : Ennio delector, ait quispiam, quod 
non disceclit a communi more verborum. Sen., Epist., 3,1 : 


318 APPENDICE I 

qiwmodo obvios, si nomen non succurrit, dominos salutamus. 
Ibid. : si proprio illo vcrbo quasi publico usns es. Ovid., Am., 
3, 7, 1 1 : dominiimque vocavit et quae praetereo publica vcrba 
iuvant. 

34.2. Sed et gratius est nomen pietatis quam potestatis. 

« Mais, de plus, un nom tiré de la piété filiale est bien plus 
doux que celui qui désigne le pouvoir. « 

Même idée, Adv. Marc., 2,13, p. 353,18 : Deum perfectiim, 
et patrem et dominum, patreni clenientia, domlniim disciplina, 
et patrem potestate Manda, dominum severa, patrem diligcn- 
dum pie, dominum timendum necessarie. De orat., 2, p. 182,2 : 
Dicendo autem patrem Deum quoque cognominamus. Appellatio 
ista et pietatis et potestatis est. Pline (Paneg., 2) dit de Trajan: 
non de domino, sed de parente loquimur. 

34.3. Tante abest, ut imperator deus debeat dici, non 
modo turpissima sed et perniciosa adulatione, quod non 
potest credi. F 

L'alinéa et le § 3 doivent commencer à Tanto abest et non 
à Si habens. Tert. vient de dire pourquoi il ne convient pas 
d'appeler l'empereur « maître n. A plus forte raison, continuc- 
t-il, en passant à une nouvelle idée, ne doit-on pas l'appeler 
« dieu », par une flatterie, (qui n'est) pas seulement honteuse, 
mais aussi pernicieuse. » Ce double abl. de manière se rapporte 
donc à deus dici. Cette flatterie est vile, comme celle qui con- 
siste à reconnaître dans l'empereur un « maître»; elle est, de 
plus, pernicieuse, dangereuse pour le flatteur et pour l'em- 
pereur lui-même, car elle peut attirer sur eux la colère divine. 

Tert. aime la locution tanto abest ut, dans laquelle il sous- 
entend toujours magis. Il lui donne la forme exclamative. 
Voy, De test, an., 1, p. 135, 9 : Tanto abest ut nostris litteris 
annuant liomines, ad quas nemo venit nisi iam Christianus ! 
Adv. Marc, 1,23, p. 321, 21. De fuga, 2, p. 467 0. ; De pud., 
13,6 et 17,16. 

Sur l'ellipse de magis, voy. Oehler ad De test, an., 1, p. 401. 
Les auteurs classiques disent : tantum abest ut. 


CHAP. 34,2-4 319 

Nous devons revenir encore une fois sur la prop. relative, 
qiwd non potest credi, que P intercale avant debeat dici. Voy. 
ci-dessus, p. 82. On pourrait la comprendre, si l'on supprimait 
credi et si l'on ajoutait nisi, avec Havercamp : Tanto obesl, 
ut iniperofor deiis debcot dici, quod non potest (se. dici) (nisi} 
non modo turpissinia sed et perniciosa adulatione. Cf. Van der 
Vliet, p. 39. 

Mais il est possible que Tcrt. ait écrit simplement : quod 
non potest, non modo, etc. « ce qui n'est pas possible, par une 
flatterie non seulement honteuse, mais aussi pernicieuse ». Cet 
emploi de potest (voy. ci-dessus, p. 196, ad 13,2) a souvent 
induit en erreur et fait ajouter un infinitif (ici, credi). 

34.3. Desinc allum deum credere atque ita et hune deum 
dicere, cui Dec (deis F) opus est. P 

Tcrtullien vient de dire : Esto religiosus in Deum, qui vis 
ILLUM propitium Caesari. C'est ce qu'a perdu de vue le scribe 
ou l'interpolateur de F, qui a changé Deo en deis. 

34.4. Scito te isto nomine maie velle et maie abominari, 
ut, vivente adhuc imperatore, deum adpelles, quod no- 
men illi mortuo accedit. 

Cette phrase ne se trouve que dans F. Junius a probable- 
ment imprimé Scio, pour scito (voy. ci-dessus, p. 47). A la 
fin, il donne : mortuum accidit, qu'il corrige bien en mortuo 
accedit. Cf. De cultu fem., 1,2 : ut haec quoque ignominia 
feminae accédât. « Sache que tu veux du mal à l'empereur et 
que tu lui souhaites du mal en lui donnant ce nom, en l'appe- 
lant dieu de son vivant, car il ne reçoit ce nom que quand 
il est mort ». 

Maie velle et maie abominari, se. imperatori. Cf. 36,4 : maie 
enim velle. De spect., 16, p. 18, 11 : quicquid optant, quicquid 
abominantur. Apul., Met., 9,23 : crurum ei fragium abominata. 

Isto nomine annonce ut deum adpelles. L'ablatif absolu 
vivente adhuc imperatore est irrégulier, mais pas rare. Voy, 
ci-dessus, p. 247, ad 21,19. Il se peut, du reste, que le scribe 
ait omis les abréviations de m final et qu'il faille lire : viven- 
tem adhuc imperatorem. 


320 APPENDICE I 

Cette phrase développe celle qui précède : Maledidiim est 
ante apotlieosin deum Caesarem imncupare. Appeler l'empe- 
reur dieu avant son apothéose, donc avant sa mort, de son 
vivant, c'est un outrage, car c'est lui vouloir du mal, c'est 
appeler un malheur sur lui ; en d'autres termes, c'est souhaiter 
sa mort, puisqu'il ne peut devenir dieu qu'après sa mort, 

Maledictum ne veut pas dire autre chose ici que « injure, 
outrage ». Suet., Aug., 53 : domini adpellationem ut maledic- 
tum et opprobrium semper exhorruit. C'est à la fois une moque- 
rie et un outrage, dit Tert. dans Ad nat., 1, 17, p. 89, 20 : 
Immo qui deum Caesarem dicitis, et deridetis dicendo quod non 
est, et makdicitis, quia non vult esse quod dicitis. Mavult enim 
vivere quam deus fieri. Pourquoi est-ce un outrage ? Les mots 
timeat saltim de infausto le disent assez clairement, et les 
mots ante apotlieosin le répètent : c'est outrager l'empereur 
que de souhaiter sa mort. 

La longue explication qui suit dans. F a paru superflue et 
même peu conforme à l'énergique concision de Tertullien. 
Cependant, dans Ad nat., l. c, Tert. explique également 
maledicitis. 

Au surplus, les clausules abominari (ditrochée), imperatore 
(crétique et trochée) et mortuo accedit (crétique et trochée, 
avec élision) sont régulières. 

Minucius Félix, 21,10, dit également : Invitis Iiis (se. regi- 
bus) denique lioc nomen adscribitur : optant in homine perse- 
verare, fieri se deos metuunt, etsi iam senes nolunt. M. Heinze 
(p. 440, n. 2) dit naturellement que M. F. s'inspire de Ter- 
tullien. On comprend, dit-il, que Tert. parle ainsi des empe- 
reurs vivants ; mais M. F. parle des empereurs consacrés, 
des divi, et cela ne peut se dire aussi bien des empereurs qui 
sont morts ! — Il va de soi que, dans l'idée de M. F., invitis 
liis s'applique aux empereurs avant leur mort et qu'ils ne 
sont pas encore morts ni consacrés, quand ils souhaitent de 
rester hommes, quand ils craignent de devenir dieux ! Le 
langage de M. F. ne permet pas de comprendre autrement 
et c'est lui prêter une absurdité par trop grande que de lui 
faire dire que c'est après leur mort qu'ils reçoivent malgré 
eux le nom de divus, etc. Qui veut trop prouver ... 


CHAP. 35,1-2 321 

35.1. Propterea igitur publici hostcs Christiani, quia (an 
quia F) imperatoribus neque vanos nequc mcnticntcs 
neque temerarios honores dicant, quia verae rcligionis 
homines etiam soleninia corum conscicntia potius quam 
lascivia célébrant. P 

La lecture de F {an quia) n'est pas admissible. 

Havercamp propose de ponctuer : Propterea igitur publici 
hostes Christiani ! An quia ... célébrant ? « Voilà donc pour- 
quoi les chrétiens sont traités d'ennemis publics ! Ou bien 
est-ce parce que ... ? » Et en effet, propterea peut se rappor- 
ter à ce qui précède, comme au ch. 16,3 et 50,4 : propterea 
enim desperati et perditi existimamur. Mais la disjonction 
marquée par an est ici un contresens, car les motifs introduits 
par le premier quia sont précisément, en résumé, ceux que 
Tert. a développés précédemment. Les chrétiens sont appelés 
hostes publici, parce qu'ils ne vouent pas à l'empereur des 
honneurs vains (sacrifices à des dieux impuissants, ch. 29), 
mensongers (les titres de « dieu » et de « maître », ch. 33-34! 
et téméraires (ch. 34, 3-4), et aussi {quia ... etiam), ajoute 
Tert,, parce qu'ils ne célèbrent pas les fêtes impériales suivant 
la coutume païenne. Ce second motif est développé dans ce 
qui suit. La phrase tout entière résume donc ce qui précède 
et elle annonce ce qui suit. Tertullien aime à dire propterea 
quia (1,5 ; 11,8 ; 14,7) ou quod (11,8). 

Sur verae religionis homines, voy. ci-dessus, p. 278, ad 25,2. 

35.2. civitatem in tabernae habitum demutare, vinu- 
lentiam facere F ; civitatem tabernae habitu abolefacere, 
vino lutum cogère P 

P présente ici des locutions si spéciales qu'on ne peut les 
attribuer à un remanieur. On comprend, au contraire, qu'on 
les ait remplacées par les leçons de F, qui appartiennent à la 
langue ordinaire. C'est Tert. qui a inventé civitatem tabernae 
habitu abolefacere = civitatem nmtando in tabernam quasi 
abolere {Thés. L /., I, 118, 27), détruire la ville en lui faisant 
prendre l'aspect d'une taverne, changer l'aspect de la ville 


322 APPENDICE I 

au point qu'elle cesse d'être une ville pour devenir une taverne. 
Le remanieur dit simplement : « changer l'aspect de la ville 
en celui d'une taverne », L'image est déjà dans Martial, 7,60 : 

Nunc Roma est, nuper magna taberna fuit. 

Tert. emploie abolejoccre ailleurs encore. De cultu fem., 
1,3 : periude potiiit abolefaclam cam (scripturam) violent ia 
cataclysmi in spiriiu rwsiis reformare. Au figuré. De exhort, 
cast,, 6 : obolefccit « crescite illiid et multiplicaniini », Après 
lui, le mot ne se trouve plus que dans S. Ambroise. Voy. 
Thcs. l. /,, s. V, 

De même, c'est Tert, qui a trouvé l'expression vino liituni 
cogère = cogendo facere, former de la boue en versant du vin 
sur le sol, en coagulant le vin mêlé de poussière. On dit : loc 
coacium (Ovid,, Met,, 8, 666, Plin,, Hist. nat., 23, 7, 64), Virg,, 
Georg., 4,35 : frigore niella cogit Iiiemps. Sur le vin répandu 
à terre pendant les orgies, voy. Hor., Od., 2, 14, 26 : et mero 
tinget pavimentum siiperbis pontificum potiore cents. Cic, Phil., 
2, 105 : uatabant pavimenta vino. Le remanieur a remplacé 
l'expression imagée par une locution sans couleur : vimilen- 
tiam facere, se livrer à l'ivresse, à l'ivrognerie. De an., 40, 
p. 368, 3 : in operatione libidinis, gulae, vinukntiae. 

35,7, lam si pectoribus humanis ad transducendum (ad 
translucendum P) quoddam (quondam Hav. ; quandam 
P) specLiIarem materiam natura obduxisset F 

Le sens n'est pas douteux : « Et si la nature avait mis 
devant les cœurs une matière diaphane pour laisser trans- 
paraître les pensées, pour trahir les pensées », La leçon de P, 
quandam specularem materiam est irréprochable. Celle de F, 
quoddam, est évidemment fautive, car elle n'a pas de sens. 
Havercamp conjecture quondam « autrefois », c'est-à-dire, 
quand l'homme fut créé, Tert, met quelquefois la nature 
pour Dieu, auteur de la nature. Voy. 7,13 : ex dispositione 
divinae naturae. Quondam est plus près de quoddam que quan- 
dam. 

La leçon ad transducendum (= ad traducendum) de F est 
admissible ; en effet, Tert, emploie très souvent traduccre 


CHAP. 35,7 323 

dans le sens de « produire au jour, révéler » une chose cachée 
«trahir». De an., 15, p. 320, 18 : occulta cordis troducendo. 
De pud., 22,8 : ut traduceret cogitatus. Adv. lud., 9, p. 724 0. : 
minantes tradudionein uniuscuiiisque cordis. Ad iiat., 1,4, 
p. 65,2 : nam et ipsa per se traducitur disciplina nec aliunde 
prodinmr quani de bono nostro. Ad Scap., 2,11 : daemones ... 
cottidie traducimus et de lioniinibus expelliinus. Adv. Marc, 
2,20, p. 362, \3 : ut traductionem sut sentiunt, qu'ils vont être 
pris. Voy. encore: De an., 1, p. 299, 28. De fuga, 2, p. 465, 2 0. 
Ibid., 12, p. 485, 1-4. De praescr., 22. Voy. l'index d'Oehler, 
s. V. iraducoQt traductio. Déjà dans Pétrone, Sat., 17 : peto 
et oro, ne traducere velitis tôt annorum sécréta. 
La forme transducuntur est dans De spect., 17, p. 19,5. 

35,7. ciiius non praecordia insculpta adparerent novi ac 
novi Caesaris scaenam congiario dividundo praesidentis. 

Voici le sens : « Quel est le Romain dans le cœur duquel 
n'apparaîtrait pas gravée la scène d'un César toujours nou- 
veau, présidant à la distribution du congiaire ? » La cons- 
truction de l'accusatif insculpta scaenam est la même que 
celle de Virgile, Ed., 3, 106 : quibus in terris inscripti nomina 
regum nascantur flores {}). 

Le texte de P est le mieux conservé. Deux mots ont souf- 
fert : insculpta est devenu insculta, puis inculta ; adparerent 
est devenu adparent. Voy. ci-dessus, p. 45. 

Voici le texte de F, tel que le donne Junius : cuius non 
praecordia insculpta pareret novum ac novum Caesarem scena 
conceario (legendum congiario) dividundo praesidentem. 

Si l'on corrige insculpta pareret en insculpta parèrent (cré- 
tique et trochée), conceario en congiario, et si l'on supprime 
scaena, ce texte deviendra correct. Mais comme scaena (abi.) 
ou scaenam est dans les mss, il est plus probable que l'ace. 


(^) Minucius Félix offre trois exemples de cette construction. 
Voyez notre Langue et Syntaxe de M. F. (citée ci-dessus, p. 109), 
P- 91, § 47- 


324 APPENDICE I 

novuin ac noviim Caesarem ... praesidentem est une correction 
erronée ; il y a tant de fautes dans le passage que le scribe 
paraît ne pas l'avoir compris. 

On pourrait lire : novi ac novi Caesaris scaena (abl.) con- 
giario dividiindo praesidentis ; mais Tertullien paraît avoir 
imité la construction du vers de Virgile cité plus haut. Les 
réminiscences vu-giliennes ne sont pas rares chez lui. Voy. 
7,8 ; 25, 8 et 16. Il faut donc lire : scaenam. 

Ce passage si défiguré de F se corrigera donc facilement au 
moyen de P. Cependant pareret doit être corrigé en parèrent, 
car Tert. emploie souvent parère dans le sens â'adparere. Voy. 
ci-dessus, p. 45, et l'index d'Oehler au mot parère. Roensch, 
Itala iind Vulgata, p. 374-375. E. Lôfstedt, Peregrinatio Aetlie- 
riae, p. 58. Apulée, Met., 5,3 : quamvis hominum nemo pareret. 
La clausule sera formée par un crétique et un trochée. 

Le remanieur de P semble avoir perdu de vue, ici comme 
ailleurs, l'usage de Tert. et il a remplacé le verbe simple par 
son composé adparere, qui s'emploie plus souvent dans ce sens. 

35.7, etiam illa hora, quo reclamant (qua adclamant P) F 

Quo est une faute pour qua. — Adclamare est le terme ordi- 
naire pour désigner les « acclamations » en l'honneur du 
prince, pendant les jeux. Mais, comme ces acclamations sont 
toujours répétées, Tert. a mis réclamant, qui signifie « ils 
crient à plusieurs reprises ». Val. Flaccus, Argon., 3, 596 : 
Rursus Hylan et rursus Hylan per longa réclamât avia. 
8,172 : dominamque reclamant nomine. Cf. De pud., 5,9 : et si 
qua vox fuerit, reclamabunt : noster hic cuneus est, nostra 
compago ! Etc. De resurr., 22, p. 56,9 : omni adhuc popularium 
coetu reclamante : Christianos ad leonem ! Sur les adclamatio- 
nes, voy. 0. Hirschfeld, Kleine Scliriften, p. 682 et ss. 

35.8. depopulatores (depostulatores P) Christianorum F 

Depopulari et depopulatores « dévastateurs, massacreurs » 
peuvent avoir pour complément un nom d'être animé. Thés, 
l. /., s. v., V, 586. On sait aussi que la populace hostile atta- 
quait souvent les chrétiens et les massacrait. Voy. 37,2. Mais 
Tert., qui vient de parler des acclamations populaires du 


CHAP. 35,7-12 325 

cirque et de l'amphithéâtre, semble avoir en vue le cri : Cliris- 
tianos ad leoncm ! Voy. 40,2. 49,4. 50,12. De rcsurr., 22, p. 
56, 9 (cite ci-dessus, p. 324). Euseb., Hist. eccl., 3,32 ; 5, 1,7; 
6,32. C'est donc P qui a conservé la leçon authentique. 

35.11, quam elatissimis et clarissimis lucernis vestibula 
nubilabant (nebulabant P) F 

« Ils enfumaient leurs vestibules par les lampes les plus 
haut pendues et les plus brillantes ». Les lampes, même les 
plus brillantes, répandaient de la fumée. 

Nubilare est plus fréquent que nebulare, que nous ne trou- 
vons que dans Victor Vitensis au propre et au figuré. 3,56 : 
quia pulverea tempestas ... omnein nebulaverat locum. Ibid., 
3,62 : semper cupiunt splendorem et geniis Romani nominis 
nebulare. Le même auteur emploie nubilare au figuré, 2,51 : 
quia oppressi confusione lumen non poterant nubilare. Tert. 
dit aussi enubilare. Adv. Marc, 4,36, p. 546, 12 : ut non prias 
hanc caecitatem hominis illius enubilasset. C'est donc nubi- 
labant qu'il faut adopter. Ce mot forme un ditrochée ; vesti- 
bula nebulabant formerait un crétique (avec les deux longues 
résolues) et un trochée, 

35.12. Quas artes, ut ab angelis desertoribus proditas et 
a Dec interdictas, ne suis quidem causis adhibent Chris- 
tiani. 

Les mss sont d'accord. Dans V Apologétique, angeli désigne 
toujours les mauvais anges ; d'eux sont issus les démons, 
dit Tertullien au ch. 22,3, plus corrompus encore que les 
anges. Ce sont ces anges qui ont inventé la divination, l'as- 
trologie et la magie. Voy. 27,4. De idol., 9, p. 98,10 : angelos 
esse illos desertores Dei, amatores feminarum, proditores etiani 
Imius curiositatis (se. magiae). Cf. De cultu fem., 1,2 ; 2,9. 

Le passage De spect., 2, p. 3, 10 : Vides liomicidium ferro, 
veneno, magicis devinctionibus perfici : tam ferrum Dei res 
est quam lierbae, quam angeli, est donc correct. Dieu, dit Tert., 
est l'auteur de toutes choses, et toutes choses sont bonnes 
en elles-mêmes ; elles ne deviennent mauvaises que par l'abus 


326 APPENDICE I 

qu'on en fait. Ainsi le fer, les herbes, les anges, qui tuent, ont 
été créés par Dieu. On voit que angcli correspond à magicis 
devinciionibus. Voy. Aug. Audollent, Dejixionuin tabellae 
(Paris, 1904), p. 465-470, et les nos 156, 157, 162b à i64, 168 et 
187 (p. 467, li'e col). Arnobe, Adv. nat., 1,43: mogiis fuit 
(Cliristus), ... Aeoyptionim ex adytis ongelorum potentium 
iiomina et remotas furatiis est disciplinas. 

Reiffersclieid a donc eu tort de vouloir changer angeli en 
anclli dans ce passage du traité De spectaculis. 

36,1. Si haec ita sunt, ut hostes deprehendantur qui Ro- 
mani vocantur (vocabantur P), cur nos, qui hostes existi- 
niamur, Romani negamur ? Non possumus et Romani (i) 
non esse et hostes esse,cum hostes reperiantur qui Romani 
habeantur (*F ; habebantur P). FP 

Modius donne vocantur et ne dit rien de habeantur, qu'il 
lisait dans De la Barre. 

Tertullien vient de prouver (35, 5-13) que c'est parmi les 
Romains, et non parmi les chrétiens, que se rencontrent tous 
les ennemis de l'empereur et de l'empire, tous les hostes publia. 
35,9 : De Romanis, nisi fallor, id est de non-Christianis {^). Tert. 
tire de là une conclusion sarcastique. Si les chrétiens sont 
des hostes publici, comme on le prétend, peut-on leur refuser 
sous ce prétexte, le nom de Romains ? Pouvons-nous être 
vos ennemis, sans être Romains, puisque vos ennemis sont 
tous Romains ? Voici son raisonnement sous forme de syllo- 
gisme : 

Les ennemis publics sont tous Romains ; 

or, vous nous traitez d'ennemis publics ; 

donc, vous devez reconnaître que nous sommes Romains. 

La logique de ce raisonnement sarcastique exige que les 


(') F et P ont l'un et l'autre : ût Rotnani non esse et hostes esse. 

C^) Les hoslcs publici sont les citoyens coupables de lèse-majesté, 
les ennemis du prince ou du peuple romain. Voy. ad 28, 3. Tert, 
ne parle pas ici des ennemis extérieurs (hostes). 


ci-iAP. 36,1-4 327 

Romains, ennemis secrets ou connus do l'empereur et de 
l'empire, ne cessent pas pour cela d'être appelés Romains 
(qui Romani vocantur, et non vocabantur), ni d'être regardés 
comme Romains (qui Romani liabeantur, et non liabebantur). 
La leçon vocantur (F) et la correction liabeantur (Rhenanus) 
sont donc justifiées. De la Barre a d'ailleurs liabeantur et 
Modius ne relève pas de variante dans F, bien qu'il en 
relève deux dans cette phrase. 

En réalité, la majeure du syllogisme de Tert. est viciée 
par une inexactitude voulue, par un oubli intentiomiel ; car, 
tout citoyen romain déclaré liostis publicus est mis au ban 
de l'Empire et perd la civitas Roinana. Dig., 4, 5, 5,1 (Paulus) : 
capife mimmntur et lii, quos senatus liostes iudicavit vel iege 
lata : utique usque eo, ut civitateni ami^.tant. Cf. Dig., 48,4,11 ; 
48, 19, 8, 2. 

36.3. sed a Dec, exactore et remuneratore indifferentis 
benignitatis. 

C'est le texte de P. Dans F, on lisait : indifferentia beni- 
gnitatis. Junius dit : quod est Tertullianeum. Nous ne sommes 
pas de son avis. Tertullien explique pourquoi les chrétiens 
font le bien sans acception de personnes. « Ce n'est pas d'un 
homme, dit-il, que nous attendons d'être payés par des lou- 
anges ou par une récompense, mais de Dieu, juge et rémuné- 
rateur d'une bonté qui ne fait pas de distinction ». Tert. fait 
suivre exactor « vérificateur, juge » d'un génitif. 40,10 : nocen- 
tiae itidicem et exadorem. De spect., 2, p. 4, 4 : Deus exactor 
innocentiae. De cuit, fem., 2, 4 : omnis maritus castitatis 
exactor est. Au ch. 45,3 : ad exigendum bonum. 

L'abl. indifferentia benignitatis signifierait indifferenti 
benignitate. Si on le rapporte à captamus (dont il est d'ailleurs 
trop éloigné), il ne ferait que répéter le commencement de la 
phrase : Nullwn bonum sub exceptione personarum adminis- 
tramus. Si on le rapporte à exactore et remuneratore, on aura 
une construction peu latine et un sens peu admissible. 

36.4, lidem sumus imperatoribus ex ipso, qui et vieillis 
nostris. F 


328 APPENDICE I 

Ex ipso, qui manque dans P, veut dire « à cause de lui 
(de Dieu), à cause de ses commandements », comme la suite 
le montre {maie enini velle... vetamur). Cf. 41,4 : apud ipsum, 
se. Deum. 48,7 : per Ipsum, se. Daim. — Havercamp a tort 
de lire : ^x ipso, quia. 

37,2. Quotiens etiam praeteritis vobis suo iure nos ini- 
micum vulgus invadit ? F 

« Que de fois la populace, sans votre permission, de son 
propre mouvement, ne se rue-t-elle pas sur nous ? » 

A la fin, P ajoute : lapidibus et incendiis. Ces trois mots 
précisent bien invadit. En effet, la populace avait l'habitude 
de lapider ou de brûler ceux qui lui déplaisaient. Voy. 48,1 : 
lapidibus a populo exigetur. Suet., Calig., 5 : lapidata sunt 
templa. Pétrone, Sat., 90,1 : lapides in Eumolpium miserunt, 
90,3 : non miror si te populus lapidibus persequitur. Apul., 
Met., 2, 27 : Saevire vulgus interdum ... Conclamant ignem, 
rcquirunt saxa. loh., 8,59 ; 10, 31 • 11,8. Luc, 20,6. Act. apost., 
5,26 ; 14,19 Dans une de ses lettres, S. Cyprien raconte 
une scène de ce genre. Epist., 40 : Qui (se. Numidicus pres- 
byier) hortatu suo gloriosum martyrum numerum lapidibus 
ET FI.AMMIS NECATUM o/î/c se misit qulquc ad uxorem haeren- 
tem lateri suo igné crematam cum ceteris, sed conservatam magis 
dixerim, laetus aspexit. Ipse semiustulatus et lapidibus 
OBRUTUs et pro mortuo derelictus ... semianimis inventus ... 

On pourrait donc supposer que le scribe de F a sauté les 
trois mots et qu'il a été trompé par la ressemblance des mots 
{invadit et incendiis) ou par les nombreuses finales en is. 
D'autre part, ces trois mots ne sont pas nécessaires. Cf. Apul., 
Met., 8,18 : Quid miseras homines ... tam crudelibus animis 
invaditis atque obteritis ? 

Vulgus invadit (crétique et trochée) et lapidibus et incendiis 
(double crétique avec la première longue résolue) donnent 
des clausules fréquentes. 

37,2. Ipsis Bacchanalium furiis ne mortuis quidem (nec 
mortuis P) parcunt Christianis, quin illos de reliquiis 


CHAP. 37,2 329 

(de requie P) sepulturae, de asylo quodam mortis, iam 
alios, iam nec totos avellant, dissipent (dissecent P), 
distrahant. F 

Tertullien remplace ordinairement ne ... quidem par nec ; 
il dit ne quidem aux ch. 1,10 ; 11 et 35,12. Le rcmanieur de F 
aura remplacé nec par la forme classique ne ... quidem ; un 
interpolateur n'aurait probablement pas fait l'inverse. 

De reliquiis semble être une faute de transcription pour 
de requie. Voy. ci-dessus, p. 108. — Avellere, dissipare et 
distraliere forment gradation. Dissipare se dit des membres 
ou des ossements des morts qu'« on met en pièces » et qu' « on 
disperse ». Cic, Pro Sulla, 59 : ut ab eis membra citius divelli 
ac distrahi posse diceres. Phil., 7,15 : C. Marii sitas reliquias 
apud Anienem dissipari iussit Sulla victor. Pro lege Man., 9 : 
Medea dicitur in juga fratris sui membra ... dissipavisse. 
Horat., Epod., 16,11 : 

Barbarus, heu ! cineres insistet viator et urbem 

Eques soiiante verberabit ungula, 
Quaeque carent ventis et solibus ossa Quirini 

(Nefas videre!) dissipabit insolens. 

Tert. aime à employer dissipare en parlant des corps dé- 
chirés par les bêtes. De spect., 12, p. 14,22 : nisi et feris hu- 
mana corpora dissiparentur. Ibid., 21, p. 22,11 : in amphi- 
theatro derosa et dissipata et in suo sanguine squalentia corpora. 
De an., 33, p. 356, 22 : namque illa sicarium variis ... feris 
dissipant et quidem viventem. Arnob., Adv. nat., 5, 19, p. 190, 
20 (parlant des Bacchanales, comme Tert.) : caprorum recla- 
mantium viscera cruentatis oribus dissipata. 

L'interpolateur de P semble avoir perdu de vue ce sens 
et cet emploi de dissipare et il l'aura remplacé par dissecare, 
croyant rendre la gradation plus sensible : avellant, dissecent, 
distrahant. 

Ipsis Bacchanalium furiis veut dire « avec la furie même 
des Bacchanales », c'est-à-dire avec une furie qui ne diffère 
en rien de celle des Bacchanales. 


330 APPENDICE I 

37,3. Quid tamen de tam conspiratis umquam denotatis, 
de tam animatis ad mortem usque pro iniuria repensatis ? 
*FP 

» Cependant, qu'avez-vous jamais à reprocher à ces hommes 
si unis, et ces hommes si courageux jusqu'à la mort, que 
vous font-ils payer pour l'injustice (qu'ils subissent )? ». — 
Pensare ou repensare aliqmd pro aliqua re, c'est payer qqch. 
pour dédommager d'une chose. Adv. Marc, 3,19. p. 409, 26 : 
ostensa enim causa gratine huiiis, pro iniuria scilicet mortis 
repensandae ..., de cette grâce, qui devait être le dédommage- 
ment de ses outrages et de sa mort. De an., 58, p. 395, 27 : 
nemo dubitabit animam aliquid pensare pênes inferos salva 
resurrectionis plenitudine per carnem quoque. Ad nat., 1,18, 
p. 90, 2 : haec omnia ... etiam magna laude pensari a virtute 
didicerunt. 

Le nom de personne qui devait être au datif est ici mis à 
l'abl. avec de « du fait de, à cause de ces hommes si courageux ». 
Remarquez les homoeotéleutes : de tam conspiratis ... deno- 
tatis et de tam animatis ... repensatis, qui sont certainement 
voulus par Tertullien, — Les corrections repensatum (se. esse) 
ou repensait détruisent la symétrie; en outre, le génitif repen- 
sait serait trop éloigné de quid. 

37,3. Sed absit, ut aut igiii humano vindicetur divinitas 
sectae, aut ut (divina secta, aut P) doleat pati, in que 
probatur 1 F 

Divinitas sectae (crétique et trochée) est l'abstrait pour le 
concret ; ce tour fait ressortir la qualité et n'étonne pas chez 
Tertullien. Un remanieur aurait plutôt changé ici l'abstrait 
en concret. 

Le remanieur a aussi touché au texte en supprimant le 
deuxième ut. (i) 


(^) Sur u( aut... aut ni, au lieu de ut aut... aut, voy. Lôfstedt, 
p. io8, qui renvoie lui-même à Sjôgren, Commeyitationcs Tnllianac, 
p. 136 et s. Cic, Or., 44,149: ut aut... aut ut... aut ut. Pro 


CHAP. 37,3-5 331 

Sur l'idée, comparez Ad Scap., 2 : Absit enini, ut indigne 
fcramus eu nos pati qiiae optannis, aut iiltioneni a nobis ali- 
qiiam niacliincmur, qiiam a Deo exspedamus. 

37.4. Externi sumus, et orbcm iam et vestra omnia im- 
plevimus F ; hesterni sumus, et vestra omnia imple- 
vimus P 

Hesternus « d'hier, de la veille » s'emploie souvent dans un 
sens étendu « très récent ». Martial., 2,29. Pcrs., 3, 106 : hes- 
terni Qiiirites. Adv. Prax., 2 : ante Praxean liesternuni ... 
ipsa novellitas Praxeae hesterni. 

La confusion entre hesternus et externus est très facile et 
elle est fréquente dans les mss. Voy. Drakenborch ad Liv., 
40, 12, 2. 

Hesterni sumus « nous ne sommes que d'hier », forme anti- 
thèse avec la suite de la phrase et cette antithèse est soulignée 
par iam. 

Externi voudrait dire « étrangers au monde et à l'Empire». 
Voy. 1,2 : scit se peregrinam in terris agere. loh., 15,19 : Si 
de mundo fuissetis, etc. La Cerda explique autrement : quia 
ex una ludaea exierunt Christiam, nous venons de l'extérieur. 

Hesterni, mot plus rare que externi, est la lectio difflcilior 
et celle qui donne le sens le plus convenable. 

Sur et orbem iam, qui nous paraît nécessaire, voy. p. 46. 

37.5. Possumus dinumerare exercitus vestros : unius 
provinciae plures erunt F. 

Ces mots ne se lisent que dans F. — Exercitus vestros, cré- 
tique et trochée. Unius provinciae, se. Christiani, les chrétiens 


Roscio Amer,, 29, 82 : vereor ne aut... au i fie. Ad Att., i, 5, 4 : 
ui et... et ut. Cicéron dit aussi : quod aut... aut quod et quain aut... 
aut quam. Tite-Live^ 2, 27, 2 : ut aut referret ad senatum, aut ut 
auxilio essct consul civibus suis. Dans presque tous ces passages, les 
éditeurs modifient le texte des mss., et dans le passage de Tite- 
Live, Madvig faisait comme notre remanieur : il supprimait ut. 


332 APPENDICE 1 

d'une seule province seront plus nombreux (que vos armées). 
Havercamp lit : plures erunt (ChristianC), ce qui donne un 
ditrochée (précédé d'un crétique). 

Dans la phrase qui suit, comme dans celle qui précède, 
Tert. parle à la première personne : c'est pourquoi nous 
avons écrit erimus au lieu de erunt (double spondée avec la 
longue du deuxième résolue), ou peut-être double trochée, 
avec I long. Voy. à la fin de cet appendice. 

Ce membre de phrase nous paraît nécessaire : il forme la 
contre-partie de Possumus clinumerare exercitus vestros. 

Tcrtullien exprime deux idées avec une double antithèse. 
1) Vos armées sont nombreuses : les chrétiens sont plus nom- 
breux. 2) Fussions-nous même moins nombreux que vos 
soldats (etiam impares copiis), nous aurions eu la force et le 
courage de vous combattre, étant toujours prêts à mourir, 
si notre loi ne nous permettait pas plutôt de nous faire tuer 
que de tuer. Voy. ci-dessus, p. 47. 

37,6. subfudisset pudor utique dominationem vestram F. 

Sur la lacune qui suit ces mots dans F, voy. p. 36. — P n'a 
pas pudor. Nous avons conjecturé qu'il faut lire pudore, car 
le sujet de subfudisset suit et l'on ne dit pas : pudor subfundit 
aliquem, mais on dit : pudore subfunditur aliquis. 11 est vrai 
que Tcrtullien dit toujours : subfunditur aliquis, sans le compl. 
pudore (i). 

38,1. Proinde ne<c> (nec P) paulo lenius inter inlicitas 
(licitas P) factiones sectam istam deputari oportcbat, 
a qua nihil taie committitur, quale de inlicitis factio- 
nilus praecavetur (timeri solet P). F 

Il faut lire nec et traduire littéralement le texte de F : 


(') Lôfstedtj p. 110, conjecture avec beaucoup de vraisemblance 
que/>Jidor a été ajouté après la chute de la ligne suivante, pour que 
subjudissei ait un sujet. On n'a pas vu que le sujet qu'on lui a donné 
ne convient pas. 


CHAP. 37,6—38,1 333 

« Pareillement, il ne fallait pas non plus, bien que ce soit 
user d'un peu plus de douceur, ranger parmi les factions 
illicites une secte qui ne commet aucun des actes contre les- 
quels la loi prend des précautions de la part des factions 
illicites ». 

Dans le chapitre précédent, Tert. a protesté contre les 
noms de hostes publia et de hostes generis humani qu'on donne 
aux chrétiens. Il continue : Pareillement, il ne fallait pas 
nous ranger parmi lesu factions illicites ». Proinde peut signi- 
fier 10 igitur, ergo, et 2° pariter. Il est employé 17 fois dans 
V Apologétique (voy. P. Henen, Index verborum, p. 119), tou- 
jours dans le sens de « pareillement, de même », qui convient 
ici. 

Quant à nec, Tert, lui donne très souvent le sens de ne ... 
quidem « pas non plus ». Nec se rapporte ici à toute la pro- 
position infinitive : voilà pourquoi il est mis en tête. Cf. 11,13 : 
quae nec deos postea factos credi permittunt. 21,5 : quibus nec 
advenarum iure terrain patriam saltim vestigio salutare con- 
ceditur. 

Paulo lem'us « d'une manière un peu plus douce ». Le 
qualificatif factio inlicita est plus doux, moins dur, moins 
violent et moins odieux que .celui de hostes publia. Bien que 
ce qualificatif soit moins dur, il ne fallait pas l'appliquer 
aux chrétiens. 

Inter inlicitas factiones, qui correspond à de inlicitis fac- 
tionibus, doit être maintenu, à l'exclusion de inter licitas 
factiones. En effet, on ne peut pas dire licita factio, parce 
qu'une « faction » est toujours illicite. Dans le langage du 
droit criminel, le mot factio a toujours un sens péjoratif et 
désigne une association séditieuse et illicite. L'expression 
factio inlicita est une expression consacrée, comme celle de 
hostes publia. Voyez notre Etude sur les Corporations profes- 
sionnelles des Romains, I, p. 135, et notre article Collegium, 
dans le Dict. d'archéologie chrétienne et de liturgie de Cabrol 
et Leclercq, III, p. 2119-2123. Voy. aussi la conclusion de 
l'argumentation de Tertullien au ch. 39, 20-21 et 40,1. Plus 
loin, Christiana factio (39,1) et haec coitio Christianorum 
(39,20) sont empruntés au langage des païens : « ce que vous 


334 APPENDICE I 

appelez la faction chrétienne ». 11 en est de même de fabula 
au ch. 21,14 et 23,12 : « ce que vous appelez une fable, une 
légende )\ 

11 n'est, du reste, pas possible de donner la forme interro- 
gative à la phrase, en lisant licitas ; au lieu de nec, il aurait 
fallu non {= nonne). Voy. notre Tertullien, Apologétique. 
Traduction (Louvain, Peeters, 1910), p. 264 et R. Heinzc, 
p. 444 et s. 

La lecture timeri solet (P) est plus facile pour un lecteur 
ordinaire que praecavetur, mais elle est moins précise, et elle 
ne rend pas l'idée de Tert. L'interpolateur n'a pas vu que 
Tert. vise directement les lois prohibitives, édictées depuis 
l'époque du tribun Clodius contre les collegia illicita (voy. 
notre Etude sur les Corporat. prof, des Romains, l, p. 90-154), 
c'est-à-dire les précautions prises contre les associations dan- 
gereuses pour l'ordre public, qu'il appelle fadiones inlicitae 
et qui troublaient précisément les comices et les réunions 
populaires. Tert. le dit clairement dans la phrase suivante : 
proliibendarum facîionum causa ..., qua facile comitia, concilia 
... inquietarent, etc. Sur praecavere, voy. De idol, 2, p. 31,20 : 
quoi modis nobis praecavenda sit idololatriae latitudo. 

Au § 2, qua ... inquietarentfa a. été remplacé par quae res 
inquietaret dans P. L'interpolateur a perdu de vue le sens 
que Tert. donne souvent à qua = qua ratione. Voy. 39,16 ; 
47,6. Après ce changement, il a fallu donner un sujet à coepis- 
sent et l'interpolateur à intercalé liomines devant violentiae 
suae (1). 

Remarquez que la proposition principale (constat) équivaut 
à celle-ci : prohibitae sunt fadiones publicae propter modes- 
tiani publicam ; de là, l'imparfait du subjonctif : ne civitas 
in partes scinderetur. 

Il ressort des §§ 1-2 du ch. 38 que les païens lançaient aux 
chrétiens le reproche général de constituer des associations 
illicites, prohibées par les lois sur les associations. Pline le 
Jeune, gouverneur de Bithynie en 111 et 112, avait interdit 


(}) Cf. Lofstedt, p. 47- 


CHAP. 38,1 335 

les hétéries dans sa province et les chrétiens n'osaient plus 
se réunir. Tout ce qu'il trouvait de blâmable dans leur culte, 
c'étaient Igs réunions matinales. Voy, ci dessus, p. 158. Celsc 
n'était pas moins précis que Tert. Origen., Contra Cels., 1,1 : 
wç cruvG'/ixaç xpu^S'^v Tcpoç àX)â\koi)i; TroLOUfJiévwv Xpt.(7T!.av(7)v 
uapà xà vevo[i.(,a-p.éva. Minucius Félix, 7,1 : plebem profanae 
coniurationis institinmt. On retrouve encore ce reproche dans 
a sentence rendue, en 258, contre S. Cyprien. Acta proc, 4, 
p. ex III : diu sacrikga mente vixisti et plurimos nejariae 
tibi conspirationis homines adgregasti. Rappelons que les 
lois frappaient le plus sévèrement les auteurs des collèges 
illicites. Voy. notre Etude sur les Corp. prof, des Rom., I, p. 
136-138. 

Au reproche de former des associations illicites, Tert. 
répond 1° que les chrétiens n'ont besoin ni de clubs politiques 
ni de factions du cirque (ch. 38) ; 2" que, sans doute, ils s'unis- 
sent et forment un corpus, mais le but de cette union est 
religieux et charitable, absolument inoffensif pour l'ordre 
public (ch. 39). Donc les lois qui interdisent les factions n'at- 
teignent pas la communauté chrétienne ; l'Etat n'a donc 
aucune raison de s'en inquiéter, d'en prendre ombrage. 

Tert. ne pose pas la question de savoir si les communautés 
chrétiennes sont légales et il évite même le nom légal, qui 
était collegium. Il eût été très maladroit de poser cette ques- 
tion, car il eût fallu de toute évidence répondre catégorique- 
ment non. La loi était sévère : pour être légale, toute asso- 
ciation devait avoir reçu une autorisation spéciale (sauf les 
collèges funéraires autorisés en bloc). Mais dans la pratique, 
l'Etat était satisfait, si le but de ces prescriptions rigoureuses 
était atteint, c'est-à-dire, si elles empêchaient la formation 
de collèges séditieux ou factions, et il s'abstenait de pour- 
suivre les collèges non autorisés qui étaient sans danger pour 
l'ordre public. Sur ces collèges qui n'étaient ni autorisés, ni 
factieux, l'Etat fermait les yeux ; il agissait comme s'il igno- 
rait leur existence. Tert. veut évidemment montrer que les 
chrétiens méritent d'être traités ainsi. La loi veut empêcher 
les « factions » dangereuses pour l'ordre public ; nous ne for- 
mons pas des « factions » dangereuses ; donc la loi ne nous 
atteint pas et cette accusation tombe comme les autres. 


336 APPENDICE I 

Fermez les yeux et laissez vivre et se réunir en paix des 
gens si paisibles. C'est aussi la conclusion du débat juridique 
des chap. 4-6 (voy. ci-dessus, p. 169) et ce sera le conseil que 
Tert, donnera, vers 212, au proconsul Scapula, dans une 
lettre qui résume souvent les idées de V Apologétique. Ad Scap,, 
4 : Potes et officio imisdictionis tuae fungi et humanitatis me- 
minisse ... Quanti (= quoi) autem praesides et constantiores 
et crudeliores dissimulaverunt ab liuiusmodi causis ? Com- 
bien de gouverneurs, plus fermes et plus inhumains que 
toi, ont fermé les yeux et n'ont pas donné suite à des 
procès de ce genre (aux procès contre des chrétiens) ? Et il 
cite Cincius Severus, qui suggérait aux chrétiens de Thysdrus 
des réponses évasives pour les soustraire à la mort, et plu- 
sieurs autres gouverneurs, qui avaient trouvé le moyen de 
ne pas poursuivre les chrétiens accusés. Laisser dormir une 
loi injuste et absurde, voilà ce que Tert. demande toujours 
aux juges. 

J.-B. de Rossi a soutenu que les chrétiens avaient trouvé 
dans la loi même un moyen de constituer des collèges légaux, 
qu'ils formaient dans chaque ville un ou plusieurs de ces 
collèges funéraires qu'un sénatus-consulte avait autorisés 
en bloc. Cette thèse a longtemps paru séduisante, mais elle 
a été reconnue fausse. Elle s'appuyait en partie sur Tertullien, 
dont le texte prouve le contraire. Voyez notre art. Collegium, 
dans le Dict. d'arch. chrét. de Cabrol et Leclercq, avec la 
bibliographie. Voyez encore maintenant : R. Saleilles, L'or- 
ganisation juridique des premières communautés chrétiennes, 
dans les Mélanges P. F. Girard (1902). P. Batiffol, L'Eglise 
naissante et le catholicisme, Paris, 1911. Le même, La Paix 
constantinienne, Paris, 1914. 

38,5. Licuit Epicureis aliam décernera voluptatis veri- 
tatem, id est, animae {lege : animi) aequitatem. In quo 
vos offendimus, si alias praesumimus voluptates ? F 

Sur la transposition qui se trouve dans P et sur le sens de 
ce § , voy, ci-dessus, p. 97. Sur id est, voy. ci-dessus, p. 83. — 
Aliam « une autre vérité sur la volupté » (que celle qui éta 
généralement admise), c'est-à-dire, une vérité nouvelle su 


CHAP. 38,5 337 

la volupté. De même, si alias praesiimimiis volaptates, si 
nous admettons d'autres voluptés (que celles qu'on recherche 
généralement), c'est-à-dire d'autres voluptés que les vôtres. 
Cf. Ad nat., 2,3, p. 99, 24 : Et hoc alla sane vanitate Aegyptiis 
licet. Sur le sens de praesiiinere, voy, ci-dessus, p. 98, 

Dans P, on lit : Licuit Epicureis aliquam decernere volup- 
tatis veritatem, de décréter une vérité sur la volupté. Ce n'est 
pas l'idée que Tertullien veut exprimer. Aliqiiis ne se met 
pas pour alius quis, comme on le dit souvent. Tlies. /. /., I, 
1608, 73 : Aliquis cum aliqiia vi opponendi, ita tamen ut nus- 
quam aliquis sit i. q. alius quis ; immo hoc aut ipsum ponitur 
aut alius aliquis. 

Remarquez encore que voluptates était le terme propre 
pour désigner les jeux et les réjouissances publiques. 

Sur l'idée, comparez De cultu fem., 2,4 : quia non isdem 
bonis quae gentiles bona putant, capimur. 

39,1. Edam iam nunc ego ipse negotia Christianae fac- 
tionis, ut, qui mala refutaverim, bona ostendam. 

C'est la leçon de P. Au lieu de ut qui, F a : quominus, ce 
qui ne se comprend pas et qui vient peut-être d'une abré- 
viation mal résolue. 

Jusqu'ici, Tertullien n'a parlé que des occupations que les 
païens prêtent à ce qu'ils appellent la faction chrétienne 
(infanticide, repas de sang, inceste, etc.) et il s'est borné à 
réfuter ces accusations. Maintenant, il va lui-même (ipse) 
exposer ces occupations, telles qu'elles sont en réalité, pour 
montrer qu'elles sont « bonnes », après avoir prouvé qu'elles 
ne sont pas « mauvaises ». Il faut donc comprendre : ut, qui 
mala {ea negotia esse) refutaverim, bona {ea esse) ostendam. 
Refutare avec l'ace, et l'inf. veut dire « nier que, prouver 
que ne pas ». Construction rare et d'abord poétique. Lucrèce, 
3, 350 : si quis corpus sent ire réfutât (= negat) atque ... crédit. — 
L'ellipse de esse et du pronom sujet de esse est fréquente dans 
Tertullien. 21,22 : {eum esse) subreptum. Al, 2 : alii incorpo- 
ralem {eum esse) adseverant. Hoppe, Syntax, p. 49-50, 

La clausule refutave]rim bon{a) ostendam forme un crétique 
et un trochée. F ajoute les mots : si etiam veritatem révéla- 


338 APPENDICE 1 

verim, qui donnent une bonne clausule (double crétique). 
Nous les avons condamnés plus haut (p. 66) comme une addi- 
tion. Peut-être faut-il les conserver : ils exprimeraient la 
répugnance de Tertullien à révéler aux païens la vérité sur 
les assemblées chrétiennes. « Je vais exposer les occupations 
de la faction chrétienne ..., même si je révèle ainsi la vérité. » 
On sait que les apologistes évitent le plus possible de parler 
devant les païens de ce qui se passe dans les assemblées chré- 
tiennes. — Sur le subj. potentiel subordonné à ut, voy. ci- 
dessus, p. 316. 

39.2. Coimiis in coetu<m> et congregationem facimus. F 

P a : coetiim et il omet focimus. — Cf. 7,4 : in ipsis etiam 
plurinmm coetibus et congregationibus nostris. 39,21 : cum 
boni coeiint, cum pii, cum casti congregantur. Lact., Div. inst., 
6, 10, 26 : liumanitatis causa facta est liominum congregatio. 
On peut donc dire : congregationem facimus. Voy. Thés. l. /., 
IV, 288, 35-46. Mais la clausule laisse à désirer (Di Capua, 
p. 35), tandis que congregationem donne une clausulp. fré- 
quente (ditrochée). 

39.3. Certe fidem sanctis vocibus pascimus, spem erigi- 
mus, fiduciam figimus, disciplinam praeceptorum nihi- 
lominus inculcationibus densamus. P 

«Au moins, par ces saintes paroles, nous nourrissons notre 
foi, nous relevons notre espérance, nous affermissons notre 
confiance, nous resserrons également notre discipline morale 
en inculquant les préceptes. » 

Au lieu de inculcationibus, F a in compulsationibus, ce qui 
paraît être une méprise du copiste. Lesgroupes incvlcationib. 
et iNCPVLSATiONiB- se ressemblent assez pour tromper un 
scribe distrait. — In compulsationibus « dans les chocs, les ren- 
contres, les luttes, les conflits », Ce mot, qui se trouve pour 
la première fois dans Tertullien, exige un complément indi- 
quant les parties qui sont aux prises. Voy. 21,15 : me alla 
magis inter nos et illos compulsatio est ; 38,2 : studiorum com- 
pulsationibus. Cf. 20,2 : regnis régna compulsant. Ce complé- 


CHAP. 39,2-8 339 

ment manque ici, Compulsationes ne peut d'ailleurs designer 
les persécutions, qui ne sont pas des « conflits ». Enfin, les 
accusatifs fidem, spein et jiduciam n'ont pas de complément 
et il en est de même de disciplinam ; il en résulte que le géni- 
tif proeceptonun doit être complément cVun autre mot, tel 
que inciilcatiombas (= praeceptis inaïkandis, abl. de moyen). 
La lecture des Livres saints a pour but : 1) d'y chercher l'expli- 
cation des événements présents ou des avertissements pour 
l'avenir ; 2) au moins {certe) de nourrir la foi, de relever 
l'espérance, d'affermir la confiance, de resserrer la discipline 
en inculquant les préceptes (de l'Ecriture). Cf. Paul., Ad Tim., 
2, 3, 16. Origène, Contra Cels., 3,50, p. 246, 16 ss. 

39,6. et si qui in metallis et si qui in insulis vel in custo- 
diis, dumtaxat ex causa Dei sectae, conflictatur, alumni 
confessionis suae fiunt. F 

« Et si des chrétiens souffrent dans les mines, dans les îles, 
dans les prisons, uniquement à cause de la religion de Dieu, 
ils deviennent les nourrissons de leur confession (de la religion 
qu'ils ont confessée), » Sur confcssio (ôpoXoyia), voy, ci-dessus, 
p. 309. 

Conflictatur manque dans P, où il suffit de sous-entendre 
est ou sunt. — Tert. dit souvent si qui pour si quis, 3,7 : si qui 
probet. 18,1 : si qui velit. Et ici : si qui conflictatur « si qqn 
souffre ». Confiictari (= adflictari, vexari), employé absolu- 
ment, appartient à la langue de Tertullien. De spect., 28, 
p, 27,4 : nunc illi laetantur, nos conflictamur. Saeculum, inquit, 
gaudebit, vos tristes eritis (loh., 16,20). De orat., 5, p. 184, 17 : 
propter quod conflictamur. Adv, Marc, 4,37, p. 548, 7 : dimit- 
tens confiictatos in laxamentum. Déjà dans Cicéron, Ad Att., 
11,25, 3. T/zes. /. /., IV, 236, 84. 

39,8 quod fratrum adpellatione censemus. F 

Il faut lire : censemur. P a : nos vocamus. 

Censeri signifie : adpellari, vocari ; il est souvent accom- 
pagné de adpellatione, titulo (Adv. Marc, 4, 10, p. 446, 30), 
vocabulo (De monog., 8. De pat., 11, p. 17, 26), noniine (Apul., 


340 APPENDICE I 

Met., 8,25. Arnob., Adv. nat., 1,3). Dans ce sens, ccnseri est 
d'un usage courant à l'époque de Tertullicn ; il n'en est pas 
ainsi de l'actif ceiisere, qui devrait du reste être accompagné 
de nos. Voy. Tlies. l. /., 1 i i, 789, 60. 
Dans P, le mot rare a été remplacé par le mot ordinaire. 

39,9. qui uiuim patrem Deum agnovcrunt, qui unum 
spiritum biberunt sanctitatis, qui de uno utero ignoran- 
tiae eiusdem ad unam lucem expaverunt veritatis. 

Modius donne seulement: expaverunt veritatis. De la Barre 
lit : exspiravenmt pietatis. Comme De la Barre a les deux 
premiers verbes à l'indicatif, on peut admettre, à cause du 
silence de Modius, que F les avait aussi à l'indicatif. Dans P, 
on lit : agnoverunt, biberint, expaverint. Ces trois prop. rela- 
tives sont causales et le subj. était de mise. Mais Tert. emploie 
souvent l'indicatif (Hoppe, Syntax, p. 74) et il lui arrive 
aussi de mêler les modes. Voy. 41,1. Dans P, le même phéno- 
mène se présente aux ch. 8,9 et 30,1. Scorp., 10, p. 166, 20 : 
Vide an servaverit genus, a quibus et testinwniwn sui exspectet, 
et in quos iustitiae viceni mandat. De spect., 21, p. 22, 3 : et qui 
levet, et qui tuetur, et qui aut compescit aut detestatur, et qui 
exhorret, ininw qui veniat, et qui poscit. Même variété après 
cum. De spect., 2, p. 4, 10. Hoppe, Syntax, p. 80. 

Sur la métaphore biberunt, voy. De pud., 16,12 : si vis 
oninem notitiam Apostoti ebibcre. Hoppe, Syntax, p. 181. 

Sur expaverunt == expavescentes venerunt, voy. Ad martyr., 
3. De spect., 17, p, 19,8. Au ch. 37,7, expavescere ad, être épou- 
vanté à la vue de, a un autre sens. Cf. De orat., 22, p. 196, 14. 
Tert. dit aussi : expavescere aliquid. De an., 30, p. 350, 16 : 
numquam restitutionem eius (se. generis humanï) vivos ex 
mortuis reducentem post mille annos semel orbis expavit. Sur 
expavescere avec l'infinitif (De praescr., 2 et 4), voy. Hoppe, 
Syntax, p. 47. 

39,12. in isto solo (in isto loco P) consortium solvimus, 
in quo solo ceteri homines consortium exercent F 

Cf. De an., 5, p. 304, 8 : accerserint Eubulum ... et isto in 


CHAP. 39,9-18 341 

loco amiciim Platonis Aristokkm. — In isto loco « en cette 
matière » n'a pas été compris par le correcteur, qui l'a rem- 
placé par in isto solo, peut-être à cause de in quo solo, qui suit. 
Il est probable qu'il n'aurait pas fait l'inverse. 

Salvien s'est souvenu des §§ 12-13. De gubcrn. Del, 7, 102 : 
Nec suffecit sapientissinio, ut quidam aiunt, pJùlosopiio (se. 
Socrati) doccre Iwc, nisi ipse fecissd : uxorcm enim suani alieri 
viro tradidit, scilicet, siait etiam Ronmmis Cato, id est alius 
Italiae Socrates. Ecce quae sunt et Romanac et Atticae sapien- 
tiae exempta : omnes penitus ma rit os, quantum in ipsis fuit, 
lenones uxorum suarum esse fecerunt. 

39.17. Non prius discumbitur, quam oratio ad Deum 
praegustetur. 

« On ne se met à table qu'après avoir goûté d'une prière 
à Dieu )); La prière est une nourriture spirituelle, que les 
chrétiens prennent avant les autres mets, en guise de pro- 
mulsis ou gustatio. — Sur la métaphore, voy. De cor., 3, p. 
421, 8 0. : inde suscepti lactis et mellis concordiam praegus- 
tamus. Scorp., 1, p. 146, 13 : ungulis insuper degustato mar- 
tyrio, où Hartel lit : ungulis insuperati post degustata mar- 
tyr ia. Hoppe, Syntax, p. 181. 

39.18. Ita saturantur, ut (ut qui P) nieminerint etiam 
per noctem adorandum sibi Deum esse ; ita fabulantur, 
ut qui sciant Deum audire. F 

Ut qui est nécessaire devant fabulantur : ils parlent en gens 
qui savent que Dieu les entend et qu'ils auront à rendre 
compte à Dieu des paroles inutiles, suivant Matth., 12,36 ; 
Ad Ephes., 4, 29-30 ; Ad Coloss., 4-6. 

Au contraire, qui n'est pas nécessaire dans la première 
phrase : « ils se rassasient (c'est-à-dire : ils mangent et ils 
boivent) de telle façon qu'ils se souviennent (ils ne font pas 
d'excès, de telle sorte qu'ils se souviennent), Sen., Fragm. 39 : 
Omnem istam ignobilem deorum turbam ... sic adorabimus ut 
mcminerimus cultum eius niagis ad moreni quam ad rem per- 
tinere (apud Augustin., De civ. Dei, 6, 10). 


342 APPENDICE I 

Sur les prières nocturnes, voy. Ad uxor., 2,4 : nodurnis 
convocationibus. 2,5 : mm etiam per noctem exsurgis oratum. 

39,19. nec in inceptiones lasciviarum F ; nec in erup- 
tiones lasciviarum P. 

« Après le repas, chacun va de son côté, non pour se livrer 
à la débauche ... » — Inceptio « entreprise « est très classique, 
quoique rare. Ter., Andr., 218 : nam inceptiost amentium, 
liaud amantiiim. Cic, Acad., 2, 119: qiiod niilla fuerit tam 
proeclari open's inceptio. Adv. Hermog., 19, p. 147, 6 : ita 
principiiim sive initium incepiionis esse verbum. 

Lasciviae « des actes de dévergondage ». De idol., 1, p. 31,5 : 
in illa (se. idololalria) lasciviae et ebrietates, cum plurimum 
vicias et ventris et libidinis causa frequententw. In Val., 12, 
p. 119,19: videmiis cottidie nauticorum lascivias gaiidiorum. 

40,1. quod existiment omnis publicae cladis, omnis 
popularis incommodi in primordio temporum Christia- 
nos esse in causa. F 

Dans F, il faut lire : a primordio temporum. P n'a pas ces 
trois mots. Voy. ci-dessus, p. 109. 

P a : esse in causam, qui est ici fautif. En effet, il ne faut 
pas confondre la locution très fréquente esse in causa avec 
l'expression rare, mais attestée : esse in causam. 

1° La locution esse in causa « être en cause » et, avec un 
génitif «être la cause de», est très employée depuis Cicéron. 
Thés. l. /., III, 670, 60. Voy. ch. 2,18 : non scelus aliquod in 
causa esse,sed nomen. Ad nat., 1,3, p. 62, 11 : nomen in causa 
est. De an., 17, p. 324, 13 : aqua in causa est. Ibid., 24, p. 338, 
29 : 5/ tempus in causa est oblivionis. Ibid., p. 339, 16 : ergo 
non erit corporalitas in causa exiius uniformis. De pud., 14,25 : 
in causa eius « à cause de lui », et in eadem causa « pour le 
même motif ». 

Esse in causa alicuius rei veut donc dire : esse causam 
alicuiusrei, être la cause d'une chose. Cf. Ad nat., 1, 9, p. 73,5: 
qui omnis cladis publicae vel iniuriae nos causas esse vultis. 

2° Les mss de Tert. ont parfois in causam avec un génitif. 


CHAP. 39,19—40,1 343 

Ainsi, parlant des hommages idolâtriques rendus aux empe- 
reurs (des portes ornées de lauriers et de lampes), Tcrtuilien, 
dit. De idol., 15, p. 47, 15 : Si idoli Iwnor est, sine diibio idoli 
fionor idololatria est. Si hominis causa est, recogitemus omnem 
idololatriam in Iwminis caiisam esse. « S'agit-il d'un honneur 
rendu à une idole (aux dieux qui gardent les portes, ib., p. 
48,7) ? Certes l'honneur rendu à une idole constitue l'ido- 
lâtrie. Un homme est-il en cause ? Songeons que toute ido- 
lâtrie existe pour un homme, c'est-à-dire « a pour but d'ho- 
norer un homme ». Tert. explique son idée, en ajoutant : 
Recogitemus omnem idololatriam in homines esse culturam, 
cum ipsos deos nationum Iwmines rétro fuisse etiam apud suos 
constat. On voit que in causam marque le but. Cf. De an., 51, 
p. 383, 22 : sed non in causam orationis « pour prier ». Apol., 
50, 4 : in causam (F ; in causa P) gloriae et famae vexillum 
virtutis extollunt « ils lèvent l'étendard du courage pour at- 
teindre à la gloire et à la renommée ». 

Ici (40,1), esse in causam (P) ne s'explique pas par cette 
nuance et il faut lire esse in causa (F), — sinon, on sera obligé 
d'admettre qu'il y a confusion de l'ace, et de l'abl. Hoppe, 
Syntax, 41. 

— Les chrétiens sont la cause de tous les désastres publics, 
de toutes les calamités nationales ! Tertullien avait déjà 
consacré tout un chapitre de son traité Aux nations à la réfu- 
tation de ce grief (Ad nat., 1,9). Il lui était sans doute arrivé 
plus d'une fois d'assister aux explosions de la fureur popu- 
laire, car ce sont des scènes vécues qu'il décrit au § 2 : 5/ 
Tiberis ascendit in moenia ... 

On voit que cette accusation était courante à la fin du IIi^ 
siècle, qu'elle surgissait à toute occasion. Sans doute, de tout 
temps, les chrétiens furent accusés d'exciter le courroux des 
dieux par leur impiété, mais le grief précis dont Tert. parle 
ici, ne pouvait devenir général, populaire et habituel, que le 
jour où le nombre des chrétiens fut tel qu'on pouvait leur 
attribuer une influence sur les destinées de l'Empire et où 
des calamités incessantes fondirent sur Rome et sur les pro- 
vinces. Or, Tertullien nous répète que les chrétiens sont nom- 
breux partout et il écrivait au moment où les guerres de 


344 APPENDICE 1 

Septime Sévère, avec leur cortège de calamités, venait de 
ravager l'Orient et l'Occident (i). 

Chose remarquable : aucun des apologistes antérieurs à 
Tert. ne connaît cette accusation, que Tert. nous représente 
comme habituelle à son époque et qu'il regarde comme assez 
sérieuse pour la réfuter longuement à deux reprises : ni les 
Grecs, ni Minucius Félix n'y font allusion. 

Au contraire, les auteurs qui suivirent Tertullieia, ceux 
du nie et cju jve siècle, la connaissent et s'y arrêtent. Origène 
en parle vers le milieu du III^ siècle {^). A la même époque, 
S. Cyprien raconte que des persécutions furent occasionnées, 
en Cappadoce et dans le Pont, par des tremblements de terre. 
Dans sa lettre à Demetrianus, il réfute ceux qui accusaient les 
chrétiens de provoquer la colère des dieux et de causer tous 
les malheurs publics (^). En 305, Arnobe écrit presque tout 
son premier livre pour réfuter ce grief (^). Dans les premières 


(^) Cf. 20^ 2 : quod faînes et lues et locales quaeqiic clades ci fre. 
queiiliae pierumque inortiitin vastant. 

C^) Contra Cels, 3,15 (en 248): s-àv TrâA'.v ol TravTt too-w ota- 
pâXÀovusi; TGV Xo'yov ^r^v aî-t'av -zr^c, i-t toctouto vCiv ataffîtoç £v 
TïX-ôOs'. Twv 7ï'.aTsuo'v-(i)v vo[j.ia(o(TLv sTva'.. Comm. in Matth., 39: Fré- 
quenter eiiiin FAiris causa Christianos culparunt geniilesj scd et 
PES'riLENTiARU:M causas ad Christi ecclesiam retulcrunt. Scimus auicin 
et apud nos terrae '^IO'I'UM fncluiii. in locis quihisdam et factas fuisse 
quasdam ruinas, ita ut, qui crant impii extra fidein, causant terrae 
■motus dicerent Christianos, propter quod et pcrsecutiones passac sufit 
ccclesiae et incensae sunt ; non soluni auteni illiy scd et qui videbantur 
prîtdentcsj talia in publico dicerent quia propter Christiaiios fièrent 
gravissimi terrae motus. 

(■') Epist., 75, 10: Terrae etiam nioius plurimi et frequeiites exsti- 
terunt, ut et per Cappadociam et per Pontu-m -multa suhruerent..., ut 
ex hoc pcrsecutio quoque gravis adversu-m nos nominis fieret. Etc. Ad 
Démet r., 8 : Dixisti per nosfieri et quod nohis debcant iniputari omnia 
ista quibus nunc niundus quatiiur et urguctur, quod di vestri a nobis 
non colantur.. Etc. 

(■') Arnobe, Adv., nat., 1,13; Christianorum, iiiquitis, causa 
mala oinnia di ingeruftt, etc. 


CHAP. 40.1 345 

années du V<^ siècle, les païens rejetaient encore les malheurs 
de l'Empire romain sur la religion chrétienne, parce qu'elle 
défendait de sacrifier aux dieux. Au début de la Cité de Dieu, 
S. Augustin croit nécessaire de montrer l'inanité de ce reproche 
populaire et il y revient à. plusieurs reprises au cours de son 
ouvrage (i). C'était alors un proverbe populaire : « 11 ne pleut 
pas, la faute en est aux chrétiens ! » {^). Les gens instruits, 
dit S. Augustin, savent bien ce qu'il faut en penser ; mais 
pour soulever la multitude ignorante contre nous, ils tâchent 
de persuader au peuple que ces désastres qui, dans l'ordre 
de la nature, affligent les hommes de temps en temps et en 
certains lieux, n'ont d'autre cause que le nom chrétien, qui 
se répand partout et tend à détruire leurs dieux. 

Il résulte de là que, dès le temps de Tertullien, depuis la 
fin du IlG siècle jusqu'au V^, cette accusation est fréquente 
et générale : Tertullien et ses successeurs sont forcés de la 
combattre. Avant lui, au contraire, on l'ignore. Est-il vrai- 
semblable, dès lors, que Minucius Félix, qui a collectionné 
avec tant de soin les calomnies païennes, ne connaisse pas 
celle-ci, s'il est venu après Tertullien et surtout s'il a pillé 
V Apologétique, comme on le dit ? {^). Cela nous paraît tout-à- 


(') S. Augustin, De civ. Dei, i, 36 : Sed adlinc mihi quaedam 
diecnda sunl advcrsus nos, qui Romanae reipuhlicae cladcs in religionem 
noslriDU rcferunl, qua dis suis sacrificarc prohihentur. 2, 3. 3, 31, 
5, 22 ss. Il réfute l'accusation par des arguments semblables à ceux 
de Tertullien. Voy. i, 8-1 1. 

(-) Ibid., 2, 3 : McDicnio nute»i me ista coiiiineinorajitem adhnc 
contra impcriios agorCj ex quorum, imperitia illud quoquc orlum est 
vulgarc provcrhiuni : Piuvia dcfiL, causa Christiaiii sunt. 

(•^) Il ne sait rien non plus du crime de lèse-majesté et les apolo- 
gistes grecs n'en parlent pas plus que lui. Avant Tertullien, les convicia 
d'ennemis de l'Etat (hostcs publiai) , d'ennemis des empereurs (liostes 
priiicipum RomanorumJ et du genre iiumain (hostcs gencris humani) 
sont inconnus. Ce sont là des expressions empruntées par Tert. au 
droit public, au code criminel ou calquées par lui stir la langue 
du droit. Voy. ad 28, 3, Au moment où il écrivait^ on les entendait 


346 APPENDICE I 

fait incroyable. Evidemment, Minucius Félix a écrit en un 
temps où cette accusation n'avait pas encore pris corps, parce 
que l'Empire était heureux et prospère, malgré des calamités 
passagères. Il a écrit avant Tertullien et avant Septime 
Sévère, sous le règne duquel les guerres civiles décimèrent 
l'Empire ; il a écrit avant le Ille siècle, qui amena la ruine 
et la misère générales ; il a écrit avant que le grief dont nous 
parlons fût couramment imputé aux chrétiens Q). 

On n'a pas remarqué jusqu'ici ce silence significatif de 
Minucius Félix, silence qui serait inexplicable, si M. F. avait 
vécu au nie siècle. Ajoutons une autre observation. On a 
soutenu que Minucius Félix a publié son Odavius dans le 
deuxième quart du IIl^ siècle. S'il en était ainsi, on ne com- 
prendrait pas non plus que, dans un petit ouvrage, il se soit 
arrêté si longtemps aux accusations d'infanticide, de repas 
de Thyeste et d'incestes d'Oedipe. Ces calomnies prirent 
naissance au temps de Néron {^), mais c'est au 11^ siècle 
qu'elles se précisèrent et qu'elles reçurent la forme qu'elles 
ont dans Minucius Félix (^) et dans Tertullien (*). Pline le 
Jeune y fait allusion (^), et les apologistes grecs, depuis Aristide 


proférer tous les jours à l'adresse des adversaires vaincus de Septime 
Sévère. Dans Minucius Félix, on ne trouve ni les termes ni l'idée; 
Tert. donnera à ce grief une forme si précise qu'il n'aurait pas pu 
échapper h un imitateur aussi persévérant que celui qu'on veut nous 
faire voir dans Minucius Félix. 

(') Vo}'. notre Edition classique de Minucius Félix, Introd., 
p. XXV, et notre Etude sur la langue et la syfitaxe de Minucius Félix 
(Bruges, Desclée), § 222, p. 156. 

(2) Tac, Ann.j 15, 44 : per flagitia invisos. C'est aux Juifs que 
S. Justin (Dial. c. Tryph., 17, i) et Origène (Contra Celsum, 6, 27) 
attribuent l'origine de cette calomnie ; elle était tirée de l'Eucha- 
ristie faussement interprétée. 

(3) Octavius, 9, 5-7 ; 30, 1-2. 

(■^) Ad nat., i, 7 et 13. Ad uxor., 2, 4-5. De ieiun, 17, p. 266, 25. 
(^) Pline, Rpist. ad Trai., ()Ç)^ 2 : flagitia cohaerentia nomi^ii. 
§ 7 : ad capie7idtim cihum promiscuum tamen et innoxium. 


CHAP. 40,1 347 

et S. Justin jusque Théophile, ne cessent d'en parler (i). 
Minucius Félix rappelle que Fronton (mort vers 178) s'en 
était fait une arme clans un discours contre les chrétiens. 
En 177, à Lyon, des esclaves païens, forcés par les menaces 
de la torture la formulent contre leurs maîtres chrétiens et 
le légat de la Lyonnaise, aussi peu au courant de la loi et de 
la procédure que Pline le Jeune, l'accueille, mais Marc Aurèle 
lui rappelle qu'il ne doit poursuivre rien d'autre chez les 
accusés chrétiens que l'aveu obstiné dû christianisme {^). 
V Apologétique de Tertullien (en 197) marque l'apogée de 
cette calomnie, qui appartient au 11^ siècle. Au III^ siècle, 
elle ira diminuant et disparaîtra : elle ne comptera plus parmi 
les griefs imputés aux chrétiens. Les auteurs, les juges, le 
peuple lui-même cesseront de la répéter. En 248, Origène 
déclare qu'autrefois tout le monde y croyait, mais que, de 
son temps, elle ne trompait plus que peu de gens (^). Si M. F. 
y attache une si grande importance, c'est parce qu'elle était 
encore générale et parce qu'un rhéteur célèbre, Fronton, 
venait de lui donner le patronage de son autorité. Entre les 
années 220 et 250, il en aurait parlé autrement. VOdavius 
porte la marque de son temps ; c'est celle de la seconde moitié 
du 11^ siècle. 


(^) Aristides, 9, 8-9; 27, 2 (ed, GefFcken). Méliton dans Eusèbe 
Hist, eccl., 4, 2, 9. S. Justin, Apol., I^ 26, 7 ; 27, 5. Il, 12,2. 
DiaL c. Tryph., lo, 1-2; 17, 1-3. Tatien, Ad Graec, 25. Athé- 
nagore, Suppl., 3 et 31-36. Théophile, Ad Autol., 3, 4; 6; 

8; 15. 

(2) Eusèbe, Hist. eccl , 5, i, 14 et 26. Cf. 4, 7, 11. 

(^) Origène, Contra Cels., 6, 27 : ri-tc O'jacp'OjJLÎa -apaAdywc -âXai 
[j.£v — Xewtiov oacov ÈxpocTî'. TTStOo'jcra toùç àÀ^o-ptouç toû Xcîyo'j o-t 
xoiouzoi îlatv XpLax'.avoi, y.al vuv oè i~>. àizaza Tivaç, y.xot., Salvien, 
De gub. Dei, 4, 85, rappellera encore cette calomnie d'après Ter- 
tullien, dont il se souvient souvent, mais il en parlera comme d'une 
chose depuis longtemps passée. Comparez: Tert.^ Apol., 8,4: si 
tanti aeteniitas, et Salvien, p. g6 : quasi vero... tanti essct ad eain 
(se. vitam aeternam) per scclera tain immania pet vejiire. 


348 APPENDICE I 

40.2. ascendit in rtira F ; ascendit in arva P 

La leçon de F donne une clausiile régulière (crétique et 
trochée) ; celle de P donne une fin d'hexamètre. 

Sur inclamant (F) et adclamotur (P), peut-être ajoutés l'un 
et l'autre à la fin de la même phrase, voy. ci-dessus, p. 189, 
n. 1, Havercamp supprimait déjà l'un et l'autre, en disant : 
non est opus. La clausule Christianos ad leonem sera un ditro- 
chée. 

Tertullien parlera trois fois encore du cri populaire : Chris- 
tianos ad leonem. De spect., 27, p, 26, 6. De exhort. cast., 12, 
p. 754 0. De resurr., 22, p. 56, 9. 

40.3. Oro vos, ante Tiberium, id est ante Christi adven- 
tum, quantae clades orbem et urbem ceciderunt ? '*'F 

P a : orbem (urbem pi) et urbes. Modius ne dit rien ; la 
lecture de De la Barre était donc celle de F : orbem et urbem. 

Le rapprochement célèbre orbem et urbem apparaît ici pour 
la première fois. Cf. De an., 1, p. 300, 7 : ideoque non unius 
urbis, sed universi orbis iniquam sententiam sustinens. 

Tert. commence par énumérer les désastres qui ont frappé 
les pays (orôem) : îles et terres submergées, déluge, Sodome 
et Gomorrhe, villes détruites par le feu du ciel ou d'un volcan. 
Il termine par deux désastres qui ont frappé Rome (urbem) : 
la défaite de Cannes et la prise de Rome par les Gaulois. 

Orbem et urbes semble exprimer deux fois la même chose. 
Le passage parallèle dé Ad nat., 1, 9, p. 73, 12, qui pourrait, 
à première vue, être allégué en faveur de P, est rédigé autre- 
ment : Quantae clades ante id spatium supra univcrsum or- 
bem ad singulas urbes et provincias ceciderunt ? 

40,6. neque enim illae (alias P) in {om. P) hodiernum ma- 
nerent, nisi et ipsae postumae cladis illius.F 

Illae est probablement une correction intentionnelle. On 
n'a pas compris non alias ... nisi — non aliter nisi, locution 
nouvelle à l'époque de Tertullien, fréquente dans les juris- 
consultes, dans Tertullien et après lui. Il dit aussi non alias 
quam (39,8). Voy. Thés. l. /., I, 1547, 24, et surtout 1 150, 43-69. 


CHAP. 40,2-16 349 

Dans le passage parallèle de Ad nat., 1,9, p. 73, 26, on lit : 
non alias enim superfuissent (oppida) ad liodierniun, nisi pus- 
tuma dadis illhis, ce qui confirme la lecture de P, qui est, 
au surplus, la ledio dijfîdlior. 

Sur in liodiernum, voy, ci-dessus, p. 119. 

Dans la même phrase, P a : mortuiqm siint, au lieu de mora- 
tiqiie siint F. Voy, ci-dessus, p. 119-120, 

40,8, cum ... Pompeios de sua monte perfudit ignis. FP 

Voici le passage parallèle de Ad nat., 1,7, p. 73,20 : Ubi 
tune Chnstiani ... cum Vulsinios de cado, Pompeios de sua 
monte perfudit ignis ? Au lieu de Pompeios, V Agobardinus a 
Tarpeios, localité inconnue. Oehler et Reifferscheid ont cor- 
rigé avec raison en Pompeios. Certains éditeurs pensent qu'il 
ne peut s'agir de Pompéi, attendu qu'en l'an 79, les chrétiens 
existaient déjà et que Tert. ne pouvait pas dire : Ubi tune 
Christiani ... ? L'observation est juste et l'on a trouvé des 
traces de christianisme à Pompéi même. Voy. H, Leclercq, 
dans le Dict. d'arch. dirét. de Cabrol et Leclercq, t, I, p. 2046- 
2047. Mais il faut admettre que Tertullien avait commis une 
bévue dans Ad nationes. Comme il l'a fait plus d'une fois 
(voy. 11,8 et 46,13), il a corrigé sa méprise dans V Apologé- 
tique, où il dit : Sed nec Tuscia iam atque Campania de Chris- 
tianis querebantur, cum, etc., ce qui paraît irréprochable. 

40,10, quem cum intellegeret ex parte, non solum non 
requisivit timendum, sed et alios sibi citius commenta, 
quos coleret. F 

quem cum intellegeret ex parte, non requisivit, sed et 
alios insuper sibi commentata, quos coleret. P 

Les hommes qui ont de Dieu une connaissance naturelle 
(voy, 17, 4-5), mais partielle (Adv, Marc, 2,1, p. 334, 20: 
quem non scias nisi ex parte qua voluit), doivent le rechercher 
pour le craindre ; ils ne l'ont pas fait, mais ils ont préféré 
inventer d'autres dieux pour les adorer. Timendum est opposé 
à quos coleret. 

Une fois qu'on a reconnu Dieu, il faut l'adorer et non le 


350 APPENDICE I 

discuter : c'est une idée que Tert. exprime ailleurs. Adv, 
Marc, 2,1, p. 333 : qiiem quanto constaret esse ..., tanto qualem- 
cumque sine controversia haberi deceret, adorandum potius 
quam iudicandwn et demerendum magis quam retractandum. 
Dieu est pour nous un père et un maître, un père qu'il faut 
aimer et un maître qu'il faut craindre. Ibid., 2, 13, p. 353, 20 : 
patrem diligendum pie, dominum timendum necessarie, dili- 
gendum quia malit misericordiam quam sacrificium, et timen 
dum quia nolit peccatum, diligendum, quia malit paeniten- 
tiam peccatoris quam mortem, et timendum quia nolit pecca- 
tores sui iam non paenitentes. Ideo lex utrumque définit : 
« Diliges Deum » et : « Timebis Deum » (Lev., 19, 14 ; 32), 

C'est l'idée qu'exprime ici timendum et cette idée est déve- 
loppée dans ce qui suit. Si les hommes avaient cherché Dieu, 
le vengeur du crime {nocentiae iudicem), ils l'auraient craint 
et ils auraient éprouvé les effets de sa clémence plutôt que 
de sa colère. — La clausule est un ditrochée, 

Citius, suivi ou non de quam, dans le sens de potius, facilius 
est déjà classique et très fréquent dans Tertullien. Voy. le 
ch. 28,4. De pud., 1,9 ; 10,7 ; 15,11. De an,, 3, p, 303, 10 ; 
Scorp,, 5, p, 154, 14, Adv, Marc, 2,14, p. 355, 1. Tlies. l. /., 
III, 1212, 15. 

Commenta, se est. Tert. dit commentatus ou commentus. 
Ad nat., 2,9, p. 111, 12 : quos (se deos) ipsi (se. Romani) sunt 
commenti. Ibid., 1, 16, p, 86, 6 : quod adulteram nodem com- 
menti sumus. Ibid,, 2, 14, p, 126, 12 : pauca experientiae 
ingénia commentus. De an,, 28, p, 347, 32 : qui talem commen- 
tus est stropham. Adv. Val., 27, p, 203, 9 : fartilia nescio quae 
commenti et hominum et deorum suorum. Thés. l. L, III, 1887, 
23. 

Pourquoi P a-t-il modifié le texte ? peut-être parce qu'il 
n'a pas compris timendum ni citius. Il a remplacé citius par 
insuper, qui fait double emploi avec et {— etiam), et commenta 
par la forme plus fréquente commentata. 

40,12. Illius rea est, cuius bonis ingrata est F ; illius rea 
est, cuius et ingrata P. 

Tertullien dit : « Le genre humain est l'accusé de celui, 


CHAP. 40,12-15 351 

est poursuivi par celui, envers les bienfaits duquel il est ingrat.» 
Sur reus avec le génitif d'une personne, voy. ch, 8,2 : nullius 
reiim. Cic, Pro Mil., 35 : reus Milonis lege Plautia luit Clo- 
dius. Ailleurs (Adv. Marc, 4,25, p. 504, 12), Tert. dit : reos 
habuit (Deus) sapientes atque prudentes. 

Cuius et ingrata, se. est, ne paraît pas être latin. Le nom 
de la personne se met au datif ayec gratus, ingratus. Le nom 
de la chose se met aussi au datif. Il est vrai qu'en poésie et 
dans la prose postclassique, le nom de la chose est parfois 
mis au génitif, mais pas le nom de la personne. Virg., Aen., 10, 
666 : ingratusque salutis. Adv. Marc, 2, 24, p. 367, 1 1 : bene- 
ficii ingratus. 3,24, p. 422, 2 : ob utriusque promissionis ingra- 
tos. Hoppe, Syntax, 23, ne cite aucun autre exemple du nom 
de la personne au génitif. 

Dans F, la clausule est un double spondée, précédé d'un 
trochée. Dans P, la clausule est irrégulière (i). 

40.14. cauponis *F ; cauponiis P. 

Tertullien dit cauponas, au ch. 13,6. Le neutre cauponium 
(de l'adjectif cauponius), pour caupona, ■KaTZ'f\lÙQy « auberge, 
cabaret », n'est attesté d'une manière certaine que par les 
glossaires. Tlies. l. /., I, p. 657. — Sur ce passage, voy. ci- 
dessus, p. 27. 

40.15. in sacco et cinere volutantes invidia caelum tun- 
dimus FP 

« Nous lassons le ciel par notre importunité ». — On a rare- 
ment bien compris cette locution. Caelum = Deum, comme, 
au ch. 30,2. Tundere n'est pas la même chose que pulsare, 
frapper à la porte. Tundere aliquem, c'est importuner, fatiguer 
(très familièrement : assommer, raser) qqn par ses discours et 
ses prières. Plaut., Poen., 434. Ter., Hecyr., 123. Virg., Aen., 
4, 448. De même extundere aliquid signifie « arracher qqch. 


Q-) Lôfstedt^ p. 68, regarde botiis et est comme interpolés dans 
F et propose de lire : cuius ingrata (crétique et trochée), ce qui 
nous paraît peu grammatical. 


352 APPENDICE I 

par ses prières ». Plaut., Most., 221. Suet., Vesp., 2. Son., De 
benef., 1, 3, 1. Ce sont des tournures de la langue courante. 

Il en est de môme de invidia qui désigne « la manière d'agir 
insupportable «, les importunités par lesquelles le suppliant 
finit par arracher (extorserimus) ce qu'il désire. Tércnce em- 
ploie odiiim dans ce sens. Hecyr., 123 : tiindendo aiqiie odio 
denique effecit senex. On trouve invidia ainsi employé dans 
Stace, Theb., 9, 722 ; Silv., 5, 5, 77. Lucain, Phars., 2,36. Tert., 
De orat., 5. De ieiun., 16. De même, invidiosus, dans Tert., 
De pud., 22. S. Cyprien, De mort., 10, p. 302, 15. Cf. Hoppe, 
Syntax, p. 122. Les chrétiens suivent les conseils du Maître. 
Matth., 7,7 : Petite et accipietis. 11,12 : regmim caelonim viin 
potitur et violenti rapiiint illiid. Luc, 11, 5-13 : parabole de 
de l'homme {nocturnus illc pulsator, dit Tert., De orat., 6), 
à qui le maître de la maison finit par ouvrir propter impro- 
bitatcm, oià ye t7|V àvaioeiav. 

Hartel, Pair. Stud., IV, p. 43, traduit invidio par stiinnisches 
Verlangen. Cette traduction, que nous avions admise, ne 
nous paraît plus exacte. 

40,15. et, cLim niisericordiam extorserimus, luppiter 
honoratur a vobis, Deus neglegitur. F 

Les mots Deus neglegitur ne sont pas dans P. Ils ont l'air 
d'une glose explicative de l'antithèse qui précède. Ils ne sont 
pas exigés par le sens, car l'antithèse entre Deum tanginms 
et luppiter honoratur se comprend facilement : nous désar- 
mons Dieu et c'est ... Jupiter qu'on honore. En outre, ils 
donnent une clausule irrégulière à la fin du chapitre (double 
crétique avec la dernière longue résolue). 

L'idée revient, sous une autre forme, dans Ad Scap., 4 : 
Quando non geniculationibus et ieiunationibus nostris etiam 
siccitates sunt depulsae ? Tune et populus adclamans deo deo- 
rum, qui solus potens, in lovis nom' ne Deo nostro testimonium 
reddidit. 

41,1. Sed (aut P) ne iili iniquissimi, qui (si P) propter 
Christianos etiam cultores suos laedunt F 

« Mais, en vérité, ils sont injustes au suprême degré, ces 


CHAP. 40,15—41,1 353 

dieux qui, à cause des chrétiens, font souffrir même leurs 
adorateurs ». 

Le chap. 41 doit être divisé comme suit: § 1. Vos igitiir. 
Conclusion du chap. précédent. Secl ne illi. Idée nouvelle de 
ce chapitre : vos dieux sont injustes, puisqu'ils punissent 
leurs adorateurs à cause des chrétiens. § 2. Objection : on 
peut en dire autant du Dieu des chrétiens. § 3. Admittite. C'est 
la première réponse à l'objection : le plan de Dieu. § 4. Qui 
autem. Suite de cette réponse. § 5. Deuxième réponse : les 
chrétiens ne souffrent pas des plaies envoyées par Dieu ; au 
contraire, ils s'en réjouissent. § 6. Conclusion sarcastique. 
Vous adorez des dieux ingrats et injustes et vous ne devriez 
plus les honorer ! 

Tertullien commence par tirer la conclusion du chap. 40. 
Ce sont les païens qui attirent les malheurs sur l'Empire ; 
en effet, ce ne sont pas leurs dieux qui sont irrités, c'est le 
Dieu des chrétiens, parce que celui-ci seul a des raisons d'être 
irrité, tandis que ceux-là n'en ont pas. 

Puis brusquement il suppose la thèse contraire admise : 
ce sont les dieux païens qui sont irrités et qui punissent les 
hommes à cause des chrétiens. En ce cas, ils sont injustes 
de ne pas distinguer entre leurs fidèles et leurs contempteurs. 
C'est la thèse de ce chapitre. Après avoir réfuté une grave 
objection, Tertullien revient à cette thèse au § 6 en concluant. 

L'idée est clairement exprimée dans P : « Ou bien (s'il n'en 
est pas ainsi), s'ils font souffrir leurs adorateurs à cause des 
chrétiens (comme vous le dites), ils sont très injustes en 
vérité ... ». 

Mais le texte de F a le même sens : « Mais, en vérité, ces 
dieux (////, qui coluntiir) sont très injustes, eux qui (comme 
vous le prétendez) font souffrir leurs adorateurs à cause des 
chrétiens ... » 

Nous avons vu que le remanieur de P paraît quelquefois 
remplacer le relatif (qui) par une conjonction (si), qui précise 
le sens. Voy. p, 366. 

Sed est une formule de transition fréquente dans Tertullien, 
qui sert à passer à une idée différente : Mais (laissons cela) ... 
Voy. P, Henen, Index verbonwi, p. 139. 

23 


354 APPENDICE I 

41,3. Aequalis est intérim super omne hominum genus, 
et indulgens et incessens (iiicrepans P). F 

« En attendant (le jugement dernier), Dieu se montre égal 
pour tous les hommes, dans ses faveurs et dans ses rigueurs ». 
Sur intérim « pour le moment, provisoirement », voy. ci-dessus, 
p. 178. Super, avec l'ace, signifie « à l'égard de ». Luc, 5, 35 : 
quia ipse benignm est super ingrates et malos. kwtz l'abl., il 
veut dire « au sujet de » (21, 19). Aequalis est est construit 
avec un participe présent ; c'est peut-être un hellénisme pour 
aeque indulget et incessit « il se montre également indulgent 
et rigoureux pour tout le genre humain ». 

P semble avoir remplacé un mot choisi (incessens) par un 
mot plus vulgaire. F donne d'ailleurs une clausule très fré- 
quente (crétique et trochée) ; celle de P (trochée et crétiquc) 
est rare, mais elle est régulière. 

41,6. lam vero si ab his molitis omnia vobis maie <(e>ve- 
niunt nostri causa F ; sin vero ab eis, quos colitis, omnia 
vobis mala eveniunt nostri causa P 

lam vero. Formule de transition, comme iam nunc (9,17 ; 
39,1). Tert. vient de soutenir que c'est le Dieu des chrétiens 
qui envoie les calamités comme un châtiment. Maintenant 
il revient à la thèse païenne : les calamités sont envoyées par 
les dieux, à cause des chrétiens. 

Ab his molitis pourrait signifier ab his molientibus « grâce 
aux efforts, aux agissements, aux manœuvres de vos dieux ». 
Moliri s'emploie sans compl. direct. Cod. lust., 9, 18, 4 : moliri 
contra salutem hominum. Cic, Ad fam., 6, 10 : agam per me 
ipse et moliar. Ter., Heaut., 240 : nosti mores mulierum : 
dum moliuntur, dum comuntur, annus est. Cf. Rauschen, p. 69. 

Sur eveniunt, voy. ci -dessus, p. 36. Adv. Marc, 2,5, p. 340, 
9 : nihil mali evenire homini. 

Les mots cur colère eos perseveratis prouvent que Tert. a 
écrit : ab eis, quos colitis. Il est probable dès lors, qu'il faut 
lire aussi avec P ; sin vero et mala eveniunt. C'est F qui paraît 
avoir été remanié en cet endroit. 


CHAP. 41,3-6—42,1-3 355 

42.1. Sed alio adhuc (quoque P) iniuriarum titulo postu- 
lamur et infructuosi negotiis (in negotiis P) dicimur. F 

« Mais on nous accuse de vous causer d'autres dommages 
encore : on dit que nous sommes des gens improductifs pour 
les affaires ». Voy, ci-dessus, p. 304, n. 3. 

Adhuc veut dire « en outre, encore », insuper, praeterea, 
comme au ch. 16,1. Voy. Har M, Patrist., Stud., 111, 24. Thés, 
l. L, I, 662, 18 (depuis Sénèque). Sen., Epist., 5,42: praeter 
haec adhuc inventes genus aliud. Tert., De spect., 19, p. 21,3 : 
qui adhuc spécial . Ad nat., 1, 10, p. 79, 2. Scorp., 2,7, p. 158, 24. 
De pud., 2, p. 222,29. De ieiun., 4, p. 278, 20. De an., 21, 
p. 333, 24 ; 32, p. 354, 26. 

Tertullien construit plus loin infructuosus avec le datif. 
42,3 : infructuosi negotiis veslris. 43,2 : his infructuosos esse. 
L'abl. avec in aurait un autre sens : on ne reprociie pas aux 
chrétiens d'être « improductifs dans les affaires », c'est-à-dire, 
de ne pas s'enrichir eux-mêmes, mais de ne rien produire pour 
la richesse générale, de vivre aux dépens de la société, de 
s'abstenir du commerce et de l'industrie, en un mot, de faire 
tort aux affaires. Iniuriae — damnum. 

C'est donc P qui est interpolé : quoque est le mot ordinaire ; 
l'interpolateur l'a mis pour adhuc, qui est pris dans un sens 
assez rare ; in negotiis vient d'un interpolateur qui n'a pas 
compris le datif. 

42.2. cohabitamus hoc saeculum F ; cohabitamus in hoc 
saeculo. P 

« Nous habitons ce monde avec vous ». Cohabitore apparaît 
ici pour la première fois. Tert. le construit ici avec l'ace. ; de 
même, habitare est parfois transitif. Cic, Verr., 4, 1 19 : colilur 
ea pars (urbis) et habitatur frequenlissime. Comme l'un et 
et l'autre sont ordinairement intransitifs, le remanieur de P 
aura mis : in lioc saeculo. L'inverse est moins vraisemblable. 

La clausule de F est fréquente (double crétique) ; celle 
de P est défectueuse. 

42.3. Navigamus et nos vobiscum et vobiscum {cm. P) 
militamus et rusticamur et mercamur : proinde (et mer- 


356 APPENDICE I 

catus proinde P) miscemus artes, opéras nostras (opéra 
nostra P) publicamus tisui vestro. *F 

Mercamur est le texte de De la Barre et Modius ne donne au- 
cune variante, bien qu'il donne le commencement de la phrase 
jusque militamus. Remarquez qu'il ajoute : etc., marquant 
expressément que la suite est conforme à De la Barre. A moins 
que mercamur ne lui ait échappé, il faut admettre que c'est 
la lecture de F. — Proinde signifie toujours « pareillement, 
de même », dans l'Apologétique. Voy. 9,15 : proinde ... ut 
et proinde quemadmodum. Il y a un chiasme dans ce qui suit. 
Artes miscere « échanger les produits de ses arts, de son indus- 
trie » va mieux que mercatus miscere, surtout qu'à l'époque 
de Tert., mercatus signifie « lieu où l'on vend, foire, marché », 
et non « commerce, négoce ». 

Au lieu de opéras nostras, P a : opéra nostra. — Operae 
désigne le « travail » et les « produits du travail ». Voy. 14,4 : 
structorias opéras. Adv. Marc, 2, 20, p, 363, 9 : ludaeorum 
vero reposcentium opéras suas. Ibid., 1. 12 : operae. De an., 
58, p. 394, 17 : tum quia et carnis opperienda est restitutio ut 
consortis operarum atque mercedum. 

Le deuxième vobiscum a été probablement omis dans P. 

42.3. Qiiomodo infructuosi videamur (videmtir P) negotiis 
vestris, cum quibus et de quibus vivimus, nescio (non 
scio P). F 

Modius a noté nescio, au lieu de non scio. A la fin de la 
phrase précédente, il a noté opéras nostras publicamus, au 
lieu de opéra nostra publicamus. Entre les deux, l'édition 
De la Barre a videamur {videnmr P) et Modius n'a noté aucune 
variante de F ; il faut en conclure que F avait videamur ou 
que l'attention de Modius s'est trouvée en défaut. — Sur 
l'indicatif dans l'interrog. indirecte, voy. 30,6 : examinantur. 
Cf. 43, 1. Hoppe, Syntax, p. 72. 

42.4. Non lavo sub noctem (non lavor diliculo P) Satur- 
nalibus, ne et noctem et diem perdam ; sed lavo et débita 
(attamen lavor honesta P) hora et salubri, quae mihi et 


CHAP. 42,3-4 357 

colorem et sanguinem servet : frigere (rigerc P) et pallere 
post lavacrum mortuus possum ! F 

Sur la forme lavo — lavor, voy. Neue-Wagner, Formenlehre, 
33, p. 125-126. De an., 50, p. 381, 22 : (balneum), quo paucis- 
simi lavant. P a remplacé lavo par la forme plus ordinaire 
lavor. 

Sub nociem peut signifier : u aussitôt avant » ou « aussitôt 
après la nuit » et peut donc être synonyme de diliculo, vers 
l'aube. Suet., Aug., 16 : sub liorain pugnae, après le combat. 
Voy. Kuhner, Aiisf. Gramin., II, p. 415 -= 2^ éd., II, 1, p. 571. 
Le remanieur de P a perdu de vue cet emploi de sub et a rem- 
placé sub nocteni par diliculo. 

En temps ordinaire, le bain se prenait avant le dîner (cena) 
vers la huitième heure. Aux Saturnales, on se baignait dès 
l'aube, parce qu'on n'aurait pas eu le temps de le faire pendant 
le jour. Marquardt, Le Culte, 2, p. 383. Vie privée, 1, p. 348. 
Sénèque (Ep., 122,9) parle de ceux qui font tout contraire- 
ment à l'ordre de la nature. Ils dînent dès l'aube : lain lux 
propius accedit, tenipus est cenae. Aussi, ces hommes qui font 
de la nuit le jour (lucifugae), comme Sp. Papinius, prennent- 
ils leur bain au lever du jour. Ibid., 16 : Circa lucem discur- 
ritur ... Quaero quid sit : dicitur mulsum et olicam poposcisse, 
a balneo exisse. Extendebat, inquit, coena eius diem minime ... 

Pendant les Saturnales, on perdait naturellement la nuit ; 
en commençant dès l'aube, dit Tert., on perd aussi le jour 
{et ... et = non solum ... sed etiam). 

Et débita hora et salubri, à l'heure qui est fixée par l'usage 
et qui est aussi la plus favorable à la santé. P a remplacé sed 
par attamen ; en supprimant le premier et, il a détruit le rap- 
port entre les deux adjectifs ; enfin, il a remplacé débita par 
honesta. Il a aussi changé frigere en rigere ; en effet, frigere 
« être glacé » correspond mieux à calorem, comme pallere 
correspond à sanguinem. On a perdu de vue que sanguis 
désigne la couleur du visage (rubor). Sen., Epist., 106,5 : vide 
an {adfectus) ruborem evocent, an fugent sanguinem. Plin., 
Epist., 1, 14, 8 : est illi faciès liberalis, multo sanguine, multo 
ru bore. 


358 APPENDICE I 

42,6. nos coronam naribus novimus : viderint qui per 
capilltim odorantur ! P. 

« C'est avec )e nez que nous respirons le parfum de la cou- 
ronne ; quant à ceux qui sentent par la chevelure, c'est leur 
affaire ! ». 

Ici F a : nos enim non novimus, au lieu de : nos coronam 
naribus novinms. 

Tert. répète cette plaisanterie, De corona, 5 : Tam contra 
naturam est ftorem capite sectari, quam cibum aure, quam 
sonum nare. Elle n'était pas nouvelle, comme on pourrait 
le croire. Lucien, Nigrinus, 32 (74), dit que Nigrinus blâmait 
ceux qui portent une couronne, de ne pas savoir la place qui 
convient à une couronne : £•' yàp -zo'., l'fi\, t-^ ttvo-^ tiÔv '!wv 
TE xal pôowv yaipouo-'.v, 6tco xr\ pwl ij.àÀ'.TTa iy^~r\V a.ù'ïobc, 
arTécpefrOat, Trap' y.ùxiy wç owv te tyjv àvaTcvo'rjV, Cv' wç TcXe^aTOv 

Minucius Félix, 38, 2-3 : auram bonam floris auribus ducere, 
non occipitio capillisve solemus haurire. 

La lecture de F n'a pas de sens ; elle peut résulter d'une 
série d'erreurs. Si l'on suppose que naribus était tombé, le 
copiste a pu prendre coronam pour enim non, grâce aux signes 
abréviatifs. 

43,1. Plane confitebor, quoniam (quinam P), si forte, 
vere de sterilitate Christianorum conqueri possunt (pos- 
sint P). F 

Quoniam est une erreur de transcription, pour quinam. Il 
est vrai qu'après un verbe déclaratif, Tert. met parfois quo- 
niam avec l'indicatif ou avec le subj., au lieu de l'ace, avec 
l'infinitif. Hoppe, Syntax, p. 76, cite cinq exemples. Mais 
ici le sens exige l'interrogatif indirect quinam. 

L'indicatif possunt dans l'interrogation indirecte peut se 
défendre. Voy. 42,3. Cf. Ulpian., Edict., 26, 10, 1,5 : Osten- 
dimus, qui possunt de suspecto cognoscere : nunc videamus, 
etc. Kalb, Roms Juristen, p. 75. 


CHAP. 42,6—43,1-2 359 

43,2. Quanti habetis, non dico iam qui pro vobis quoque 
vero Deo preces fundant, sed a quibus nihil timere pos- 
sitis F 

Au lieu de fundant, P a fundant, quia forte non crediiis. 
La tournure non dico iam ... sed ne sert pas à exclure le pre- 
mier membre. Non dico iam introduit, sous forme de prété- 
rition, le premier membre d'une gradation et la tournure non 
dico iam ..., sed marque que, pour le moment, l'auteur attache 
moins d'importance au premier membre qu'au second. Voy. 
4,1 : non dico pessimi optimos, sed et iam, ut volunt, compares 
suos. 40,5 : non dicam ,,., sed. 

Sous forme de prétérition, Tertullien rappelle les exor- 
cismes (37,9) et les prières des chrétiens pour l'empereur et 
pour l'empire (ch. 30-32), mais il veut surtout faire état ici 
de leur esprit pacifique (ch. 37,3-8). Les chrétiens, dit-il, sont 
accusés d'être « improductifs » pour la société. Si cela était 
vrai, ils compenseraient le dommage par la protection qu'ils 
procurent à l'Empire : « Ne parlons plus, dit-il, des démons 
que nous chassons, ni des prières que nous adressons à Dieu 
pour vous (P ajoute : parce que vous n'y croyez peut-être 
pas) ; j'en ai assez parlé plus haut ; mais disons que vous n'avez 
rien à craindre de nous ». C'est la transition aux ch, 44-45, 
où Tert. montre que les chrétiens sont incapables de faire 
du mal à personne {innocentes) et pourquoi il en est ainsi. 

Si Tert. met en relief le second membre par la formule non 
dico iam ... sed, c'est donc qu'il se propose de développer ici 
le second membre, comme il a développé le premier plus haut. 
Ce n'est pas parce que les païens « ne croient peut-être pas » 
au premier des deux services rendus par les chrétiens. 

Un lecteur qui se demandait pourquoi Tert. a dit non dicam 
iam ..., pourquoi il ne parle pas ici des démons chassés et des 
prières chrétiennes, s'est souvenu que les païens traitent 
d'hypocrisie les prières pour l'empereur (ch. 31,1) et il a mis 
en marge : quia forte non creditis. Cette note s'est glissée 
ensuite dans le texte. Mais Tertullien n'est pas homme à 
affaiblir, par une parenthèse de ce genre, l'effet d'une démons- 
tration antérieure. 


360 APPENDICE I 

Faisons remarquer que, dans la fameuse phrase de Bossuet : 
« Versez des larmes avec des prières », où l'on voit toujours 
un zeugma, il y a un latinisme : Bossuet a transporté en fran- 
çais l'expression latine preces fundere. 

44,2. Quis illic sicarius, quis manticularius, quis sacri- 
Icgus aut corruptor aut lavantiuni pracdo idem (quis 
idem P) etiam Christianus adscribitur ? F 

Sur le deuxième quis ajouté dans P, voy. p. 79. — Ici, 
comme au cli. 15,7, sacrilegus désigne un « voleur de choses 
sacrées dans un temple public ». De même, sacrilegium désigne 
le vol commis dans un temple public. C'est la définition que 
donne Paul, Dig., 13, 11, 1 (ci-dessus, au ch. 13,6). Voy. 
Mommsen, Droit pénal, il, p. 272 et 279. Ges. Schriften, III, 
p. 394, 4 ; 407, 3. Le droit pénal ne donne jamais un autre 
sens à ces deux mots ; il ne connaît pas le crime d' « impiété » 
ou de « lèse-religion » et il n'emploie pas le mot sacrilegium 
dans ce sens. Mais la langue courante désignait par le mot 
sacrilegium, l'impiété ou le mépris des dieux. C'est dans ce 
sens que la populace qualifiait les chrétiens de « sacrilèges » 
et criait : Toile sacrilegos ! Alpe toùç àOsouç, Chose curieuse ! 
Tertullien, qui emploie souvent sacrilegium et sacrilegus dans 
ce sens général, quand il réfute l'accusation populaire, pro- 
teste une fois contre l'emploi abusif, non juridique, de ce 
terme. « Vous nous appelez sacrilèges », dit-il (c'est-à-dire 
«voleurs d'objets sacrés»), et pourtant, loin de nous prendre 
en flagrant délit de vol d'objets sacrés, jamais vous ne nous 
avez pris en flagrant délit de vol ordinaire ! » Ad Scap., 2 : 
Tamen nos, quos sacrilegos existimatis, nec in furto umquam 
deprehendistis, nedum in sacrikgio. Voy. la note sur 28,3, 
ci-dessus, p. 296. 

Ici, Tertullien emploie sacrilegus dans son sens juridique 
de « voleur d'objets sacrés » ; en effet, il énumère les délits 
les plus communs, les plus vulgaires contre les personnes et les 
propriétés, délits dont on ne pouvait pas accuser les chrétiens. 

44,2. Proinde, cum Christian! suc titulo obferuntur, quis 
ex illis talis, qualis etiam notatur noinine ? 


CHAP. 44,2-3 361 

Tertullien vient de dire aux juges : Les malfaiteurs que 
vous condamnez tous les jours, ne sont jamais accusés en 
même temps (idem) d'être chrétiens. Il ajoute : De même, les 
chrétiens qui vous sont déférés comme chrétiens (suo titulo), 
ne sont jamais trouvés coupables des crimes de droit commun 
qu'on leur reproche sous ce nom. — Les crimes de droit com- 
mun qu'implique le nom de chrétien, aux yeux des païens, 
sont l'infanticide, le repas de sang et l'inceste. 

Sur proinde, voy, 49,3, note, — Suo titulo. Chaque délit 
ou crime est déféré au juge sous son «titre » , titulus, nomen. 
De idol., 1, p. 30,5 : etsi suo quodque {delidum) nomine iudicio 
destinatur. Le titre du crime des chrétiens est Cliristianus. 
Voy, 2, 20 : quid de tabelta recitatis illum « Chnstiamim « ? 
Ibid. : ipsis nominibus scelerum. Ad Scap.., 4 : Quis denique 
de nobis alio nomine queritur ? 

Le titre du crime est toujours repris dans le libellé des 
jugements. Ad nat., 1, 3, p. 62, 8: Porro sententioe vestrae nihil 
nisi Christianum confessum notant. 1, 2, p. 61, 7: Porro de 
nobis, quos atrocioribus ac pluribus criminibus deputatis, 
breviora ac leviora elogia conficitis. Voy. ch. 2, 16 et 20. 

Qualis etiam notatur nomine. Le nom de chrétien, qui est 
celui du crime, implique encore, pour les païens, toutes sortes 
de crimes de droit commun, l'homicide, l'inceste, etc. Pline 
écrit àTrajan, 96: Nec mediocriter haesitavi... nomen tpsum, 
si flagitiis careot, an flagitia coliaerentia nomini punianiur. 
Donc, la sentence du juge, en «notant» le crime de la con- 
fessio nominis, note en outre (etiam), mais tacitement, les 
crimes que le nom implique. Sur le sens de notare, voy. Ad 
nat., 1,3, p. 62,8 (ci-dessus). 

P a : quis ex illis etiam talis (est) qualis lot nocentes (sunt) ? 
Cela paraît plus compréhensible à première vue pour les 
lecteurs : c'est une raison de soupçonner un remaniement, 
fait pour eux, mais ce remaniement défigure l'idée de Ter- 
tullien. 

44,3. Nemo illic Christianus, nisi hoc tantum (nisi plane 
tantum Christianus P) ; aut, si et aliud, iam non Chris- 
tianus. F 


362 APPENDICE 1 

Dans vos prisons, dit Tertullien, on ne trouve aucun chré- 
tien, à moins qu'il ne soit que chrétien, c'est-à-dire, à moins 
qu'il n'y soit enfermé pour ce seul motif qu'il est chrétien ; 
ou bien, s'il est encore autre chose, s'il a commis un autre 
crime, il n'est plus chrétien, il est excommunié, retranché 
de notre communauté. 

La lecture de P ressemble à une explication de hoc, qui 
aura paru obscur à l'interpolateur, et la répétition de Chris- 
tianus alourdit le style. Tertullien reprend souvent, au moyen 
de Iwc, un mot qui vient d'être exprimé (ici Cliristiaims). Voy. 
9,5 : Hoc opinor, minus {est). 12,5 : hoc et illi (faciunt). ici, 
il dit de même : si et oliiid (est). 

45,1. et fideliter custodimus, ut ab in<con>temptibili 
deo doctore praeceptam F ; et fideliter custodimus, ut 
ab incontemptibili dispectore mandatam. P 

L'innocence, dit Tert., nous l'avons apprise de Dieu même : 
d'une part, nous la connaissons parfaitement, révélée qu'elle 
est par un Maître parfait, et, d'autre part, nous la gardons 
fidèlement, ordonnée qu'elle est par un juge que nul ne peut 
braver. Cf. De spect., 21, p. 21, 27 : Ethnici, quos pênes nulla 
est veritatis plenitudo, quia nec doctor veritatis Deus. — F a été 
maltraité, comme le prouvent déjà intenitibili et l'insertion 
de la glose Deo. Voy. ci-dessus, p. 67. Mais il paraît avoir 
subi des remaniements intentionnels ; en effet, doctor ne 
s'oppose pas bien à magister, dont il est synonyme. Dispector, 
mot plus rare, convient mieux pour désigner Dieu comme 
Juge. De an. 51, p. 320, M : si enim scrutatorem et dispecto- 
rem cordis Deum leginms. De test, an., 2, p. 136, 23 : sunt 
qui, etsi Deum non negent, dispectorem plane et arbitrum et 
iudicem non putent. Ad uxor., 2,8 : quasi rêvera dispectores 
divinarum sententiarum. De même, mandatam exprime mieux 
que praeceptam que la doctrine est imposée. Voy. au § 2 : 
impcravit. Enfin, au § 2, dans P, humana aestinmtio (= opinio, 
iudicium) est un terme plus rare et plus choisi que humana 
doctrina (F). 

45,6. Recogitate etiam pro brevitate supplicii cuiuslibet, 
non tantum ultra mortem remansuri. F 


CHAP. 45,1-6—46,1 363 

Dans P, recogitate est suivi de ea. Quand recogitare est 
accompagné d'un complément, celui-ci se met à l'abl. avec 
de ; mais, si c'est un pronom neutre, il peut se mettre à l'ace. 
Cf. De idol.. 11, p. 41, 9 : si cetera delictorum recogitatis. Il en 
résulte que ea est grammaticalement correct. Mais Tertul- 
lien n'invite pas à réfléchir « aux choses » qui précèdent ; il 
passe à un nouveau motif du manque d'autorité des lois 
humaines : la brièveté du châtiment qu'elles peuvent in- 
fliger. 

Le scribe ou le remanieur de P aura cru que recogitate avait 
besoin d'un complément ; mais ce verbe est souvent employé 
absolument, dans le sens de considerate, deliberate, cogitate 
vobiscum. 48,5 : Recogita, quid fueris, antequam esses. 

46,1. ostendimiis totum statum nostrum, et quibus (qui- 
bus modis P) probare possimus F 

De spect., 24, p. 24, 9 : Quoi adimc modis probabimus niliil 
ex fiis qiiae spectaculis deputantiir piacitum Dec esse ... ! Adv. 
Marc, 1, 9, p. 301, 19 : non eis modis ... tibi examinandum, 
quibus ... didicisti. — Tert. emploie aussi le pronom neutre 
seul, aux cas indirects. 

46,1. Exsistat qui nos revincere audebit: non arte ver- 
borum, sed eadem forma qua probationem constitui- 
mus, de veritate, debebit reniti. F 

Qui nos revincere audebit, non arte verborum, sed 
eadem forma qua probationem constituimus ? P 

Sur forma = modus, voy. p. 177. — Au commencement, 
P a qui, qui peut être mis pour quis. Hoppe, Syntax, p.\05, 1. 
— A la fin, F a renidi, pour reniti. 

Tert. résume d'abord son argumentation : « Nous avons 
tenu tête, pensons-nous, à toutes les accusations formulées 
par ceux qui réclament le sang des chrétiens », etc. Puis, il 
lance ce défi : « Qu'il se lève celui qui osera nous réfuter 1 Ce 
n'est pas par les artifices du langage ... qu'il devra nous com- 
battre 1 » Dans les prop. relatives qui marquent la consé- 
quence {qui audebit), il met souvent l'indicatif. De spect.. 


364 APPENDICE I 

1, p. 1, 18 : sLint qui existimant. De pud., 9,1 : stint aiitem ... 
quae posita siint. Hoppe, Syntax, p. 74. Tert. aime aussi à 
donner à sa pensée la forme d'un défi. Voy. 23, 4-5. 50, 12. 
Le remanieur de P semble avoir simplifié la phrase. 

46,2-18, Sed dum tameii unicuique, etc. 

Division du chapitre. 

Objection : le christianisme n'est qu'une sorte de philo- 
sophie (§ 2). 

RÉFUTATION : 1° S'i[ en est ainsi, quelle inconséquence 
de nous traiter autrement que les philosophes ! (§ 3-4). Mais 
cette inconséquence ne s'explique que trop bien par l'atti- 
tude des philosophes envers les démons et envers la vérité 

(§ 5-7). 

2o Mais il n'en est pas ainsi : pour la science, comme pour 
la morale, les chrétiens diffèrent des philosophes : a) pour 
la science (§ 8-9) ; b) pour la morale (§ 10-16). 

Objection à ce dernier point : certains chrétiens s'écartent 
des règles de la discipline. Réponse ; nous les excluons de 
nos rangs, tandis que les philosophes qui vivent dans l'immo- 
ralité, n'en sont pas moins honorés comme philosophes (§ 17). 

Conclusion. Parallèle entre le philosophe et le chrétien 
(§ 18). 

11 en résulte qu'il faut des alinéas aux §§ 3, Set 18, et 
pas d'alinéa au § 7. 

46,3. Cur ergo qtiibus comparamur de disciplina, non 
proinde adaequamur diligentia (/. de licentia) et immu- 
nitate disciplinae ? F 

Sur de licentia, voy. ci-dessus, p. 111. — P a ajouté l'anté- 
cédent illis devant adaequamur. Voy. ci-dessus, ad 19,6. — 
A la fin, il a : orf licentiam impunitatemque disciplinae. — Com- 
porare (= parem jacere) est ici synonyme de adaequare. Voy. 
plus loin, ut pares nostri. Tert. joint souvent de à l'abl. déter- 
minatif ; il emploie souvent aussi ad dans le sens de « concer- 
nant, quant à». Voy. 1,1 : ad liane solam speciem. 4,3: ad omnia. 
25,1 : ad liane causam. 45, 2 : ad innocentiae veritatem. 46,10 : 


CHAP. 46,2-5 365 

ad sexiim. 48,3 : ad liane partein. Henen, Index verborum, p. 8. 
Ici, la répétition de de rend plus sensible l'antithèse de disei- 
plina et de licentia et ininiiinitate disciplinae. — Aux philo- 
sophes, il est permis d'attaquer librement les dieux et les 
superstitions {licentia) et ils sont à l'abri de toute persécution 
(inimunitas). Ovid., Met., 8, 691 : immunes niali. ibid., 9, 
253 : immunes necis. Virg., Aen., 12, 559 : urbem immiinem 
tanti belli atque impune quietem. — Ici, immunitas et impa- 
nitas conviennent également. Cicéron (Pro Mil., 31, 84 ; Brut., 
91, 316) et Tacite (Ann., 3, 60) joignent aussi licentia et impu- 
nitas. Si l'on admet que P a ajouté illis et remplacé de par 
ad, il sera vraisemblable qu'il a aussi remplacé immunitas 
par impunitas. 

46,5. Nomen hoc philosophorum daemonia non fugiunt 
(fugant P). Quidni ? ciim secundum deos philosophi 
daemonia députent ? Socratis vox est : « Si daemonium 
permittat ». Idem et qui (et ciim P) aliquid de veritate 
sapiebat deos negans, Aesculapio tamen gallinaceum 
prosecarl iam in fine mandabat (iubebat P). F 

Fugant (P), au lieu de fugiunt (F), est contraire au sens de 
ce passage. On traite les philosophes avec faveur et l'on per- 
sécute les chrétiens. Pourquoi cette différence ? C'est que 
les démons, qui craignent les chrétiens et les haïssent, excitent 
secrètement les païens contre eux (2,14 et 27,4-5). Au con- 
traire, les démons n'ont pas peur des philosophes, ils ne les 
fuient pas {non fugiunt) et ils ne songent pas à exciter quel- 
qu'un contre eux, à leur faire la guerre secrètement. Cela n'est 
pas étonnant, continue Tert., car les démons sont traités avec 
honneur par les philosophes qui les rangent immédiatement 
après les dieux. S'il avait dit : les philosophes ne mettent pas 
les démons en fuite, c'est-à-dire, les philosophes n'ont pas, 
comme les chrétiens, le pouvoir de chasser les démons, il 
aurait continué en montrant pourquoi ils n'ont pas ce pou- 
voir. Voy. Rauschen, p. 71. 

Sur Si daemonium permittat, voy. ci-dessus, p. 255, ad 22,1. 

Et qui ... sapiebat. Cette prop. relative marque ici une idée 


366 APPENDICE I 

adversative : « bien qu'il eût compris une partie de la vérité », 
L'interpolateur de P semble remplacer souvent le relatif par 
une conjonction qui lui paraît nécessaire pour préciser le sens. 
21,3 : ut qiios ... iiivat F ; cum ... iiivoi P, 28,3 : (jiil (ciim P) 
plus timoris humano domino dicatis F. 37,10 : qui sumus F ; 
quia sumus P. 41,1 : qui ... laedunt ; si loedunt P. 11 est vrai 
qu'on trouve aussi l'inverse, 4,13 : si F ; qui P. 11,10 : quod 
F ; qui P. 24,9 : quia F ; qui P. 

Quant à iubebai, il est dans le passage correspondant de 
Ad nat,, 2, 2, p. 96, 18 : gallinacewn prosecari quasi certus 
iubebat. Mais il arrive souvent à Tert, de changer un mot 
dans sa seconde rédaction, beaucoup plus soignée au point 
de vue littéraire et rythmique. 

In fine iubebat aurait donné une fin d'hexamètre, proscrite 
en prose. In fine mandabat donne un crétique et un trochée, 
clausule familière à Tertullien. Ayant écrit in fine, il a été 
forcé de changer iubebat en mandabat, qui est ordinairement 
suivi du ut, mais que l'on trouve, ailleurs encore, construit 
avec l'infinitif seul ou avec l'ace, et l'inf. Martial, 1, 88, 10 : 
Non aliter cineres mando iacere meos. Tacite, Ann., 15, 2, 16. 
P a remplacé le mot choisi, construit poétiquement, par le 
mot ordinaire, Hartel a cru que F avait été revisé d'après 
V Ad nationes ; ici, on pourrait présumer que c'est P qui a été 
revisé d'après ce traité, 

46,10. Christianus ad sexum nec foeminae mutât F ; 
sexum nec femiueum mutât Christianus P. 

Rauschen corrige foeminae en femina, ce qui suffit pour 
donner un sens convenable. A Socrate, corrupteur des jeunes 
gens (1), Tert. oppose le chrétien qui ne change pas même 
de femme (ne femina quidem), c'est-à-dire, qui observe la 
fidélité dans le mariage. Cf. Paul., Ad Rom., 1,27. Mutât, 
a ici le sens intransitif, mutatur ou se mutât, ce qui est très 


(') De anima, i, p. 300, 6 : nec adnilescontiam vitians (comme 
Socrate). 


CHAP. 46,10-12 367 

fréquent clans Tert, Hoppc, Syntax, p. 63. Hartcl, Pair. 
Stiid., 111, 17. Dans ce sens, mutare se construit avec l'abl. 
comme miitari ou se mutare. Cic, Pro Baibo, 13 : ne qiiis 
invitiis civitate miitetiir. Hor., Sat., 2, 7, 64 : illa iamen se non 
habiiii mutatve loco. Ars poet., 60 : ut silvae joliis ... nmtantur. 
Tert., De paen., 6,7 : quis enim servus, postea quam liberfate 
mutât us est ... 

Ad sexuni a en ce qui concerne le sexe ». Tert. emploie 
souvent sexus pour désigner ce qu'il appelle officia sexus (Ad 
uxor., 2, 3). De resurr., 61, p. 122, 20 : pigrior sexus. Adv. 
Val., 32, p. 209, 2 : despolior sexui meo (post morteni). De exh. 
cast., 1 : cum post matrimonium unum interceptum exinde 
sexui renuntiatur. Ad uxor., 1,6 : ut cuius maritus de rébus 
abiit, exinde requiem sexui suo nubendi abstinentia iniungat. 

Dans P, sexuni femineum équivaut à jeminam et le sens 
est le même ; mais un correcteur semble avoir voulu donner 
à l'idée une forme plus simple et plus claire. 

46,12. Si de probitate defendam FP 

Tert. cite un trait d'insolence de Diogène le cynique à 
l'égard de Platon et il lui oppose le chrétien qui n'est jamais 
orgueilleux, même envers le pauvre. Improbitas a souvent 
le sens d' « insolence, impudence, effronterie ». Ce sens d'/m- 
probus, improbe, improbitas est classique. Voy. 4,13. De 
même probus et probitas ont pris le sens de « douceur, mo- 
destie, humilité ». Paul., Ad Phil., 4,5 : Tô ê7t!.e'//.e; ûj^lwv 
yvwa-Qr'iTw Tcàa-'.v àvSpcô-KO'.ç. Vulgate : Modestia vestra nota 
sit omnibus Iwminibus. Tert., De cultu fem., 2, 13 : Probum 
vestrum coram Iwminibus adpareat. Dans De anima, 32, p. 
355, 3, Tert. repousse l'idée qu'après la mort, l'âme humaine 
passe dans des bêtes et que, par exemple, les voleurs devien- 
nent des vautours, les impudiques des chiens, les violents 
des panthères, les doux des brebis, non fient ... pantherae ex 
acerbis aut oves ex probis. De même, Tertullien emploie ici 
le mot probitas pour désigner la douceur ou l'humilité, vertu 
chrétienne, opposée à l'orgueil, que le latin chrétien appela 
Inimilitas. 


368 APPENDICE I 

46.12. Christianus contumeliosus nec in pauperem su- 
perbit, F 

Contumeliosus manque dans P, Avec superbit, cet adjectif 
remplace un adverbe « insolemment ». En effet, contume- 
liosus veut dire « qui outrage, qui injurie, insolent ». Ad nat., 
1,10, p. 75, 25, et p. 76, 18 et 20. De pat., 3, p. 3, 12 : contu- 
meliosus insuper sibi est. Ibid., p, 4, 4 : tam contumelioso 
oppido. 

46.13. Ecce Pythagoras apud Thurios, Zenon apud Prie- 
nenses tyrannidem adfectant ; Christianus vero nec 
aedilitatem. *FP 

La lecture Priennenses (*FP) est une graphie fautive pour 
Prienenses. — Aucun auteur ne rapporte qu'un des trois 
philosophes appelés Zenon brigua la tyrannie à Priène ; mais 
Zenon d'Elée essaya de délivrer sa patrie du joug d'un tyran. 
Voy. Cic, Tusc, 2, 22, 52. Val. Max., 3,3, ext. 2. Les lectures 
de Tertullien étaient immenses, mais il écrit presque toujours 
de mémoire et il s'appelle lui-même (De idol., 4, p. 34,8) : 
modicae memoriae homo : aussi commet- il des erreurs. Au 
ch. 4, 6, il dit que Lycurgue se laissa mourir de faim, parce 
que ses concitoyens avaient changé ses lois ; il se souvient 
mal de la légende rapportée par Plutarque, Lycurg., 46, 
Au ch. 1 1,8, il corrige une erreur qu'il avait commise dans Ad 
nat. 2, 16, p. 129, 9, où il avait mis Pompée pour LucuUus, 
Au ch. 16,2, il cite le 4^ livre des Histoires de Tacite, au lieu 
du 5e ; il avait commis la même faute dans Ad nat., 1,11, 
p. 80, 26. Elle a été conservée dans F, mais corrigée dans P. 
Au ch. 40,3, les renseignements sur les îles englouties dans 
la mer sont tirés de Pline (Hist. nat., 2,87), qui dit, au con- 
traire, que ces îles sortirent de la mer à la suite d'un trem- 
blement de terre: Tert. a mal retenu ce qu'il a lu. Au ch. 40,4, 
il fait dire à Platon que l'Atlantide fut arrachée au continent, 
ce que Platon (Timée, 24 e) ne dit pas ; Tert. n'a pas lu 
Paton et il a mal compris Pline (Hist. nat., 2,90). Au même 
ch. 40,8, il a corrigé ce qu'il avait dit de Vulsinii et de Pom- 
pci. Au chap. 46,8, il attribue à Thaïes et à Crésus une anec- 


CHAP. 46,12-18 369 

dote que Cicéron (De iiat. deor., 1,22,60) et Minucius Félix 
(13,4) attribuent à Hiéron et à Simonide, Au cli. 46,12, il con- 
fond Thurii avec Crotone, patrie adoptive de Pythagore. Au 
ch. 46,16, il confond le philosophe Hippias avec le fils de 
Pisistrate. Voy. encore p. 201, ad 14,2. 

C'est aussi par erreur sans aucun doute qu'il nomme ici 
un Zenon. Il ne distingue d'ailleurs pas entre les philosophes 
de ce nom. On a pu voir qu'il cite également Caton et Scipion 
sans distinguer entre ceux qui portèrent ces noms. Voy. 11,16 
et 39,12. 

46,18. Adeo quid simile philosophus et Christianus, 
Graeciae discipulus et caeli, famae negotiator et [salutis] 
vitae, verborum et factorum operator, et rerum aedifi- 
cator et destructor, et interpolator [erroris] et integrator 
veritatis, furator élus et custos F. 

Sur la glose salutis, voy. ci-dessus, p. 67. 

L'expression interpolator erroris ne peut être de TertuUien, 
parce qu'elle n'est pas latine. Interpolator veut dire corruptor, 
celui qui gâte, qui altère, qui falsifie, et Tert. dit ailleurs: inter- 
polator veritatis (De praescr., 7,8), segetis (De an., 16), natiirae 
(De cultu fem., 2,8), totius saeculi (De test, an., 3). Il dit : 
inter polar e evangelium (Adv. Marc, 4,1), occasionem gravi- 
totis (De cultu fem., 2,6). Min. Félix, 34,5 : interpolatae veri- 
tatis. Le génitif, complément d' interpolator, désigne toujours 
la chose gâtée, altérée, falsifiée : ici, c'est veritatis. TertuUien 
dit : artifex erroris (De test, an., 3). 

Erroris a été ajouté maladroitement pour faire antithèse 
à veritatis ; mais 1 interpolateur n'a pas vu avec quel art la 
phrase est construite. 

Dans les trois premiers membres, l'antithèse est dans les 
génitifs : 

Graeciae discipulus et caeli, crétique et trocliée 

famae negotiator et vitae, id. 

verborum et factorum operator, dactyle et trocliée 

24 


370 APPENDICE I 

Dans les trois derniers, l'antithèse est dans les sbtistantifs 
en ior : 

et rerum aedificator et destructor ditrochée 

et interpolator et inlegrator veritatis, id. 

furator eiiis et custos. crétique et trochée 

A la fin, P a : distnictor, amiais et inimiciis erroris, veri- 
tafis interpolator et integrator et exprcssor, et furator eiiis ci 
custos. 

Les mots amicus et inimicus erroris frappent par leur 
banalité au milieu de ces épithètes recherchées : c'est pro- 
bablement une addition d'un interpolateur ou une glose. Et 
exprcssor détruit la symétrie (ailleurs il n'y a que deux termes) 
et ne donne pas une clausule régulière : c'est peut-être une 
glose 6'intcgrator, mot propre à Tertullien. Nous pensons 
donc que c'est P qui est interpolé. 

47,2. Quis poetaruni, quis sophistarum, qui non de pro- 
phetarum fonte potaverit ? hide igitur et philosophi 
sitim ingenii sui rigaverunt. F 

Dans P, on lit: qui non omnino, au lieu de qui non, et phi- 
losoplii, au lieu de et philosophi. — L'idée est exprimée par 
S. Justin, Apol. I, 60, 10. Elle a été développée par Tert., De 
anima, 2. Les §§ 2-3 sont empruntés à Tatien, Orat. ad Graec, 
40, qui se sert aussi de la métaphore de fonte ... potaverit. 
Tatien parle de Moïse : Kal ypr^ toj Tipea-jBeûovTi. xaxà r>|V 
TiAixîav 7c^a■TeÛ£'.v, Y,7r8p ToiTç c/.Txô TC'/^y^iÇ àpuo-ajjisvo'-ç "EXlrio-Lv. 
Tatien appelle, lui aussi, les philosophes grecs, ol xar' aÛToùç 
(TO(Ç!.a-ra'! et Tert. l'imite, car ce sont bien les philosophes (Pla- 
ton, etc.) et non la sophistique ancienne (Protagoras, Gorgias, 
Prodicus, etc.) qu'il a en vue. — Il emploie le terme de 
sophistes, quand il parle des philosophes avec mépris. De 
idol., 9, p. 39, 13. 

On ne peut pas objecter que et philosophi est opposé à sophis- 
tarum ; en effet, inde et philosophi ne veut pas dire « les philo- 
sophes aussi )), mais inde et correspond à inde et qui suit (et ... 
et = non modo, sed etiam, p.év, li). 


CHAP. 47,2 371 

La métaphore rigaverunt s'explique parce que sitim ingenii 
sui équivaut à ingeniiim simm sitienlem (l'abstrait pour le 
concret). En français, si l'on conserve sitiin, il faut traduire : 
« ils ont étanché la soif de leur génie ». Cf. De paen., 6,1 : qui 
mm maxime incipiunt divinis sermonibus aures rigare. Cornif. 
Ad Herenn., 4,6 : ei omnium rigare debeant ingénia. 

Al, 2. Num, quia quaedam de nostris habent, eapropter 
nos comparent illis ? F ; ut, quae de nostris habent, ea 
nos comparent illis P. 

Dans les chap. 46 et 47, Tert. trace un parallèle entre les 
chrétiens et les philosophes pour réfuter ceux qui disent : 
la religion chrétienne est excellente, mais elle n'est pas divine ; 
elle n'est qu'une sorte de philosophie comme les autres. Tert. 
a montré que, ni pour la doctrine, ni pour la morale, les chré- 
tiens ne peuvent être mis sur le même rang que les philosophes. 
Il continue : Les philosophes ont puisé dans nos Livres saints, 
qui sont plus anciens qu'eux. C'est là que les philosophes ont 
étanché la soif de leur génie : s'ils ont quelques vérités {quae- 
dam = nonnulla; cf. Ad nat., 2, 2, p. 95, 22: et inde nonnulla 
dempsisse), empruntées aux nôtres, serait-ce une raison pour 
nous mettre de pair avec eux ? Littlt : Est-ce que, pour cette 
raison, on nous mettrait de pair avec eux ? Le sujet de com- 
parent est homines ou nationes. Cf. Ovide, Met., 13, 338 : Et 
se milii comparct Aiax ? Comparare = parem facere, adae- 
quare. Cf. 46,3. 

Dans P, le sujet de comparent est ea : « de sorte que les 
choses qu'ils ont empruntées aux nôtres, les mettent de pair 
avec nous » Q. 

47,2. hide, opinor, et a quibusdam philosophia legibus 
quoque eiecta est F 

Legibus manque dans P. 


(') Rausclien, p. 83, et Lôfstedt, p. 71, rejettent la lecture de F 
comme interpolée et adoptent celle de P. 


372 APPENDICE I 

Dans F, quoque marque une gradation comme etiam : cer- 
tains Etats sont allés jusqu'à porter des lois d'exil contre les 
philosophes, parce que ceux-ci ont des parcelles de vérité 
qu'ils nous ont empruntées ; car la vérité est toujours persé- 
cutée. 

Legibus quoque se comprend donc, mais philosophia quoque 
satisfait beaucoup mieux le sens. Tert. soutient que les phi- 
losophes ont emprunté certaines vérités aux chrétiens : c'est 
pourquoi eux aussi ont été proscrits, comme les chrétiens. 
Pour obtenir ce sens, il suffit d'intervertir l'ordre des mots 
et de lire : philosophia quoque legibus eiecta est. 

47,3. si qiiid in sanctis offenderunt digestis pro instituto 
curiositatis, ad propria opéra verterunt F ; si quid in 
sanctis scripturis offenderunt digestis ex pro instituto 
curiositatis, ad propria opéra verterunt P 

Sur les additions scripturis et ex dans P, voy. ci-dessus, 
p. 79-80. — On ponctue généralement mal cette phrase. En 
effet, les mots pro instituto curiositatis se rapportent à si quid 
in sanctis offenderunt digestis : c'est « à cause de leur habi- 
tude de curiosité », de vouloir tout savoir, que les philosophes 
ont lu les Ecritures et y ont fait des découvertes. Dans le 
passage imité par Tert., Tatien (Ad Graec, 40) dit : ^zollri... 
x£'/pr,|^£vo'. rcep'-spyia. . . s'yvcoo-av. Ad nat., 2, 2, p. 95, 23 : 
licet enim per curiositatem omnimodae litteraturae inspiciendae 
divinis quoque scripturis, ut antiquioribus, possint videri incur- 
sasse et inde nonnulla dempsisse ... De anima, 2, p. 301, 18 : 
si etiam ad ipsos prophetas adisse credibile est indagatorem 
quemque sapientiae ex negotio curiositatis. Ici ex negotio rem- 
place pro instituto. Clem. Alex., Strom., 1, 17, 2 : onb ueptep- 
yîaç 11 faut donc mettre la virgule après curiositatis, et non 
après digestis comme on le fait ordinairement. 

Ad propria opéra est la lecture de P et de De la Barre. 
Modius ne dit rien ; il faut donc conserver opéra, que Haver- 
camp et d'autres rejettent. Ad nat., 2,2, p. 96, 1, confirme 
cette lecture : et ita accedente libidine gloriae ad proprii ingenii 
opéra mutasse. 


CHAP. 47,3-5 373 

47,5. Inventum enim solum modo Deum nostrum, non 
ut invenerant disputaverunt, etc. 

Tout ce passage (§ 5-7) a subi des altérations, soit inten- 
tionnelles, soit accidentelles dans F, qui présente, d'autre 
part, certaines lectures meilleures que celles de P. 

Sur nostrum, ajouté à Deum (par F), voy. ci-dessus, p. 67. 

Sur l'omission accidentelle alii corporalem (haplographie) 
et sur celle de ex devant igni (dans F), voy. ci-dessus, p. 43. 

Au § 6 : qua Platonici et Stoici F ; ut tam Platonici quam 
Stoici P. — La leçon de P, qui attribue aux Platoniciens et 
aux Stoïciens une seule et même opinion, n'est pas admissible. 
Celle de F est confirmée par qua Epicurus et Pythagoras. 
Dans tous ses écrits. Tert. aime à employer qua (= qua ratione) 
dans le sens de « comme » ou « parce que ». Voy. 5,4 ; 30,1 ; 
38,2 ; 39,16. Henen, Index verborum, p. 121. 

Au même § 6 : ^/ Platoni quidem curantem rerum, factorem 
et adorem rerum F ; et Platonici quidem curantem rerum P, — 
Dans F, Platoni et actorem sont des fautes de copiste pour 
Platonici et auctorem. Tert. applique souvent à Dieu les mots 
fador et auctor. Thés. l. /., II, 1205, 58 ; V, 140, 80. Sur auctor, 
voy. Hartel, Patr. Stud., I, 9. — Les mots factorem et aucto- 
rem rerum ressemblent à une glose et la répétition de rerum 
paraît choquante'; mais, si on les supprime, la construction 
perd sa symétrie. Suivant les Platoniciens, Dieu est l'auteur 
et le conservateur du monde ; suivant les Epicuriens, il n'a 
pas créé le monde {otiosum, etc.) et il ne s'en occupe pas {nemi- 
nem, etc.). Cf. Ad nat., 2, 2, p. 96, 7 : Platonici quidem curantem 
rerum et arbitrum et iudicem, Epicurei otiosum et inexercitum, 
et, ut ita dixerim, neminem. 

Ce texte de VAd nat. plaide aussi en faveur de inexercitum 
(P). Il est vrai que ce mot ne donne pas une fin rythmique, 
tandis que inexercitatum (F) donne un ditrochée, mais il ne 
s'agit pas d'une fin de phrase. 

Et, ut ita dixerim, neminem in rébus Inwmnis F. — P a : 
neminem humants rébus, ce qui est moins rythmique. On peut 
supposer qu'il y a ici une transposition, pour neminem rébus 
humants, ce qui donne un crétique et un trochée. Sur l'emploi 


374 APPENDICE I 

de nemo, voy. De pud., 7,3 : non de Christiano qui adimc nemo 
« qui n'existait pas encore )>. Ad nat., 2,2, p. 96, 8 : et, ut ita 
dixerim, neminem (deum). Adv. Marc, 1,8, p. 300, 6 : tantis 
rétro saeculis neminem {Deum). Cf. Cic, Ad Att., 7, 3, 8 : sed 
nie moverat nemo magis quam is quem tu neminem putas. De 
resurr,, 13, p. 42, 8: iterum plioenix, ubi nemo içim. — Minu- 
cius Félix, 19,8, dit : Epicurus ille qui deos aut otiosos fingit 
aut nullos. — Le datif est préférable à in rébus humanis. 
Hartel, Pair. Stud., III, p. 60 et 87. 

47,7. positum vero extra niundum Stoici, qui figuli modo 
extrinsecLis torqueat molem hanc ; intra mundum Pla- 
tonici, qui gubernatoris exemple intra id maneat, quod 
(quos P) regat. F 

On est tenté de mettre : extra mundum Platonici et intra 
mundum Stoici. En effet, pour les Stoïciens, Dieu est l'âme 
du monde, répandue partout. Cf. Ad nat., 2, 2, p. 98, 12 : 
Unde et Varro ignem mundi animum facit, ut perinde in mundo 
ignis omnia gubernet sicut animus in nobis. 

D'après Platon, Dieu a créé l'univers pour réaliser hors de 
lui-même les splendeurs du monde des idées, il en est l'archi- 
tecte, le démiurge ou l'artisan. En outre, il attribue au monde 
une forme ronde (Ad nat., 2,4, p. 101, 16 : rotunda mundi 
Platonica forma), ce qui convient à la comparaison du potier 
faisant tourner sa roue. 

Le passage parallèle de Ad nat., 2,2, p. 96, 8, contient une 
faute, que Rigaltius a corrigée d'après l'Apologétique : posi- 
tum vero extra mundum Stoici, extra (A ; intra Rigalt.) mun- 
dum Platonici. Ce passage ne prouve donc rien, car on aurait 
pu aussi bien remplacer le premier extra par intra. 

Dans l'Apologétique, les mss. sont d'accord et il faut remar- 
quer que Tertullien, parlant de la place où les philosophes 
mettent Dieu (de sede Dei) par rapport au monde, n'a pas en 
vue le moment où Dieu forme le monde, mais le moment où 
il gouverne le monde, après l'avoir formé. Pour gouverner 
le monde. Dieu se place « hors du monde » ou « à l'intérieur 
du monde ». Or, Dieu gouvernant le monde est comparé par 


CHAP. 47,7-9 375 

Platon à un pilote. Politicus, p. 272 e : To-re o->i xoù Tzcf.v-zhq 
b [ûv xo^epYriT'/]q, owv 7r-/)oaX'!ojv oî'axoç àcp£p.svo(;, eiq Tr^v 
av-zov uspuoTC'/|V âTréa-T'/], Ibid., p. 273 D : xal tots r\ô-r\ Oeoç b 
xo(7jjt.T,a-ai; auTov ... tcocX'.v è'cpeopoç aÙToù twv <x7i5a)v(wv v.yvÔ- 
f/evo; (1). Tertullien aura conclu de cette métaphore que 
le dieu de Platon a son siège intra mundiim. Où a-t-il trouvé 
la métaphore du figiilus, d'où il a conclu que les Stoïciens 
placent Dieu extra mundiim ? 

— Salvien, voulant montrer que les philosophes ont connu 
Dieu qui gouverne le monde, a repris à Tertullien la méta- 
phore du pilote, mais il a pensé qu'elle s'appliquait mieux 
aux Stoïciens. De gub. Dei, 1, 1, 3 : Plato et omnes Platoni- 
corum scholae moderatorem rerum omnium confitentur Deiim. 
Stoici eum gubernatoris vice intra id quod regat semper manere 
testantur. 

Harnack, qui a relevé les emprunts faits à Tertullien par 
ses successeurs {Sitzungsber. der Berl. Alwd., 1895, p. 545- 
579), ne cite pas Salvien parmi ceux-ci. Il serait facile de 
démontrer que Salvien était un lecteur assidu de l'apologiste 
de Carthage, dont l'éloquence devait lui plaire. Il ne le cite 
jamais, mais il lui emprunte des idées. Quand il parle des 
accusations d'homicide et d'inceste formulées autrefois contre 
les premiers chrétiens (4,85), il emprunte une phrase au ch. 
8,4 : quasi vero, etiamsi possit liis rébus accipi (yita aeterna), 
tanti esset ad eam per scelera tam immania pervenire. Comparez 
encore 7, 100 = 46, 10. 7, 103 = 39,12 (Socrate et Caton), etc. 
Voy. ci-dessus, p. 341. 

47,9. et de una via obliques multos et inexplicabiles tra- 
mites exciderunt (scideruntP). F 

Rauschen conjecture exsciderunt, ce qui ne paraît pas 
nécessaire. La voie de la vérité est une : en s'en écartant 
chacun de son côté, les hérétiques ont coupé cette grande voie 


(') Notre attention a été attirée sur ce passage par notre savant 
collègue et confrère, M. Léon Parmentier. 


376 APPENDICE I 

(via) en une foule de sentiers (tromltes) obliques et inextri- 
cables. De una via ... exciderunt = ex una via ... exciderunt. 
Cf. Adv, Val., 4, p. 181, 9 : Deduxit et Heracleon inde tramites 
quosdam et Secundiis et magus Marcm. 

47,9. Quod ideo suggerimus (suggesserim P), ne cui nota 
varietas sectae huius in hoc quoqtie nos philosophis 
aequare videatur, et ex varietate defectionem vindicet 
veritatis (et ex varietate defensionum iiidicet veritatem 
P). F 

La leçon de P est évidemment fautive, car Tert, ne parle 
pas ici de la « diversité des moyens de défense » de la vérité, 
ou des manières diverses de défendre la vérité. Il parle de la 
variété des sectes hérétiques, semblable à la variété des sectes 
philosophiques : cette variété pourrait, dit-il, faire comparer 
les chrétiens aux philosophes et faire conclure à une défaillance 
de la vérité chrétienne, comme il vient lui-même d'alléguer les 
multiples contradictions des écoles philosophiques. Le texte 
de F exprime clairement cette idée. Celui de P paraît être 
le résultat de l'inattention d'un copiste qui a lu defensio- 
NVM au lieu de defectionem et ivdicet au lieu de vindicet. 
Après cela est venue la correction erronée veritatem pour 
veritatis. 

47,13. Et si paradisum nominemus, locum divinae amoe- 
nitatis recipiendis sanctorum spiritibus destinatum, etc. 

Il faut mettre une virgule après nominemus ; en effet, 
locum, etc., signifie: qui est locus..!destinatus. Plus haut, Tert. 
a dit plus clairement : Et gehennam si comminemur, quae est 
ignis arcani ... thésaurus. Paradisus veut dire « jardin » ; il 
suffit que les chrétiens le nomment (nominemus) pour faire 
naître l'idée des Champs-Elysées, qui sont aussi un merveilleux 
jardin. Voy, Virg., Aen., 6, 638 ss, : Devenere locos laetos et 
amoena vireta, etc. 

47,13. (paradisum) maceria quadam igneae illius zonae 
a notitia orbis communis segrcgatum FP. 


CHAP. 47,9-13—48,1 377 

On a beaucoup discuté sur cette zone de feu. Le doute ne 
paraît pas possible, si l'on considère : 1" que Tcrt. place le 
paradis dans les deux (De an., 55, p. 388, 3. Ibld., 1. 18 et 23. 
Adv. Marc, 4, 34, p. 537, 21. Etc.) ; 2" que la zone ou ceinture 
de feu sépare le paradis de la terre, empêche les habitants 
du paradis de communiquer avec la terre (a notifia orbis 
communis). 11 en résulte que la zone de feu est piacée entre 
la terre et le ciel ; elle ne peut être que l'éther, que Lucrèce 
(8, 499) appelle aether ignifer. Cf. Cic, De nat. deor., 2,40, 
101. 

48,1. At enim, Christianus si de homine hominem ipsum- 
que de Gaio Gaium reducem repromittat, statim illic 
vesica quaeritur F 

P n'a pas la proposition : statim illic vesica quaeritur. — 
La locution vesica quaeritur, qui ne se trouve que dans F, 
est autrement inconnue. Elle doit être de Tertullien, car 
aucun remanieur ne l'aurait inventée. C'est sans doute une 
expression proverbiale, qui appartient à la langue triviale. 
Tert. ne recule pas, à l'occasion, devant le langage familier 
et même bas. Ici, le sens général de l'expression ressort du 
contexte. Quand un chrétien parle de la résurrection des 
corps, les païens l'accueillent par des éclats de rire et par des 
actes de violence, ou bien ils le traitent d'impertinent et 
lui jettent des pierres. On dit en français : crever de rire, rire 
à ventre déboutonné, se tenir les côtes de rire ; en allemand, 
se tenir le ventre de rire (sicli vor Lachen den Bauch fialten). 
On a cru qu'il y a quelque chose de semblable dans l'expres- 
sion de Tertullien. 

10 junius, en publiant pour la première fois cette lecture, 
a cherché dans cette direction et Havercamp l'a suivi. L'un 
et l'autre proposent de lire queritur. 

Junius dit : kgendum vesica queritur, id est, quasi ventis 
distenditur cruciaturque pectus illorum vehemcntissime. 

Havercamp, après avoir cité Junius, ajoute : Sed milii pro- 
verbium hoc videtur dcsumptum a pueris, qui mingendi neces- 
sitatem ultra ferre non passant, vesica lotio impleta, adeoque 
saepe virgam metuentes exclamant. Sic illi audita liac Cliristia- 


378 APPENDICE I 

nonim oraîione , statim egrcdiiintur auditorio, quasi mingmdi 
nécessitas iirgeret. Non absimile nobis est proverbiuni de re 
ingrata : Men zou er de koiide pis van krygen. 

C'est-à-dire : ils sont tellement irrités que la vessie leur 
en fait mal. Havercamp dit à tort : statim egrediiuitur audi- 
torio, car ce sont eux, au contraire, qui chassent les chrétiens. 

C'est dans la même voie que Forcellini a cherché. D'après 
lui aussi, vesica queritur se dirait d'un effet produit par le 
rire : Proverbium est, que significatur illud, quod Itali dicunt 
scompisciarsi dalle risa. Et il explique notre passage : quisque 
sibi manu vesicam premit, ut soient pueri, qui mingendi neces- 
sitatem ulterius ferre nequeant. 

En admettant qu'il s'agit d'un effet produit par le rire, on 
peut conserver quaeritur. En effet, quaerere vesicam pourrait 
signifier manu premere vesicam, c'est-à-dire « se tenir le ventre 
de rire ». 

S. Jérôme (Epist., 84, 5, 3) dit : Dicentibusque nobis, utrum 
capillos et dentés... ex intégra resurrectio exliibeat, tune vero 
se tenere non possunt cachinnoque ora solventes tonsores nobis 
necessarios ... ingerunt. 

Mais quand on rit on ne se livre pas aux actes de violence, 
tels que ceux qui suivent : lapidibus ... exigetur. 

2^ Oehler rejette les explications de ce genre. Il propose 
d'abord de lire saevitia ou saevitiae causa au lieu de vesica, 
et, si cette conjecture ne paraît pas admissible, il explique 
vesica par vaniloquentia et tumor, enflure, bouffissure (Martial., 
Epigr., 4, 49, 4), c'est-à-dire : « vous cherchez aussitôt des 
grands mots, vous nous jetez à la tête des phrases ronflantes ». 

3" Rauschen pense que quderitur doit avoir le même sujet 
que exigetur, c'est-à-dire Christianus, et il suppose que le 
latin possédait une expression proverbiale semblable à celle 
du français « donner d'une vessie par le nez à qqn », c'est-à- 
dire « châtier qqn en le frappant au visage », ou au figuré 
(( rabrouer qqn pour son impertinence ». Littré cite Madame 
de Sévigné, 7 août 1675: « Il y a de petits messieurs à la messe, 
à qui l'on voudrait bien donner d'une vessie de cochon par 
le nez ». Existait-il en latin une expression semblable ? Raus- 
chen cite un passage de Sénèque, Nat. Quaest., 2,27, qui dit 


CHAP. 48,1 379 

que certains coups de tonnerre produisent le son que nous 
entendons quand une vessie éclate sur notre tête, quolcin 
amlire solemiis, cuin super capiit dirupta vesica est. On peut 
conclure de là qu'on se servait de vessies gonflées d'air pour 
qhasser les impertinents, qu'on les en frappait sur la tête. 
Attaquer au moyen d'une vessie, c'est donc, au figure, traiter 
d'impertinent, rabrouer. Mais il faudrait petitur (attaquer), au 
lieu de quaeritiir (rechercher). Il semble que vesica peut être 
sujet : on cherche une vessie (pour en frapper), c'est-à-dire, 
on déclare que celui qui parle ainsi mérite qu'on le frappe 
d'une vessie, châtiment ridicule, on le déclare ridicule et 
digne de mauvais traitements. 
Au lieu de statim illic, Tert. aime à dire : ibidem. Voy. 23,4. 

48,1. et lapidibus magis, nec saltem copiis a populo exi- 
getur. F 

Variantes et conjectures : copiis F ; coetibus P ; caedibus 
Parisinus 2616 et Gothanus ; caestibiis Rigalt. (et non : Heral- 
dus) ; calcibus Fulv. Ursinus ; saevitia vel saevitioe causa 
Oehler ; (sibilis} coetibus Van der Vliet, p. 41. 

Magis = potius, ce qui est très fréquent dans Tert. — Nec 
saltem = nec ... quidem « et pas même, et pas seulement ». 
Hoppe, Syntax, p. 107. Le sens est donc : ne copiis quidem, 
lapidibus magis — non copiis solum, sed potius lapidibus. 
Le peuple ne se contentera pas de le chasser par des .... ; il le 
chassera à coups de pierres. 

Ni copiis ni coetibus ne semblent convenir comme premier 
terme de l'antithèse ; ni l'un ni l'autre ne s'opposent ici à 
lapidibus. 

Il faut remarquer : 1» que la lapidation, si souvent mention- 
née dans les descriptions de violences populaires, n'est ici 
qu'un moyen d'exprimer l'exaspération causée par des discours 
qu'on tient pour absurdes et impertinents. C'était une habi- 
tude populaire. Dans Pétrone, Sat., 90, Eumolpe, qui a la 
manie de parler en vers, irrite les passants par une longue 
tirade sur une fresque représentant la guerre de Troie : les 
promeneurs lui jettent des pierres. Sat., 90,1 : qui in porti- 
cibus spatiabanUir, lapides in Eumolpum recitantem miserunt. 


380 APPENDICE I 

90,3 : non miror si te populiis lapidibus persequitur. Alexandre, 
le faux prophète, ordonne de chasser à coups de pierres 
u les athées et les chrétiens » qui menaçaient de percer à jour 
son charlatanisme. Lucien, Pseudomantis, 25 : oui; èxileue 
lidioïc, éXauvetv (= lapidibus exigere). Suet., Calig., 5 : Quo 
defunctus est die (Germanicus), tapidata sunttenipla, subversae 
deum arae. Ce sont des manifestations de la colère populaire. 

La lapidation à mort et le feu sont aussi des supplices que 
la justice sommaire du peuple infligeait souvent aux chré- 
tiens. Ch. 37,2 : nos inimiciim viilgus invadit {lapidibus et 
incendiis P). S. Cyprien décrit une scène de ce genre. Epist., 
40 : lapidibus et flammis necatum ... Ipse semustulatus et lapi- 
dibus obrutus et pro mortuo derelictus ... Même description 
dans la lettre des chrétiens de Lyon. Eusèbe, Hist. eccl., 5, 
1,7: è-',^o-/,a-e'.ç xal Tc\-ri'vy.^ ... '/.al )j!8wv {jo)vâ<; xTa. Rufin 
traduit : Sed et verberari se ab eis ac lapidari ... patienter 
accipiebant. Ici, les émeutes populaires sont le signal d'une 
terrible persécution. Cf. Apulée, Met., 2,27 : Conclamant 
ignem, requirunt saxa. Chez les Hébreux, la lapidation à mort 
était le supplice légal des blasphémateurs et des sacrilèges ; 
Jésus et les apôtres en sont souvent menacés. loh.. 8, 59 ; 
10, 31-33 ; 11,8. Luc, 20,6. Act. apost., 5,26 ; 14,5 et 19. Paul., 
Ad Cor., 2,11, 25. Ad Hebr., 11, 37. 

En résumé, il faut distinguer le jet de pierres, moyen de 
se débarrasser d'un impertinent particulièrement odieux, 
expression d'une exaspération passagère, et la lapidation à 
mort, supplice légal (chez les Hébreux) ou exécution sommaire 
par l'émeute populaire, comme le feu. Il ressort du contexte 
qu'il s'agit ici du jet de pierres, qui remplace la discussion : 
on accueille avec faveur la doctrine de la métempsycose et 
le peuple chasse à coups de pierres {a populo exigetur) le chré- 
tien qui prêche la résurrection corporelle. 

2° que exigere signifie « pousser dehors, chasser » èXcùve'.y, 
dit Lucien, et qu'on ne peut songer à traduire copiis exigere 
par « faire sortir, reconduire avec une escorte honorable ». 

3° que le terme opposé à lapidibus, abl. de moyen, doit 
aussi exprimer le moyen ou la manière. 

4" que ce terme doit être moins fort que lapidibus, comme 
l'indique nec saltem = nec ... quidem. 


CHAP. 48,1 381 

Les termes copiis (des troupes, une escorte, des attroupe- 
ments ou la force armée) et coetibus (des réunions, des rassem- 
blements) ne conviennent donc nullement, et ils conviennent 
d'autant moins comme abl. de moyen que le sujet logique 
est populus. 

La conjecture de Van der Vliet est ingénieuse : les sifflets 
étaient une manière aussi générale qu'inoffensive de marquer 
le mécontentement du public, au théâtre et ailleurs. On pour- 
rait songer aussi à {clamoribus} coetibus, par des clameurs, 
des huées, ir^i^or.fjzi^ (Eusèbe). L'homoeotéleute explique- 
rait plus facilement l'omission du mot. Cependant l'omission 
du même mot dans l'une et dans l'autre tradition nous semble 
moins probable que la corruption ou la correction intention- 
nelle du même mot, surtout dans un texte qui a subi beaucoup 
de corruptions accidentelles ou de remaniements volontaires. 
Voyons donc quel mot doit être mis à la place de copiis et 
de coetibus. 

Rigaltius est convaincu que c'est caestibus. 

Caestus désigne le gantelet de cuir des lutteurs et Rigaltius 
veut faire croire que Tert. appelle ainsi les poings de la popu- 
lace, pugnos vilis plebeculae callosos, ce qui paraît peu admis- 
sible. Cf. De spect., 23, p. 24, 4 : taies enim cicatrices caestuum 
et cailos pugnorum ... accepit. 

Junius, Heraldus et Rauschen (l^e et 2^ éd.) ont adopté 
caedibus, des coups (de poing). 

En effet, caedes, au sing. et au plur,, est employé dans le 
sens de verbera, ictus, depuis l'époque de Tertuilien (Papinien) 
et surtout plus tard. Voy. Tlies. l. /., III, 52, 16. Comme 
caedibus est donné par deux mss (selon Oehler), cette lecture 
n'est pas à dédaigner, car les coups (de poing) sont moins 
terribles que la lapidation. 

Calcibus, « par des coups de pied » conviendrait aussi. — 
Apulée, décrivant une scène de violences populaires, dit dans 
les Met., 2, 26 : pugnis ille matas offendere, scapulas alius 
cubitis inpingere, palmis infestis liic latera suffodere, calcibus 
insuitare, capillo distrafiere, vestem discindere ... Ac dum ... 
dignum me pluribus etiam verberibus fuisse merito consentio. 
Ibid., 2, 27 : Conclamant ignem, requirnnt saxa. Cic, In Verr., 


382 APPENDICE I 

3,56 : ciim pugnis et calcibus concisus esset. Tusc, 5,77 : ci- 
tantes piignis, calcibus, unguibus, morsii dcniqiie. Hor., Sat., 
2, 1, 55 : neqiie cake lupus petit quemquam. 

On trouvera peut-être que caedibus, des coups, et calcibus, 
des coups de pied, sont des ternies trop forts et que c'est cla- 
moribus, des huées, qui s'oppose le mieux à lapidibus : ce 
sont les deux moyens extrêmes de repousser une opinion qui 
paraît absurde, impertinente, insupportable. On accueille 
avec faveur le philosophe qui défend la métempsycose et l'on 
refuse d'écouter le chrétien qui prêche la résurrection cor- 
porelle ; le peuple ne se borne pas à le chasser par des huées, 
il le chasse à coups de pierres. 

48,2. Quasi non, quaecumque ratio praeest animarum 
humanarum in corpora reciprocandarum, ipsa exigat 
illas in eadem corpora revocari, etc. F 

La rédaction de tout ce § est très différente dans les deux 
traditions et nous nous réservons d'y revenir. Nous ne nous 
occuperons ici que de F, pour compléter ce que nous avons 
dit ci-dessus, p. 68, 

Tert. commence souvent une réfutation par Quasi ou 
Quasi non, placé au début de la phrase. De spect., 14, p. 16,9. 
De idol., 24, p. 57, 20. Traduisons : 

« Comme si, quel que soit la raison de faire retourner les 
âmes humaines dans des corps, cette même raison n'exigeait 
pas que les âmes soient rappelées dans les mêmes corps ! En 
effet, être rappelées, c'est être ce qu'elles ont été. Car, si elles 
ne sont pas ce qu'elles ont été, à savoir, si elles ne sont pas 
revêtues d'un corps humain et du même corps, elles ne seront 
pas les mêmes qu'elles ont été. Et les âmes qui ne seront pas 
les mêmes, comment pourra-t-on dire qu'elles sont revenues ? 
De deux choses l'une : ou devenues autres, elles ne seront plus 
elles-mêmes, ou restant les mêmes, elles ne viendront pas 
d'ailleurs. » 

Praeest signifie ici praesto est « existe ». C'est un emploi très 
rare. Voici deux autres exemples de Tertullien. De resurr., 
14, p. 42, 26 : etsi caro capax restitui, etsi divinitas idonea 
restituendi, et sic (même dans ce cas) causa restitutionis praeesse 


CHAP. 48,2-3 383 

debebit. Il ne suffit pas que la chair soit capable de ressusciter, 
que Dieu soit en état de faire ressusciter : niêiiie s'il en est 
ainsi, il faut qu'il existe encore une cause qui justifie la résur- 
rection, et cette cause est le jugement dernier. De carne Clir., 
17 : aiite omnia aiiiem commemlanda eril ratio, qiiac praejiiit, 
ut Dei filins de virgine iiosceretur. 

Quant au génitif animanim reciprocandarum, il équivaut 
à rcciprocationis aniinarum, la migration des âmes humaines, 
qui vont perpétuellement de corps en corps, la p.eTev(TWfji.âTOj- 
(nç de Pythagore et de Platon. Ad nat., 1,9, p. 92, 1: sed et plii- 
losoplii de animarum reciprocatione ... coiilinnant. Cette reci- 
procatio, ces allées et venues sont décrites dans le De an., 28, 
p. 346, 22 : de animarum reciproco discursu, quod hinc abeuntes 
eant illuc, et rursus Inic ventant et vivant, et deliinc e vita abeant 
... August., De civ. Dei, 12,21 : de illis circuitibus et sine 
cessatione alternantibus itionibus et reditionibus animarum. 

48,3, Multis etiam locis ex otio opus erit, si velimus ad 
hanc partem lascivire, quis in quam bestiam reformari 
videretur. 

Ce serait s'écarter du sujet (lascivire) que d'examiner les 
théories de Pythagore et de Platon sur la métempsycose et 
il faudrait rassembler à loisir (ex otio) et citer beaucoup de 
passages (locis), si nous voulions nous étendre sur ce point 
en recherchant en quelle bête chacun (leur) paraissait renaître. 

En effet, Pythagore et Platon expliquaient dans quelle 
sorte de bêtes l'âme humaine devait entrer, suivant que la 
vie antérieure avait été bonne ou mauvaise. Tert. voudrait 
s'arrêter à cette doctrine pour en montrer l'absurdité ; mais 
ce serait trop long. Il l'a fait plus tard. Voy. De anima, 32 
et 33, et le passage cité ci-dessus, p. 367, ad 46,12. Athéna- 
gore. De resurr., 36, avait allégué le même motif pour passer 
outre. 

On voit que l'imparf. du subj. videretur, au lieu de visus sit, 
est mis, contrairement à la concordance, pour exprimer une 
action qui dure dans le passé. Voy. ci-dessus, p. 190, ad 11,3 : 
ut indigeret. Dans l'interrog. directe, on aurait : quis in quam 
bestiam reformari videbatur ? — Ici, videretur donne aussi 


384 APPENDICE I 

une clausule fréquente (crétique et trochée), que h'aurait 
pas donnée visas sit. 

48.5. Considéra temetipsum, homo es, fidem rei inve- 
nies. F 

Au lieu de Iwmo es, P a : o liomo, et. — La lecture de F se 
traduira : « Jette les yeux sur toi-même, tu es un homme et 
(comme il s'agit de l'homme) tu trouveras en toi la preuve 
de la chose, une raison de croire la chose ». L'apostrophe 
liomo exprime la même idée. Cf. Ad Hermog., 12, p. 139, 19 : 
temere ad isto exempla respicies, o liomo. De resurr., 61, p. 
1 22, 8 : Sed accepisti, homo, os ad vorandum atque potandum : 
cur non potius ad eloguendum ... ? Adv, Marc, 2,2, p. 334, 1 1 : 
Unicus sol est, o Iwmo, qui mundum hune tempérât. 

48.6. Et tamen facilius utique fies qtiod fuisti aliquando, 
quia aeque non difficile factus es, quod numquam fuisti 
aliquando. FP 

Tertullien affirme que le corps humain, dissous par la mort, 
retombe dans le néant : niliil foetus, cum esse desieris (§ 5). 
La volonté toute-puissante de Dieu le tirera une seconde fois 
du néant : rursus esse de nihilo (§ 5). C'est une nouvelle créa- 
tion ex nihilo d'un corps qui avait été créé une première fois 
ex nihilo. On conçoit que l'une soit aussi facile à Dieu tout- 
puissant que l'autre ; on ne conçoit pas que la seconde lui 
soit plus facile que la première, comme le dit Tertullien, sans 
donner aucune raison de cette affirmation. Applique-t-il à 
Dieu une vérité d'expérience humaine et parle-t-il du Créa- 
teur tout-puissant comme il parlerait d'un artiste qui recons- 
titue son œuvre détruite, une statue, par exemple, ou un 
tableau, ou un édifice ? 

Dans le traité De resurr., 11, Tert. reprend son raisonne- 
ment, et il envisage deux opinions sur la création. Soit que 
Dieu ait tiré le monde (et l'homme) du néant, soit qu'il l'ait 
tiré d'une matière préexistante (comme le prétendent cer- 
tains philosophes et certains hérétiques), on peut dire qu'il 
l'a tiré de rien : non minus defenderem ex nihilo eum proîu- 


CHAP. 48,5-6 385 

lisse, si ea protulerat, qiiae omnino non j aérant. Qiw enim 
interest ex niliilo quid proferri on ex aliqiio, diim qiwd non 
jiiit fiot, quando etiam non fuisse niliil sit fuisse ? Sic et fuisse 
e contrario non niliil est fuisse. Quoi qu'il en soit, dit-il ensuite, 
néant ou matière préexistante vont également à ma thèse. 
Si Dieu a tout créé ex niliilo, il pourra tirer la chair du néant 
où elle est retournée. Si Dieu a tiré toutes choses d'une ma- 
tière préexistante, il pourra rappeler la chair, quel que soit 
l'abîme qui l'aura engloutie, poterit et carneni quocunque 
dehaustam evocare de alio. Et puis il continue : Et utiqiie 
idoneus est reficere qui fecit : quanto plus est fecisse quoni refe- 
cisse, initiiim dédisse quain reddidisse, Ha restitutioneni carnis 
facilioreni credas institutione. 

On voit qu'ici encore Tert. invoque une vérité d'expérience 
humaine ; il ne songe pas que cette vérité ne convient pas 
à un être infini, tout-puissant, qui n'a pas plus de peine à 
concevoir une première fois l'objet de sa création qu'à le 
reconstituer, s'il est retourné à rien, 

Minucius Félix (34, 9-10) raisonne autrement. 11 commence 
aussi par dire qu'il est possible à Dieu de reformer l'homme 
qu'il a formé une première fois, que l'homme, sorti du néant, 
peut en être tiré une seconde fois. Il n'y a personne qui soit 
assez sot, assez borné pour le contester, 11 n'affirme donc pas 
que l'homme retombe réellement dans le néant (i). 11 se borne 
à affirmer la possibilité {potuisse, liccre) pour Dieu de tirer 
l'homme du néant une seconde fois. 

Puis, continuant son raisonnement (porro), il énonce ce 
principe : « En outre, il est plus difficile de donner l'existence 


(^) Ce serait en contradiction avec le paragraphe suivant, où 
M. F. soutient que le corps dissous est conservé pour Dieu, sous 
la garde des éléments. On ne peut pas prêter à M. F. pareille 
contradiction, surtout entre deux paragraphes qui se suivent. Aussi 
pensons-nous que les mots ni/iii esse post obitiun, et ante oytum nihil 
fuisse, sont interpolés, comme le soutenait déjà Heumann. Ils 
offrent d'ailleurs une construction grammaticale défectueuse, qui 
suffit pour les rendre suspects. Le § lo doit commencer à Porro. 

25 


386 APPENDICE I 

à ce qui n'est pas que de reproduire ce qui a existé », et il 
montre que, dans le cas présent, c'est ce principe qui est appli- 
cable. L'homme n'est pas réduit au néant par la mort : son 
corps dissous échappe à nos sens, mais il est conservé dans 
les éléments (terre, eau, air, feu), d'où Dieu pourra le tirer. 
Minucius Félix a suivi ici S. Justin (De resurr., 6), Tatien 
(Or, ad Or., 6) et Athénagore (De resurr., 2 et 8). 

Tertullien, lui, a abandonné ses sources et il s'en est tenu 
à l'affirmation que l'homme, dissous par la mort, retombe 
dans le néant. Toute son argumentation (§ 2-9) est fondée 
sur cette affirmation, mais il a conservé quelque chose de la 
thèse soutenue par les Orecs et par Minucius Félix : c'est que 
la reconstitution de l'homme est plus facile que la création 
ex nihilo. On ne voit pas pour quelle raison. De même au § 9 ; 
voy. plus loin Q). 

48,7. signatum et per ipsum humanae resurrectionis exem- 
plum in testimonium nobis. F 

P a : signatum et ipsum. — Per ipsum, se. Deum, comme 
au ch. 36,4 ; ex ipso, se. Deo. 41,4 : apud ipsum, se. Deum. 
Tcrt. renforce souvent ipse au moyen de quoque (2, 14 ; 24,8 ; 
45,4) ou etiam (6,7 ; 7,3 ; 7,4 ; 9,6 ; 16,2 ; 25,1 ; 34,3 ; 47,3 ; 
48,12) ou et = etiam (37,6 : immo etiam et ipsa destitutione 
punisset). Par le renouvellement périodique des êtres et des 
phénomènes, par les résurrections qui s'opèrent dans la na- 
ture, le monde est c un exemple de la résurrection des hommes, 
marqué clairement par le Créateur lui-même, pour nous servir 
de témoignage », Tert. développe cette idée dans le traité 
De resurr., 12, p. 41, 20. Après avoir décrit poétiquement le 
renouvellement périodique de l'univers, où la vie sort de la 
mort, il continue ; 

Totus igitur hic ordo revolubilis rerum testatio resurrec- 
tionis mortuorum. Operibus eam praescripsit Deus ante quam 


(') Ici, M. Heinze serait obligé par la logique de conclure que 
l'original est Minucius Félix. 


CHAP. 48,7-9 387 

litteris, viribus praeclicavit ante quam vocibiis. Pracniisit 
tibi naturam magistram, summissurus et prophctiani, quo 
facilius credas prophetiae discipulus naturae, quo statini 
admittas, cum audieris qiiod ubiqiie iani videris, ncc dubitcs 
Deum carnis etiam resuscitatorcm, qiieni omnium noris 
restitu'torem. 

Dans la nature, Dieu a donc voulu donner à l'homme un 
exemple de sa résurrection future, et il a clairement marque 
lui-même cet exemple, qui doit nous servir de témoignage. 
Cf. De resurr., 13, p. 42, 1 : Si parum universitas resuirec- 
tionem figurât, si nihil tôle conditio (la création, le monde) 
signât ... Ibid., 1. 10 : Quid cxpressius atque signatius {quam 
plioenix) in liane causam ? Aut cul alii rei taie documentum ? 

L'idée première de cette argumentation se trouve dans une 
comparaison de S. Paul (Ad Cor., 1, 15, 33-42) et de S. Jean 
(12,24). Elle a été développée par S. Clément Romain (Ad 
Cor., 24-26), et à deux reprises par Théophile d'Antioche (Ad 
Autol., 1,13 et 2,14), puis par Minucius Félix (34,11). Ter- 
tullien semble avoir lu S. Clément, à qui il emprunte le phénix 
(voy. l'éd. Hemmer, notes des p. 56-57), mais il suit surtout 
Théophile. Comme celui-ci, il dit que Dieu a voulu donner 
à l'homme une raison de croire. Ad Autol., 1,13; '0 {/kv oOv 
Bsôç (701 7to).)và X s. y. u y, p ', a s - '. o s { y.VJ n <. v e''ç to ~',;- 
TEUS'.V a'JTo) ... TaO-ra oi Trâvta èvspys'^ ï, Qzo\J arys^iy., zic, 
tÔ s tû t s Î ç a ', y.yX o'.à to'jtwv ot', o'jvy.xôq so-t'.v b Bso; 
rco'.riTy-'. ~r|V X7.')oX'//.t,v àvâo-TXT'.v â-âv7wv àvOoco-wv. 2,14: 

àvOow— cov. 

Exemplwn n'est pas une image ni un symbole, mais un 
exemple et une preuve. 

Signatum et ipsuni exemplwn signifierait que le monde est 
« aussi » un exemple éclatant ; or, Tert. ne produit pas d'autre 
exemple. Signatus est employé comme adjectif; voy. De 
resurr., 13, p. 42,10 (ci-dessus). 

48,9. Tu homo, tantiim nomcu, si intcllegas te vel de 
titulo Pythiae discens, dominas omnium morientium 
et resiirgentium, ad hoc morieris, ut perças ? P 


388 APPENDICE I 

Au lieu de discens, F a : disces deum. Voy. ci-dessus, p. 68. 
— La phrase interrogative contient un raisonnement à for- 
tiori, que Tert. a repris dans De resurr., 12-13, Si toutes les 
choses énumérées plus haut meurent pour revivre, il ne se 
peut pas que l'homme, qui est le maître de ces choses, meure 
pour périr à jamais. Tert, développe ce raisonnement dans 
De resurr., 12, p. 41, 27 ; 13, p. 42, 14. Dominus — qui es 
dominus. La prop. si intellegas te vel de titulo Pythiae discens 
est souvent mal comprise. Elle dépend de tantum nomen. « Toi, 
(qui es) un homme, un si grand nom, si tu savais ce que tu 
es {si intellegas te), t'efforçant de l'apprendre quand ce ne 
serait qu'en suivant (le conseil de) l'inscription de la Pythie. » 
Allusion à la maxime de Thaïes, gravée sur le temple de 
Delphes : TycoOi. o-eàurôv (nosce te ipsum). Cette inscription 
ne nous dit pas ce que nous sommes ; elle nous exhorte à nous 
connaître. De ne signifie donc pas « par », mais « suivant, 
conformément à, en obéissant à ». Parlant à des païens, Tert. 
les exhorte à suivre au moins {vel) cette prescription. Les 
chrétiens ont d'autres prescriptions à suivre. 

48,9. Resurges {corr. lunius ; resurgas F), ubicumque re- 
solutus fueris : quaecumque te materia destruxerit, hau- 
serit, absorpserit, in nihilum redegerit, reddet. F 

P a : hamerit, adoleverit (1, aboleverit), in nihilum prode- 
gerit, reddet te. — Le sujet de reddet est materia. La matière 
(terre, eau, air, feu) qui aura absorbé le corps, le rendra, par 
la toute-puissance de Dieu. Cela fait supposer que les élé- 
ments du corps dissous par la mort, se sont mêlés à la matière 
et y ont été conservés. Dieu saura rassembler ces éléments 
épars. C'est ainsi que raisonnent S. Justin, Tatien, Athéna- 
gore et Minucius Félix. Voy. au § 6. Tert. lui-même, parlant 
du phénix qui renaît de ses cendres (De resurr., 13, p. 42, 11), 
dira : Deus enim in scripturis suis : Et florebis enim, inquit, 
velut phoenix (Psalm., 91, 13), id est de morte, de funere, uti 
credas de ignibus quoque substantiam corporis exigi posse, 
afin que tu croies que la substance du corps peut être tirée 
même hors des flammes ou plutôt être redemandée aux flam- 
mes. De ignibus = ex ignibus. C'est toujours la même idée, 


CHAP. 48,9-13 389 

empruntée à Tatien et à Athénagore (et c'est à cette idée 
que Tert. s'arrêtera dans la conclusion de son De resurr., 63 : 
in deposito est (caro) apiici Deiim, etc.). D'autre part, Tert. 
déclare que le corps, une fois dissous par la mort, retombe 
dans le néant (§ 5-6 'et ici : in nihilum redegerit ... Eiiis est 
niliiluni). Il y a contradiction, Voy. ci-dessus, au § 6. 

A la fin, P a répété inutilement te, pour la clarté. La clau- 
sule (crétique et trochée) devient moins bonne (double spon- 
dée). — Aboleverit (P) convient pour préparer in nihilum 
redegerit. Adv. Marc, 5,19, p. 601,14 : ceterum corpora aut 
ignibus statim aut feris aut, etiam diligentissime condita, teni- 
poribus tamen aboleri manifesfum est. Commod., Apol., 704 : 
ut possis abolitus resurgere saeclo novato. — Absorpserit (F) 
est synonyme de hauserit et convient aussi. 

48,13. Dei quidem cultores apud Deum semper, super- 
induti substantia propria aeternitatis P 

F n'a pas semper, qui a pu tomber devant super et qui donne 
la clausule fréquente d'un crétique et d'un trochée. La clau- 
sule cultores apud Deum est d'ailleurs admissible, quoique 
rare, mais semper paraît aussi indispensable au sens, car il est 
oppose à aeque iugis ignis. 

48,13. habentes ex ipsa natura eius, divina scilicet submi- 
nistratione (divinam scilicet subministrationem P) incor- 
ruptibilitatis. F 

Lisez : habentes ex ipsa natura eius, divina scilicet, submi- 
nistrationem incorruptibilitatis. — Les impies « subiront la 
peine d'un feu également éternel, possédant une incorrupti- 
bilité procurée par la nature même de ce feu, qui est divine ». 
Scilicet introduit l'explication de ex ipsa natura eius, se. ignis, 
« grâce à la nature de ce feu, qui est divine ». Cf. Passio Phi- 
lippi, Acta Sanctorum, Oct. IX, p. 546 : Hic erit ignis ille 
divinus, iustus factorum onmium et optinnis index, qui ad ter- 
ram defluens quodcumque inutile invcnit, exnrit (cité par Stach- 
lin, éd. de S. Clément d'Alexandrie, Protrept., 4, 53, 2-3 : 
Trûp «Twcppovoûv, d'après Fuehrer, dans Mitt. des deutsch. arch. 
Inst., Rocm. Abt., 7, 1892, p. 158). 


390 APPENDICE I 

48,15. et qui de caelo tangitur, salvus est, ut luillo iam 
igni decinerescat FP 

« L'homme frappe de la foudre reste intact et désormais 
aucun feu ne peut plus le réduire en cendres. » 

Le feu des volcans et la foudre, ont, comme le feu dont 
Dieu se sert pour punir les damnés, la propriété de brûler 
sans consumer. Cette idée est connuunc à Tertullien et à 
Minucius Félix, mais Tertullien assimile la foudre et le feu 
des volcans {sive ... stringens, sive ... eructiians) au feu ven- 
geur, tandis que Minucius Félix se borne à comparer (Siciit 
... si eut ..., ita). 

Minucius Félix dit clairement : Siciit ignés julinimiin cor- 
poro timgunt nec absutmint, la foudre touche les corps sans 
les consumer. Dans Tert., salvus est ne peut pas signifier : que 
le corps du foudroyé reste « sain et sauf », que l'honnnc fou- 
droyé conserve la vie, mais seulement : qu'il n'est pas consu- 
mé par le feu céleste, qu'il reste intact. 

Tert. seul ajoute que, par là, ce même corps acquiert la 
propriété d'être désormais à l'épreuve du feu, de ne pouvoir 
être réduit en cendres par aucun feu. il n'y a aucune trace 
ailleurs d'une pareille croyance. C'est sans doute une inter- 
prétation personnelle d'une loi religieuse de Numa, qui défen- 
dait de brûler un homme tué par la foudre. Festus, s. v. occi- 
sum : Homo si fulmine occisus est, ei iusta milla jieri oportet. 
Pline, Hist. nat., 2, 54, 145 : Hominem ita exanimatum crc- 
mare fas non est, eomii terra religio tradidit. Cette interpréta- 
tion de la loi ou cette conclusion forcée que Tert. tire de la 
loi lui permet d'attribuer à la foudre une propriété qui l'assi- 
mile au feu vengeur : elle frappe, mais elle conserve, dam 
erogat, réparât. 

49,2. Falsa nunc siiit quae tuemur et merito praesumptio, 
attamcn necessaria F 

P a : tuentur. Ce serait le passif : « les croyances qui sont 
défendues (par nous) ». Mais le complément a nobis serait 
indispensable. — L'actif tueo est archaïque et postclassique. 
Cic, De leg., 3, 3, 7 (texte de loi). Orelli, Inscr., 4788. Lucrèce 


ciiAP. 48,15—49,2-3 391 

emploie le passif. Les auteurs classiques n'ont que le déponent. 
Le passif reparaît plus tard, par ex., dans les jurisconsultes. 
Dig., 27, 10, 7 ; 28,3,17 ; 37,5, 25,2 ; 40, 12, 30. Etc. Le par- 
ticipe tutus, au sens passif, est devenu adjectif. Georges, Wort- 
jormen, p. 706. Neue, Formenle/ire, 3, p. 96. — Tuentur est 
ici une faute de copiste pour tuemur. Cf. Adv. Marc, 6,9, 
p. 601,17 : utique aciversus illos tuetur (aposiolus) quod illi 
negabont, carnis scilicet rcsurrectionem. 

49,3. In vobis itaque praesumptio est liaec ipsa, quae 
damnât utilia ; proinde nec inepta esse possunt, *FP 

Le silence de Modius fait croire que F était ici d'accord 
avec P ; et pourtant le dernier membre de phrase {proinde, 
etc.) nous paraît être une glose marginale insérée dans le 
texte. Il faudrait traduire : « Pareillement, ces croyances 
ne peuvent pas non plus être ineptes » (i). Or, Tert. ne soutient 
nullement ici que ces croyances chrétiennes ne sont pas ineptes. 
11 répond aux païens qui déclarent que les croyances chré- 
tiennes sur la résurrection, le jugement et l'autre vie 1" sont 
des préjugés et des inepties, 2" qu'elles sont dignes de châti- 
ment, sans prendre la peine de les examiner. Et il dit : Sup- 
posons que ces croyances soient fausses (que ce soient des 
préjugés) et ineptes : incontestablement, elles sont nécessaires 
et utiles, car elles nous obligent de devenir meilleurs. Con- 
clusion : 1" 11 est expédient de les présumer vraies (et d'y 
conformer sa vie) ; donc il n'est pas expédient de les déclarer 
fausses et de les tenir pour ineptes. 2" De même (proinde), 
il n'est pas permis aux juges de condamner en tout état de 
cause, en principe, des croyances qui sont utiles. Et rétorquant 
l'accusation suivant son habitude, Tert. ajoute : Si préjugé 
il y a, c'est chez vous qu'il existe, car c'est par préjugé que 
vous condamnez des croyances utiles. 

Le raisonnement de Tertullien est fini. On peut le résumer 
ainsi : Attendu que ces croyances sont incontestablement 


(') Dans l'Apol., proinde se rencontre 17 fois et toujours C(jniine 
synonyme de /rw/Vt'?'. Voy. Henen, Index vcrh,,?>. s. 


392 APPENDICE I 

bienfaisantes : 1" il est expédient de les présumer vraies ; 
2" il n'est pas permis de les condamner sans examen (omnino) ; 
3" le vrai préjugé consiste à les condamner sans les connaître. 

Que viennent faire après cela les mots : Proinde nec inepta 
esse possunt. Ils sont superflus, parce que falsa et inepta sont 
toujours réunis dans ce qui précède. Ils sont, de plus, con- 
traires à l'idée de Tert., qui ne veut nullement démontrer 
dans ce chapitre que les croyances sur la vie future ne sont 
pas ineptes ni fausses. 

Il continue, en répétant la même concession : Assurément, 
même si elles sont fausses et ineptes, elles ne sont nuisibles 
pour personne, et si vous voulez les condamner, c'est au ridi- 
cule et non à la mort que vous devez les vouer. Enfin, il montre 
aux juges que leur triomphe est vain et à la populace que 
sa joie est vaine. 

Il résulte de là, que le § 3 ne doit commencer qu'à Certe 
ctsi falsa, et le § 4, à De qua iniquitate. 

Enfin, quasi ... sit arbitrium doit être rattaché à ce qui pré- 
cède et le § 5 doit commencer à Certe, si velim. 

49,3. Certe etsi falsa et inepta, iiulli tamen noxia : nam 
et multis aliis similia, quibus nullas poenas inrogatis in 
eiusmodis (sic) accusatis et inpunitis ut noxiis (sic). 
Aeque enim, si utique, inrisum (sic) iudicandum est, non 
gladiis, etc. F 

P a : inrogatis, vanis et fabulosis, inaccusatis et inpunitis, 
ut innoxiis. Sed in eiusmodi enim, si utique, inrisui iudican- 
dum est, non gladiis, etc. 

Le texte de F, tel que nous l'avons donne dans notre édi- 
tion (eiusmodi pour eiusmodis ; innoxiis pour noxiis ; inrisui 
pour inrisum; voy. ci-dessus, p. 43 et 112) ne paraît guère 
satisfaisant, 

La lecture de P est meilleure. Les croyances païennes, sem- 
blables aux croyances chrétiennes sur le jugement, le paradis 
et l'enfer, ne sont jamais ni accusées devant le tribunal, ni 
punies (inaccusatis et inpunitis), parce qu'on les regarde 
comme ne causant aucun mal (ut innoxiis). 


CHAP. 49,3 — 50,3 393 

La transition Sed in eiusmodi enim marque une opposition : 
« Mais en vérité, quand il s'agit de pareilles choses, si tant est 
qu'il faille les condamner, c'est au ridicule qu'il faut les 
condamner ». Tertullien vient de dire qu'on ne condamne 
pas de pareilles choses. Il continue : Mais, si on les condamne, 
c'est au ridicule qu'il faut les condamner. 

Dans F, in eiusmodi paraît s'être fourvoyé dans la phrase 
précédente et son voisinage aura amené le changement iVinac- 
cusatis en accusatis. Quant à inpunitis ut noxiis, le remanieur 
semble avoir compris qu'on ne punit pas ces choses comme 
(on punit) les choses nuisibles, ce qui est peu conforme à la 
grammaire comme à l'idée de Tert. 

Aeque « De même » paraît être un remaniement intention- 
nel : on a cru que Tert. comparait le traitement dont sont 
l'objet les croyances païennes (l'abstention) et celui qu'il 
serait raisonnable d'infliger aux croyances chrétiennes, s'il 
fallait les condamner (la condamnation au ridicule). Mais il 
n'y a pas comparaison, il y a opposition entre ce qu'on fait 
et ce qu'on doit faire (i). 

Sur inrisum pour inrisui, voy. ci-dessus, p. 112. 

F est donc devenu incorrect et inintelligible, tandis que P 
paraît irréprochable. Les mots vanis et fabulosis, que l'on a 
jugés déplacés ici, marquent bien l'opposition entre les 
croyances chrétiennes qu'on traite de fausses et d'ineptes, 
et les croyances païennes, qui sont réellement extravagantes 
et fabuleuses. 

50,3. Sed occidimur. — Certo, cum obtinuimus F ; Sed 
obducimur, — Certe, cum obtinuimus. P 

La lecture de P paraît préférable. Obducimur est la lectio 
difflcilior et Tert. affectionne obducere « convaincre d'erreur » 


(1) Autrement, Lôfstedt, p. i2o, qui combine F et P et conjec- 
ture : Aiguë in eiusmodi enim, ce qui conviendrait au sens : «Et en 
vérité, quand il s'agit de pareilles choses, c'est au ridicule », etc. 
Cf. Rauschen, p. 77. 


394 APPENDICE I 

et obdiici « succomber, être battu daus une discussion ou 
dans une lutte ». Ici, tous les termes se rapportent à la dis- 
cussion ou à la lutte que les chrétiens sont forces de soutenir 
devant les tribunaux {provocamiir ad tribiinalia, ut ... cer- 
temiis). Voy. 46,2 : obducitur — convincitiir. De resurr., 2, 
p. 27, 2 : obdiicti deliinc et de Deo caniis aiidore et de Christo 
carnis redemptore, ioin et de resurrectione carnis revinceniur. 
De ieiun., 11, p. 289, 14 : oljdiicitur. Adv. Marc, 1,21, p. 318, 7 : 
obduxeris. 3,16, p. 404, 3 : obduximiis. 5,10, p. 606, 5 : obdii- 
citiir. De pud., 7, p. 232, 14 : cuni sic qiwqiie obdiixero diversae 
partis praesiimptionem. De resurr., 2, p. 26, 27 : obducimiis. 
Adv. Hermog., 38, p. 168, 16 : et obdiiceris. Adv. Prax., 27, 
p. 279, 19 : umiiqiie enim obdiicti. Le sens premier paraît 
être « recouvrir, fermer la bouche, forcer au silence >'. — Ici, 
obducimiir, terme de la discussion, s'oppose bien à obtinuimiis, 
terme juridique fréquent « gagner sa cause ». Vincinuis s'op- 
pose bien à occidinnir. Pour résumer, pour tout dire en un 
mot {deniquc), Tert. reprend le terme de l'objection, obdu- 
cimiir. 

Ccrto ne se trouve pas ailleurs dans V Apologétique. Les co- 
pistes confondent souvent certo et certe. Certe est employé 
18 fois dans {'Apologétique, et plusieurs fois dans le sens res- 
trictif qu'il a ici : « Oui, sans doute, mais après avoir fait 
triompher notre cause ». Voy. 12,4 : Ad bestias iinpellimur. — 
Certe, qiias Libero ... adplicatis. Certo s'emploie pour affirmer 
(i assurément » et très rarement pour restreindre. Voy. Tlies. 
l. /., 1 1 1, 942,23 (Plante et Paneg.). 

50,4. Sed haec despcratio et (atque P) perditio pênes 
vos in causam gloriae et famae vexilluni virtutis extol- 
lunt. F 

P a : in causa. — In causam avec un gén. veut dire « en vue 
de, pour » ; in causa avec un gén. veut dire « à cause de ». 
Cf. Ad nat., 1,18, p. 90, 1 : liaec omnia ... magna laude pensari 
a virtute. Sur ces locutions, voy. 40,1. Ici, c'est in causam qui 
convient le mieux ; car les héros païens se sont sacrifiés « à 
cause de » leur patrie, de la liberté, etc., et « en vue de » la 
gloire et de la renommée. — Sur atque, voy. p. 402, n. 2. 


CHAP. 50,4-5 395 

50,5. Enipedocles totiim sese Aetnaeis inccncliis donat : 
vigor mentis ! Aliqua Carthaginis conditrix rogo secun- 
dum matrinionium evadi't : o praeconium castitatis et 
pudicitiae ! F 

Au lieu de Aetnaeis, P a : AiheniensUim atheneis (in iiiarg. : 
aethneis). Voy. ci-dessus, p. 81. 

Au lieu de donat, P a mis donavit, peut-être parce que le 
parf. rcliquit précède ; mais les verbes suivants, cvadit et 
patitur sont au présent, Donat donne un crétique et un tro- 
chée, tandis que donavit donne un spondée et un trochée, 
clausule moins fréquente {^). 

Plus loin, P a : ro»o se secundum matrinionium dédit, ce qui 
est inintelligible. La seconde main a ajouté ob devant secun- 
dum pour donner un sens à la phrase. — ici encore, le rema- 
nieur a mis le parfait dédit. Prenant secundum pour une pré- 
position, il a ajouté un complément {se) au verbe, ce qui n'a 
pas suffi pour donner un sens à la phrase. Peut-être ne con- 
naissait-il pas l'histoire de Didon, qui, pour rester fidèle au 
souvenir de Sichée, son premier mari, préfère monter sur 
un bûcher que d'épouser Hiarbas, roi des Maures. Voy. Justin, 
18,6. 

Tertullien aime à citer Didon. De exhort. cast., 13: aliqua 
Dido, quae projuga in aliéna solo, ubi nuptias refais ultro optasse 
debuerat, ne tamen secundas experiretur, maluit e contrario 
uri quam nubere. Ad mart., 4 : cum feminae quoque contemp- 
serint ignes, Dido, cum post virum dilectissimum nubere coge- 
retur ... Ad nat., 1,18, p. 90, 7 : ignés ... docuerat invadere Dido. 

Et pudicitiae (crétique et trochée, avec la longue du trochée 
résolue) manque dans P. La clausule ne prouve rien, car casti- 
tatis donne une fin convenable (ditrochée). Plus haut, Tert. 
n'a mis qu'un seul substantif : o sublimitas animi ! o vigor 
mentis ! Mais plus loin, il allonge aussi ses exclamations : o 


(') Lôfstedt, p. 74, fait observer avec raison ciue Terlullien, 
comme tous les auteurs qui écrivent en prose rvtiimique, accom- 
mode souvent le temps du verbe au rythme. Voy. notre édition 
classique de Minucius B'elix, p. 193 lin. 


396 APPENDICE I 

virum fortem ... ! o philosophi magnimitatcm, qui ... ! II est 
possible que le remanieur de P n'ait envisagé que les excla- 
mations qui précèdent Q). 

50.9. Certe Laconum flagella sub oculis etiam hortan- 
tium propinquorum acerbata (acerba P) tantuni honoris 
(honorem P) tolerantiae doniui conferunt, quantum san- 
guinis fuderint. F 

Il faut lire acerbata. Voy. ci-dessus, p. 43. — Quantum 
sanguinis fuderint. Sur le subj. après tantum ... quantum, voy. 
W. A. Baehrens, Philologus, Supplbd. 12 (1912), p. 512. Min. 
Félix, 6,3 : quantum adstruxerit vetustatis. 

50.10. gloriam licitam, quia humanam P 

F a : humana. — Tert. omet souvent le verbe est dans la 
prop. qui commence par quia ; dans ce cas, il fait accorder 
l'adjectif ou le subst. attribut avec un mot de la proposition 
principale. Cf. 17,5 : quia proprio (F) = quia proprium est. 
30,4 : • quia innocuis = quia innocuae sunt. De an., 26, p. 
344, 10 : infanteni et aemulum et validum et olim contentio- 
sum, quia vivum. Voy. Hartel, Pair. Stud., III, p. 70. Hoppe, 
Syntax, pp. 59 et 143. 

50.1 1. Et tamen illis omnibus et statuas decernitis (defun- 
ditis P) et imagines scribitis (inscribitis P) et titulos 
inciditis in aeternitatem ! F 

Decerncre est un mot général, qui convient à la fois à sta- 
tuas, à imagines et à titulos : vous leur décrétez des statues, 
des bustes et des inscriptions honorifiques. 

Comme Tert. a mis le terme spécial avec imagines inscri- 
bitis et avec titulos inciditis, il est vraisemblable qu'il avait 
écrit aussi : statuas defunditis, vous fondez, vous coulez des 
statues de bronze. Le scribe, ne comprenant pas defunditis, 
aura mis decernitis. L'inverse est beaucoup moins probable. 


(') Surtout ce passage, voy, Lôfstedt, p, 53-56. 


CHAP. 50,9-12 397 

Cf. De pat., 5 : cutn in idoUttn aiiri sut collât iones defundit. 
Ad nat,, 1,12, p. 82,9 : omne simulacrum seu ligno seii lapide 
descLilpitur, seu aère defunditur. Scorp., 3, p. 151,9 : sapiens 
ignis effigiem vituli defundit. 
Sur inscribitis, voy. ci-dessus, p. 245, note. 

50,12. Nam et proxime ad lenonem damnando (dam- 
nandam F) Christianam potius quam ad leonem (putas- 
tis et add. F), confessi estis, labem pudicitiae apud nos 
atrociorem omni poena et omni morte reputari. P 

Dans F, damnando est devenu damnandam à cause du 
voisinage de Christianam : c'est ce qui aura amené l'addition 
de putastis et. Tert. fait un emploi très étendu de l'abl. du 
gérondif (abl. de manière) mis au lieu du participe présent 
{damnando), qui lui fournit des constructions concises, tandis 
que putastis et confessi estis paraît peu conforme à sa con- 
cision habituelle. Voy. 9,11 : conluctando detersit. 10,1 : semel 
deos non colendo. 11,3 : auferendo factorem. 13,3 : reprobando, 
nolendo. Etc., etc. Voy. Blokhuis, p. 29. Hoppe, p. 56-57. 


398 


LES CLAUSULES MÉTRIQUES. 

Dans la discussion des variantes de F et de P, nous avons 
allégué à plusieurs reprises les clausules métriques. Pour que 
le lecteur ne se méprenne pas sur le sens de nos observations, 
nous devons donner ici quelques précisions sur l'idée que 
Tert. s'est faite du rythme de la prose. On verra que, si l'on 
ne peut tirer argument des clausules qu'avec une certaine 
circonspection, elles peuvent cependant servir de guide à la 
critique. 

Sous tous les rapports, l'Apologétique est celui de ses ou- 
vrages auquel Tertullien a donné le plus de soins. Il en a 
recueilli les idées dans son expérience personnelle, dans sa 
vaste érudition et surtout dans les écrits des apologistes 
antérieurs ; il les a classées minutieusement, il leur a donné 
un tour personnel et il les a présentées sous le jour qu'il croyait 
le plus favorable à sa cause ; enfin, il a travaillé avec amour 
la forme dont il les a revêtues, comme le prouve à suffisance 
la comparaison avec le traité Ad nationes. Rompu aux exer- 
cices de l'école, il prodigue tout naturellement les artifices 
recommandés par les rhéteurs. Il manie sans effort les figures 
de construction qui balancent les périodes et qui mettent 
les idées en relief : parallélismes (parisa) avec homœotéleutcs 
et antithèses {^) semblent naître sous sa plume ; mais son 
style ne perd rien de son naturel ni de sa vigueur, parce que, 
pour lui, l'art reste toujours le serviteur de l'idée. 

Nul doute qu'il n'ait donné le même soin au rythme, car, 
depuis Cicéron, tous les ouvrages en style élevé (éloquence 
et histoire) sont soumis aux lois de la prose métrique. S'adres- 
sant au public instruit, il a compris, comme tous les auteurs 


(') Voyez, par exemple, lescli. i, 12 et 2,8-9. H. Hoppe, Syfitax 
und Slil des Tcriullian (1903), p. 158-168. 


LES CLAUSULES MÉTRIQUES 399 

chrétiens, la nécessité de mettre au service de la foi toutes 
les ressources de l'art {^). 

Pour l'établissement du texte de Tertullicn, il serait utile 
de fixer, d'une manière précise, les règles qu'il a suivies. Et 
il ne suffit pas de connaître ses clausules préférées ; il n'im- 
porte pas moins de savoir quelles sont les clausules qu'il 
tolère. En effet, une fois qu'il est constaté qu'une clausule, 
même rare, se rencontre sous sa plume, la critique n'a pas 
le droit de la rejeter systématiquement, parce que sa mission 
n'est pas d'améliorer le rythme, des périodes de Tertullien, 
mais simplement de restituer ce qu'il a écrit. Tertullien avait 
ses raisons de ne pas amener toujours une de ses clausules 
favorites : sans compter la variété du style, qu'il recherche, 
l'idée et la grammaire ont leurs exigences. S. Augustin {^) 
dira qu'il faut se garder de perdre en poids ce qu'on gagne en 
nombre : dam additar numenis, pondus detraliatur. Sans doute, 
il arrive à Tertullien, comme à Minucius Félix (^), comme à 
tous les auteurs, de régler sur le rythme le choix et l'ordre 
des mots C*) et parfois môme la syntaxe ; mais, aux clausules 
qu'il affectionne, il ne sacrifie pas la pleine expression de 
sa pensée. 

Il n'existe aucun travail complet sur les clausules de V Apo- 
logétique et nous ne pouvons pas entreprendre ce travail ici. 


(') S.Augustin, De doctr. Christ., 4, 20 : Cwn pcr artcm rheto- 
ricniii. et vera suadciitur et falsa, quis audct diccrc adversiis ))iendacinm 
m defensoribus suis itierincm debcrc consistereverilatein. Cf. Lactant., 
Div. inst., 5,1 et 6,20. Arnob., 1,58. Hieronyni., Epist., 53,9. 

C') De doctr. Christ., 4,20. 

('^) A. Ausserer, De clausulis Minucituiis. Comm. Aenipontanae, 
I. Innsbriick^ 1906. Voy. notre Edit. classique de Minucius Félix j 
(Bruges, Desclée), p. 193-194. 

(*) Quint., Inst. orat., 8, 6, 64 : nihil aliud potest servionemfacere 
numcrosmn quaiii opportuna ordinis perinutatio. Cf. 9, 4, 28 et i i2ss. 
S. Augustin, De doctr. Christ., 4,20 : quod facillime fit inutaiis qui- 
busdain verbis quae tantundein significatione valent inutato eoruin quac 
invenerit ordinc. . . 


400 APPENDICE I 

Nous devons nous contenter, pour le moment, de tirer quel- 
ques conclusions des études que nous allons citer et de nos 
observations personnelles. 

Nous possédons deux statistiques des clausules de Ter- 
tullien. Hoppe a publié le relevé des fins de chapitres (873) 
dans tous les écrits de Tertullien ; Di Capua a dressé la liste 
des fins de phrases (un bon millier) dans V Apologétique, d'après 
la première édition de Rauschen. Ce sont des travaux très 
utiles, mais ils n'ont pas l'ambition d'épuiser le sujet (i). 
Ce n'est pas seulement la fin des chapitres et des périodes 
qui est rythmée ; la fin des membres de phrase (membra, 
xw)>a, cf. Cic, Orat., 211), suivis d'un repos, ont aussi une 
forme rythmique. Il serait utile de rechercher si Tertullien 
applique les mêmes règles, avec la même rigueur, dans l'in- 
térieur d'une période qu'à la fin de ses périodes et de ses 
chapitres et si l'alternance ou la répétition des clausules dans 
la même période n'est pas soumise à certaines lois. 

Le rythme de la prose métrique, différent de celui de la 
poésie, est obtenu par une combinaison de crétiques et de 
trochées. Les clausules préférées par Tertullien et par ses 
contemporains sont, d'une manière générale, celles qu'affec- 
tionnait déjà Cicéron (2). Les voici, d'après les statistiques 
de Di Capua et de Hoppe. Nous indiquons les chiffres de 
Di Capua et nous ferons suivre, entre parenthèses, ceux de 
Hoppe. Nous citerons comme exemples des passages non 
contestés ; sinon, nous aurons soin d'indiquer s'ils sont em- 
pruntés à F ou à P. 


(') H. Hoppe, Spiia.v nnd Siil des Tertullian (1903), p. 154-158. 
F. Di Capua, Le Clausule uietriche neW Apolo^ctico (1912). Monza^ 
Tip. editr. Artigianelli, p. 17-37. Nous leur emprunterons la 
stalislique des clausules, ainsi que plusieurs observations intéres- 
santes. 

(2) Th. Zielinski, Dus Clauselgeselz in Ciceros Redcn. Leipzig^ 
1904 (Philologus, Supplbd. 9, p. 589-875). 


CLAUSULES NORMALES 401 


Glausules normales ou fréquentes. 

A. Un crétique et un trochée. 

436 fois ou 42,5 0/0 (247 fois ou 29 %). 
Forme pure, 302 fois ; 

éssë dè\bébït 5^1 
Chrlstïâ\7i(}rûin 1,1 
nU7i creâs\sstïs (') 11^9 
ne ïgnoraiâ dam\mtûr i;2 
cum tutûrïbns | legûm 4^3 
et nolsndO (2) dam\nasset 13^3 
Formes dérivées par la résolution des longues, 134 fois 
a") i""^ 1. résolue, 46 fois (9) q7iïâ revin\amhir 3,8 

^eà pôiïits er\rons 37,10 
a'^) 2® 1. résolue, 24 f. posse vïde\(mlu.r 29,3 

\wQ.oxruptiMlï\laiis 48, 13 
A*') !'■* et 2"^ 1. résolues, 10 f. sctlcra prohipéntem 2,6 

vïlïa cohi\bentes 6,8 
iltïque ptjtï\oriim il, 16 
qiiui rehgi\psi 25,13 
A^^) 3® 1. résolue, 54 f. (51) \^) promoveiit j aiiÎDtos t ,8 

nomen m\}i6cî'mvi 2,5 
diim sciimt [ pïiere 29,5 


(') Le rythme amène souvent les formes contractes des verbes : 
f{\de ne\garit 2,17; iudi\carit 4,6; comparasse 9, g; immolasse g ^i s . 
Zielinski, p. 173-175. Di Oapua, p. 30. 

(2) O final et i final sont parfois aitrégés pour le rythme : aufe'\rendo 
fac\torem 11,3; o))î\nino da}ii\nare 2,2. Sur etsi vide\alur 17,2 (A''j, 
voy. plus loin, p. 416, 

(•^) Hoppe a compté cette clausule 33 fois avec la dernière syllabe 
brève et 18 fois avec la dernière syllabe longue. Dans toute clausule, 
la quantité de la syllabey?;/^/^' est indillérente, comme la syllabe 
finale d'un vers. 

26 


402 APPENDICE 1 

B. Deux crétiques. 

142 fois ou 14 0/0 (108 fois ou 13 "/o)- 

Forme pure, 98 fois : 

cogéiur èt\ créderè 18,9 
exnbsscïi ln\quirerc \, i 
nûmïnïs \ crïmen-ësi (^) 2^20 
proverbiis nique {^) ssn\iêntïïs 7^ 13 

Formes dérivées, par la résolution des longues ou par 
l'allongement de la brève du premier crétique, 44 fois : 

b") i''^ longue résolue^ 9 fois mstîùa de\fendiiur 1^5 

aut caiilhus ex\pomtis 9^7 

b'^) 2'^ longue résolue^ 5 f. cttennï\tas sua 22, \ 

cuique sapï\cfitiae ^'j ,i 

B") la i'"^ brève allongée^ 27 f. nisi inctsiuni \feceris 8^3 

si tanti ae\ternitas 8^4 
De/ (^) Ht de\votio 30^7 F 

b'*) la !'"« 1. résolue et la i""* b. allongée^ 3 f. 

C. Un double trochée. 

340 fois ou 33 "/o (277 fois ou 32,5 <7o). 

Forme pure, 256 fois : 

obstruit de_/i//5?|rj«î!' i^i 
dignitatem in cz.q.Iîs hà\bsrc 1,2 
hominem wegâve\rTtïs (■*) 11,12 


(^) Les formes m()aos3'llabiques du verbe smn s'attachent au mot 
précédent. 

(*) On a remarqué que que et ntque sont souvent emplo^'és pour 
former la clausule. Ci. 7,13; 12,2; 13,4; 18,5; 21,11; 25,9; 31,3; 
32,1; 39,11; 40,14; 45,6; 47, H- 

(3) Sans èlision de Dei. Cf. 48,15 : et Dei \ hostes (A). 

(*) La voyelle i reprend souvent sa quantité archaïque dans la 
désinence du futur passé et du subj. parf. Cf. 50,12: immo\lave\- 
ritis. l'eut-être, 37,5 : plu\res e\riinus. Zielinski, p. 184. 


CLAUSULES NORMALES 403 

Forme dérivée, 84 fois : 
a) double spondée quasi detv\ménfô\maér(Jiil j^y 

gaudeant crjg'fio\vïssc i,y 

D. Un trochée suivi d'un crétique. 

17 fois ou I '/a ('). 

Forme pure, 17 fois : 

ut volunt cbmpa\rés sfios 4,1 
alicuius ctmscï\énliat 1,3 
damnatus f^rattfis agil 1,12 
quod pQi-fscïl \ Ginn^a ii;5 
nihil ûniBf'ê \ pûssïtis 43^2 
l)oterant odïssë | sï scïânt 1^9 
])at\nnf/}.r | nt fïant 12^2 

Observations. 1° La statistique prouve que les ciausules 
favorites de Tertullien sont 1) A, 2) C, 3) B. Ensemble, ces 
trois ciausules forment 89,5 % des fins de phrase de l'Apolo- 
gétique. Tert. n'aime pas autant la clausule D et il est parfois 
facile de voir qu'il l'a évitée. Au ch. 1,8, l'ordre grammatical 
aurait donné : cogno]visse \ gaudeant (D) ; il a préféré dire : 
gaudeant] cogno\visse (C). Cependant la clausule D est attestée 
assez souvent pour qu'on puisse la regarder comme normale 
ou régulière, et, pour suspecter les passages qui la présentent, 
il faut d'autres raisons {^). 


C) Hoppe ne signale cette clausule que 7 fois et la scande comme 
un crétique suivi d'un trocliée avec brQv^e irrationnelle (= A). Voy. 
Syiitax und Stil, p. 157. 

(-) On pourra comparer les proportions suivantes: 

Discours de Cicéron Minucius Félix Apologétique 


A 

38°/o 

48 

42;5 

B 

21 

27 

14 

C 

35.5 

22 

33 

D 

1,5 

2 

1;5 


96^/0 99 "/o 91 °/o 


404 APPENDICE I 

2° Les formes pures sont de beaucoup les plus fréquentes. 
Sur 937 fins de périodes, on les rencontre 673 fois, soit 72 % 
(ou 784 fois, soit 76,5 %, si l'on tient compte de B« et C"). 

3° Uélision ou synalèphe n'est pas rare dans la clausule : 

A ojdisse d(um) i|giiorant 1^5 

quod mal(am) a|gnoscat 1,11 

poste(a) e|rasast 4^7 

nominis | proeliumst 2^19 
B se de(um) ex|istimat 30^7 

a De(o) abjsolvimur 50,1 6 
C de conscienti|a pro|bandast 1^5 

re|gnasse ) certumst 25,10 
Cependant, l'hiatus est également fréquent : 

quia] iara o|derunt 1,9 

dorai]nati|o est 2^14 

40 Toute clausule comprend deux temps forts. Les plus 
harmonieuses sont celles où la césure ou coupe des mots 
fait concorder les deux temps forts avec l'accent tonique. 
A necessi/r7/^ côn\fnsâin 5,<^ 

v&nisse non (')| creduni 21,15 
B non reqxiiréndfis m\vè7itûs-tst (') 2,9 

o-çtraitir ct\Christus-esi {^) 21,14 
D \\')nérc\pbssHis 43,2 

On peut appeler normale, la césure qui produit cette coïn- 
cidence. Comme la plupart des auteurs (2), TertuUien néglige 
souvent la césure normale ; il ne se soucie pas de faire coïn- 
cider toujours le temps fort avec l'accent tonique. 


(') Les formes monosyllabiques du verbe est, la négation non, etc., 
sont enclitiques ou proclitiques et s'attachent à un autre mot. 

(2) S. Cyprien est plus soigneux. Dans son ix?à\h Ad Donatum, 
Di Capua a compté 96 °/o de césures normales. Dans les premiers 
chapitres de X Apologétique , il n'a trouvé que 64 °/o de césures nor- 
males. Cf. E. De Jonge, Les clausules métriques de S. Cyprien (Lou- 
vain, 1905), p. 60-71. 


CLAUSULES NORMALES 405 

A cessant cl o\disse 1,6 

infan/és come\dissel 2^5 
B maii/ô irii.ci\data sil 6;4 

séd magis \ pubères 9^12 

Les finales -sani, -tes et -to ont l'ictus sans avoir l'accent 
tonique, et, dans magis, la syllabe accentuée n'a pas l'ictus. 
La critique ne peut donc pas rejeter une clausule pour la 
seule raison que l'ictus tombe sur une syllabe non accentuée, 
même sur la syllabe finale. 

50 La clausule C a aussi deux temps forts, mais elle doit 
être étudiée à part : n'ayant que quatre syllabes, elle a rare- 
ment deux accents toniques. Zielinski a cherché à prouver 
qu'elle est précédée régulièrement d'un crétique qui lui ser- 
virait de base, S. Cyprien aime à la compléter par l'accent 
tonique du mot pénultième {^). Tertullien fait souvent de 
même, sans s'astreindre à une règle. 

Sous sa forme la plus harmonieuse, la plus parfaite, le 
ditrochée (ou dispondée) est précédé d'un crétique : 
gand^rin{\ cogno\visse 1^8 
de ^xwdBnlïbns\ tiidi\cantes, 1,8 
éi q7tïdeni\ taétrï\bre 5,5 

Mais on le trouve aussi précédé 
d'un dactyle quod xevï?icërïs] igno\rare 1,13 

d'un spondée quantf\ dcnb\taimi.r ï,b F 

d'un molosse dcimnribûnt\ veri\tatem i;3 

d'un choriambe aemu]ati6?ie ïiëmm] Christi\aîius 2,17 

d'un dispondée 2ià anrss\vBstras'\ perve\nirc 1,1 

d'un trochée vevecniidï\am pro\ciirent j,! 

pÔssu]mus vi\deri \o,<^ 
m d(f\os con\secreiit 10,10. Etc. 
d'un ditrochée de cènscïé?iiï\a pro\bandast i,S 


(^) Ed. De ionge, Les clausules /néinques de S. Cyprien, p. 68. 


406 APPENDICE I 


Clausules anormales ou tolérées ou rares. 

Nous venons de voir que les clausules, que nous avons 
appelées normales ou régulières, forment 91 % des fins des 
phrases de V Apologétique. Il reste 9 % de clausules qui ne 
sont pas toutes fausses, mais exceptionnelles ou anormales 
ou tolérées. La clausule n'est fausse que s'il y a absence com- 
plète de rythme ; en ce cas, il y a une évidente altération du 
iQ.xiQ.. Les clausules anormales sont celles que Tertullien ne 
recherche pas, qu'il évite le plus souvent, mais qu'il tolère 
parfois. La critique ne peut pas les condamner en principe, 
sans une antre raison que leur rareté. Il importe donc de 
rechercher quelles sont les clausules irrégulières que Tert. 
a tolérées. 11 faudrait une étude complète des périodes de 
V Apologétique et de leurs membres pour résoudre cette ques- 
tion définitivement. Nous devons nous borner à quelques 
observations, qu'une étude approfondie viendra probable- 
ment confirmer. 

Les clausules anormales ne sont que des formes rares, 
exceptionnelles, des quatre clausules normales. Tert. en use 
rarement, parce qu'il les trouve imparfaites, inférieures, 
mauvaises. Elles sont moins harmonieuses, parce que l'oreille 
a plus de peine à percevoir leur rythme compliqué. En effet, 
l'irrégularité peut venir I) de la résolution anormale d'une 
longue et II) de la quantité irrationnelle. 

I. Résolution. Aux formes dérivées que nous avons citées 
plus haut et que leur fréquence fait regarder comme nor- 
males, on peut ajouter les suivantes, qui sont plus rares, mais 
que Tertullien paraît avoir tolérées : 

A. Un crétique et un trochée (3 longues). 

A'') i^^ et 3^1. résolues (4 f.) ghitre aim j sccUre 9^7 

alïqicid e\rïpïtis 14^ i 
dae[///o«z« non \fngïnnt 46^5 F 

A*) 2<= et 3M. résolues lex hùi prô\Mbrnt 4;5 P 


CLAUSULES ANORMALES 407 

B. Deux crétiques (4 longues). 

b") 1"^ et 2'- I. résolues :\h'io\\7J^i'c iiisï iic\g((ven'l 2,\(i 

isto tjpijre in(mï\feslius 22^7 
li') 4" longue résolue a vohis, Dens \ ncglcgUûr 40, 15 F 

15-) 3*-' longue résolue morluo \pt)tïoy est 28^3 F 

C. Un ditrocliée ou dispondée. 

Ditroclice (2 lonj;an3s) : 

c'') 1'" longue résolue malcrïâ \ matrix 21,12 F 

râpcrc I vcllct 14,2 P 
simulacro tniiï\ari 16,3 
Romanae rclîgi\onis 24,1 
religion is pruprïc\ taie 24, 9 

C') 2® longue résolue si res n\&rétur\ odïum 1,4 

\\\ nbs pro\1iihïtam 2,6 
Dispondée (4 longues) : 

c^) i*"" longue résolue audir^ Iâbo\râiis 2,13 F 

s^iwguïnïs a\guoscai 9,1 S 

c") 2^ longue résolue (dactyle et spondée ou fin d'hexamètre) : 

(in merc\âlfir 1,4 (voy. p. 416) 

c^) 3" longue résolue congxGg^t\ônsm\fàcïm7is 39,2 F 

D. Un trochée et un crétique. 

d") spondée et crétique vel âstris \ imputant \,\i 

censura? cïi'\cnmvenis 2,8 
prô csr\t0 sciant 2, 18 
pmdBns I Et hônns 2,, i 
ds cnu\/0 rnit 4,5 

d'') dactyle et crétique de praét^rï^tu rSuin 2,17 

d'issÔ/vcrS I nÔ7i licèt 9,8 
^(int dtjmini sut 1 3, 8 . 
medici;/r75 valciudininn 22,11 
])voh<it\On'S fi deliiis 23,7 

II, Quantité irrationnelle. Au temps fort, une syllabe brève 
joue quelquefois le rôle d'une longue ; au temps faible, une 


408 APPENDICE I 

longue joue quelquefois le rôle d'une brève. Voici des cas 
signalés par Hoppe, p. 157-158: 

A« l'c 1. (6 fois) no/ïlra \ care/iiDe idol., 17, p. 128^66 
A'' i^e et 3*^ 1, (4 f.) cum domino \ trïiiiiis De res ; 4I; p. 86; 1 1 
B'' 1'" et 3^1. ornrimcn\ia {}) strnii De cuit, feni.; 1,6 

B' la 2"''l. (7 f.) ïgnonmiià (') | scilicct \,\ 
sanguine (-) | prolunnt 9^5 

Voilà les faits, dont il faut tirer des règles pour la critique 
du texte. Il y a certaines clausules que Tert. recherche et il 
y en a d'autres qu'il tolère. On peut dire que les unes sont 
fréquentes et que les autres sont rares ou même très rares. 
On peut dire aussi que les unes sont excellentes ou bonnes et 
les autres inférieures ou défectueuses ou mauvaises, au juge- 
ment même de Tertullien ; mais, comme il est prouvé qu'il 
a toléré les mauvaises, on ne peut pas les rejeter en principe, 
quand les manuscrits sont d'accord. 

« Rare )>et même « mauvais » dans le sens que nous venons 
de dire, ne signifie pas « inadmissible, inacceptable ». 

11 en va autrement quand les manuscrits sont en désaccord 
et qu'il faut choisir entre les variantes qu'ils présentent. 

Pour nous, la question se pose ordinairement ainsi : Quand 
F et P nous offrent des clausules différentes, peut-on décider 
lequel des deux a conservé le texte authentique ? 

Quatre cas peuvent se présenter : 

1» Les clausules de F et de P sont équivalentes. 

a) Elles sont normales, régulières l'une et l'autre. Alors, il n'y 
a pas de conclusion possible (nous négligeons, pour le moment, 
les arguments tirés du sens et de la grammaire). Ainsi, im- 
nw\letis 6,10 F (C) et immola\retis P (A) donnent des clausules 
équivalentes. 11 y a évidemment des degrés dans la valeur 
des clausules normales (l'une est plus fréquente que l'autre), 
mais il serait imprudent d'en tenir compte. 

b) Elles sont l'une et l'autre irrégulières et rares, c'est-à- 


(') a final allongé devant si et se, Zielinski, p. 175. 
(2) £ final allongé devant J>r. Id., p. 174. 


CLAUSULES ANORMALES 409 

dire, mauvaises. Dans ce cas, elles sont suspectes l'une et 
l'autre, mais ne peuvent être rejetées parla seule raison qu'elles 
sont rares ou très rares. On sera tenté de préférer la moins 
rare, mais la rareté plus ou moins grande ne sera pas un argu- 
ment décisif, 
2» Les clausules de F et de P ne sont pas équivalentes. 

a) L'une est normale, régulière et fréquente, tandis que 
l'autre est anormale et rare. On est tenté de préférer la pre- 
mière et s'il n'intervient aucune autre raison (de sens ou de 
grammaire ou de supériorité générale d'un ms sur l'autre), 
le calcul de probabilité plaidera évidemment en faveur de 
la clausule normale (91 % contre 9 %), mais il ne donnera 
pas de certitude absolue, La statistique montre, d'une part, 
que, plus une clausule est fréquente et parfaite, plus elle a 
de chance d'être authentique ; mais, d'autre part, il se peut 
que, dans le cas en litige, TertuUien ait préféré une clausule 
de valeur inférieure. 

b) L'une des deux traditions (F ou P) donne une clausule 
normale ou même une clausule ano'male et rare, mais attes- 
tée ; l'autre donne une clausule fausse, c'est-à-dire manque 
absolument de rythme. Ce cas est rare, mais c'est le seul qui 
permette une conclusion tout à fait ferme. 

Quand nous avons le choix entre deux clausules et que la 
métrique seule peut guider notre choix, nous aurons neuf chances 
sur dix d'être dans le vrai en nous prononçant pour celle qui 
est la plus parfaite. En cas d'équivalence absolue, on pré- 
férera celle que fournit la tradition reconnue la plus pure 
dans toute son étendue ou dans le contexte. F nous paraît 
généralement beaucoup mieux conservé que P ; mais, dans 
certains passages, F est altéré, tandis que P est pur ou du 
moins plus pur que F. 

Heureusement, quand la clausule paraît suspecte soit 
dans P, soit dans F ou dans tous les deux, les arguments tirés 
du sens et de la grammaire viennent presque toujours con- 
firmer les présomptions tirées de la métrique. Dans ce cas, 
la métrique, le sens et la grammaire fournissent ensemble 
un faisceau de preuves capables de donner la certitude et 
d'emporter la conviction. 


410 APPENDICE I 

Le problème à résoudre peut se poser autrement : ni F 
ni P ne fournissent une clausule acceptable, c'est-à-dire qui 
réponde à la fois aux exigences de la métrique, du sens et 
de la grammaire, il ne s'agit plus de choisir, mais de trouver 
l'émendation. C'est l'affaire de la critique conjecturale. 11 est 
clair que l'émendation doit fournir une des clausules dont 
Tert. a fait usage. De plus, comme on compte dans V Apolo- 
gétique 91 % de clausules normales, plus la clausule propo- 
sée sera régulière, plus elle paraîtra vraisemblable. Toute 
conjecture qui donnera une clausule suspecte sera suspecte 
elle-même. 

Passons à l'application. 

Clausules fausses. 

Voici un exemple de F et un de P : 

16,14 adiré licitum erat F; a]dire |]icitum P (O'). — Tertullien 
aime l'ellipse, mais il sous-entend rarement l'imparfait du verbe 
cssc. Ici, l'ellipse peut être due aux exigences du rythme. 

2,20 si nullius criminis nomine reus est PM ; si nullius] cri- 
minisl nomen est F (B). Voy, p. 162. 

Clausules équivalentes. 

Comme nous venons de voir, l'équivalence est rarement 
complète. Généralement, le choix sera dicté par le sens ou 
par la grammaire. 

Nous renvoyons aux pages où les leçons ont été discutées. Nous 

imprimons en italique l'initiale du ms qui nous paraît donner la 

meilleure {F on P). 

1,3 damjnare non | polerant F (A''); damjnare non | possint P 
(A). — Le sens est : quod si ajidtsseiit (ni auciiaiil, davinarc 11071 
potcrant (= poiuissciil) ou possint. Nous préférons no7i polerant., 
qui insiste sur la non-réalité. C'est la lectio difficilior, que P aura 
remplacée ])ar possint. 

1,10 ad majlum refor|mantiir 7^ (A): ad majlum ])erjformantur P 

(O'); p. 147 • 


CLAUSULES ÉQUIVALENTES 411 

2,5 gloria fu|isset F (A'') ; praesidis | gloria P (13). L'amour de Icrl. 

pour l'ellipse et pour la concision n'est pas une raison décisive 

de préférer P, Voy. p. 85. 
2,19 confessijone damnet F (C) ; confessijone dam|netur P (A) ; 

p. 101. 

3.3 in sufiVagiJum enarjrantes F (O') ; in suf]fragiuni in|pingunl P 
(A); p. 40. 

4.4 licejre quia non | vultis /^(A''); li]c.ere cpiia | vultis P (A''). 

4.5 noluisjlis li|cere F (C) ; non vul]tis li|cereP (C). 

4.5 esse, quod] lex pro|iiibuit F (C'') ; quod] lex tua pro]liibuit P 
(A'). 

5;7 so]li exse|quuntur F {C)) soli exjercent P (O'); P- î75- 
6, 10 vestras] immo|letis F (C) ; immola|retis P (A) ; p. 113. 

7.6 divinijtas ser|vatur F (C"); di]vina ser|vantur 7-" (A); p. 117. 
9,5 proseca|batur /''(A); Mercurio] prose|catur P (C) ; p. 184. 

9.7 de ne]cis génère | dilTert 7^ (A''); de ge]nere necis | dillert P 

(A");p". 87. 

9,9 fabulis I legite F (A''); ferculis | legite /"(A''); p. 102. 
10,2 esse co|gnovinius 7^(13) ; esse co|gnoscimus P (B); p. 187. I,e 
passé va mieux avec colère debuisseiil. 

10.2 quos conjstaret | esse F{C); constaret il]los deos | esse P (A). 
Le mot deos est de trop, car il s'agit de la non-existence des dieux 
{quia putarent non esse) et non de leur qualité de dieux. 

10.3 provo|camus a] vobis | ipsis F (O^) ; provojcamus a | vobis P 
(A). 

11,13 ^on potes]tis ne|gare F (C) ; non possijiis ne|gare P (C) ; 
p. 192. 

13.1 esse] negle|galis (C) — timetis] destru|atis (C) — vindicalis] 
in]u|datis (C") F; esse ne|glegitis (A'') — time]tis de|slruitis 
(C') — vindi]catis, in|luditis (B) P; p. 195. F donne trois fois 
la clausule C. 

13,9 Cerejres ado|ratis F (A); Diajnas adojratis P (A); p. 199. 

14.2 râpera volu|isset F (A'-); Diomede] rapere | vellet P (C'); 
p. 201. 

14.3 dilec|tarum ami|carum F (A) ; iamjpridem ami|carum P (A) ; 
p. 205. 

14,6 alicuius Dei] praefa|rentur F (O^) ; alicuius De]i praejfentur P 
(O') ; p. 205. Dans F, le dispondée est précédé d'un crétique 
(p. 405). 


412 APPENDICE I 

14,8 Socrati] reddi|derunt -^(C); Socrati | reddit P (A); p. 206. 

Même observation. 
14,8 capitijbus in|ducit F(A'^); capilibus] inlro|ducit P (C); p. 208. 

15.6 fa]stigium | adsolant F (B'j; vestigija obsu|letant P (C). La 
leçon de F, qui a pour elle le sens et la grammaire (p. 2 1 2), peut 
se scander sans élision avec une longue in'ationnelle. Avec élision, 
elle donnerait la clausule D. 

16,2 putavit ex]termi|natos F (C) ; pu]tavit ex|torres P (A). 

20.1 exitus I rerum F (A); saeculum et | exitus P (B); p. 227. 

20.2 terrae vo]rarent | urbes F (O') ; insulas] maria fraujdarenl F 
(A"); bella] dilani|arent F (C<i). — terjrae vorant | urbes P (A) ; 
insujlas maria | fraudant F (A^^); bella di|laniant Z' (A*') ; p. 227. 
1' a trois formes régulières de A. 

21,4 de Dei] vocibus | adfuit F (B'); de Dei | vocibus P (B); p. 233. 
21,14 spiritu I structa /^ (A) ; spiritu in|structa P (A); p. 244, 

21.16 meri|tum fuit] delic|torum i^ (C») ; fuit de]lictum e|orum P 
(C); p. 246. 

21.17 spiritu I fultum F(A); et l'aceret] et fe|cisset P(C'''); p. 246. 

21. 18 multijtudo con|flueret F{A^); mu]ti]tudo delflecteret P(B); 
p. 247. 

21,21 exuvijas sepul|lurae i^ (A) ; exuvijas se|pulti P (C) ; p. 248. 

21.28 et co]li Deus| voluit7^(A'i); et co]li De|us-vult P (C); p. 250. 

21.29 gentijum con|vertar 7^(0") ; gentium a|spiciam P (A^'). 

22.7 falsae divi]nati|onis F (C) ; prae]stigiis falsis P (A). Tert. 
insiste sur la fausse divination que l'on prête aux démons et qui 
leur sert à attirer les hommes à eux. Il y a antithèse entre divi- 
ni/a/is et divinationis, comme au chap. 20,3 : tcstimoniuin divini- 
tiitis Veritas divinationis. 

23,2 potes]tate crejdenda est F (A): potes]tate cre|dendum est 

P (A). 
23,4 sub tribujnali | vestro F (C") ; sub tribujnalibus | vestris P 

(A); p. 263. 
23,4 de]um quod in | falso est 7^ (A) ; alibi de]um de | falso P(O'); 

p. 264. 
23,12 et Dei | omnia 7^(B); et Dei | filius P (B) ; p. 265. 
25,2 ela|tos et im|positos F (A''); sublimijtatis e|latos P (A); 

p. 278. 

26.2 virgines Vestae /^ (A) ; viroijnes Ves|tales P (C^'); p. 286. 

26.3 deli]quisset in | Christum F (A) ; ultimo in | Christum P 
(A); p. 77- 


CLAUSULES ÉQUIVALENTES 413 

27.6 parent] et suc|cedunt i^ (C") ; parent et | succidunt P (B") ; 
p. 289. 

27.7 praelia|turi F (corrigé) (A) ; erumpunt] adver|sus nos P (Cn); 
p. 289. 

27,7 iam per|isse 7^ (C) ; impares j se esse P (A); p. 291. 

28,3 non omni] mortuo | potior est F (B-) ; non] mortuo | potier 

P (Art); p. 84. 

30,1 ceteros | mallent F (A); ceteros j malunt P (A). — Tert. 
affirme catégoriquement que les empereurs préfèrent que le Dieu 
suprême leur soit propice, plutôt que les autres, La suite le 
prouve : Sciant quis illis dedcrtt impcruiin , etc. Mallent est une 
correction erronée d'un chrétien, qui s'est dit que Dieu ne peut 
pas être propice aux empereurs. 

35,11 vestibula] nubi|]abant F (C); ves]tibula nebu|labant P (A"), 
p. 325. 

36,1 Roma]ni vojcantur 7^(C); R()ma]ni voca|bantur P (A); p. 326. 

37.3 di]vinitas | sectae F (A); vindicetur di]vina 1 secta P (C) ; 
P- 330. 

38,1 racti|onibus] praeca'vetur F (C) ; factioni]bus time|ri solet 

P(B); p. 332. 

39.1 verita]tem reve|laverim F (B) ; refutave]rim, bona os|tendam 
P(A); p. 337. 

39.2 precationibus] ambi|amus /<' (C) ; ambi]amus o|rantes P (A); 
p. 78. 

39.6 ex causa Dei sectae] conflic|tatur F (C"') ; ex cau]sa Dei | 
sectae P (A) ; p. 339. 

39.7 alterutrum pa]rati|ores F (C) ; par]atio|res erunt P (B), 

40,6 najti mora|tique sunt /'' (B) ; mortu|ique sunt P (D) ; p. 119. 
40,10 requisi]vit ti|mendum F (C) ; non requi|sivit P (A) ; p. 349. 

41.4 in casti]gati|onem F (C); a Deo ob'|Veniant P (A^') ; p. 110. 
45,1 doc]tore prae|ceptam F (A); dispec]tore man|datam P (A) ; 

p. I 10. 

45.4 for]mam mu|tatas F (C") ; formam] mutu|atas P (C) ; p. 125. 

46.5 dae]monia non | fugiunt /'' (Ae); daemonia | non fugat P (B'^); 

p. 365. 

46.17 perseve]rant a|pud vos F{C)', sapientiae] persejverant P (C) ; 
p. 52. 

46.18 negotiator] et sa]lutis [vitae] F (C) ; iiegoti]ator et [ vitae P 
(A). Dans F, salutis est une glose; voy. p. 67. 

47,9 vindicet] verijlatis i'' (C); iudicet] verijlatem P(C); p. 376, 


414 APPENDICE I 

47.10 deprehen|duiîtur F (A); commentatojres probajbuntur P 
(A). 

47.11 sibi poti]us fidem | râpèrent F(A'^); eam sibi] polius e|viii- 
cerenl P (B-'')- 

47,14 quoque fi]dem inve|nerunt F (C") ; qiioque fidem in|ve- 

niunt P (A'"). 
48,9 re]degcrit, | rcddet F(A); redegejrit, redjdet teP((/'); p. 388. 
49,3 et impuni]tis ut | noxiis F (D'') ; et impuni]tis ut in[noxiis 

/'(B);p. 392. 
50,5 in]cendiis | donat F (A); incendijis do|navit P (O') ; p. 393. 
50,5 castitatis] et pudilcitiae F (A'^) ; praeconium] casti|tatis P 

(C) ; p. 393. 

50,8 saevijentis | exspuit F (D); saevijentis ex|pellit P (A). 

50.12 ad leojnem pu|tastis F (C) ; polius] quani ad le[onem P 

(Q; P- 397. 

La liste qui précède comprend 76 passages répartis sur 
toutes les parties de V Apologétique. Nous avons adopté la 
leçon de F dans 53 cas, celle de P dans 10; dans 13 cas, on 
peut hésiter entre F et P. 

De ces chiffres, on peut tirer deux conclusions intéressantes. 
La première est que F est de beaucoup moins altéré que P. 
La deuxième est relative à l'âge des interpolateurs de F et 
de P ; en effet, la plupart de ces variantes viennent d'un rema- 
niement intentionnel. Celles qu'on peut imputer à la dis- 
traction des scribes sont peu nombreuses. Le rcmanieur de 
P, comme celui de F, paraissent avoir eu le souci d'amener une 
clausule équivalente ou à peu près équivalente à celle qu'ils 
trouvaient dans le texte. Ils auraient donc opéré à une époque 
oii les écoles de rhétorique existaient encore, c'est-à-dire, bien 
avant l'époque où F (IX^ à X^ siècle) (^) et P (X'' siècle) 
furent écrits. 

Clausules non équivalentes. 

A une clausule normale de F vient s'opposer une clausule 
anormale ou très rare de P ou inversement. Les listes que 


(') Voy. ci-dessus, p. 11, n. 2. 


CLAUSULES NON ÉQUIVALENTES 415 

nous allons dresser niontreroiit que l'on ne se trompera pas 
souvent en donnant la préférence à la clausule régulière. Nos 
exemples concernent les clausules C et D. 

C. 

Prenons C^, le double spondée, a) La première loiif^iie peui- 
elle être résolue (Cd) ? 

2.10 exquijritis ad|missi F (O') ; exiorjquetis admissi P(A). Dans 
tout ce passage (2,10-15), il s'agit de l'emploi légal de la torture 
judiciaire pour arracher un aveu à l'accusé fe.xtorquerej et pas 
seulement de l'enquête (exquirere) . 

2,13 audi]re labojratis F (O'j ; elabojratis aujdire P (A). Peut-être 
faut-il lire: audire elahoralis (haplographie de c), Voy. p. 86. 

3,7 et malam | sectam F (A) ; et ita] malum et auc|torem P (C). 
Si Vautcnr d'une secte est mauvais, la secte est mauvaise et son 
iioin est mauvais. L'interpolateur part de la secte. 

4,5 quia non dejbet li|cere F {C) ; quia non | débet P (C). Tert. 
répète à dessein licerc dans tout ce passage, parce qu'il réfute la 
fin de non-recevoir tirée de la loi : Non licci esse vos ! Voy. p. 171. 

4.11 damnantur] licet et | damnent F (C) ; damnan]tur licet|dam- 
nent P (A). Et peut venir d'une dittographie. 

10,10 quorum] genus in in|certost F (A") ; quorum genus in|cer- 
tumst P (C), p. 189. 

12.6 peroranjtem pro|betis 7^(C) ; perorantem] reprehen|distis P 
(C). On pourrait comprendre depre/icn\distis {A), ^'oy. p. 194. 

21.7 de conjcubitu | tauri F (O'). Glose propre à F (p. 64). 

2 1,12 majteria | matrix F (C^) ; majteriae | matrix P (Q') ; p, 239. 
27,5 etiam] timor in|spirat F (O') ; etijam timor | spiral /-• (A) 

p. 245, n. 
39,18 scijant Deum au|dire F (A); sciant] dominum au|dire P (Q') 

p. 119. 
40,12 cuius bojnis in|grata est 7^ (C^) ; cu|ius et ingrata P (C') 

p. 350. 
46,18 integrator] veri|tatis F(C); integrajtor et ex|pressor P (C'^') 

p. 369. 

On voit tjue de ces 13 exemples de Cd, aucun ne peut être 
maintenu : le sens et la grammaire confirment les suspicions 
que cette clausule suscite par sa rareté. 


416 APPENDICE I 

b) Le deuxième trochée peut-il devenir tribraque (Cd) ? Voici 
deux exemples : 

37,5 provinciae] plures | erinius F (Cf) (i). 

39,2 congregatijonem | facimus F (C^); congre]gati|onem P (C). 

Ces exemples sont incertains. Dans le premier, F, qui a 
seul conservé la phrase, n'a pas erimus, mais erunt. Voy. p. 331. 
Dans le second, facimus ressemble à une cheville. Voy. p. 338. 

c) La deuxième longue peut-elle être dissoute (C^), de sorte 
qu'on aurait un dactyle et un spondée (ou trochée), c'est-à- 
dire une fin d'hexamètre (clausula heroica) ? 

Les auteurs proscrivent cette clausule, parce que le rythme 
de la prose doit différer de celui des vers. On la rencontre 
107 fois (6 %) dans les discours de Cicéron (Zielinski, p. 163- 
167), mais Quintilien, Inst. or., 9, 4, 102, dit expressément : 
Ne dactylus quidem spondeo bene praeponitur, quia finem 
versus damnamus in fine orationis. 

Hoppe (p. 158) l'a trouvée 20 fois à la fin des chapitres de 
Tertullien et Di Capua (p. 30) assure qu'il l'a rencontrée dix 
fois à la fin d'une période. L'un et l'autre nous avertissent 
que, parmi ces passages, il y en a de contestés. Mais il semble 
certain que Tert. a toléré la clausula heroica, et, à l'intérieur 
de ses périodes, il a pu se montrer plus accueillant encore 
pour cette proscrite qu'à la fin des chapitres ou des phrases. 
Nous trouvons, en effet, le dactyle suivi d'un spondée dans 
des passages siàrs : 

1,4 cognoscitur] an inere|atur 
4,6 resipuisjse in repro|banda 
8,4 vivis in | aevuni (2) 

17.2 et]si vide|atur {^) 

27.3 deici]endam opejretur 
39,14 crastina di]e morilturi 

— quasi nun]quam mon|turi P 

— quasi nunjquam mori|antur F 
48,2 non ejrunt alijunde F 


C) Il faut peut-être scander : plii\rês erimus. Voy. p. 402, n. 4. 
(") A la page 122, nous avons été trop sévère pour cette clausule. 
("*) Ui Capua, p. 31, scande : etsi vide\atur(^h}^). Ci-dessus, p. 401. 


CLAUSULES NON ÉQUIVALENTES 417 

Il est remarquable que toutes ces clausules, attestées par 
l'accord des niss, aient une césure après la première longue, 
ce qui est contraire à la structure de l'hexamètre classique. 
Il est probable que Tert. regardait cette clausule comme une 
variété du ditrochée ou dispondée. Sans la rechercher, il ne 
se faisait pas scrupule de l'employer. 

Nous la rencontrons dans beaucoup de passages où F et 
P diffèrent. Il serait aventureux de la rejeter en principe. 
Heureusement, le sens et la grammaire nous viennent en 
aide. 

Passages où F a une fin d'hexamètre : 

4,2 admittentes] inveni|untur. — Lisez : inve\7iiinnr {^. 167). 
9,20 nunc] de niani|festis. — P a : de manifesti]oribus dicàm (A). 

Cf. 6,11. 
19,5 longum] dinume|rare. — Voy. p. 225. 
20,2 bella] dilam'larent. — Voy. p. 227. 

33.4 hominem] te esse me|niento. — Esse manque dans P. 
46,18 fac]loruin ()pe|ra(or. — Voy. p. 369. 

48,2 cei'te] condicilonem. — etsi] non ef|figieni P (O-). 

Deux de ces passages (4,2 et 20,2) sont certainement cor- 
rompus. 

Passages où P a une fin d'hexamètre : 
7,13 ex dispositi]one najturae. — Voy. p. 180. 

12.7 patijtur quia | non est. — Voy. p. 195. 

16,2 indicibus] fontibus | usos. — Voy. p. 115. ¥ a. : in\didbus'] 
fontis I usos (C). 

21.8 sunt] numina | vestra. — F a : Jm'\inana \ ves ira (C). Y oy. p. 235. 
21,22 afijde revo|care. — Fa : a fi\de avo\care (C). Voy. p. 248. 
26,2 exstrue|retur. — Fa : exsiruerct. Voy. p. 286. 

40,2 a|scendit in | arva. — F a : asccnditin riira. Voy. p. 348. 

42.9 ceterajrum rati|onum. — Fa: rationum se\curi\tate (C). Voy. 
p. 52. 

46.5 in] fine iu|bebat. — F a : in fine miuidabat . Yoy. p. 365. 
Sont certainement ou probablement altérés : 7,13; 16,2; 21,8; 

21,22, 26,2; 42,9. En revanche, au ch. 12,7, le sens confirme la 
leçon de P. Aux ch. 40,2 et 46,5, on peut hésiter. 

Il résulte de là qu'il faut se défier des variantes qui donnent 
une fin d'hexamètre, mais qu'on ne peut pas proscrire cette 

27 


418 APPENDICE I 

clausule systématiquement. Voici un passage, où la correc- 
tion, qui nous paraît nécessaire (voy. p. 326) amène une fin 
d'hexamètre : 36,1 : qui Romà\ni habe\antur {habebantm FP). 

D. 

a) Crétique final précédé d'un trochée (D) : 

15,6 fa]stigi|um adsolant i^(D); vesligia] obso|letant P(C); p. 212. 
Sur une autre scansion possible, voy. p. 412. 

17.4 ipsius] testi|monio F (D]; testi|monio] coniprojbemus P (C) ; 

p. 41. 
40,9 Senones] occupa|verunt *F(A); Senones] occu|paverant P(D); 
p. 120. 

41.3 indul]gens et in|cessens F (A); induljgens et | increpans P 
(D); p. 354. 

48,13 cultojres a|pud Deum F (D); a]pud Deuni | semper P (A) 

p. 389. 

50.5 matrijmonium e|vadit F (A); matri]moni|um dédit P (D) 

P- 393. 

Il ne subsiste qu'un seul exemple de cette clausule (15,6) 
encore la scansion n'est pas sûre. On voit que, bien qu'elle 
soit régulière, elle doit être suspecte en cas de concurrence 
à cause de sa rareté, elle doit céder le pas à A, B et C. 

b) Crétique final précédé d'un spondée (C^). 

1,8 quam inmusijcos de | musicis P (D''') ; de pru|dentibus] iudi|can- 
tes F (C) ; p. 144. F donne la forme la plus parfaite de C : un 
ditrochée précédé d'un crétique (et non d'un dactyle, comme 
nous avons dit à la p. 145). 

8,7 praeparanda] sint di|scribere FPM (D'»); p. 183. Douteux. 

11.4 in Tartajrum de|merserint F (D») ; in] Tartarum | merserint 
P(B). 

13.2 non potest | esse F (A); non pot]est pro|cedere P (D»); p. 196. 
Lisez : non potest. Voy. p. 196. 

13.6 pro adijtu sa|crarii F (D") ; pro aditu | sacri P (C'i) ; p. 197. 
16,8 intesltinasint F (D"); intestina]sint tropae|orum P(A); p. 89. 

20.3 provijdentiae I scripta-sunt /''(H); provijdenter | scripta sunt 
P (D'O; p. 228. 

21,3 de] Christo ut | de Deo *F (D"); de Chi-is|to ut Deo P (D''). 
21,3 de Deo alijter sumus /''(B'>) ; ali]ter praeisumimus (D"); p. 232. 


CLAUSULES NON ÉQUIVALENTES 419 

27.6 parent] et suc|cedunt i^(C'''); pa]rent et | succidunt P (D"); 
p, 289. 

29,3 cuius et nunc] et tolti sumus F (D») ; cuius] et tojti-sunt P 
(C»);p. 65. 

45.7 ipse qui | iudicat F {II)) ipse qui ti]mentes | iudicat P (D") ; 
p. 79. 

Voilà 12 passages qui donnent D", soit dans F, soit dans P. 
Dans aucun, cette clausule ne s'impose ; dans la plupart, 
elle est contraire au sens et à la grammaire. 

c) Crétiqiie final précédé d'un anapeste (D^) : 

23,18 per Christum et] in Deuni | credimus i^ (B); in Cliristo] 

domino | credimus P (D''); p. 274. 
42^,2 cohabi]tamus hoc | saeculum F{B); cohabita]mus in hoc |saeculo 

P(D«);p. 355. 

La clausule D^ ne peut se défendre dans aucun de ces deux 
passages. 

On voit que, dans la plupart des cas douteux, le sens et 
la grammaire plaident en faveur de la clausule normale et 
confirment les conclusions que nous avons tirées de la sta- 
tistique : en cas de concurrence, les leçons qui offrent des 
clausules rares, anormales, doivent être regardées comme 
suspectes. 


420 


APPENDICE IL 

Collation de Modius. 

Modius reproduit souvent des phrases entières ou des 
parties de phrases du Codex Fuldensis. Un apparat cri- 
tique, qui n'a d'autre but que de relever les différences 
des manuscrits, ne saurait donner une idée exacte et 
complète de ce que sa collation nous a conservé du pré- 
cieux manuscrit de Fulda. 

D'autre part, l'impression de Junius doit exciter notre 
défiance : nous croyons l'avoir prouvé dans notre intro- 
duction. Elle ne donne exactement ni le texte de De la 
Barre, ni les variantes de Modius. Enfin, Modius lui- 
même présente parfois ses variantes de telle façon qu'elles 
peuvent induire en erreur. Pour mettre le lecteur en 
garde contre Junius et contre Modius lui-même, nous 
avons jugé nécessaire d'annoter la collation du Codex 
Fuldensis. 

Pour ces raisons, nous avons cru rendre service en 
réimprimant ici toute cette collation, telle que Junius 
l'a publiée, mais confrontée avec la copie de Brème (Br.) 
et avec le texte de De la Barre (Barr.), et accompagnée 
d'un commentaire. Voy. ci-dessus, p. 17. 


COLLATION DE MODIUS : I 421 


In TertuUiani Apologeticum 

Lectioues varia e 
CAP. I. 

1. [Cap. I. Pag. IX] (i) Et aedito ipso fere vertice] Ms. 
Et edito, in ipso fere vert, quod probo. 

Palam describerc] ms. Palain dispicere. 

Ad hanc solam speciem] ms. ad hanc solam tantum sp. non 
probo. 

ludicijs (1) nimis operata] ms. iudicijs animis operata infes- 
tatio sectae huiiis os obstruit defensioni, liceat. etc. Illud, ani- 
mis, non probo : caetera per me terantur (2) licet. 

Ici, Br a cette variaiite : 

Quid hinc dépérit] ms. quid hic dep. 

3. [Pag. X] An hoc magis] ms. deest to An. 

Damnare non possint] ms. d. n. poterant. fortasse poterunt. 

4. Hanc itaque primam] ms. hanc igitur pr. 

Odium erga nomen Christianum] ms. odij erga nomen 
Christianonwi. 

5. Propterea oderint homines, quia] ms. propterea oderunt, 
quia, non maie. 

6. Quia ignorabant quale esset, quod oderant, simul ut 
desinant ignorare cessent et odisse] ms. quia ignorabant, 
simul desinunt ignorare, cessant et odisse. 

Quanti et denotantur] ms. quanti denotamur. 


(^) Chapitre et page de l'édition de Junius. 

Cap. I. (i) hiJiciis Barr. Br. — (2) Faute d'impression pouv/eran- 


422 APPENDICE II 

Ici, Br a ces deux variantes : 

Civitatem etc ] ms, obsessam vociferantnr civitatem. 

Et dignitatem] ms. etiam dignitatem trans. 

8. [Pag. XI] Nec tamen hoc ipso modo] ms. nec tamen ex 
hoc ipso m. 

Proprius (3) expediri] ms. experiri. 

Urbana curiositas] ms. curiositas liitmana. 

Denotasset imprudentes de prudentibus] ms, denotasset. 
Imprudentes de prudentibus iudicantes nialunt qui iam oderunt. 
Adeo praeiudicant id esse quod non poterant odisse si sciant, 
quando si nullum odii merituni deprehendatur, optimum utique 
etc. mutilum. 

9. Odii detrahatur] ms. odio detrali. 

lustitiae ipsiiis auctoritate (4)] m. iustitiae ipsius gloriae. 
Sed non ideo, inquit, bonum praeiudicatur, quia multos, etc. 

10. Malum praeformantur] ms. m. reformantur. 

11. Trépidant depraehensi (5)] ms. trep. adprehensi. 
Condemnati moerent, dinum. etc.] ms. damnati m. enu- 

merant in semetipsos mentis malae ignaviam, vel fato. 
Quia malum agnoscunt] ms. quod m. ag. rectissime. 

12. Christianis vero etc.] ms. Christianos (6) vero nihil 
simile. 

13. Naturam mali non] ms. naturalia mali non. 
Et poena félicitas] ms. et p. Victoria, eleganter. 
Qui revinceris] ms. quod revinceris. 

CAP. II. 

1. [Cap. II. Pag. XII]. Eiusdem noxae eadem débet trac- 
tatio (1) provenire] ms. eiusdem noxietatis ead. tr. d. intervenire. 

2. Et proprio ore et mercenarij advocatione utuntur] ms. 
et proprio et mercenario ore utuntur. 


iur. — (3) propins Barr. Br. La correction porte seulement sur 
expediri. Modius a néglige de ré])cter propius. 11 lui arrive souvent 
de ne pas répéter les mots qui n'oirrent pas de variante. — (4) au- 
thorHale Barr. — gloriae, faute de copie ou d'impression, suggérée 
par iustitiae. — (5) deprehensi Barr, Br. — (6) Christianus Br, 
Cap, II (1) tractatio deheret Barr, Par conséquent, tr. d, = trac- 
tio deheret, Modius abrège très souvent les mots de De la Barre 


COLLATION DE MODIUS : II 423 

Ici, Br a cette varintite : 

4, confessio eo] ms. confesso co nomen. 

5. Quodcumque falso] nis. qiiod de falso. 
Gloria, si eruisset] ms. gloria juisset, si ends. 
Comedisset. Atque (2) etc.] ms. Comedisset. sed nec in isto 

ex forma malonim iudicandorum agitis. Atque (3). 

[Pag. XIII]. Quibusdam gradu pulsis] ms. quibasdam de 
gradu pulsis. 

De cetero (4) ageret] ms. de ceteris ag. 

De sacris eorum] ms. de sacramento eorum. i. (5) coniu- 
ratione. 

9. Quam oblatio. Damnatis ergo] quam oblationem. Damn. 
itaque. 

10. [Pag. XIV]. Extorquetis admissi] ms. exquiritis admiss. 

11. Quo perversius cum] ms. quod perversius est, cum. 

12. Laniari iubere] ms. lan. debere. 

Circa nos nocentes] ms. circa nocentes, erga nos innocen- 
tissimos, quasi (6). 
A vobis sciatis] ms. a vobis putatis. 

13. Elaboratis audire] ms. audire laboratis. 

14. Suspecta sit nobis] ms. S. s. vobis. 
Quae nos adversantur (7)] ms. quae vos ad. (8) 
Dominatio vestra est] ms. abest t6 Vestra. et recte. 

15. Soli quaestioni temperantur] ms. solos quaestioni tem- 
peratur. 

Ici, Br a cette note : 

Servire legem] ms. servate legem. 

Necessarium et si confessione] ms. necessarijs etiam si con- 
fessione praeveniantur. Vacabunl sententiae : ceditur debito 
poenae, nocens expnngendus. etc. 

16. [Pag. XV]. Nobis non licet iioc velle] to Nobis abest 
a ms. 


qu'il vieni de transcrire et qui n'ollVenl pas de variante. — (2) ntqi/i 
Barr. — (3) atgui Barr. — (4) de cactero Barr. — (5) Pour id est. — 
(6) cum gutisi, e\c. Br. ~ (7) adversus Barr. Br. — (8) quae vos 


424 APPENDICE II 

Negare ut solvas] nis. n. ut absolvas. 

17. Vis ergo ncget] ms. vis ut neget. 

Invitum, nec de praeterito reum] ms. Invitum jam, nec 
de praeterito reum. 
Tribunal de vestra] ms. tribunal vestrum de vestra. 

18. Cum igitur] ms. Cur ig. in omnibus aliter nos dispo- 
nitis, quam ceteros nocentes, ad unum contentendo, ut de isto. 

[Pag. XVI]. Illius aemulationis inimicum] ms. Illius 
aemulae operationis inim. 

19. Damnetur] ms. damnet. 

20. Sed homicida Christianus] ms. si hom. Chr. 

Si nullius criminis reus est] ms. 5/ nullius criminis nonien est, 
valde ineptum, si solius nominis crimen est. Elegantissime. (9) 
videndus Riienanus in notis ad librum de patientia. 

CAP. III. 

1. Sed malus tantum quod Christianus] ms. illa duo, Scd 
malus, omittit (1). 

Ego Lucium sapientem] ms. Ego miror Lucium Titium 
sapientem virum repente fadum Cliristianum. nemo. etc. Placet. 

2. Ignorant corrumpunt] ms. ign. inrumpunt. 

3. Ex ipso dénotant (2)] m. ex hoc ipso d. 

In suffragium] ms. in suffragium enarrantes, quae mulier, 
quam lasciva, quam festiva ! qui iuvenis, quam Lusius, quam 
amasius, focti sunt Chr. Est autem Lusius elegantissime forma 
proverbiali dictum, pro eo quod est, iucundissimae utilitatis 
administer et artifex salutaris. sumptum a Lusis Arcadiae, 
ubi Proeti filias curavisse Melampus dicitur in aede Dianae. 
Auctor Pausanias in Arcadicis. 

[Pag. XVII]. 4, Zelotypus, filium] ms. Zelotypus eiecit, 
filium iam subiectum. 

Tanti non est bonum esse, quanti odium Ciiristianorum] 
m s. tanti non est bonum, quam odium Chr. 


adv.{= adi'ûrsiis)Br. — (q) Dans Br.^ celte appréciation a été ajoutée 
en marge. 

Cap. III. (i) Br, ajoute cette observation: Vnnus/ùiSj ut opinor. — 
(2) ex ipso denoia7it qiio (M; quod P) Itiudanl Barr. 


COLLATION DE MODIUS : III, IV 425 

5. Nunc igitur si] ms. abest to nunc. 
[Pag. XVIII]. 6, Atque niedici] ms. aeque medici. 
7. Institutione transmissa] ms. inst. transmissL 
Probat malam sectam] ms. probet malum audorem et malain 
sectam, is probabit. etc. quod germanum auctoris putem. 

CAP. IV. 

1. Omnes in ciiristianis non esse, quae in se ncsciunt] ms. 
Iwmines in Chr. non esse, quae in se non nesciunt, sed etiam ut 
volunt (1). ubi versus omissus videtur : caetera ûyiéTTara. 

2. Qua illos palam admittentes invenimus] ms. quae palam 
adinveniuntur (2). 

3. Concurram vobiscum, ut cum] consistam vobiscum (3) 
et cum. quod certe gravius. 

4. [Cap. IV], lam primum quam dure] ms. lampr. cum iure 
definitis dicendo, Non licet esse vos, et hoc sine ullo retractatu. etc. 

Quia vultis] ms quia non vultis. optime. 
[Pag. XIX]. 4. Exercetis] ms. ex arce. 

5. Delet (4), ideo non vultis licere] ms. débet licere, ideo no- 
luistis licere. 

Lex tua proliibuit] ms. delet xô tua. 
7. Truncatis et caeditis] ms. ruspatis et caeditis. vide in 
lib. de pallio, cap. 2. 

ludicatos in partes] ms. judicatos rétro in partes, optime. 

9. Proscriptionesuffundere[ ms. proscriptio suffundere. quod 
est verissimum. 

10. [Pag. XX] Vos repurgandae] ms. vobis repwg. 
Annorum numerus] ms, abest "cb numerus. 

Licet non damnentur, cum iniquos (5)] ms, licet et damnentur 
(6) quomodo. 


Cap, IV. (i) Br. semble avoir «o/?/^/. — {z) ad, i)ivciiiimtHr {= 
admittentes invcnhuitur) Br. Modiiis abrège souvent les mots qui 
n'ollVent aucune variante. Voy, ch. z, n. i. 11 laut corriger: quae 
palam admittcjites invenhnur. Voy. p. 165. — (3) nobiscitin Br. — 
(4) débet Barr. — (5) iniquas Barr, — (6) licet et damnent Br. — 


426 APPENDICE II 

11, Incestum cur non requirunt. Infanticidia cur] ms. In- 
cestiis sum, cur non requirunt ? Infanticidia (!) cur. 

Qiiid habeo qiiod purger] ms, qui habco quo purger. 

12, Neque quis fideliter] ms, neque civis fidel. 
Quod ulciscitur )ex] ms, abest to lex. 

13, Quae probari se non] ms, si prob. se non v. 

Non probata dominetur] ms, non prob. dominatur. 

CAP, V. 

1, Senatu probaretur ut] ms, sen. probatus (l). 
lam deo propitius] ms. abest xo Dec (2). probat Eusebius. 
[Pag, XXI]. 2, In seculum introivit] ms, sec. (3) intravit, 
annunciata sibi. 

Ipsius divinitatis] ms. istius divin. 
Revelarat (4)] ms. revelaverant. 

3. Tum maxime Romae] ms. maxime Romae (5). 
Sed tali] ms. abest to, sed. accrevit ex sequente syll. 
Aliquid grande (6)] ms. aliquod (7). 

4. Sed quia et homo] ms, sed quia honio. 
Et a quibus damnatos] ms. abest tô Et. 

6. Accusatoribus damnatione] ms. accusatorum dam. 

7. [Cap. VI]. Truces leges ista (8)] ms. abest xô Truces. 
Exercent impij] ms. exsequuntur impij. 

Turpes, démentes, vani] ms. turpes, truces, vani, démentes. 
Paullo post exemplum Vespasiani ante Adriani in ms. 


(7) znfajiiicida Br. 

Cap. V. (i) Modius ne dit rien de «/. De la Barre a : msi a 
senalu probaretur, ui AI. Aeiiiilius de deo suo Alburno. Au lieu de ?</, 
PM ont ; Scît. Rufin (Hist. eccL; 2, 2^ 5) a : Scit. Eusèbe dit : 
(j'JiMc, TïZTzoir^y.vj. Modius a-t-il lu sd( et a-t-il oublié de relever 
cette variante, ou Junius l'a-t-il omise par niégarde ? — (2) Faute 
d'impression pour Deo. Voy, ci-dessus, p, 22. — (3) t. s. (== hi 
sectiluni) Br. — (4) revetavcrat Barr. — (5) cum iiifaximcj R(omae) 
\\\\ — (6) a/iquid bon ii-in grande Barr. Modius n'a voulu relever que 
]a variante aliquod pour aliquid. Voy. ci-dessus, p. 38. — (7) Dans 
Br., cette note est placée avant la précédente. — (8) istae Barr, Br, 


COLLATION DE MODIUS : V, VI 427 

legitur. qiios (9) nitllus Vesp. q. I. d. nullus Adrianus. idque 
optime iudicio meo. 

CAP. VI. 

1. [Pag. XXII]. Protectores et cultores] ms. et ultores (1). 

2. Senatu submovebant (2)] ms. sen. submoverunt. illud 
adiunctis respondet magis. 

3. Nam ne vel hieme (3)] ms. abest to Nam. 
Lacedaemonij penulam nudis (4)] ms. Lac. odium penulae 

lud. eleganter. 

4. Adeo vino abstinerent] ms, à vino (5) abstinerentur. 
Trucidata est] ms. trucidata sit. 

5. Offerre nécessitas erat ut spiritu iudicarentur (6)] ms. 
off. etiam nécessitas erat, ut sp. dijudicarentur. 

7. [Pag. XXIII]. Quae perspecte] ms. quae specte. 

Cum mysteriis consules] ms. cum my. suis. 

3. Capitolio prohibitos inferri] ms. abest to inferri. 

9. Et instructu] tô Et ms. abest. 

Antiquitatem, et nove de die] ms. antiquos, sed nove de 
die V. 

Non custodistis (7)] ms. non custodistis. Ipsum adhuc quod 
vidcmini. etc. 

10. Christianos destinastis] ms. Chr. destinatis. 
Vestras immolaretis (8)] ms. Vestras immoletis. 

11. Ut iam Inde ad manifestiora pergam] ms. utviani mihi 
ad inan. purgem. 


(9) quas Br. ; quos est une faute d'impression de Junius. 

Cap. VI. (i) F avait sans aucun doute protectores et ultores. 
Modius n'a pas répété le mot qui n'offrait aucune variante. Vovez 
ci-dessus, ad 1,3. — (2) su mm oveda n t liarv. — (3) hyeme Barr. — 
(4) ludis Barr. — (5) a. d. = ndco vino Jîr. — (6) iudicarentur Barr. 
— (7) custodilis Barr. — (8) immolaritis Barr. 


428 APPENDICE II 

CAP. VU. 

1. [Pag. XXIV]. Pabulo crudae] ms. pabulo inde. 
Et libidinum] ms. in libidimim. accrevit ex praeced, 
Inverecundiam] ms. verecundiam. 

Qui non eruistis] ms. qui non eruitis. melius. 

2. De vestra nobis] ms, de v. vobis. 

3. Atque apparuit inimica esse] ms. atque inimica est. 
Quot extranei] ms. tôt ext. 

Ex natura ipsi] ms. ex natura etiam ipsi dom. nostri. Cotidie. 
etc. 

4. In ipsis plurimum] ms. in ipsis etiam pi. 

5. ludici reseravit] ms. lud. reservavit. 

[Pag, XXV]. Uxoribus aliqua immunda] ms, Uxorib. un- 
quam immunda. quod est verissimum, 

6. Omnibus mysteriis] ms. omnium mysteriorum. 
Fides adhibeatur] ms. fides debeatur. 

Prodita intérim etiam humanam] ms. quae prodita etiam 
fium. recte. 
Quam dum divinae servantur] ms. dum divinitas servatur. 

7. Ipsi proditores sui] ms. ipsi sunt pro. s. 

Etiam impiae] ms, etiam piae. quod ab auctore putem. 
Et arbitris caveant] ms. etiam ab arbitris c. (1). 
Nisi si impii] to Si, ms. abest. 

8. Quo non aliud] ms, qua non al. 

Quia velox ? an quia] ms. an quia velox ? quia index ? (2), 
Veri affert] ms, v, defert. 

9. Rem tradit et exinde] ms, abest to Et. 

Fama est hoc Romae factum] ms, hoc Romae aiunt factum. 
sic Pamelius, 

11, Fama incerti est, locum non habet] ms, fama nomen 
incerti, locum non habet ubi certum est. an famae credat, nisi 
si inconsideratus ? qui sapiens est non crédit. In certo omnium 
est aestimare, quantacunque illa ambitione diffusa est, quan- 
tacunque. 


Cap, VII. (i) eiab arbilris cav(ciint) Br, — (2) ms. quia velox? 


COLLATION DE MODIUS : VII, VIII, IX 429 

12. Cetera rumoris obscurant] ms. cetera rum. obscmat. 

13. [Pag. XXVI]. Dispositione natiirae] ms. disp. divinae 
naf. quod profecto gravius, et verbis Christi conveniens. 

Cliristianorum hanc] ms. Christian, quod dicitur semper 
est, quia quad est desinit dici. Hanc. Argute dictum et ungue 
Tertulliani dignum (3). 

Tantoque spatio in opinionem] ms. tantoque temporis spatio 
in op. 

CAP. VIII. 

1. Credideris, tanti habeas] ms. crediderit, tanti liabeat. 
3. PiacLiIum n. (1) admiseris] ms. piaculum enim feceris. 
5. Alia nos opinor natura, Cyclopes] ms. alij nos op. n. 

Cynopenae aut Sciapodes. 

7. [Pag. XXVII]. Sanguinis virulentiam] ms, iurulentiam. 

8. Quid si noluerint] ms. quid si ventre noluerint. 
Denique singulares Christiani] ms. denique sine pignore 

singulares C/i. non eris (2) opinor. 

9. Quin etiam ultro perire malint] ms. qui et. ul. per. malunt. 

CAP. IX. 

2. Eosdem sacerdotes] ms. ipsos. sac. 
Crucibus exposuit] ms. crucibus vivos exposait. 

Militia patriae nostrae] ms. m. patris nostri. quod est veris- 
simum. Nam Proconsul fuerat Tertulliani pater, in cuius 
militia veterani exstiterant, qui Tiberiani illius facti me- 
minissent. 

Id ipsum manus (1)] ms. ad ipsum man. (2) opinor, recte. 


quia index ? an quia Br. — (3)ms. Christ, quod dicitur semper j semper 
est, quia quod est desinit dici. Hanc Br. Voy. ci-dessus, p. 62. 

Cap. VIII, (i) enim Barr. — (2) De la Barre a : erit, comme 
PM. 

Cap IX. (i) munus Barr. — (2) man., comme manus, est une 
faute d'impression de Junius ; si Modius, qui lisait munus dans De 


430 APPENDICE II 

3. Scelus in perpetuum] ms. facinus in perp. 
Aliqui deus mutât] ms. aliguis deus m. 

4. Perseverabat quos quidem] ms. perseverasset, sed quos 
quidem. 

Libentes exponebant] ms. lib. respondebant, puta sacer- 
dotibus sacrificaturis. Verbum in sacris receptum. 

5. Mercurio prosecatur] ms. Mer. prosecabatur. 
Ecce in iiia] ms. sed et in illa. 
Bestiariorum, inquitis] ms. bestiarij. 

6. [Pag. XXVIII]. Arbitrio perpetretur] ms. arbitrio pa- 
tretur. 

Licet parricidio (3) homicidio intersit] ms. licet de parri- 
cidio intersit. 
Sanguinem hiantibus] ms. s. inhiantib. quod verius putem. 

7. Siquidem et de génère] ms. Siquid et de necis génère 
disert, utique crudelius in aqua spiritum torquetis, aut frigori, 
aut fami, aut canibus exponentes. f. e. m. ae. q. maior optaverit. 

8. Nobis V. homicidio semper] ms. n. v. hom. semel. 
Conceptum utero] ms. con. uterum. ex iure phrasis. 

9. Tragicis ferculis] ms. tr. fabulis. 
Est apud Herodotum] to Est ms. abest. 
[Pag, XXIX]. Ex alterutro] ms. et alterutro. 

Catilina degustatum (4)J ms. Cat. taie degustatum est (5). 
optime. 
Aiunt apud] ms. aiunt et apud q. 

10. Saccatus (6) sanguis] ms. secator sang. (7) legendum 
putem : vide isthic Bellonae secatos : sanguis de femore pros- 
cisso palmula exceptus usui datur signatis : id est, ijs qui 
Bellonae initiari volunt, et acceperunt professionis signum, 
ut vocatur vulgo. 


la Barre, avait voulu donner la variante manus^ il aurait écrit ce 
mot en entier, car il n'abrège que les mots sans variante, — {l) par- 
ricidiunt Barr, — (4) degustatum est Barr. — (5) ms Cat. taie dcgust. 
Br. La variante porte sur taie. — (6) sacratus lîarr, — (7) ms seca- 
tos s. Br. — Secator n'est certainement qu'une faute d'impression 
de j uni us, car, dans sa note, Junius lit lui-même secatos, comme 


COLLATION DE MODIUS : IX 431 

Palmulam (8) exceptus et suis datus signatis] ms. palmula 
ex. et usai datus signât. 

Noxiorum iugulatorum] ms. nox. rigulatorum. 

De iugulo decurrentem] ms. de iugulo (9) decurrentem avida 
siti comitiali morbo medentes hauserunt. Nec improbo. Nam 
rica, ricula, ricum, riculum, rigum, rigulum, a re, id est, 
rétro agendo dicebatur primum strophium capitis (a quo et 
recinatus lupiter Arnobio libro 6.) deinde vero sudarium, ut 
exponit Nonius, et involucrum linteum. Arenarij autem non 
solum armis instructi, sed et spongia sistendo sanguini, et 
rigulo sive riculo ad obliganda vulnera procedebant. Hinc 
riculati vel rigulati dicti, rigulo obligati vulnus. 

11. Luctando detersit] ms. Conluctando detersit.' 

Sanguine (10) iactavit] ms. Sanguinem iadavit. 

Ursorum alvei] ms. ipsorum Ursor. a. 

Trucidantibus adhuc se visceribus] ms. cruditantes adhuc 
de vis. 

Ructatur proinde ab homine] ms. ructatur (11) ab hom. 
quod est Tertullianeum. 

14. Inter tentamenta Ciiristianorum botulos cruore] ms. 
in tormenta chr. bot. etiam c. recte. 

Sanguinem pecoris] ms. sa. pecudis. 
Experti quem] ms. experti esîis : Quem quid (12) et ipsum, 
etc. èpwT'/\x!.xw<;. 

15. [Pag. XXX]. Appetcndo quemadmodum] ms. app. 
Christian!, qui (13). et recte. 


Br. Voy. ci-dessus, p. 185. — (8) iii palmulam Barr. Modius n'a 
pas transcrit, in. Il en résulte que F aurait eu : in palmula exceptus. 
Or, on dit : in palmulam exceptus, ou : palmula exceptus, Cic. Brut., 
II, 43 : excepit sangiùncm patera. Cyprian., De spect., 5 ; dum 
cruor cliam de iugulo calidus acceptus spumanti patera... propinatur. 
— (9) ms de rigulo Br. Junius a imprimé par erreur de iugulOj 
car la note explique de rigulo — (10) in gladiatoris sanguine Barr. 
Voy. ci-dessus, p. 187. — (11) ms r?ictuatur Br. Voy. p. 127. — 
(12) çuem qd. Br. — (13) ms. ap. Christiani q. Br. On voit que 
q. est la première lettre de quemadmodum. Junius a donc imprime 


432 APPENDICE II 

Negandi (14), si non] ms. necandi, si non. 

16. |J.é|i.-/]ve dicebant] ms. èXayyae aiebani [j-STspav (15). 

17. Age iam recogitate. forte legendumfuerit, sÀâyyas, aic- 
bant, de, t7,v |j.-oT£pa. lUis enim Xàyya dicebatur, 'f\ ~?j tgc^Ô) 
oLoop-évifi fAspiç, ut Hcsychius loquitur. sic homines impij 
dicebant : refudit matri quod ab ipsa acceperat : ideo ne 
quiritandum ? 

17. Erroribus ad incesta] ms. en. vestris ad inc. 
Suppeditante materias] ms. suppedit. materia. ut sit sup- 

peditante verbuni àf/erâiSaTov. 

Praetereunte matre extranea] ms. praeiere. misericordia 
ext : 

Memoriam dissipari et simui] ms. mémo, disperci, et semel. 
forte dispergi. 

18. Cuius ubique] ms. cuinsque iibique. 

Uti aspersum genus] ut ita spersum (16) gcnus p. c. h. con- 
cwrit i. m. s. nequis eas caecus. etc. 

19. Senes, pueri] ms. senes piieri. 

20. [Pag. XXXI]. Species concurrunt] ms. spe (17) facile 
concwnint. 

Sic per omnia. Nunc de manifestioribus dicam] ms. sic per 
omnia ostendam. mine de manifestis. 

CAP. X. 

1. Ipsis : scimus Deos non colendos] ms. ipsis. semel Deos 
non colendo. 

2. Colère desinimus] ms. desinimus (1) et statim (2) cogno- 
rimus (3). 


qui par erreur. Du reste, si Modius avait donné qui, l'observation : 
et recle, serait étonnante. — (14) necatidi Barr. Donc la lecture de F 
devait être ncgtifidt. Voy, p. 21. — (15) z'5 /<?«(= ttç xrjv) [j.£T£pav 
Br. — (16) ut ita sparsum Br. — (17) Probablement: spe.., pour 
species. 

Cap. X. (1) desivimus Br. — (2) C'est par erreur que Junius a 
imprimé les mots et statim en italiques^ car et statim veut dire et 


COLLATION DE MODIUS : X 433 

Debuissent. tune et] ms. deb. si dei fuissent. Tune. ete. 

Si quos non eolerent] ms. si eos non cotèrent, quia putarent 
non esse, quos constaret esse. Sed apud vos (4), inquitts, constat 
Deos esse illos. Appellamus. etc. 

3. A vobis ad conseientiam] ms. a vobis ipsis ad c. 
Illa non (5) damnet] ms. ilta condemnet. 

4. [Pag. XXXII]. Sed et ipsa inficias si ierit] ms. s/ etipsa 
injicias (6) ierit. 

5. Veteres serves, barbaros] to servos ms. abest. 

Est etiam titulos perseqiii collegam (7)] ms. est enim etiam 
tit. pers. ut coll. (8) 

Quo cognoscatis sed cognoscatis] ms. ut cognoscatis, sed ut 
recognoscatis : certi enim. etc. 

7. Literae docent] ms. abest to docent (9). 
Taillis] ms. Thallus. 

Si quaeras rerum] ms. Si quantum rerum. 

8. Quem coluerat] ms. quem incoluerat. 

Civitas quam debellaverat] ms. et Civitas quam depala- 
verat. 
Et imagine signatus] ms. et imagine (10) et signatus n. 

9. De caelo et terra] ms. e caelo et ter. 

Et terram matrem ac patrem] ms. aut terram patrem aut 
matrem. 

10. [Pag. XXXIII]. Genus incertum est] ms. genus in 
incerto est. 

Adhuc homines] ms. tune hom. 
Publico mortuos] ms. puhl. humatosmort. 

11. Generis examen] ms. gen. ipsius examen. 

Sui par est : quoniam] ms. sui par : [XI, 1] sed quon. 


vio.v « et immédiatement après » (F a) cog7iovhnus. — (3) cognovimus 
Br. Junius devait donc imprimer : dcsivitmis, et statim, cognovimus. 
Voy. ci-dessus, p. 187. — (4) Sed apud nos Br. — (5) illa nos Harr. 

— (6) in inficias Br . — {']) col li gain Barr. Br. — (8) colligam Br, 

— (9) De la Barre a : quantum liilcrae docent. F avait donc : quan- 
tum litterae (sans si'). — (10) imagines Br. 

28 


434 APPENDICE H 

CAP. XI. 

2. Mancipem quidem] ms. mancipem qmmdam. 

3. Caeterum si nemo esset] ms, Caet. si nemo est. 
Scilicet melioris] ms. scilicet apucl se melio. 

5. In hac constructione dispositum] ms. in ipsa concep- 
tione disp. quod puto necessarium. 

Omni rationis] ms. omnis rationis. 

6. Manu (1) eius ponitis] ms. manu eius imponitis. 
Principem hominem] ms. princip. Iiominum. 
Continendo et sustinendo] ms. condendo et sust. 
Potuit inferri] ms. pot. inveniri. 

8. Cerasa ex Pontoj ms. cerasa Romanis ex P. 

10. Qui nec temere] ms.. quod non temere. 

11. Tartarum merserinti ms. tar. demerserint. 

12. [Pag. XXXIV]. Negaveritis] ms. notam interroga- 
tionis non habet. 

13. Sequitur in ms. Atquin ut Iwmines illos fuisse non po- 
testis negare. 

Suae consortio adstruit] ms. suae co. adscivit. 

14. Est in caeio vestra] ms. est in caelum vestra. 

15. Indignitatis tractatum (2)] ms. ind. retractatum. 

16. Militarior] ms. militatior. 

CAP. XII. 

1. Igitur de dijs vestris] ms. ig. de deis istis. 
Video, quorundam veterum] ms. video statuas quor. 

2. Aliud deprehendo] ms. amplius depreli. 

Materias esse vasculorum] materias sorores vasculorum. 
Rectissime ms. 
Fatum consecratione] ms. jactum cons. 
Ut re vera] ms, et re vera. 

4. [Pag, XXXV] . Deraditis] ms. eraditis. 


Cap. XI. (i) in manu Barr. Donc F avait également: in mamt. 
— (2) retractatum. 


COLLATION DE MODIUS I XI, XII, XIII 435 

Et mox. propter istos Deos (1) glutinum et gomphos] ms. 
glati ni et corephos. 
Ceteri (2) adplicatis] ms. caelesti appl. 

5. In insulis relegamur] ms. in insulas rel. melius. 

6. Insputate] ms. inspumate. 

Perorantem reprehenditis (3)] ms. perorantem probetis. 

7. Mortuorum suorum simillimas] ms. mortuorum vestro- 
ram sim. quod ép-epaTixojTepov. 

Araneae intelligunt] ms. araneoe (4) intellegunt. 
Possiimus enim] ms. pos. autem videri laedere eos, quos. 
Nihil ab ullo patitur, quia non est] ms. nihil ab eo patitur, 
qui est. Atque hoc verissimum. 

CAP. XIII. 

1. [Pag. XXXVI]. Deos vestros deprehendimini ? qui 
quos] ms. illos (1) depr ? ut quos pr. e. neglegatis ; q. t. des- 
trnatis. (2) venustius. 

2. Si mentiar] ms. si mentior. 

Primo quia cum alij] ms. primo quidem cum alij. 
Non potest procedere] ms. non pot. esse, quod verius. 

3. lam ergo contemnitis] ms. abest to Ergo. 

4. Cacabulum] ms. caccabalum. 
Concussus est] ms. contusus est. convenientius. 
Ut quisque dominus] ms. ut q. deum. 


Cap. XII. (i) Il aurait fallu imprimer ; 

Deraditis] ms. eradiiis. Et mox, propter istos Deos. 

Glutinum et gomphos] ms. gltiiinnvi et conphos. 

¥a\ effet, et inox veut dire qu'un peu plus loin, F a ; propter istos 
Deos. De la Barre a : in Deos vestros, ce qui est la lecture de P, la 
seule convenable. 

— (2) ms. gltitin. et conphos Br. — (3) Cereri Barr. Br. — {l)repre' 
htndistis Barr. — (4) aranei Br. 

Cap. XIII. (i) Modius veut dire : deos illos. Voy. 21,27. — 
(2 j Modius ne va pas jusqu'au bout de la phrase. 11 est probable que 
F avait aussi : inliidatis. Voy. ci-dessus, p. 195. 


436 APPENDICE II 

6. .Onust. viliores] ms. on. vilioris. 
Haec sunt notae] ms. hae sunt notae. 
Religio mendicas] ms. rell. mendicans. 
Pro aditu sacri] ms. pro aciitu sacrarij. 

7. [Pag. XXXVII]. Omnino ad honorandos] ms. om. ad 
inlionorandos. 

ObbaJ ms. abba.. 

9. Ac dianas] in ms. haec absunt. 

Paedagogijs aut aulicis] ms. paedagogis aulicis. liaud scio 
an . melius. 
, Cinaedum deum] ms. Cinhothi deiim. 

Dij veteres tamen] ms. dei vet. vestri, tomen. Et mox. Hoc 
et alij licuisse, quod soli ab antiquitate praeceperant. 

CAP. XIV. 

1. Et scabiosa] ms. abest. 

2. [Cap. XIV] Quod filium suum] cum filium suiim Ae- 
neam, ne interimeretur, rapere voliiisset. ms. habet. 

3. Sarpedonis casiim] ms. Sarp. causa. 
lampridem amicarum] to jampridem, in ms. abest. 

4. Admeto régi] ms. to régi, abest. 

Ille Neptuni] ms. ille Nuptuni. Sic enim Latini prisci, qui 
a nubcndo dictum volunt, ut coniugavit Varro. 

5. Est et de Lyricis] ms. est et ille de Lyr. 
Fulmine vindicatum] ms. /«/. iudicatwn. 

6. Neque vera prodi] ms. neque vero (1) proinde. 
[Pag. XXXVI II]. NecTragici] ms. ne Tragici. 

Dei praeferant] ms. dei praeferantur. puto. praefarentiir. 

7. Et hircum] ms. abest. 

8. Paenitentia sententiae] ms. paenitet sententiae Athe- 
nienses, ut criminatores Socratis postea efflixerint, et imaginem 
eius auream in templo collocarint, rescissa damnatione testi- 
moniuni Socrati reddiderunt. Sic usurpatur effligendi verbum 
lib. 4. adversus Marcion cap. 12. (2) 


Cap. XIV. (i) v. (= vera) Br. — (2) Adv. Marc, 4,12, p. 454,3 :. 


COLLATION DE MODIUS : XIV, XV, XVI 437 

Sive lupiteres] ms. sive lupiteros. 
Introduxit] ms. indacit. 

CAP. XV. 

1. Lentulorum et Hostiliorum venustates] ms, Lentulos 
et H. vetustates. 

Et lovis mortui testamentum recitatum, et très Hercules 
famelicos irrisos] haec desunt in ms. 

2. lactatum de caelo] ms. detradum de caelo. 

3. [Pag. XXX IX]. Artem effaeminatione] ms. arcem eff. 
Laudantibus vobis] ms. plaudentibiis vobis. , 

5. Deum ex PessinunteJ ms. deiim vestrum e Pess. 

6. Vestigia obsoletant] ms. fastigium adsolant. id est, 
deijciunt eo ut a cultonbus reddantur solitarij. Quid si autem, 
adsellant ? hoc enim Végetio significat in secessum cogère. 

7. Ciiristiani templa] ms. Chr. enim tetnpla. 

8. Repercussis tamen] ms. repercussis ante tamen (1). 

CAP. XVI. 

1. Nam quidam] ms. Nam ut quidam. 
Eiusmodi inseruit] ms. huiusmodi. 

2. Quinto historiarum] ms, quarto liist. 
Bellum ludaicum] ms. de betlo îudaico. 
De ipsa tam origine] ms. deest xo tam. 
Putavit extorres] ms. put. exterminatos. 

Locis aquarum egentissimos] ms. toc. et aquarum egentissi- 
mis. 
Petituri aestimabantur] ms, petit, aestimarentur. 
Fontibus usos] ms. fontis usos. 


spicas decerplas manibus efllixerant. Cette note est probablement de 
Junius, comme celles qui renvoient à son commentaire. Voy. ci- 
dessus, p. 24. 

Cap. XV. ( i) Ici finit la copie de Brème par ces mots : Cetera vide 
in cdilione Juniana. 


438 APPENDICE II 

Consimilis bestiae superficiein (1)] ms. consimili bestiae 
super faciem. 

3. [Pag. XL], Eidem simulachro] eodem sim. ms. 

4. Licitum, et conspectus] ms. /. erat, etiam conspedui 
caeter. 

5. Hippona] ms, Epona. 

Forsitan improbandum] ms. fors, improbamur. 

6. Habitus cum materiaej ms. ha. quando materiae qualiias 
eadem est. 

Ceres farrea] ms. Ceres pliaria. 

Informi ligno prostat] ms. infirmo ligno prostant. 

7. Nos sic forte] ms. nos, si for. 
De cruce induci] ms. in cr. induci. 

Cum in trophaeis cruces intestinà] ms. cuni tropiiaeis intes- 
tina sint. 

8. Religio Romanorum totaj ms. to Romanorum abest. 
Signa veneratur, signa iurat] ms. Sign. ven. signa adorai, 

signa jurai. 

Omnibus dijs] ms. semper habet Deis, et Dei : non Dij. 

Insignes, monilia crucium sunt Sypara] ms. in signis mon. 
crucum sunt. Laudo diligentiam. Syphara. 

Et labarorum] ms. et cantabrorum. 

Stolae crucium] ms. sto. crucum. 

10. [Pag. XLI]. Et caelestia] ms. et certa caei. 

1 1 . Quam religione solis] ms. quam de rel. sol. 

12. In frustrandis] ms. xh, In, abest. 

Deus Christianorum Ononychites] ms. devs christia- 
NORVM Onochoites is erat. 

13. Debebant adorare] ms. debuerant ad. 

Et planta vel tergo] ms. et a planta et tergo. 

CAP. XVII. 

2. Et tantus est] ms. tô est, non habet. 

Quod videri communiter] deest in ms. vox, communiter. 

3. Hoc quod est deum] ms. fioc est quod deum. evidentius. 


Cap. XVI. (i) De la Barre a effigieni dans le texte et supcrficicvi en 
marge. 


COLLATION DE MODIUS : XVII, XVIII 439 

[Pag. XLII]. Ita enim vis] ms. ita eum vis. 

4, Testimonio comprobemus] ms. abest tô comprobemus. 
■ 5. Et sanitatem suam] xo Et in ms. non comparet. 

Et deum nominat solum] ms. deum nominat hoc solo nomine, 
quia proprio dei veri. Deus magnus, Deus bonus, et quod. atque 
iiaec perplacent. 


CAP. XVI n. 

1. Si quid velit] ms. si qui velit. 

2. Et viros enim] ms. to et ms. abest. 
Divino mundatos] ms. div. inundaios. 
Humo instruxerit] ms. humo struxerit. 

3. Maiestati suae vindicandae aediderit] ms. maiestatis 
suae ediderit, judicando ediderit. 

Et desertis et observandis] ms. et deseritis et observatis. 

Et qui producto] ms. ut qui perncto. 

Aeternae retributionem] ms. aet. restitutionem. 

Perpetem suscitatis] ms. perpetem et iugem sus. 

Et recensitis] ms. et recensis. 

5. Ptolomeorum (1) eruditissimtis, quem] ms. Ptolemeus, 
quem. 

Supernominant et omnis] ms. supernoininan (sic) erudi- 
tissimus rexit omni. Legendum, rex et omnis l. 

Grammaticorum tune] abest ms. xo Tune. 

Proprias sciiicet] xb scilicet abest in ms. et accessisse vide- 
tur ex sequente ver. 

7. Subscriptum est] ms. rescriptuni est. 
Aristeas] ms. Aristaeus. 

8. Ex aperto monimento rcliquit. Hodie] ms. ex aperia 
mommenta hodie. legendum voce unica, exapertam. id est, 
apcrta vaide. 

Litcris exhibentur] ms. abest tô literis. 


Cap. XVIII. (i) Plolemaeorum Haïr. — Cf. Isidorus, Elyni., 6, 
3, 5. Voy. ci-dessus, p. 104 et 222. Lofsledt, p. 92. 


440 APPENDICE II 


CAP. XIX. 

XIX, 1. Primam instrumentis] ms. primam igiiw in. 

De teniporibus asserere. omnes itaque substantias, om- 
nesque materias, origines, ordines, venas veterani cuiusque 
stili vestri] ms, de tempore adserere. auctoritatem literis 
praestat antiquitas summa. Primus enim Prophètes Moyses, 
qui mundi conditionem et generis humani pullatione {corri- 
gendiim pullulationem) et mox tiltricem iniquitatis illius aevi 
vim cataclysmi de praeterito exorsus est, per vaticinationem 
usque ad suam aetatem et deinceps per res suas futurorum 
imagines edidit, Pênes quem et temporum ordo digestus ab 
initio supputationem seculi praestitit, Superior invenitur 
annis circiter trecentis quam, ille antiquissimus pênes nos 
Danaus in Argo transvenisset, Troiano denique praelio ad 
mille annos ante est : unde et ipso Saturno. Secundum enim 
historiam Thalli, qua relatum est bellum Assyriorum, et 
Saturnum Titanorum reges cum love dimicasse, ostenditur 
bellum CCCXX. et duobus annis lliacum exitum anteces- 
sisse, Per hune Moysen etiam illa lex propria ludaeis a Deo 
missa est. Deinceps multa et alij Prophetae, vetustiores literis 
vestris. Nam et qui ultimo cecinit, aut aliquantulo praecu- 
currit, aut certe concurrit aetate sapientiae auctoribus, etiam 
latoribus legis. Cyri enim et Darij regno fuit Zacharias, quo 
in tempore Thaïes Physicorum princeps sciscitanti Cyro 
(legendum Croeso) nihil certum de divinitate respondit : 
Turbatus scilicet vocibus Prophetarum. Solon eidem régi 
finem longae vitae intuendum praedicavit non aliter, quam 
Prophetae. adeo respici potest tam iura vestra, quam studia 
de lege, deque divina doctrina concepisse. Quod prius est, 
hos [à la page 7-8 hoc] sit semen necesse est. Inde quaedam 
nobiscum, vel prope nos habetis. de Sophia, amor eius Phi- 
losophia vocitatus est : de Prophetia, affectatio eius poeti- 
cam vaticinationem deputavit. gloriae homines, si quid inve- 
nerant, ut proprium facerent, adulteraverunt : etiam fruc- 
tibus a semine degenerare contigit. Multis adhuc de vetus- 
tate modis consisterem divinarum literarum si non maior 
auctoritas illis ad fidem de veritatis suae viribus, quam de 


COLLATION DE MODIUS : XIX 441 

aetatis annalibus suppetisset. Quid enim potentius patro- 
cinabitur testimonio earum, nisi dispunctio cotidiana seculi 
totiiis cum dispositione regnorum ? cum casus urbium, cum 
exitus gentium cum status temporum ita omnibus respon- 
dent, quemadmodum ante milia annorum praenunciabantur ? 
Unde et spes nostra, quam ridetis, animatur ; et fiducia, 
quam praesumptionem vocatis, corroboratur. Idonea est 
enim recognitio praeteritorum ad disponendam fiduciam 
futurorum : eadem voces praedicaverunt, utramque partem, 
eadem literae notaverunt. Unum est tempus apud illas, quod 
apud nos separari videtur. Ita omnia, quae supersunt impro- 
bata sunt {lego, iam probata sunt) nobis, quia cum iliis quae 
probata sunt, tune futuris praedicabantur. Habétis, quod 
sciam, et nos Sibyllam, quatinus appellatio ista vera vates 
Dei veri passim super ceteros qui vaticinari videbantur, 
usurpata est, sicut vestrae Sibyllae nomen de veritate men- 
titae, quemadmodum et Dei nostri. Omnes itaque substan- 
tiae, omnesque materiae, origines, ordines venas veterani 
cuiusque stili nostri. etc. 

2. [Pag. XL IV]. Historias et causas memoriarumj ms. 
historiarum et arcana mem. 

Inde etiam nostri] ms. inde jam et nost. 

3. Siquidem audistis] ms. si quem audistis. 

Inacho parem aetate octingentis] ms. Inacho pariter aetate 
est CCCC. pêne annis : Nam septem minus Danaiim et ipsum 
apud vos vetustissinmm praevenit. Mille circiter cladem Pria- 
mi antecedit. possum dicere etiam quingentis. 

4. Retrosiores] ms. retrossiores. 
Sapientibus legiferis] ms. sap. et legiferis. 

5. Et arduum. Sed intérim longum. Muictis (1)] ms. nec 
arduum, sed intérim longum dinumerare. Muictis. 

Supputarijs] ms. subputatorijs gesticulis asserendum est. 
non assidendum est. hoc enim longe mclius. 

6. Eorum municipes] haec in ms. absunt. 


Cap. XIX. ( i ) /mi/iis Barr. 


442 APPENDICE II 

Aliqui Manethon] ms. aliqui Manetlios Aegyptiiis, et He- 
braeus, et Chaldaeiis, et Proemis Plioenix Tyriorum Rex. 
ludaeus losephus] ms. ludaeus loslppus. 

CAP. XX. 

1. Vetustatem : divinas probamus, si dubitatur antiqiias] 
ms. vetustate divinas probamus, si dubitatur antiquitas. 

2. Exitus. Qiiicquid] ms. cxitus reruin. Quicquid ag. 
Vorant urbes] ms. vorarant (1) iirbes. 

Fraudant] ms. fraudarent. 

Externa atque interna (2)] ms. interna et externa bella 
dilaniarent. 

Efferventium plerumque (3) montium] ms. et frequentiae 
pi. inortium. 

3. Et iniquitas] to et in ms. abest. 
Exorbitantur] ms. exorbitant. 

Providenter scripta sunt] ms. providentiae scrip. sunt. 
Veritatem divinationis] ms. veritas divinationis. 

4. Praedicebantur. Eaedem voces sonant, eacdem literae] 
m s. praedicabantur. Eadem V. S. eadem literae. 

|j Praefari] ms. praefandi. 

5. Futura quoque] ms. juturo quoque. 

CAP. XXI. 

1. [Pag. XLV]. Quam aliquando noveilam] ms. quam scient 
ali. n. ut Tiberianis teinporibus ortani pleriq. sciant. 

Cortae licentiae aliquid et propriac] ms. certe licitae, ali- 
quid propriae pr. 

3. Scit Christum] ms. sciant Christum hominem utique 
aliquem, qualein ludaei. 

Cum sub nomine] ms. Ut quos sub no. 


Cap. XX. (i) 11 semble que Jiinius a imprimé vorarant au lieu de 
vorarcnt. Voy. ci-dessus, p. 227. — (2) quod externa atque interna 
bella dilaniant Barr. — {i) plerunqitc Barr. 


COLLATION DE MODIUS : XX, XXI 443 

De Deo aliquid praesumimus aliter] ms. de deo aliter sutmis. 
Pauca de Christo] ms. p. dicamus de Clir. 

4. Apud Deum gratia] ms. apud Deiim praerogativa ob 
insignem iusticiam et fidem originalium audorum. Unde 
mis. etc. 

Ut de Dei vocibus] ms. de Dei vocibus affuit, quibus et doce- 
bantur promerendo Deo, et non offendendo praemonebantur. 

5. Fiducia patrum inflati] ms. ex fiducia pair, inflaîi ad 
delirandum disciplinam in profanum modis. 

6. Pleniorem quidem ob disciplinae altioris] ms. pi. ob 
disciplinae audoris. 

7. [Pag. XLVl]. Disciplinaque arbiter] ms. disciplinaegue 
arb. 

In filij nomine] ms. de filij n. 

8. Semine non de sororisj ms. semine, sicut de concubitu 
tauri, non de sororis. 

Aut coniugis] ms. aut de con. 

lovis et ista sunt numina vestra] ms. ista (1) sunt Immana v. 

9. Habere nupserat] ms. habere, non nupserat. 
Et iam nativitatis] ms. et ita nat. 

10. Iam ediximus] ms. jam dixinnis. 
Hune enim Zenon] ms. tô Zenon, abest. 

11. Sermoni atque] ms. sermonem, atque rationem, itemque 
virtutem, per quae omnia molitum Deum ediximus, propriam 
substantiam asscribimus, oui et sermo insit pronuncionti. 

Prolatum didicimiis] ms. prol. dicinms. 

12. Sed extenditur] ms. sed expanditur. 

ita de spiritu spiritus et de Deo deus] ms. haec omnia 
absunt, et incommode videntur dissecare sententiam auc- 
toris. sed ex tertio post versu imprudens librarius intulerit. (2) 

Ut lumen] ms. et lumen. 

Materiae matrix] ms. materia matrix. 

Traduces qualitatum] ms. trod. qualitatis. 

13. Alternum numerum] ms. alter numerum. 

14. [Pag. XLVH]. Spiritu instructa] ms. spiritu struda. 


Cap. XXI. (i) Modius n'a pas répété lovis el, qui n'offrait pas de 
variante. Voy. ci-dessus, ch. 3, n. i. — (2) Celte observation est 


444 APPENDICE II 

Fabulas aemulas] ms. fabulas ad destrudiomm veritatis 
istiiis aemulas praeministraverint. 

15. Sublimitate divinitatis exertae] ms. sublimitate pater- 
nae potestatis acceptae, divinitatis exertae. 

Praedicatum sperant] ms. praed. sperabant. 

16. Nec. n. (3) intelligerent] ms. nec intellexerunt. 

17. [Pag, XLVIII]. De humilitate sequebatiir] ms. de liu. 
insequebantm. 

Aestimarent] ms. existimarent. 

Excuteret, caecos] ms. excuteret verbo caecos. 

Ostendens se esse verbiim Dei, i. (4) logon] ms. ostendens 
se esse filium, et illum olim a Deo praedicatum, et ad omnium, 
salutem natum, verbum Dei illud primordiale. 

Spiritu instructum] ms. spiritu fultum. 

Eundem qui verbo omnia faceret (5) et fecisset] haec in 
ms. non exstant. 

18. Quia revincebantur] ms. qua revincebantur. 
Multitude deflecteret] ms. multitude conflueret. 

Ex parte Romana percuranti] ms. ex parte Ronmnam pro- 
curanti. 
Crucem lesum dedi] ms. abest lesuni. 

19. Tamen suffixus] ms. et tamen suff. 

Multa mortis illius propria ostendit insignia. Nam] haec 
in ms. absunt. 

Dies médium] ms. dies média. 

Scierunt. Et tamen eum mundi] ms. scierunt, ratione non 
deprehensa negaverunt, et tamen. etc. 

Archivis vestris] ms. arcanis vestris. 

20. Militari manu custodiae] ms. militaris custodiae. 

21. Sed ecce die tertia] ms. sed ad tertium diem. 
Praeterquam exuviae sepulti] ms. praeter exuvias sepul- 

turae. 

22. Primores quorum] ms. pr. ludaeorum q. 


évideinmenf tout entière de Modius. — (3I Ne enini inielligere^it 
BaiT. — (4.) id est, krr/rr/ Barr. — (5) él faceret Barr. — (6) Coeluvi 
Barr. — (7) aedidliniis Barr. — (8) Modius a négligé de répéter 
iain. Voy. ch. 3, n. 3. La variante ne porte que sur incutlat. — 
(9J Moysem Barr. — (ro) aspiciam Barr. — {\i)falsae Barr. 


COLLATION DE MODIUS : XXII 445 

Et famularem sibi ad fidem revocare] ms. familiarem sibi 
a fide avocate. 

Ut et fides] ms. sed ut fides. 

23. ludaeae regionem] ms. /. regionis. 
Quadraginta] ms. quinquaglnta. 

Caelum (6) est rcceptiis] ms. in caeliim est ereptus. 
De Romulo] ms. de Ronmlis. 

24. [Pag. XL IX]. Aut si et Christiani] xo. 5/ in m. non 
exstat. 

25. Discipuli quoque diffiisi] ms. d. vero diff. 
ludaeis insequentibus] ms. Judaeis persequentibiis. 

26. Hune edidimus (7)] ms. hune edimus. 

27. lam infamiam incutiat.] ms. injamiam concutiat (8). 
Ex eo enim] ms. xb ex, non habet. 

Et cuituram] in ms. abest. 

28. Cruenti vociferamur] ms. cruentati vocif. 

Per eum et in eo se cognosci vult Deus et coii] ms. per eum 
se cognosci et coli Deus voluit. 

29. ludaeis respondeamus] ms. ludaeis respondeam. 
Per hominem Moysen (9)] ms. abest honiinem. 
Trophonius] ms. Tryphonius sed vitiose. 

Gentium adspiciam (10)] gentium convertar. quod haud scio 
an melius, 

30. Rem propriam] in ms. abest. 

Non qui rupices et adhuc feros] ms. non qiia rudes et adhuc 
feras liomines multitudini tôt noniinum demerendorum atto- 
nitos efficiendo ad humanitatem temperaret, quo Numa, sed 
quod iam. etc. 

[Pag. XL]. Si vera ista] ms. Si vera sit ista. 

2>\. Qua cognita quis reformetur ad bonum, sequitur ut 
false (11) renunciet] ms. qua cognita sequitur, ut falsae renun- 
cietur. 

CAP. XXII. 

1. Sciunt daemones] ms. sciunt daenionas. 
A daemonio arbitrium] ms. ad daemonis arb. 
Cum et ipsi] ms. to Et, non habetur. 
Dehortando plane] ms. deiiortatoriuni plane. 


446 APPENDICE H 

2. Maledictis (1) fréquentât] ms. maledidi fr. 

Eadcm ex sacramenti] ms. eadem execramenti. quod est 
verissimum. 
Vel niagos asseriint] ms. vel magi adserunt. 

3. Et cum eo quem diximus principe] ms. et quem diximus 
principem. 

Apud literas] ms. aut l. sanctas ordo cognoscitur. 

4. (Pag. LI]. Laedendam subtiiitas] ms. adeundam mira 
subt. 

5. Et invisibiles] ms. ut invisib. 
Latens vitium] ms. latentis v. 

6. Agit furoris (2)] ms. agit furoribus et amentiis foedis, 
aut saevis libidinibus, et erroribus varijs : quorum iste potissi- 
mus, quo Deos istos captis et circumscriptis mentibus commendat, 
ut et sibi. etc. haec genuina lectio. 

Procuret, simulacris] ms. curet, sim. et imaginibus. et quae 
mis accuratior pascua est, nisi ut hominem a recogitatu verae 
diviniiatis avertant praestigiis falsae divinationis ? quas et 
ipsas quomodo operentur expediam. optime sane. 

8. Hoc angeii] ms. fioc et an. 

Quid ubique geratur] ms. quid ubi ger. 
Qiiam enunciant] ms. quam adnun. 

9. Et nunc Proplietis] ms. et tune pr. 
Excerpunt] ms. exceperunt. recte. 

10. in eventus, sciunt] ms. in eventum, sciunt. 
Carnibus pecudis] ms. carnibus pecoris. 

Fuerat Habent de incolatu] ms. fuerant, liabentes de inc. 

11. Benefici plane et circa curas valetudinum] ms. Venefici 
plane et circa medicinas val. 

12. Edisseram phantasmata] ms. edisseram, dnm oracula 
profitetur, dum miracula exercet, phantasmata. 

Ut et numina] ms. to Et, non habetur. 
Non quaereretur] ms. non quae ejjecerint. 


Cap. XXII. (i) in usum maledictis Barr. — {2) furoribus Barr. 


COLLATION DE MODIUS : XXHI 447 

CAP. XX m. 

1. [Pag. LU.] Defunctoruni inclamant animas] ms. def. 
infamant animas. 

Oraculi eliciunt] ms. oraculi edunt. 

2. Quam utique superiorem] ms. quae utiquc superior omni 
potestate credenda est? 

Angelis et daemonibus] ms. angeli et daemones. 

3. DistingLiitur opiiior ut a templis] ms. distingua, opinor, 
ut in t. 

Dementare] ms. démentir e. 

Alia qui sibi] ms. alia in eo qui sibi gulam prosecat: 

Cum per (1) exitus furoris] ms. compara exit. fur. 

4. Edatur (2) hic aliquis sub] ms. edatur hic ibidem sub 
tribunali vestro. 

De vero quam alibi] ms. in vero est (3), quam alibi Deum, 
quod in falso est. 

5. Qui aëris maleficum numen] ms. qui aris inlialantibus 
nunien de nidore concipiunt, qui ructuando curantur, qui anhe- 
lando praefantur. 

6. Aesculapius] ms. Aescopius. et sic apud Isidorum alios- 
que in ms. semper invcnitur. 

Medicinarum demonstrator alias demorituris] ms. med. (4) 
alia die moriturus socordio et tanatio et asclcpiodoto vitae sub- 
ministrator, nisi se daemonas confessi fuerint. Atque haec 
proba lectio : sed legendum thanatio. 

7. Licebit magia aut] ms. licebit. Magia aut aliqua eius- 
modi fallacia fieri dicetis, si oculi vestri et awes, etc. 

8. [Pag. LUI]. Daemonia mentiuntur] ms. daemonas m. 
Subiecta Christianis] ms. s.